BATAILLE DE BOUVINES
Marq ' avec une partie du corps de bataille, composé de l'infanterie des communes.
Le reste des hommes d'armes, sous le commandement direct du roi, s'apprêtait à passer à son tour, lorsque le vicomte de Melun et Guérin, évêque de Senlis, envoyés en reconnaissance avec 3.000 sergents à cheval et arbalétriers, découvrirent, du haut d'un mamelon, les tètes de colonnes de l'Empereur. L'évèque vint prévenir le roi pendant que le vicomte tenait tête aux éclaireurs ennemis.
Philippe-Auguste fit arrêter aussitôt cette dangereuse marche de flanc, compliquée d'un passage de défilé en présence de lennerai^ et il rappela Montmorency en toute hâte.
« Le roi, après une brève oraison à Notre-Seigneur, se fit armer hâtivement et saillit sur son destrier, en aussi grande liesse que s'il dût aller à une noce ou à une fête.
« Lors, on entendit crier par les champs :
« Aux armes, barons ! aux armes !
« Trompes et buccines commencèrent à bondir et les batailles à retourner, qui avaient déjà passé le pont, et fut rappelée l'oriflamme de Saint-Denis, que ton a coutume de porter par devant toutes les autres, aie front de la bataille. »
Le roi se hâta de former en haie la gendarmerie qui
' FclilalTIuontdclaLys, coulantà travers des |)rairies maidcagouscs.
l'entourait. Aidé de l'évêque de Senlis qui, pendant toute cette journée, lui servit de mestre de camp, il rangea ses chevaliers sur une seule ligne, de 1.040 pas de longueur, à peu près égale au centre de l'empereur. « Seigneurs chevaliers, criait Guérin, le champ est <i grand; élargissez vos rangs, que l'ennemi ne vous « enclave ! Ordonnez-vous de telle sorte que vous puisât siez combattre tous ensemble et d'un même front * . ;>
Voilà qui précise la tactique de la cavalerie féodale.
« Près du roi était Guillaume des Barres, la fleur des chevaliers, avec nombre d'autres preud'hommes, pour son corps garder. »
Galon de Montigni, fort chevalier du Vermandois, portait sa bannière d'azur semée de fleurs de lis d'or, et son chapelain, Guillaume le Breton, le suivait en chantant des psaumes.
Cependant, l'armée impériale s'était déployée : A l'extrême droite, appuyée à la Marcq, les archers anglais (A) et les routiers du Brabant ( J) flanquaient la noblesse des deux Lorraines et du Palatinat (L) ;
Au centre, l'infanterie allemande (7), était formée en phalanges profondes, hérissées de piques, et flanquées par des compagnies formées en coin ; derrière, en deuxième ligne, l'infanterie saxonne (Sa) était la réserve.
> Guillaume le Breton.
BATAlLLi: DI-: BOUVIM'S (1214). 24-7
Dans l'intervalle des deux lignes, se tenait l'empereur Othon, entouré de SO chevaliers allemands, qui avaient juré solennellement de pousser jusqu'au roi de France et de l'égorger. La bannière d'Othon, portée sur un grand char, représentait un aigle de bronze doré, terrassant un dragon.
f. ùlERu;, d'aprea ait, croquis du £ Hardy,
Fi;. 87.
A gauche, le comte Ferrand avec les gens de la Flandre et du Hainaut {H F).
L'armée française se forma à peu de distance, face au nord-est.
A l'aile droite, le duc de Bourgogne {B) fat opposé aux Flamands, avec les hommes d'armes et les milices paroissiales de Bourgogne, de Champagne et de Picardie ; son front était couvert par les sergents à clieval '
1 1 On appelait serçjents les hommes d'armes non nobles : en lalin
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du Soissonnais {S), qui engagèrent l'action générale, en chargeant les chevaliers flamands.
Au centre « les communes de l'Ile de France et de la Normandie, massées autour de l'oriflamme, formaient un rempart d'infanterie {N), en avant du Roi et de ses chevaliers. »
A l'aile gauche, le comte de Dreux mit en avant de la gendarmerie bretonne {Br), les milices de Dreux, du Perche, du Ponthieu et du Vimeux (D).
Le pont de Bouvines, l'unique moyen de retraite à travers les marécages, était gardé par les 150 sergents d'armes du roi (R), qui formaient la seule réserve de l'armée française.
Nous avons dit que la bataille commença à l'aile
sefvientes, c'est-à-dire servants. Ce nom indique assez que, dans le principe, ils allaient à l'armée, moins en qualité de combattants que de serviteurs. En effet, sous les Carlovingiens, les églises étaient tenues envers le roi à la prestation d'un nombre plus ou moins grand de chariots de guerre et d'hommes armés pour les conduire et les défendre. Ces hommes changèrent peu à peu de rôle : ils ne se bornèrent plus à protéger les convois d'armes et de vivres, ils se battirent et devinrent les sergents, qui, à partir de Louis YI, figurèrent, non sans quelque honneur, dans l'ost royal
< L'accroissement considérable du domaine de la couronne sous Philippe-Auguste, Philippe le Hardi et Philippe le Bel, ainsi que les progrès de l'autorité royale, décuplèrent les ressources que la royauté trouvait au commencement du XIII° siècle dans le tiers état. Les sergents prirent part à toutes les expéditions militaires du XIII* siècle, non-seulement pour la défense du royaume, mais encore pour maintenir l'ordre à l'intérieur, en réprimant les tentatives de désobéissance des grands feudataires. »
(Boutaric, idem.)