‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 66 sur 203 · VERCINGÉTORIX · texte numérisé non relu

VERCINGÉTORIX

Après deux années de sourde colère et de révoltes partielles, étouffées dans le sang, les Gaulois tentèrent de secouer le joug.

Les Carnutes [Chartres) donnèrent le signal d'un soulèvement général. Les étendards des cités gauloises, surmontés du sanglier national, furent apportés au fond de la vieille forêt druidique, et les envoyés de tous les peuples vinrent jurer, sur le gui sacré, haine éternelle à l'oppresseur et dévouement sans bornes à la cause de la liberté.

Un jeune chef arverne, Vercingétorix, proclama dans Gergovie ' l'indépendance des Gaules et il fut investi du commandement suprême.

Son premier soin fut de faire torturer ou mutiler les lâches, les indifférents et les traîtres.

Sa stratégie était de réunir toutes ses forces et d'attaquer à la fois, en l'absence de César, la province romaine et les quartiers d'hiver des légions ; sa tactique, d'éviter les batailles rangées, mais de harceler les Romains et de les empêcher de se ravitailler en interceptant leurs communications par sa nombreuse cavalerie.

César, revenu d'Italie en toute hâte, concentra ses huit légions près de Langres ; puis, il vint faire irrup-

* Ville détruite, à cinq kilomètres au sud de Clermont-Ferrand.

iS2 LA GUERRE DES GAULES.

tioii sur le territoire dos Arvernes, afin d'obliger Vercingétorix à défendre son propre pays.

Vercingétorix fit le vide autour de César, en brûlant les villes et les récoltes ; il remporta quelques avantages partiels et obligea l'armée romaine, malgré la prise d'Orléans et de Bourges, à se rapprocher de la Province.

« César fuit ! criaient les Gaulois ; en avant ! en avant ! »

Et au lieu de continuer cette guerre méthodique, qui avait déconcerté et affamé les Romains, ils obligèrent Vercingétorix à livrer bataille.

Ce fut une défaite nouvelle.

César, reprenant l'offensive, vint mettre le siège devant Alésia *.

Le siège d' Alésia (52 avant J.-C).

Vercingétorix s'était replié sous les murs de cette ville importante avec 80.000 fantassins et 15.000 cavaliers.

César avait dix légions et 10.000 cavaliers germains. Il enveloppa la ville et l'armée de secours dans une

' On a exposé, dans une salle du musée de Saint-Germain, le plan en relief d' Alésia. Tous les travaux romains ou gaulois y sont figurés d'après les Commentaires de César, et d'après les dernières recherches sur la guerre des Gaules, qui a été si remarquablement mise en lumière par l'empereur Napoléon III, dans son Histoire de Jules César.

LE SIÈGE D'ALÉSIA (52 avant J.-C). -ISS

formidable ligne de circonvallation, de 17 kilomètres de circuit, défendue par vingt-trois redoutes.

Fig. 66.

Le jour, des piquets en armes étaient prêts à repousser les sorties inopinées; la nuit, les gardes étaient

doublées et les lignes couvertes, en avant, par un épais réseau de sentinelles.

César fit creuser â quatre cents pas (592 mètres) do la ligne de contrevallation , du côté de la ville, un fossé de vingt pieds (o^SSO) de largeur, à parois droites.

Il fit creuser deux autres fossés, à quinze pieds (4"s3o) en largeur et en profondeur, et il remplit, avec les eaux de l'Ozerain, le fossé intérieur, qui traversait la plaine.

En arrière de ces trois fossés, il éleva un rempart de douze pieds (3'", 48) de haut, garni d'un parapet à créneaux et de grosses branches fourchues (cervi), plantées sur la berme, afin d'empêcher l'escalade.

Le rempart fut flanqué de tours, distantes de quatrevingts pieds (23 mètres) les unes des autres.

César fit abattre des troncs d'arbres et de très-fortes branches, dont on ôta l'écorce et qu'on aiguisa par un bout, pour en faire des pieux ; puis, dans un fossé de cinq pieds (l"-,45) de profondeur, creusé devant les lignes, il fit planter ces pieux, la pointe en haut.

Les pieux {cippï) étaient attachés ensemble par le pied, afin qu'on ne pût pas les arracher ; il y en avait cinq rangs liés et entrelacés, de sorte que les Gaulois, qui s'y engagèrent, ne purent en sortir sans se blesser gravement.

En avant, on creusa huit rangs de trous, disposés en quinconce, à trois pieds de distance les uns des autres.

LE SIÈGE D'ALÉSIA (52 avant J.-C.

Ces trous avaient trois pieds (0"',87) de profondeur, et une ouverture supérieure un peu plus large que le fond ; on y planta des pieux arrondis, gros comme la cuisse, passés au feu et pointus.

L'ouverture était couverte d'herbes et de broussailles pour cacher le piégc ; la pointe des pieux ne sortait que de quatre doigts au-dessus du sol.

Il y en avait huit rangs à trois pieds d'intervalle ; on les appelait des lys {lilia), à cause de leur ressemblance avec cette jfleur.

Ce sont nos trous-de-loup.

Plus en avant, on sema un grand nombre d'hameçons de fer {stimuli), Uxés dans des piquets d'un pied.

Ces travaux achevés, César fit construire, sur un circuit de quatorze mille pas, une ligne de contrevallation semblable à la première ; puis, il ordonna de grands fourrages et il réunit des provisions et des vivres pour un mois environ.

Fk. r.7.

Après une longue attente, alors que la disette sévissait dans Alésia, une armée de secours de 240.000 fantassins et de 8.000 cavaliers vint enfin camper à un mille de la contrevallation.

Une attaque combinée fut dirigée contre les lignes romaines.

La cavalerie gauloise, soutenue par les troupes légères, engagea l'action, pendant que Vercingétorix sortait de ses remparts, à la tète de tous ceux qui, dans la ville, avaient survécu à la famine.

Une charge, en escadrons serrés, des auxiliaires germains de César décida la victoire.

Les légions, sortant à l'improviste des retranchements, poursuivirent les fuyards jusqu'à leur camp, et la garnison d' Alésia dut regagner ses murailles.

Une double attaque de nuit fut arrêtée par les défenses accessoires des lignes romaines ; les traits des machines achevèrent la déroute.

Après deux ou trois tentatives infruct ueuses, l'armée de secours se dispersa.

Cette armée était le dernier espoir de l'indépendance des Gaules.

César fut sans pitié pour le glorieux défenseur d'Alésia.

Vercingétorix attendit pendant six ans, au fond d'un cachot, le triomphe de César, c'est-à-dire la hache du

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licteur, et le proconsul victorieux des Gaules, enrôlant les vaincus dans ses légions, devint le maître de la République romaine.

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