RÉCOMPENSES ET CHATIMENTS
Les récompenses militaires sont :
1" Le coWiQY {phalerœ) ' ,
2° La chaîne d'or ;
3° Vhasta (javeline sans fer) ;
4" Les bracelets d'argent [armillœ) ;
5° Le cimier [corniciiliim] ;
6° Les couronnes : castrensis, pour celui qui est entré le premier dans le camp ennemi ; muralis, pour le premier à l'assaut ; civica, pour le sauveur d'un citoyen ; classica, navalis, rostrata, pour un exploit sur mer.
Les officiers ou les chevaliers peuvent obtenir : la couronne obsidioîiak, quand ils ont dégagé une armée ou une légion assiégée, ou bien un vexillum, rouge pour l'armée de terre, bleu pour l'armée de mer.
Le général qui a, de sa main, tué le général ennemi, porte ses dépouilles {spolia opima) au temple de Jupiter. Elles y sont conservées avec le nom du vainqueur.
Le sénat n'accorde les honneurs du triomphe qu'au général en chef, qui, dans une guerre nationale {jus-
* On trouvera, au chapitre suivant, un signifère parc de cette récompense.
420 L'ARMÉE COiNSULAlRE.
ium et hostile bellwn), a fait périr 5.000 ennemis au moins et qui a agrandi le territoire de la république.
Les peines sont sévères. Les tribuns prononcent, pour les fautes légères :
1° La réprimande {castigatio) ;
2° L'amende, privation de solde ou de butin {pecuniaria muleta) ; trois amendes successives entraînent la peine de mort ;
3° Les corvées sans armes {munerum indictio) ;
4° La rétrogradation d'une classe à une autre, de cavalier à fantassin, de légionnaire à vélite {mUitiœ mutatio) ;
5" Pour les officiers ou sous-offlciers, le retrait d'emploi ou la rétrogradation au grade inférieur {gradus dejectio) ;
G** La bastonnade [justuarium) : le centurion frappe le soldat avec son cep ; puis il le fait passer devant le rang du manipule, et chacun le frappe à tour de bras. Cette peine n'est pas infamante : c'est le châtiment des tesserarii, qui ont négligé leur service de ronde. C'est aussi celui des voleurs, des faux témoins, des poltrons et de ceux qui se sont vantés d'un exploit imaginaire.
Pour les fautes graves :
1" La dégradation militaire {ignominiosa missio), qui entraîne la réforme (« tuâ operâ jam non utar ») ;
2° Les verges, peine infamante qui prive le coupable de ses droits de citoyen, et après laquelle il peut être vendu comme esclave ;
3° La peine de mort, pour tout acte d'insubordination ou de lâcheté : abandonner son général, déserter devant l'ennemi, vendre ses armes, escalader les murs du camp.
Il y a plusieurs formes de supplice : la lapidation, la décollation, la mort à coups d'épée, le crucifiement et la noyade.
Quand il y a eu complot, le général ordonne que les coupables tirent au sort, et un soldat sur dix, après avoir reçu les verges, est décapité devant la légion. Les autres, parqués en dehors de l'enceinte du camp, ne reçoivent que de l'orge pour toute nourriture.
Celui qui se coupe la première phalange du pouce de la main droite, pour ne pas servir, est puni de mort. {pollex trimcatus, pol-trunc ; c'est l'étymologie du mot poltron).
Auguste fit vendre un chevalier romain, parce qu'il avait fait couper le pouce à ses deux flls.
Sous les empereurs, la désertion devint si commune qu'il fallut renoncer à en appliquer les peines.
A côté du général, le questeur dirige les services administratifs : solde, butin, subsistances, habillement, équipement, armement, ambulances. C'est l'intendant général de l'armée.
Il reçoit du Trésor, à l'entrée en campagne, une somme avec laquelle il doit faire face à toutes les dé-
penses de l'armée, sans oublier cet axiome : « La guerre doit nourrir la guerre ».
Quand la campagne se prolonge, il reçoit la solde tous les quatre mois.
Les comptes des légions et des manipules sont tenus par des comptables particuliers {librarii legionis ou manipulares) , qui ont un règlement spécial, des privilèges, et une direction centrale {schola) siégeant à Rome.
La solde, donnée aux légionnaires à partir de l'an 404 avant J.-C, sert à payer les rations perçues à titre remboursable.
Le centurion a une double solde; le cavalier en a une triple, parce qu'il a deux valets à nourrir.
Le butin est partagé entre les soldats qui l'ont pris '. La moitié en est vendue au profit du trésor particulier de la légion.
Ce trésor, analogue à la masse générale d'entretien de nos régiments, est gardé, avec les enseignes, par les signifères.
Les vivres fournis par le questeur sont : le blé, le sel, l'huile, les légumes, le fromage, le lard, et, dans les grandes circonstances, la viande de mouton.
Le blé, acheté par les frumentarii, est donné à raison
1 Après le siège d'Alésia, César donna un esclave gaulois à chacun de ses soldats.
(le 25 kilogrammes par mois {mejistruum) ' . En campagne il est distribué pour dix-sept jours et le légionnaire le porte dans une musette.
Le légionnaire mange ce blé soit en bouillie, après l'avoir broyé sur une pierre ou l'avoir fait rôtir sur des charbons, soit, sous forme de pain, cuit sous la cendre. Chaque escouade a sa meule à bras *.
Le centurion touche deux rations, le tribun quatre.
La ration du cheval, quelquefois payée en argent, est, par mois, de 42 mesures d'orge.
Les effets d'habillement se composent du manteau (sagicm) \ draperie brune pour les soldats, écarlate pour les tribuns et les centurions ; de la tunique, descendant jusqu'au genou pour les soldats pesamment armés, et s'arrêtant à la ceinture pour les porte-enseigne, les cavaliers et les vélites \
Les effets sont, à leur arrivée à l'armée, visités par des agents spéciaux (procuratores), qui inscrivent sur leurs registres les entrées en magasin, les distributions et les parties prenantes. Ces effets, gratuitement délivrés au début de la campagne, ne peuvent être remplacés qu'aux frais du légionnaire, qui les rembourse avec sa solde. Les réparations sont faites par des ouvriers tailleurs {sagarii).
* Sous les empereurs, le biscuit (bucculatum) entre pour un quart dans la ration.
2 L'escouade d'aujourd'hui a son moulin à café. 5 Page 112, figure 36.
* Le haut-de-cliausses (bracœ) ne date que d'Auguste.
Le Trésor OU, depuis Auguste, la caisse militaire {xrarium militare), entretenue par des impôts spéciaux, paye comptant les fournitures. Quelquefois les effets sont fournis, en argent ou en nature, soit par des dons volontaires des citoyens romains exemptés du service, par les chevaliers par exemple, soit par les provinces conquises.
Quant aux ouvriers d'art, charpentiers, mineurs, maçons, boulangers, fabricants de machines, Servius Tullius en avait attaché deux centuries à chaque légion. Ils eurent, sous les empereurs, un chef particulier {prœfectus fabrorum).
Le service des ambulances est dirigé par des chefs infirmiers {optiones valetudinarii) . Les blessés ouïes malades, placés sur des chariots, suivent l'armée jusqu'à ce qu'on trouve quelque ville alliée; là, on les confie aux habitants les plus riches.
César établit dans les Gaules un camp fortifié pour ses malades.
Dans les premiers siècles, Rome n'avait pas de médecins ; les malades étaient soignés d'après le Manuel des conseils et remèdes de chaque Pater familias. Ce ne fut qu'en 218 avant J.-C. qu'un médecin grec, Archagatas, fonda la première école de chirurgie. Les généraux purent, dès lors, se faire suivre par des esclaves chirurgiens (un peu barbiers sans doute), que César affranchit, fit citoyens, et qui formèrent la corporation des Médici. Sous les empereurs, le service médical fonctionna régulièrement ; la légion eut plusieurs chi-
nirgiens [medici legionis) et un médecin en chef {mediciis oi'diiiarms) .
Les cohortes indépendantes avaient aussi des médecins. Aurélien (70 ans après Jésus-Christ) leur défendit de se faire payer par les soldats : « A medicis milites gratis curentur. »
Le service vétérinaire était confié aux medici jumentarii.
A la ïîn de la campagne, le questeur rentrait à Rome pour rendre ses comptes aux agents du Trésor. Cela s'appelait : rationes ad œrarium referj^e.
SOMMAIRE
Castramétation. — Tactique de marche. — Formations de combat. — L'ordre manipulaire. — Bataille de Cannes. — Cavalerie romaine. — Unité d'armement. — L'ordre en cohortes. — Invasion des Cimbres et des Teutons. — Victoires de Marius. — Matériel de la légion. — Machines de guerre. — Travaux de campagne.