CASTRAMÉTATION
La visite d'un camp de Pyrrhus apprit aux Romains les premiers principes de la castramétation 280 avant J.-C.
Dès lors, ils négligèrent l'étude du terrain et le choix des positions, pour faire de leur camp retranché un solide point d'appui, qui suppléait aux obstacles naturels.
A quelque distance du point où la légion devait arrêter sa marche, un tribun, accompagné de plusieurs centurions, prenait les devants, pour déterminer l'emplacement du camp.
Quand il l'avait choisi, il plantait un vexillum au point central, où devait s'élever la tente du consul, puis, il faisait tracer les limites du prétoire, planter des guidons aux quatre angles du camp et jalonner, avec des lances, les avenues et les voies principales.
Ces dispositions étaient prises d'une manière uni-
forme, afln que les troupes pussent, à la seule inspection du tracé, se rendre directement à leurs places et commencer l'installation.
Le camp était toujours un rectangle, entouré d'un fossé de douze pieds de largeur, pour neuf de profondeur (3"\7o sur2"\70).
Les terres du déblai formaient intérieurement le vallum, parapet de huit pieds de haut, surmonté des pieux que portait le légionnaire'.
Ces pieux, profondément enfoncés, étaient des troncs
EcKelle oLe^
Pi«dU Rotnaioj
1 Scipion devant Numance (134 ans avant J.-C.) en faisait porter sept à chacun de ses soldats.
2 Figure empruntée à l'atlas de YHistoire de Jules César. Paris. Henri Pion, 4865.
CASTRAMKTATIOX. 429
d'arbres, auxquels on laissait trois ou quatre de leurs principales branches.
« Ces branches sont tellement enchevêtrées qu'on peut à peine distinguer le pied dont elles sortent. Il n'est pas possible de glisser la main entre elles, parce qu'elles ne laissent aucune ouverture et que les extrémités sont pointues. Deux ou trois hommes uniraient en vain leurs efforts pour arracher l'un de ces pieux, il faudrait en arracher quatre ou cinq à la fois, et encore l'ouverture ainsi faite serait-elle insuffisante '. »
En arrière de cette haie artificielle était ménagée une banquette.
Quatre portes s'ouvraient dans le vallum :
La prétorienne et la décumane se faisaient face sur les petits côtés du rectangle ; elles étaient reliées entre elles par X avenue transversale, qui traversait le prétoire ;
Les principales, ouvrant à gauche et à droite sur les grands côtés, étaient réunies par la voie quintane.
Au pied du vallum, courait un chemin de ronde, largo de deux cents pieds (59 mètres), au bord duquel les tentes étaient dressées, hors de la portée du trait.
Un espace de deux cents pieds carrés était réservé autour du tribunal et de la tente du général ; c'était \e prétoire. Les enseignes y étaient plantées.
A gauche, la tente du maître de la cavalerie et le forum, marché du camp ; à droite, le pavillon du questeur et de ses comptables.
• Polvbe. liv. IV.
i 30 L'ART MILITAIRE CHEZ LES ROMAINS.
En arrière du prétoire, les tentes des tribuns sur une seule ligne.
Ce quartier général {principia) était séparé du quartier des troupes par deux avenues, de cent pieds de largeur.
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P^ après Th. Duvolenay, géographe.
Fig. 42.
a Tentes des tribuns.
b Tentes des préfets.
c Triaires.
d Cavalerie romaine,
e Princes.
f Hastaires.
g Cavalerie romaine.
h Cavalerie alliée.
t Élitedescavaliersextraordin. et volontaires.
/; Extraordinaires; troupes élrangères et alliées, qui se joignaient à l'armée pendant la campagne.
l Vélites.
m Porte prétorienne.
n Porte décumane.
0 Porte principale, de droite.
;; Porte principale, de gauche.
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L'armée campait dans son ordre de marche.
En avant du prétoire, l'avant-garde, composée des troupes légères alliées ; en arrière de l'avenue transversale, le corps de bataille, c'est-à-dire les légions romaines, puis, l'infanterie par cohortes et la cavalerie légionnaire sur huit colonnes, flanquées extérieurement par deux colonnes d'alliés.
Deux voies en croix partageaient cotte partie du camp en quatre rectangles égaux.
Les vélites bivouaquaient en ligne, à droite et à gauche des portes. Pour le repas du soir, ils venaient se joindre à la décurie légionnaire, dont ils dépendaient.
Devant l'ennemi, le vallum, de 2.370 mètres de développement, était construit, en moins d'une heure, par la moitié de l'infanterie sous la protection de l'autre moitié.
Le terrain environnant était gardé et éclairé au loin, pendant le travail, par les troupes légères et par la cavalerie.
« Une armée consulaire, renforcée par des troupes légères et des auxiliaires, forte de 24.000 hommes d'infanterie et de 5.800 chevaux, en tout, près de 30.000 hommes, campait dans un carré de 336 toises de coté, ayant 1.344 toises de pourtour, soit 21 hommes par toise. Chaque homme portant trois pieux, on avait soixante-trois pieux par toise courante. La surface du camp était de 112.000 toises carrées, soit trois toises et demie par homme,- en ne comptant que les deux tiers
de l'effectif. Au travail, quatorze pionniers par toise courante fortifiaient le camp et le mettaient hors d'insulte, en trente minutes au plus *. »
Fk. 43. 2
• Napoléon P'. Précis des guerres de Jules César. 2 Atlas de VHistoire de Jules César.