LES HELVÈTES
400.000 Helvètes, des environs d'Embrun, de Zurich et du lac Léman, se mirent en route, l'an 58 avant J.-C, pour aller s'établir sur les rives de l'Océan.
Ces émigrants, en passant entre la Loire et la Saône, ravagèrent le territoire des Éduens, et les Eduens appelèrent César à leur secours.
Ce fut là le prétexte de l'intervention romaine et de la conquête des Gaules.
César accourut de la Province, avec six légions, pour livrer bataille aux Helvètes.
« Averti par les coureurs que les trois-quarts de l'armée ennemie avaient déjà traversé la Saône {entre Trévoux et Villefranché) sur des radeaux, ou des nacelles liées ensemble, et que l'autre quart était encore sur la rive gauche. César partit, vers la troisième veille (minuit), avec trois légions. Il marcha avec tant de diligence et de secret, qu'il surprit et tua la plus grande partie des retardataires. Le reste se réfugia dans les forêts voisines.
« Le combat fini. César fit jeter un pont sur la Saône, afin de poursuivre l'ennemi.
« n lança contre lui toute sa cavalerie, 4.000 hommes, qu'il avait recrutés tant dans la province que chez les Éduens et leurs alliés.
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« Cette cavalerie, trop ardente à poursuivre l'ennemi, fut contrainte de combattre dans un lieu désavantageux, et elle se retira avec perte.
« Les Helvètes, encouragés par un avantage qu'ils avaient remporté avec 500 chevaux, s'enhardirent à s'arrêter plus souvent et à faire escarmoucher quelquefois leur arrière-garde contre les Romains.
« César ne permit pas à ses troupes d'en venir aux mains avec l'ennemi; il se contenta d'empêcher les courses et les ravages des Helvètes.
« Ceux-ci marchèrent environ quinze jours, en maintenant leur arrière-garde à cinq ou six milles (de 7.S0O à 8.900 mètres) de notre avant-garde.
« César, en apprenant par ses coureurs que les Helvètes sont campés au pied d'une montagne, à huit milles (12 kilomètres) de son camp, encoie reconnaître la position ennemie, et recommande aux éclaireurs de bien examiner les alentours, la nature et l'inclinaison du terrain.
« Sur le rapport qu'on lui fait, il détache, vers la troisième veille, T. Labiénus avec deux légions, en lui donnant pour guides les cavaliers qui ont fait la reconnaissance.
« Il instruit Labiénus de son dessein, et lui ordonne de gagner le sommet de la montagne, en évitant surtout de se laisser voir,
« Deux heures après, César se met en marche, par le chemin que les ennemis ont suivi ; il envoie en avant toute sa cavalerie, précédée de troupes légères.
« Au point du jour, Labiénus était déjà établi au sommet de la montagne.
« César s'était avancé jusqu'à l.SOO pas des ennemis, sans qu'ils eussent connaissance ni de son mouvement, ni de celui de Labiénus, lorsqu'un faux avis du commandant des troupes légères (qui avait pris les soldats de Labiénus pour des Helvètes), arrêta le mouvement combiné et retarda la bataille.
« Le jour de la distribution du blé approchait et l'on n'était qu'à dix-huit milles (26''600'") de Bibracte (Autun), la ville la plus grande et la mieux approvisionnée des Éduens.
« César résolut de s'en approcher pour assurer les vivres.
« Les Helvètes, en apprenant, par des transfuges de la cavalerie gauloise, notre marche sur Bibracte, crurent que c'était la crainte qui nous faisait reculer. Hs rebroussèrent chemin, afin de nous couper les vivres, et ils se mirent à poursuivre et à harceler notre arrièregarde. »
Bataille d'Autun (58 .ivaot J.-C).
César s'arrête, porte en avant toute sa cavalerie et échelonne son infanterie sur une hauteur :
A mi-côte, quatre légions de vétérans, sur trois lignes; au sommet, deux légions de nouvelles recrues, gardant le bagage, placé dans une enceinte retranchée.
« Les Helvètes, qui l'avaient suivi avec tous leurs chariots, rassemblent aussi leur bagage, et, après avoir
BATAILLE D'AUTUN (S8 avant J.-C). <C7
repoussé la cavalerie romaine, ils montent, en ordre serré, à l'attaque de notre première ligne.
« César comprend qu'il faut vaincre ou mourir. Pour ôter à ses soldats toute pensée de retraite et pour partager le péril avec eux, il renvoie tous les chevaux, sans excepter le sien ; puis, après avoir exhorté les troupes à faire leur devoir, il engage l'action.
p. Meule, d'après un croquis de E, Uardy. Fig. ,60.
« Les légions placées sur la crête rompent facilement les rangs des ennemis avec le pilum, et se précipitent au milieu d'eux l'épée à la main.
« Les Helvètes, dont les boucliers transpercés sont cloués ensemble, parce que la pointe des pilums s'est repliée sans qu'on ait pu V arracher, secouent le bras pour se débarrasser de leurs boucliers, aimant mieux combattre la poitrine découverte qu'ainsi gênés. Mais alors, criblés de coups, ils lâchent pied et reculent vers une colline, située à mille pas. »
Les Romains les poursuivent ; mais, pendant l'escalade, un corps de réserve, de IS.OOO Boïens et Tulinges^ débouche sur le flanc des vieilles légions et s'efforce de les tourner.
Les Helvètes, parvenus au sommet de la colline, voient cette manœuvre, redescendent au plus vite et renouvellent le combat de leur côté ; de sorte que les légions sont obligées de faire face^ à la fois^ par les deux premières lignes^ contre ceux qu'ils poursuivent et, par la troisième, contre les corps qui les ont enveloppées ^.
Le combat fut longtemps opiniâtre et douteux ; enfin les Helvètes, ne pouvant soutenir l'attaque des Romains, se retirent, les uns vers la colline, où ils s'étaient repliés d'abord, les autres vers leurs bagages et leurs chariots.
« Pendant toute la bataille, qui dura depuis une heure jusqu'à la nuit, on ne vit jamais l'ennemi tourner le dos.
« On combattit même aux bagages, pendant une par-
1 Boïens, entre la Loire et l Allier ; Tullnges, Badois. - C'est la manœuvre qui a si mal réussi à Cannes; mais ici les manipules sont remplacés par des cohortes plus compactes.