Sauvages
Ses indications sont sûres et précises, spécialement quant a la formation et aux mouvements des deux armées en bataille.
Ce plan éclaire aussi la suite de la première bataille en indiquant les redoutes du camp retranché de Townshend sur les Plaines et occupées par les Anglais et abandonnées par eux pendant la seconde bataille.
Passons rapidement sur les événements qui eurent lieu pendant rhiver qui suivit.
Lévis refusa tout pourparler de trêve, résolu de faire des courses continuelles aux environs de Québec pour fatiguer la garnison.
Dumas, au fort Jacques-Cartier, avec 600 hommes, couvrait jusque là le pays contre les entreprises des Anglais.
De son côté, Murray s'était posté solidement à Lorette et à Sainte-Foye, dont les deux églises furent retranchées et palissadées. De plus, il bâtit huit redoutes du côté des Plaines pour se fortifier au dehors.
Arrivons au 20 avril.
Lévis, ayant alors réuni ses troupes à Montréal, se mit en route pour Québec. Elles consistaient, suivant son état, en huit bataillons des troupes de terre et deux bataillons des troupes de ^a colonie, formant en tout cinq brigades, avec 3,000 (3,021) hommes de milice, officiers compris. Les bourgeois de la ville de Montréal et de Trois- Rivières formaient un bataillon séparé, sous le commandement de M. de Repentigny, capitaine des troupes de la Marine, et fut destiné à a réserve. Les milices tirées des campagnes environnantes furent attachées " par coips " aux brigades des troupes réglées, réduites de
d'abraham et de ste foye 77
beaucoup depuis le 13 septembre. La moitié des régiments était formée des Canadiens incorporés aux troupes réglées. Le tout s'élevait, officiers compris, à 6,705 combattants et 205 volontaires de •cavalerie, (suivant tableau de Lévis, p. 257). Les milices servaient sans paye. Les Sauvages, au nombre de 278, faisant bande à part et n'ayant été d'aucune utilité (Malar ic, p. 319, et Ijêvis, j. p. 267) à la «dernièie bataille qui nous intéresse, ne sont mentionnés ici que pour les éliminer comme force active.
Deux frégates du roi, YAtalante et la Pomone, convoyant deux flûtes et plusieurs goélettes, cha gées de la tille. ie et des vivres, avec un grand nombre de bateaux de toute espèce, descendaient le fleuve et transposaient l'armée le mieux qu'on pouvait.
Environ 200 hommes de cavalerie avaient pris le devant le 14 et le 15.
Le 24, l'armée était rendue à la Pointe-aux-T cmblcs, ayant paicoiiîu 55 lieues, pa* escales et étapes, tant par eau qre par tene, dans des chemins du pi intemps, détiempés, défoncés et imp: atieahles, marchant tantôt dans la neige fondante, tantôt enfonçant dans la boue. D'autre paît la descente par eau avait été iude et pénible, à cause des glaces que e fleuve chai riait, et il fanait en débarquant le soir traîner les bateaux foit loin à tene pour les mettre en siheté au delà des bordarjes avant de songer à se loger.
Le 25 fut employé à rassembler les troupes et mett:e en ordie es Canadiens. Bouilamaque fut détaché avec dix compagnies de grenadieis, quelques volontaiies et les Sauvages, commandés par M. de St-Luc, pour fake l'avant-garde et rétablir les ponts sur la rivière du Cap-Rouge, que les Anglais avaient rompus. Les Sauvages allèient occuper une chaussée de bois restée intacte, qui servait à traverser la paitie la plus profonde des maiais de la Suëte Senanne, entre l'église de Loiette et celle de Sainte-Foye. Bourlamaque n'arriva à l'entrée du maiais qu'au commencement de la nuit, après les Sauvages, et malgré cette passée difficile, il put rassembler son avantgaide dans quelques maisons, au pied des hauteurs de Sainte-Foye.
Le 26, Lévis reprit la route par eau avec le reste de l'armée et débarquait à 10 heures au moulin de Saint-Augustin. Il en repartait vers 3 heures, avec armes et bagages et trois petites pièces de cam-
pagne, pour passer la rivière du Cap-Rouge et marcher sur la Vieille- Lorette, pour de là gagner les hauteurs de Sainte-Foye.
Jusqu'alors il ne croyait pas Murray instruit de ses mouvements ; il se trompait. Le 17 avril Murray savait qu'il était prêt à partir aussitôt la débâcle. Cependant Lévis marchait en sûreté et calculait le surprendre. Cf. Johnstone.
Comme il fallait passer à la file sur les ponts, il était bien avant dans la nuit quand l'armée eut fini de traverser. Pendant tout ce temps, un orage affreux, une pluie froide et torrentielle, accompagnée d'éclaiis et de tonnerre qui grondait sans cesse, îendaient l'obscurité encore plus profonde en aveuglant les yeux de lueurs soudaines. Les soldats, trempés jusqu'aux os, tombaient dans les ornières et n'avançaient qu'à tâtons. Des ponts s'étant rompus, les soldats passaient à l'eau. On fut obligé pour le moment de laisser en anière les trois pièces. Enfin, après avoir ma:ché lentement toute la nuit pour traverser ces marais glacés, les troupes anivèient, au jour, denière les bois de Sainte-Foye, au bas du coteau, et se logèrent dans quelques maisons, pour se garantir de la pluie qui n'avait pas cessé, et réparer leurs armes.
Le même orage en rompant les bordages du fleuve entraînait et dispersait les vaisseaux à Saint- Augustin, noyait les vivres et submergeait une paitie de l'artillerie et des munitions. Il fallait toute l'énergie, le courage, l'endurance, la vigueur de tempérament et l'adresse native des Canadiens, pour utter ainsi contie la fureur des éléments et continuer la campagne sans montrer de défaillances, à la suite de longues privations et de deux jours additionnels de fatigues extraordinaires, par la pluie et le froid, mouillés tout le temps et sans trouver un abri, avant d'arriver aux maisons de Sainte-Foye ; aussi les troupes étaient-elles dans un état pitoyable. Lévis jugea indispensable de leur donner quelque repos.
Par ces détails nous voulons montrer 'a condition du soldat quand il fut soudainement appelé au combat sans avoir eu le temps de se refaire.
Cependant le plus vaillant courage et le plus sûr jugement ne peuvent lutter contre des accidents imprévus et indépendants de la volonté de l'homme, qui viennent déconcerter les mesures les mieux prises, comme le fut un de ceux que le même orage allait occasionner.
d'abraham et de ste-foye 79
* Un des bateaux, chargé d'artillerie, ayant été écrasé par les glaces, parmi les huit hommes qui le montaient, un sergent, seul, put se sauver en sautant sur un glaçon. Il fut entraîné au delà de Québec, où la marée montante le ramena, encore vivant, près du rivage. L'homme du quait du Racehorse, hivernant au Cul-de-sac, ayant entendu ses ciis de détresse dans l 'obscurité de la nuit, aveitit le capitaine Macartney qui fit lancer une chaloupe à l'eau. Elle trouva le malheureux naufragé étendu sur le glaçon, à demi-gelé, presque mourant et dans le délire. Avec des stimulants et des fiictions, on parvint à le ramener à la vie et lui faire repiendre ses sens. Il raconta son naufrage, et par là même annonça l'approche de Lévis. On le transporta, quoique sur les trois heuies du matin, chez le général, où il répéta le récit de sa mésaventure et mouiut pea après.
Cette nouvelle continuait une dépèche du major Dalling, posté au Cap-Rouge, annonçant que l'avant-gaule de l'ennemi n'était éloignée de lui que d'une demi-lieue.
Aussitôt toute la garnison fut mise sur pied. Murray se hâta de faiie évacuer le poste de Lorette, et de le replier sur celui de l'église de Sainte-Foye, bien fortifiée, crénelée et entourée d'une forte palissade.
Gouverneur dans Québec, il s'était tenu tout l'hiver au courant, par ses espions, de l'attaque projetée de Lévis.
Sa garnison était de S,768 hommes en y entrant. Elle souffrit beaucoup de la rigueur et de la durée du froid, et fut attaquée du scorbut, qui la décima et remplit ses hôpitaux de malades durant tout l'hiver. Il lui restait environ 3,900 hommes valides dans le moment.
Dès qu'il fut informé du mouvement de l'armée française, il fit sortir, sous trois jours d'avis, tous les Fiançais de la ville, contrairement aux articles de la capitulation. C'était pitié, visible même par l'émotion des soldats, de voir ces malheureux, femmes, enfants et vieillards, chassés sans savoir où trouver un gîte. Les femmes s'exclamaient en imprécations sur la mauvaise fo des Anglais, aussi contre Vaudreuil, lui souhaitant " une fin aussi misérable et barbare qu'aucun " européen eût souffert de la part des Sauvages."
Le dimanche, 27, à la pointe du jour, Murray ayant sous lui le colonel Burton, fit une sortie à la tête des brigadiers de l'armée, de cinq r égiments et des piquets de la garnison pour secourir les avant-
postes du Cap-Rouge et couvrir la retraite de ceux de Lorette et de Sainte-Foye.
Le temps étaitjdevenu moins mauvais, mais continuait brumeux et accompagné d'une pluie froide. Burton alla se poster avantageusement sur les hauteurs de Sainte-Foye et se rangea en bataille en appuyant sa droite sur Y église et faisant face au chemin, sur lequel il occupa quelques maisons en avant de sa ligne et pointa deux pièces de campagne de 18.
Lévis, à une demi-lieue au delà, derrière le bois, ne pouvait avancer que par le grand chemin qui le traversait, ce qui l'aurait trop 1 esse 1 é dans un défilé {Murray), pour oser s'y aventurer bien loin, ni -en soi tir sans danger évident. Il demeura à couveit sur les bords de ce bois, à vue de l'ennemi, et dans cette position î ésolut d'attendre la nuit pour en so:tir et se porter sur le flanc gauche de Buiton, en marchant par la droite jusqu'à ce qu'il en eût dépassé le front.
La matinée se passa en fusillades et quelques vo ées de canor sur Pavant-ga: de et sur tout ce qui se montrait à l'orée ou hors du bois
Munay n'osant attaquer et fatigué d'attenche par ce mauvais temps, donna o:dre de démolir l'église, où il y avait un dépôt d'armes, de munitions et es outils qu'il avait appoités, et d'y mettre le feu. A une heuie le toit sauta et le tout fut consumé. Puis il se retira, abandonnant ses pièces de canon déniante ées et enclouées, et ayant soin de laisser un corps en simulacre de bataille pour masquer son mouvement, il s'en alla couviir la iet:aite du détachement au Cap- Rouge. En lepassant, il ga nit le moulin de Dumont d'une escouade, ^t de même la redoute sur l'éminence vis-à-v s, au sud-est.
Les Français ne tardèrent pas de se mettre à sa poui suite, l'avantgarde le senant de près, et la cavalerie de la Rochebeaucourt escarmouchant jusqu'au soir et tout près des :edoutes de la ville.
Munay peidit deux hommes, et il y eut quelques blessés de part et d'autre. Les tioupes fiançaises purent alo;s se loger pour la nuit dans les habitations depuis l'église sur un espace de " cinq quarts de lieue," et pihent ainsi quelque repos bien méiité.
Les soldats anglais étaient rentrés fo:t incommodés par le mauvais temps et harassés des fatigues de la journée, ayant maiché tout le temps dans l'eau et la neige fondante. Il fallut abattre quelques
vieilles maisons des faubourgs pour les réchauffer et sécher leurs hardes.
Les bataillons qui les avaient poursuivis et qui déjà étaient excédés de lassitude, subirent ces mêmes fatigues, mais les supportèrent beaucoup mieux qu'eux.
Le lendemain, le jour décisif était arrivé, mais Murray demeurait incertain du parti qu'il devait prendre : se retrancher au dehors, ou engager le combat.
Ainsi en suspens, il sortit de la ville sur les 7 heures du matin, avec toutes ses troupes disponibles, consistant en 3,140 hommes de pied, non compris les officiers. Chaque soldat était muni en plus d'un pic et d'une bêche. Ayant débouché de la porte Saint-Louis et de la porte Sant-Jean en deux colonnes, il les déploya à l'endroit des Buttes-à-Neveu, sur le même terrain dom'nant où Montcalm avait rangé son armée en bataille, le même aussi sur lequel s'alignent les défenses des quatre tours Martello. Il s'arrêta délibérant s'il allait se fortifier là plustôt que dans la ville. En effet, il dit plus tard qu'il n'eût pas le temps de le faire à cause que la terre était trop durement gelée, et qu'il aurait pu s'y défendre contre une forte armée. (Lettre officielle du 25 mai 1760, et son journal, p. 6.
En face de lui, à un mille précis de distance, trois quarts de mille, dit-il, et à cent verges au delà du Terrain des courses qui les séparait, on distinguait, sur l'éminence, près du bois de Sillery, les avant-postes de Lévis occupant les deux redoutes au sommet.
Mais Murray s'étant avancé pour faire une reconnaissance, vit les grenadiers français occupés à décharger et nettoyer leurs fusils mouillés par la pluie de l'avant-nuit ; il aperçut aussi les premières troupes défilant en colonnes par le chemin Sainte-Foye à la sortie du bois. Le moment lui parut favorable d'attaquer l'ennemi avant qu'il put se former. Ses soldats, sauf quelques-uns peut-être, étaient frais, dispos, malgré ce qu'en dit le sergent Johnston, et confiants ; il avait l'avantage du terrain, et comptait sur son artillerie, tandis que Lévis n'en montrait point. Il pensait du reste n'avoir affaire qu'à des milices et des recrues mal disciplinées, mal nourries, mal vêtues, mal armées et de plus, dans le moment, trop lassées pour avoir de l'ardeur au combat.
Retournant sur-le-champ, et exalté par l'apparence d'unjsuccès
d'abraham et de ste-foye 81
vieilles maisons des faubourgs pour les réchauffer et sécher leurs tardes.
Les bataillons qui les avaient poursuivis et qui déjà étaient excédés de lassitude, subirent ces mêmes fatigues, mais les supportèrent beaucoup mieux qu'eux.
Le lendemain, le jour décisif était arrivé, mais Murray demeurait incertain du parti qu'il devait prendre : se retrancher au dehors, ou engager le combat.
Ainsi en suspens, il sortit de la ville sur les 7 heures du matin, avec toutes ses troupes disponibles, consistant en 3,140 hommes de pied, non compris les officiers. Chaque soldat était muni en plus d'un pic et d'une bêche. Ayant débouché de la porte Saint-Louis et de la porte Sa ! nt-Jean en deux colonnes, il les déploya à l'endroit des Buttes-à-Neveu, sur le même terrain dom'nant où Montcalm avait rangé son armée en bataille, le même aussi sur lequel s'alignent les défenses des quatre tours Martello. Il s'arrêta délibérant s'il allait se fortifier là plustôt que dans la ville. En effet, il dit plus tard qu'il n'eût pas le temps de le faire à cause que la terre était trop durement gelée, et qu'il aurait pu s'y défendre contre une forte armée. (Lettre officielle du 25 mai 1760, et son journal, p. 6.
En face de lui, à un mille précis de distance, trois quarts de mille, dit-il, et à cent verges au delà du Terrain des courses qui les séparait, on distinguait, sur l'éminence, près du bois de Sillery, les avant-postes de Lévis occupant les deux redoutes au sommet.
Mais Murray s'étant avancé pour faire une reconnaissance, vit les grenadiers français occupés à décharger et nettoyer leurs fusils mouillés par la pluie de l'avant-nuit ; il aperçut aussi les premières troupes défilant en colonnes par le chemin Sainte-Foye à la sortie du bois. Le moment lui parut favorable d'attaquer l'ennemi avant qu'il put se former. Ses soldats, sauf quelques-uns peut-être, étaient frais, dispos, malgré ce qu'en dit le sergent Johnston, et confiants ; il avait l'avantage du terrain, et comptait sur son artillerie, tandis que Lévis n'en montrait point. Il pensait du reste n'avoir affaire qu'à des milices et des recrues mal disciplinées, mal nourries, mai vêtues, mal armées et de plus, dans le moment, trop lassées pour avoir de l'ardeur au combat.
Retournant sur-le-champ, et exalté par l'apparence d'unjsuccès
certain, il fit jeter bas les outils et avancer sa ligne lentement. En passant il laissa, derrière sa réserve, cent hommes à la redoute Wolfe, près du Champ de courses, pour couvrir sa retraite en cas de besoin. Etant arrivé sur le terrain uni, le même où Wolfe s'était d'abord rangé en bataille, il fit comme lui et se prépara au combat.
Nous allons prendre de lui-même la formation alors de sa ligne de bataille disposée en dix bataillons s'allongeant à l'ouest et le long de PAvenue-des-Erables, c'est-à-dire sur le même terrain plane que Wolfe avait choisi pour se former, comme dit Knox. (1)
Sa droite était formée du 15ième, Amherst, 58ième Anstruthers,
60ième, 2ième bataillon du Royal-American, et 48ième, Webb, sous le commandement du colonel Burton, à l'extrême droite.
La gauche comprenait le
43ième, Kennedy, 47ième, Lascelles, 78ième, Highlanders, et 28ième, Bragg, sous le colonel Fraser.
Le 35ième, Otway, et le 3ième bataillon du Royal-American composaient la réserve, sous le colonel Young.
Le flanc droit était couvert par l'infanterie légère du major Dalling, et le flanc gauche par la compagnie des volontaires du capitaine McDonald et les rangers de Hazen.
Une forte artillerie de 20 canons et 2 obusiers était posée en front, donnant à chacun de ses bataillons le service de deux pièces. Elle était commandée par le major Godwin, assisté de l'ingénieur McKellar. Ainsi rangée cette petite armée s'étendait de la cime du Cap au chemin Saint-Jean, aujourd'hui Sainte-Foye, et pour paraître plus nombreuse la ligne n'était nue sur deux de hauteur.
Continuant &» aimuic c** ^ciinont tant soit peu à droite, et ayant dépassé lejterrain des courses, lorsqu'il fut parvenu à une portée de
(1) Lé plan de l'ingénieur McKellar diffère un peu. Sauf de légères transpositions des régiments nous l'adoptons pour la formation de la ligne, comme on peut l'y voir sur notre plan.
(CotlecHon juge Bâby.)
Published as ye Act directs, February lst, by S. A. Cumberlege, Pater-noster Row.
d'abràham et de nii'iPHjji 83
mousquet de l'avant-garde, il ouvrit l'attaque sur le moulin de Dumont • à sa droite avec son infanterie légère.
De son côté le chevalier de Lévis, qui était persuadé que sou adversaire se tiendrait sur la défensive et se bornerait à se retrancher,, avait résolu d'employer cette journée du 28 au débarquement des vivres et de son matériel de campagne au Foulon, et principalement au repos de ses troupes.
Lui aussi était sorti à bonne heure le matin avec Bourlamaque et son état-major pour reconnaître la position et où 11 en était avec l'ennemi. H s'aperçut bien vite du dessein de Murray de marcher à lui, et donna ordre aussitôt au chevalier Montreuil de faire avancer immédiatement toutes les brigades, et du coup prit ses dispositions pour porter l'action sur les hauteurs du centre où il était.
En attendant, son avant-garde continua d'occuper les deux redoutes à sa droite et le moulin de Dumont à gauche, ainsi que le terrain intermédiaire qui s'arrondit doucement en élévation du nord au sud où la pente incline vers le fleuve ; car les détachements laissés la veille par Burton dans le moulin et dans la plus haute redoute visà-vis, s'étaient retirés dans la nuit, et 25 cavaliers à pied occupaient la redoute du centre où cinq compagnies de grenadiers s'étaient portées au point du jour et cinq autres aussi dans le moulin.
Jetons, comme Lévis, un coup d'œil sur le terrain où il va déployer ses forces.
A cent pas devant lui sur sa droite est le Champ de courses et le reste uni du plateau s'étend en face de sa gauche.
Dans le penchant de Marchmont, le long du cap, des pins, formant un bois de même que ceux qu'on y voit aujourd'hui mais plus épais alors, devaient protéger sa droite, et l'autre redoute touchant à ce bois devait l'appuyer aussi. Elle couvrait en même tempe l'Ansedu-Foulon pour protéger le débarquement. (Voir le plan).
Ce même bois (alors appelé de Sillery et aujourd'hui disparu) se continuait, mais plus épais, vers Sainte-Foye, (Plan de McKellar) et la ligne de centre de Lévis allait se trouver à peu de distance de sa lisière, "d'où cette lisière se prolongeait en se retirant fort en écharpe ,r jusqu'auprès de la maison[de La Fontaine par où les troupes devaient déboucher.. Cette maison était située sur le coteau Sainte-Geneviève,
et séparée de celle de Dumont par un terrain uni de 500 verges de longueur.
En recevant Tordre de marcher, la droite qui se trouvait repliée à l'entrée du bois sur le chemin Sainté-Foye, pour attendre la gauche, se mit à avancer en colonne sur la lisière du bois, et les deux brigades, Tune Royal-Roussillon et l'autre Guienne, et peut-être une troisième, celle de Berry, du moins en partie, avaient eu le temps de se former près des deux redoutes avant que le feu eût été commencé et avant que Pennemi, rangéjen bataille, se fût avancé pour charger.
Mais la gauche qui continuait de filer en colonne avait offert, comme on Ta vu, l'occasion favorable d'être attaquée avant qu'elle put se former. C'est alors que Murray, exalté et entraîné à cette vue «et voulant profiter de cet avantage, avait lancé sur la maison et le moulin de Dumont l'infanterie légère de Dalling et dirigé en même temps le plus gros feu de son artillerie sur les colonnes en marche, qui étaient celles de Berry et de la Marine, lesquelles, exposées à un feu plongeant de mousqueterie et de mitraille, éprouvèrent des pertes fort sensibles, principalement le Berry.
Les grenadiers résistèrent avec courage, autour et dans le moulin, contre le nombre, les balles et les boulets, mais furent forcés de l'évacuer et de retraiter avant l'arrivée de leurs troupes.
Sur l'autre aile les avant-postes qui défendaient les deux redoutes, vivement attaqués par les rangers de Hazen et les volontaires de McDonald, furent aussi repoussés et les redoutes abandonnées, ayant disputé le terrain assez longtemps pour aider l'avancement des brigades.
Lévis, voyant l'ennemi remporter ces premiers avantages et sa gauche en péril, donna ordre aux troupes qui étaient en ligne de reculer à l'entrée du bois à mesure que l'ennemi s'avançait. H comptait mettre sa gauche à la maison La Fontaine. Les bataillons du centre étant adossés au bois, n'eurent à reculer que d'une centaine xle pas pour se mettre à couvert, et en réservant leur feu.
Bourlamaque, qui rapportait l'ordre du général à la gauche qu'il «commandait, fut atteint " en y arriyant " d'un boulet qui abattit son cheval et lui enleva ane partie du gras; de la jambe. H dut se jetirer.
Il y eut alors flottement dans la gauche qui resta quelques instants sans recevoir d'ordres.
Dalquier, lieutenant-colonel du Béarn, commandant la brigade LaSarre et Béarn qui arrivait la dernière et non encore toute déployée, la porta de lui-même, quoique blessé, à la rescousse des grenadiersi qui, avec cette aide, firent volte-face, et ensemble ils donnèrent avec une telle impétuosité à la baïonnette sur le corps de Dalling qu'ils le refoulèrent, le dispersant sur la droite de l'ennemi, masquant par là son front et couvrant son feu. Pour s'en dégager c'est en vain que Burtoi? voulut lui faire reprendre sa position ; ce corps fut taillé en pièces à tel point qu'il fut rais hors de combat pour le reste de la journée et se retira en débris à l'arrière-garde.
Le moulin était reconquis. Lévis était accouru pour assurer cette manœuvre improvisée, suivie d'un succès aussi imprévu, et dans l'intervalle, sa gauche avait eu le temps de se former, appuyée sur le moulin.
Alors, rangée en bataille, l'armée était disposée comme suit] en cinq brigades à partir du moulin Du mont :
f 5 compagnies de grenadiers sous le chev. Daiguebelle, Gauche | commandant ceux du Languedoc, occupant le | moulin.
5ième Brigade | La Sarre, Dalquier, lieut.-col. commandant.
| Béarn, Palmarolle, commandant du bataillon de ( La Sarre.
4ième Brigade
[Troupes de la Colonie, compagnies franches de la
Marine, commandant major Dumas.
1 Bataillon, sous le chev. de la Corna 1 Bataillon, sous de Vassan.
j Berry, 2ième bataillon, de Trivio, lieut.-col Centre J Berry, 3ième bataillon, de Trécesson, lieut.-col. com- 3ième Brigade i mandant.
2ième Brigade
Languedoc, Privas, lieut-col. commandant.
La Reine, de Roquemaure, lieut-col. commandant,, un bataillon ; par un ordre mal compris, l'autre laissé en réserve sur le chemin Sainte-Foye, (remplacé au moment du combat pai la réserve, bouf ( de Repentigny).
lière Brigade
( Guyenne, Fontbonne, lieut-col. commandant.
Royal-Roussillon, de Poulhariès, lieut-col. commandant.
Droite Milices.
3 petites pièces de 12, à la Suédoise, placées à droite ; Louvicourt, capitaine d'artillerie, commandant.
Réserve : — 1 bataillon, milice de Montréal, derrière le centre ; de Repentigny, commandant.
î La Reine, en partie retenue par erreur.
Hors de ligne, cavale: ie, 180 chevaux, do Sauvages, 278.
Aussitôt que Lévis vit ses brigades bien rangées en bataille, il parcourut sa ligne entre les deux armées, emporté à la course de son cheval, son chapeau sur la pointe de son épée, animant le soldaf du geste et de la parole ; il donna ainsi le signal de la charge et vint se replacer à la droite du centre.
Toutes les troupes, régulières comme canadiennes, firent preuve également de la plus grande valeur ; s' étant formées sous le feu des ennemis, étant restées longtemps dans l'inaction et sans tirer, elles marchèrent à eux avec toute l'intrépidité possible. Pleines de confiance dans leur chef elles étaient résolues de vaincre.
Un des bataillons du Berry se trouvant pour lors à portée de l'extrême gauche, enhardi par le premier succès, tenta, en se faufilant le long du versant du coteau Sainte-Geneviève, de tourner le flanc de l'aile de Burton, mais il fut rencontré par le major Morris de la réserve du Otway, qui arriva à point pour l'arrêter et réparer le désordre de ce côté.
Les Canadiens dans le bois de pins sur la droite, et le capitaine de Laas, du régiment de la Reine, qui avait été détaché par son commandant Roquemaure pour reprendre avec eux la redoute y attenante, y avaient réussi.; l'autre redoute sur l'éminence fut de même remportée.
Cependant le colonel James, à la tête du 43ième Kennedy, du centre anglais, fit un mouvement opportun en aidant le 3ième bataillon du Royal-American, et ils parvinrent ensemble à reconquérir les deux redoutes et à s'y maintenir courageusement pendant quelques temps, mais réduits à un petit nombre, ils furent forcés de céder et furent graduellement reculés dans la déclivité du terrain, en avant de leurs canons, qui se trouvèrent ainsi bloqués. Le capitaine McDonald y fut tué.
Le combat était engagé sur toute la ligne avec une opiniâtreté égale de part et d'autre.
Les trois petites pièces de campagne, qui avaient suivi l'armée avec des peines et des difficultés incroyables, étaient dirigées par Louvicourt, capitaine d'artillerie, avec un effet marqué ; elles ne cessaient de jouer et étaient d'un grand secours.
A leur droite les Ecossais étaient revenus à la charge au moulin et à la maison de Eumont, où les plus grands efforts que le courage et la force puissent déployer, furent mis en action. Le moulin fut pris et repris plusieurs fois ; tantôt par les Ecossais avec l'épée et la dague, tantôt par les Grenadiers à la baïonnette ; les uns entrant alternativement par la porte et rejetant les autres par les fenêtres ; tant qu'à la fin les Grenadiers, toujours maintenus par l'indomptable d'Aiguebelle, leur capitaine, furent réduits à 14 par compagnie et les Ecossais en même proportion. Les commandants arrêtèrent ce duel à mort qui durait depuis trop longtemps déjà, en ordonnant la retraite de part et d'autre. C'est ainsi, dit Johnstone, que le moulin demeura terrain neutre.
Toutefois cette retraite des Anglais à ce moment était devenue nécessaire. Leurs bataillons commençaient à céder du terrain. Entre temps, Lévis s'apercevant de la position toujours critique de sa gauche sur laquelle le feu à mitraille était recommencé, envoya la Pause de lui donner ordre de faire un demi-tour à droite, (ou plutôt, croyons-nous, de se retirer en arrière pour aller occuper une éminence.au niveau de celle des Anglais). . Soit que cet ordre fut mal donné, ou, mal rendu* il eût été évidemment funeste de. lâcher pied sur-le-champ. Le vieux Dalquier,- toujours intrépide, quoique déjà blessé plusieurs fois, en recevait Tordre se tourna, vers ses soldats en leur criant, avec un coup d'oeil juste et sûr : " Mes enfants, $q