BATAILLE DE BOUVINES
droite, par une charge des deux gendarmeries opposées.
Les Flamands l'emportaient, lorsque le connétable de Montmorency, accourant de la rive gauche de la Marcq avec la noblesse de l'Ile de France et les milices de Corbie, de Beauvais et de Laon, qu'il avait ralliées en chemin, forma son infanterie en colonne serrée (M), et prit en flanc le comte de Flandre {M').
Vioîlet-le-Duc.
Fis.
< Manuscrit de la Bibliothèque nationale, de 1270 environ. Histoire de Saint-Graal jusqu'à V empire de Néron; n" 6769.
Ce fac-similo est un précieux document qui nous montre un prmce
230 LES ARMÉSS FÉODALES.
« Après trois heures et plus, tout le fort de la bataille tourna sur Ferrand et les siens. Il fut abattu à terre, blessé, pris et lié avec maints de ses chevaliers. Tous ceux de son parti, qui combattaient en cet endroit du champ de bataille, moururent ou furent pris. »
Montmorency, victorieux à l'aile droite, put aller alors au secours du Roi.
Les lourds piquiers allemands, suivis des chevaliers d'Othon, avaient chargé les communes ; ils les avaient rompues, sans réussir à leur faire lâcher pied, mais ils avaient percé jusqu'à la bannière royale.
Guillaume des Barres et tous les preux se placèrent devant Philippe- Auguste ; mais pendant qu'ils soutenaient l'assaut des chevaliers allemands, les piétons avaient cerné le Roi et, avec leurs vouges, ils l'avaient jeté à bas de son destrier.
C'en était fait de lui, si Ton avait trouvé un défaut à. son armure.
Renaut de Boulogne, guidé par la bannière royale, vit son droit seigneur gisant et il aurait pu l'achever.
chargeant à la tôte de ses chevaliers. A ses côtés, son porte-enseigne tient une pique surmontée d'un dragon; celui-là seul n'a pas le heaume sur son camail. L'a-t-il perdu dans la mêlée, ou bien est-ce une preuve de courage, un point d'honneur chevaleresque, comme celui qui poussait Cyrus à combattre tète nue '?....
Grâce à cette miniature, nous voilà tixés sur l'armement des hommes d'armes et de leurs chevaux au XIII"' siècle. — L'aigle de Brunswick, qui figure sur un ccu de la troupe ennemie, nous permet de rattacher le document à la bataille de Bouvines.
BATAILLK DE BOUVINUS (1214). iol
mais le scrupule du serment féodal l'eu empêcha ; il passa outre.
Galon de Montigny en élevant et en agitant la bannière, attira quelques chevaliers, qui délivrèrent le roi et le remirent à cheval. Parmi eux était Guillaume des Barres, qui déjà tenait Othon par son heaume et le martelait de sa masse d'armes, quand il a.vait entendu Montigny crier :
c Aux Barres ! aux Barres ! secours au Roi ! --^
Il était temps que Montmorency intervint. L'arrivée de sa colonne serrée obligea les Allemands à battre en retraite.
Othon s'enfuit ; son char fut renversé, et le centre de son armée se débanda.
Albert de Saxe se retira sans combattre avec ses 16.000 hommes de troupes intactes, d'après l'axiômo que nous avons déjà cité : quand la tête recule la queue fait.
Cependant à l'aile gauche, Renaut de Boulogne s'acharnait contre le comte de Dreux.
« Il bataillait si durement que nul ne le pouvait vaincre ni surmonter et le vide se faisait autour de son cimier en fanons de baleine. »
Pour résister à la cavalerie bretonne, il avait formé en cercle (en hérisson), sur 3 rangs de piques, 4 bandes de routiers et de brabançons (J), derrière lesquelles il ralliait ses hommes d'armes. De là, quand
il avait repris haleine, il s'élançait de nouveau dans la mêlée.
Les Anglais, sur son flanc droit, opposaient, depuis trois heures, une résistance impassible aux attaques réitérées des bannières de Dreux, du Perche, du Ponthieu et du Vimeux.
L'évèque de Senlis, qui jusque-là n'avait été que le spectateur de la bataille, n'y tint plus.
Une massue de frêne à la main, afin de ne pas transgresser les canons de l'Église, qui défendent de verser le sang, il se jeta au plus fort des Anglais, à la tête des milices de Picardie. Il assomma le comte de Salisbury et bien d'autres, « recommandant aux miliciens de dire que c'étaient eux qui avaient fait ce grand abatis. »
Guérin se souvint cependant de son caractère d'homme d'église, pour sauver la vie à Renaut de Boulogne. Il le trouva désarçonné et assailli par les chevaliers du roi, qui, après la déroute du centre ennemi, était accouru en personne, à la rescousse de son aile gauche. Il obtint qu'on lui fît quartier.
Les quatre hérissons de Renaut furent rompus par 3.000 bidaux ou piquiers français.
Une bande de 700 routiers, restée seule debout, refusa de mettre bas les armes. Le sire de Saint-Valery, avec 50 chevaliers et 2.000 miliciens du Vimeux, en eut raison, non sans peine.