‹ Les batailles des Plaines d'Abraham et de Sainte-FoyeChapitre 3 sur 14 · BATAILLE DU 13 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

BATAILLE DU 13 SEPTEMBRE

S'il est une occasion où il est utile de rafraîchir sa mémoire sur les deux batailles des Plaines d'Abraham, c'est bien cette année où le Illième centenaire de la fondation de Québec en célèbre les glorieux souvenirs.

Nous pensons faire une œuvre patriotique et nationale en commémorant ces deux faits d'armes à la gloire de Wolfe et Montcalm, de Lévis et Murray, et en essayant d'en présenter une version exacte d'après l'appréciation des meilleures données historiques.

Nous avons ci-devant, dans le but de sauver le terrain des Plaines du plan arrêté de les diviser en lots à bâtir, donné deux conférences sur ce sujet au moment opportun, lesquelles n'ont pas été inutiles pour les voir conserver comme propriété de l'Etat. Les objections soulevées à Pencontre dans le temps sont toutes disparues maintenant et le sentiment unanime du pays est partout reconnu pour la conservation et l'embellissement du domaine historique des Plaines d'Abraham. Les personnages et les champions les plus prononcés pour leur enlever dans le temps la couleur locale et le prix que l'histoire leur donne, se sont aujourd'hui ou veitement ralliés au sentiment commun et se dévouent à aider le mouvement de la célébration de la fête nationale.

Tempora mutantur et nos nmtamur in Mis.

Aujourd'hui nous pouvons, sans en changer les. traits généraux, donner au public les conférences sar les deux b atailles que nous avons données devant la Société Littéraire et Historique de Québec et y ajouter des détails puisés dans des documents récemment publiés qui peuvent créer un intérêt nouveau,

A cette fin, reportons-nous huit ans en arrière, alors que le terrain des Plaines appartenait aux Dames Religieuses Ursulines de Québec, qui ne voulaient pas s'en[départir, et]voici ce que nous[avons commencé par dire :

Il semble oiseux, après tout ce qui a été écrit sur la bataille des Plaines d'Abraham, de chercher à prouver, ce qui a toujours été admis jusqu'à présent, que le terrain connu aujourd'hui comme Champ de courses, ou Plaines d'Abraham, sur les Hauteurs de Québec, et qui appartient aux Dames Religieuses Ursulines de Québec, a servi à former la partie la plus importante du champ de bataille de cette journée mémorable, comme aussi de celui de Sainte-Foye.

Toutefois, depuis qn'il a été question de conserver cet endroit comme monument historique, en souvenir de l'événement devenu pour ainsi dire le point prédominant de l'histoire de l'Amérique Britannique, on a prétendu établir qu'il y a erreur topographique, et l'on soutient que ce n'est pas là le terrain ou une partie des Plaines où a commencé et où s'est livrée la bataille d'Abraham, qui a décidé du sort de la Nouvelle-France et changé le cours de l'histoire des colonies anglaises de l'Amérique. On a même été jusqu'à affirmer qu'il n'y a pas eu une goutte de sang anglais ou français versé en cet endroit, tout au plus le sang, par accidents, des jockeys et chevaux de courses. De plus on a soutenu que ce terrain était entièrement impropre par son état à être un champ de bataille.

La Société Littéraire et Historique de Québec, dont le but, suivant sa charte, est de " rechercher et publier des documents qui " intéressent l'histoire naturelle, civile et littéraire de V Amérique " Britannique du Nord," ne pouvait manquer à son devoir, ni à son passé, en ne prenant pas une part active dans le projet et le désir exprimé de tous côtés, même à l'étranger, de conserver ce qui reste du terrain qu'on appelle " Les Plaines d'Abraham " comme monument national de la Confédération Canadienne.

Dès le mois de mai dernier elle a délégué son Président à Ottawa auprès de la Société Royale du Canada, pour obtenir sa coopération dans une supplique au gouvernement fédéral, afin de promouvoir l'acquisition du terrain, en usant de son droit légal d'expropriation, dans le but d'en continuer l'usage pour des fins militaires, et par là même de le conserver à perpétuité.

Elle a publié à la suite de ces démarches une brochure intitulée : " The Plains of Abraham, 1759, a spot sacred to the memory of Wolfe and Montcalm, an appeal to ail Canada for the préservation of the Plains of Abraham as portion of the public domain. J)

Notre éminent écrivain Sir James LeMoine, vice-président de la

Société, y a recueilli les nombreuses adhésions des diverses sociétés littéraires et scientifiques du pays, comme aussi les réclamations de nos journaux et celles de la presse étrangère, dans ce but patriotique.

L'achat suggéré est le moyen d'empêcher que cet endroit célèbre, à jamais immortalisé par les souvenirs de gloire et de deuil qu'il rappelle, ne soit prosaïquement divisé et converti en lots à bâtir, comme le plan en subdivisions en est déjà fait et prêta être exécuté.

Il y a lieu d'espérer que les propriétaires actuelles, les Révérendes Dames Religieuses Ursulines de Québec, apprécieront les motifs honorables et patriotiques qui guident les auteurs du projet, et que ces Dames pourront en venir, sous peu, à une entente à l'amiable avec le gouvernement fédéral, quant à une compensation juste et équitable, comme prix de vente à établir, au lieu d'en passer par un arbitrage lent, dispendieux et peut-être moins avantageux pour elles au point de vue pécuniaire.

On a dit, par un chauvinisme que nous croyons exagéré, que ce serait un non-sens de la part de nous, Canadiens-français, d'ériger là un monument en honneur de la victoire des Anglais ; que nous ne pouvons ressentir aucune inclination, ni montrer d'intérêt bien sincère à raviver le souvenir d'une défaite désastreuse et humiliante. Et, pour trancher la question, on a prétendu que ce terrain n'est pas l'endroit de la bataille.

Les raisons qu'on apporte au soutien de cette dernière prétention nous semblent invoquées plutôt comme plaidoyer en faveur des Daines Ursulines propriétaires, qui préfèrent ne pas aliéner leur fonds, que comme vraiement tirées de l'ensemble des données historiques.

Toutefois nous dirons en réponse au premier point que si, d'un côté, à la suite de jalousies puériles, de manque d'entente et de dissensions néfastes entre les chefs, il a été commis des fautes de tactique incroyables, mais indéniables, qui ont amené forcément de la part de Montcalm une attaque précipitée et inconsidérée, suivie d'une défaite soudaine et d'une déioute complète, d'un autre côté les Canadiensfrançais, nombreux dans les rangs, seuls ont fait une brave résistance, assuré la retraite et permis le passage de la rivièie Saint-Charles au reste des troupes. Hâtons-nous d'ajouter que ces mêmes vaincus ont noblement repiis leur revanche au printemps suivant, quand, après des difficultés sans nombre et des plus rudes, ils sont revenus

lave/ la honte de leur défaite, en repoussant les régiments anglais par une semblable défaite, sur le même terrain, les mettant en fuite, et les refoulant, dans un désordre complet, jusque dans les murs de Québec.

Lévis aurait même pu entrer à leur suite dans la ville si ses soldats n'eussent été épuisés par les fatigues et les privations extraordinaires de la campagne et la durée du combat.

En sorte que, de même que dans le passé on a réuni sur un seul monument commémoratif les noms illustres de Wolfe et de Montcalm, de même aussi nous pouvons dire aujourd'hui que les Canadiens peuvent s'unir aux Anglais, de cœur et d'action, pour assurer à la postérité un témoignage égal et permanent de la valeur commune aux deux races, et rendre ainsi gloire et hommage aux braves guerriers qui, de part et d'autre, ont foulé et rougi de leur sang ces Plaines qu'ils ont rendues à jamais célèbres, et léguées, couvertes de lauriers impérissables, à l'histoire de notre Amérique.

C'est ici le moment de rappeler aux Canadiens le touchant appel de l'évêque de Québec, Mgr de Pontbriand, du 28 octobre 1759, pour implorer le secours du ciel sur la colonie en danger, et rendre aux soldats tombés dans le combat, le dernier culte qu'ils attendent de ceux qui les ont aimés et qui entendent ce cri qui va au cœur : Souvenezvous de nous, saltem vos amici ?nei. " Vous n'oublierez pas, " dit l'auguste prélat, " ceux qui se sont sacrifiés pour la défense de la " patrie : l'illustre nom de Montcalm, celui de tant d'officiers respec- " tables, ceux des soldats et des miliciens ne sortiront pas de votre " mémoire. Par inclination, par devoir, vous prierez avec ferveur " pour le repos de leur âme."

Ils sont encore et toujours nos frères ; à nous aujourd'hui le devoir de rendre hommage à leur mémoire et témoigner de notre respect au champ des morts.

Nous dirons donc qu'autant la défaite du 13 septembie a été soudaine et humiliante, autant a été glorieuse (de l'aveu même de nos compatriotes anglais) la belle et sanglante bataille de Sainte-Foye, ou plus correctement, suivant nous, la seconde bataille des Plaines d'Abraham, dite de Sillery suivant des écrivains anglais contemporains, et de " Heights of Abraham " suivant leurs meilleurs documents.

Quant à soutenir en second lieu que le terrain des Dames Ursulines n'a pas été le champ de bataille du 13 septembre 1759, et des opéra-

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tions militai* es de cette journée, nous espérons démontrer que cette prétention est insoutenable.

Pour ne pas jouer sur les mots, nous disons que l'endroit où une armée prend pied en l'enlevant d'assaut en premier lieu, et se forme en bataille ; où elle place et maintient sa réserve ; d'où elle avance sa ligne ; d'où le combat a commencé ; où elle retire ses blessés ; d'où elle fait volte-face pour repousser une attaque finale par derrière, et reste enfin campée là, maitiesse du terrain qn'elle avait ainsi gagné ; que cet endroit où elle se fortifie et dont l'unique objet de l'ennemi était de la déposter et de rompre sa communication avec sa flotte, est bien le véntable champ de bataille. Le Champ de courses ou comme l'on dit, Les Plaines, mais c'était le pivot de la situation pour Wolfe, la clé de la ville, l'endroit d'attaque qu'il avait convoité dès l'oiigine, mais ensuite trouvé impraticable.

Quelle que soit la distance de la poursuite par les vainqueurs, le point de formation, de départ et l'ouverture du feu, — peu importe d'ailleuis les engagements plus ou moins éloignés qui s'ensuivent, môme le foit du combat,— donnent à l'endroit le nom qui se transmet à l'histoire, celui acquis de Bataille des Plaines d'Abraham.

Mais en sus de l'intérêt histo.ique qui se rattache aux Plaines et que la Société Littéraire et Histo/ique de Québec s'est efforcé de perpétuer, il y a d 'autres motifs importants à considérer, qui portent à les conserver dans le domaine public. C'est sur ce même terrain que s'est livrée la bataille de Sainte-Foye, et l'endroit sur le champ de courses où la victoire a été gagnée par Lévis est bien fixé par lui. De plus, elles sont le seul lieu près de la ville où les troupes peuvent faire la parade et les évolutions militaires. Au point de vue stratégique elles doivent demeurer dénudées ; les approches de ce côté étant le seul point vulnérable de Québec en cas de siège. Elles peuvent aussi être embellies et former, à partir des fortifications, un parc admirable par la beauté du site, l'étendue du terrain, dont la ville elle-même pourrait profiter de diverses manières. Au surplus, ainsi embellies, elles ne pourraient manquer d'être un nouvel attrait pour les visiteurs étrangers. Il est à remarquer que dès 1781 le Gouvernement Impérial a 'acquis piesque la totalité du terrain intermédiaire, c'est-à-dire depuis les glacis de la ville jusqu'à celui des Ursulines

Ces Plaines sont en même temps bien adaptées à un champ de courses et elles ont été appropriées de la sorte depuis très longtemps, plus d'un siècle, (1789). (De Gaspé, Mémoires, page 467.)

Ces diverses raisons nous semblent plus que suffisantes pour faire l'acquisition, dès à présent et à perpétuité, du fonds pour l'inclura d'une manière inaliénable dans le domaine de l'Etat.

Plus tard la valeur du terrain peut augmenter de telle sorte qn'on ait lieu de se repentir d'un délai qui n'a pas sa raison d'être.

Il est nécessaire, pour ceux qui ne connaissent pas la disposition des lieux et du terrain, pour les avoir visités et examinés, d'en donner ici une description aussi exacte et succinte que possible, — de même qu'il importe de les reconstituer exactement sur la carte du jour tels qu'ils existaient en 1759, d'après les plans et cartes de l'époque. Celle que nous vous montrons, faite sur une grande échelle de 100 pieds au pouce, servira à la démonstration.

Le Cap-Diamant, couronné de sa citadelle, domine la ville de Québec et ses alentours, qui dessinent le plus beau panorama de l'Amérique du Nord. Il s'élève à une hauteur de 350 pieds au-dessus du niveau du fleuve Saint-Laurent, dans lequel il s'avance en forme de langue de chat vers l'est, et il est contourné au nord par l'estuaire de la rivière Saint-Charles qui assèche à basse marée. Bordant le fleuve sur un espace de trois lieues, le Cap étend sa cime par un escarpement continu, ou précipice abrupt, jusqu'au Cap-Rouge.

Dans les endroits où la pente du Cap est dénudée de ces arbustes qui s'accrochent, pour croître, aux anfractuosités des rochers, elle est lavée par les pluies, et la terre effritée glisse sous le pied et empêche de gravir la falaise.

Les rochers qui constituent la rive no:d du fleuve depuis Québec jusqu'au Cap-Rouge, appartiennent à la subdivision du Silurien Inférieur, appelé " Groupe de Québec." Ce sont des schistes argileux, plus ou moins durs, criblés de joints et de crevasses, qui s'effritent assez vite au contact de l'atmosphère, en se décomposant plus ou moins. C'est ce qui explique leurs altérations plus ou moins profondes, suivant la localité et le caractère glissant que prennent les surfaces inclinées. (Mgr. Laflamme, Lettre à l'auteur, du 1er septembre, 1899.)

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Ces rochers se présentent partout aux plus hardis stratégistes comme une muraille à pic, apparemment inaccessible et imprenable.

A peine laissent-ils au pied un chemin étroit le long du rivage, conquis en partie sur la plage ; même ce chemin est interrompu dans l'endroit où les eaux du fleuve baignent avec la marée le pied de la falaise. La largeur du promontoire vient aboutir vers le nord-ouest au coteau Sainte-Geneviève et se termine aussi là abruptement, à partir du Sault-au-Matelot jusque dans Sainte-Foye, sur une hauteur variant de 100 à 200 pieds. Ces deux crêtes se suivent presque parallèlement à une distance de 23 à 24 arpents, pour se rejoindre à la rivière du Cap-Rouge. L'escarpement de celle du coteau Sainte Geneviève était appelé Le Rideau, par les Français.

Entre Québec et Sillery, le milieu de cette élévation forme un plateau relativement uni auquel on a donné, dès les premiers temps de la colonie, le nom de Hauteurs d'Abrahavi, provenant, suivant la tradition, de celui d'Abraham Maitin, dit l'Ecossais, pilote-royal, appelé maître Abraham, propriétaire, dès 1650, d'un carré de 32 arpents de terre en superficie situés sur le versant du coteau Sainte- Geneviève, près de la ville, entre M. Repentigny d'un côté et M. Couillard de l'autre, attenant au sud-est à M. de Villeray et au nord à la commune. Ce terrain est dominé par le plateau qui va former les Hauteurs à partir de celui de M. de Villeray.

Abraham Martin tenait 20 arpents par donation de Sieur Duchesnes qui les avait reçus en don de MM. de la Compagnie des Cent- Associés par contrat en date du 9 juillet 1637 ; et douze arpents suivant un autre contrat de donation par le même du 16 mai 1650. Le tout fut vendu aux Mères Ursulincs de Québec, par les héritiers de Martin et de Marguerite Langlois, sa femme (1), dont l'un était mineur, parce que les bâtiments tombaient en ruine et la terre restait en friche, faute de moyens; suivant qu'il appert au contrat du 1er juin 1667, devant Mtre. Becquet, notaire royal.

Cependant, il faut remarquer que ce terrain n'a aucunement servi à illustrer celui devenu célèbre dans nos annales ; et le terrain des Plaines dont nous parlons ne fait pas et n'a jamais fait partie de celui ci-dessus d'Abraham Martin, pas même de la totalité de celui appelé

(1) Dont Anne Martin, une des héritières, est mon aïeule maternelle par Jean Côté, son mari, desquels je suis de la 6ème génération.

les Hauteurs d' Abraham. Panet l'indique et mentionne l'Hôpital- Gén&al comme étant au-dessous de la terre d'Abraham Martin. Journal, p. 19, de même que nous disons les Hau teins au-dessus d' (1) Abraham. Ce n'est donc que par ricochet que son nom est accolé aux Plaines ou Hauteurs d'Abraham.

Au delà du plateau, vers Sillery, la surface est coupée par de petits ruisseaux dont celui qui porte le nom Saint-Denis est le plus considérable. Il a creusé un ravin profond, peu sinueux, et vient faire sa chute bruyante, clans l'abondance des pluies, à l'Anse-dn- Foulon, ou Wolfe's Cove. Son cours fait la borne nord de Spence;- Wood, résidence du Lieutenant-Gouverneur, et forme en même temps un obstacle sé.ieux dans les opérations militaires.

Tout le long du plateau, une pente douce et régulière descend vers le coteau Sainte-Geneviève et vers Sainte-Foye. Attenant au chemin, à ce dernier endroit, éloigné d'une bonne demi-lieue de la ville, était la maison et le moulin de Dumont, lequel est marqué sur diveis plans de l'époque et autres subséquents, comme éiigé sur le site actuel ou tout près du Monument des Braves, m êlevê en 1860, dont la statue emblématique de la Victoire qui le surmonte, est le don généreux de feu le prince Napoléon.

Au pied du coteau Sainte-Geneviève s'étend la belle vallée arrosée par la rivière Saint-Charles, laquelle serpente lentement derrière l'Hôpital-Général et passait alors auprès du Palais de l'Intendant, en allant se déverser dans le fleuve. Les travaux modernes ont changé l'aspect des lieux ; ils ont conquis là et tout autour du Saultau-Matelot le littoral rapporté qu'on y voit.

Les Plaines étaient traversées sur leur longueur par deux chemins aujourd'hui redressés et p:esque parallèles ; celui de Sainte-Foye au nord semble avoir ton joui s conservé à peu près l'ensemble de son cours ; celui au sud, dit la Grande-^ liée, aujourd'hui en ligne droite avec la rue Saint-Louis, est d'un tracé comparativement récent (1790) jusqu'aux chemins de Samos et de Gomin. Son ancien parcours est marqué sur les divers plans de 1759 et depuis, même en 1776, et montre les sinuosités qu'il déclivait d'après les inégalités du terrain. En sortant de la ville il tendait à droite dans la direction de la rue

(1) Cf. Mémoires de la Société Royale du Canada, Tome IX, p. 145 et suiv. pour le site, l'étendue et plan de l'habitation d'Abraham Martin, qui a laissé son nom à la côte d'Abran qui le bornait.

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Saint-Amable actuelle. Cette îue qui biaise dans le faubourg Saint- Louis a dû conserver depuis lois cette première direction, évitant ainsi la côte-à-Perrault aux Buttes-à-Neveu, et assez probablement d'autres inégalités du so . Après deux longues courbes ce chemin allait se bifurquer sur le milieu du plateau à un autre chemin qui conduisait à la descente de l'Anse-au-Foulon.

,C'est par cette dernière voie que Wolfe et ses braves guerriers sont venus planter le drapeau de la conquête sur la Nouvelle-France. Ce dernier chemin est effacé aujourd'hui. Il était bon et ouvert à cette époque. Knox, p. 78 (1). Il n'y a pas longtemps qu'il continuait de servir de montée et de sentier aux nombrenx travaillants dans les chantiers dont les trains de bois couvraient toute la plage jusqu'au Cap-Rouge, à l'époque où le commerce de ce genre était dans sa plus grande prospérité à Québec. — Nous l'avons parcouru plusieurs fois. Il n'est pas même tout à fait aboli, puisqu'il reste encoie (1900) le sentier de tolérance qui longe en dedans de la clôture ouest des Plaines. Il est indiqué sur le plan de Holland de 1785, tel qu'alors et qu'il a continué encore jusqu'à tout récemment.

Notons que la rampe étroite du Foulon alors est devenue la côte cairossable qui mène, de son sommet droit au chemin Saint-Louis, et est connue sous le nom de Côte de Gilmour.

Comme la suiface des Hauteurs de Québec entre la ville et lé bois de Sillery était un terrain assez vague et presque sans clôture, peu ou point cultivé à cette époque où les combattants allaient le parcourir, il impoite de bien connaître les endroits qui ont servi de points d'attaque ou de défense ce jour-là, où le combat a commencé et où a été décidé par le sort des armes notre existence nationale. Il faut replacer, entre autres points caractéristiques topographiques, les divers bois rencontrés ça et là.

Il croît sur les Plaines un arbuste naturel, tel qu'on le voit encore sur le versant sud-est du Cap. 11 est épineux, du genre crataegus, dont les variétés sont nombreuses ; c'est peut-être le Cresta galli. Il forme, par endroit, un fourré épais, impénétrable à un corps de troupes, mais des plus favorables pour cacher des tirailleurs isolés. Les hauteurs étaient parsemées de touffes semblables.

Entre les chemins Saint-Louis et Saint-Jean, il se trouvait un

(1) C'était le chemin de communication avec la mission de Sillery.

bouquet de bois et f ouït 6 (Coppice) qui couvrait le cimetière des Picotés et les environs de la rue de Salaberry; un autre même bois bordait la cime du coteau Sainte-Geneviève, s' étendant de chaque côté de la côte à Sauvageau et entourant quelques maisons près du chemin Sainte-Foye ; un aytre moins étendu se trouvait près de la porte Saint-Jean ; enfin dans la vallée, au pied de la côte d'Abraham et vers PHôpital-Général, on traversait une sapinière (Cf. Carte de Bellin, 1744) qui couvrait une partie du faubourg Saint-Roch actuel. Elle était de la même nature marécageuse que celle que Ton traverse en'passant en chemin de fer Pespace qui' sépare Saint-Sauveur de Québec à l'Ancienne-Lorette.

Ces bois sont marqués sur les anciens plans et cartes ainsi que divers moulins à vent avoisinants, entre autres, près de la Petite Rivière St-Charlesetde cette sapinière, celui du Roi avec la grange en dépendant, la boulangerie et plus loin la Maison Blanche où une partie des poudres étaient gardée. Nous devons signaler particulièrement le moulin à vent de Manseau, prè6 de la maison de Borgia, sur le sommet du coteau Sainte-Geneviève, à la courbe du chemin Saint- Jean, où se trouve la remise des chars urbains. (1)

Ce sont là les divers bois et repères qui, comme points d'attaque ou de résistance, doivent nous occuper pour le présent c'est-à-dire relativement à la première bataille.

Au temps de la conquête on comprenait généralement sous le nom de Hauteurs d'Abraham ou de Québec toute l'étendue du plateau entre Québec et Sillery, au-dessus et sans égard à l'habitation d'Abraham Martin. On les désignait aussi, après la conquête, sous le nom De " The Heights of Abraham," comme disaient les Anglais.

La côte d'Abraham qui coupe le flanc du coteau Sainte-Geneviève à 600 verges de la porte Saint-Jean, montait chez Abraham Martin et de là ce chemin en contournant, servait à parvenir chez lui et on le continuait par la route Claire-Fontaine au sommet du plateau. Depuis le commencement du siècle, à raison de l'occupation d'une partie du terrain, (environ 86 arpents en superficie), par les autorités

(1) Cf. Mé.n Soc. R. du Ca. 1904-5, Tome X, sect. 1, p. 45, La maison de Borgia.

impériales pour les fins militaires, et du reste par divers particuliers, on a restreint la signification primitive à l'étendue qui est enclavée dans cette superficie déterminée. C'est l'endroit que tout le monde connaît comme " Le terrain des Plaines," ou " Terrain des courses/' considéré comme ouvert au public.

Le domaine du fonds appartient (1899) aux Révérendes Dames Religieuses Ursulines de Québec, qui Pont concédé à bail emphytéotique pour 99 ans aux autorités militaires le 23 février 1803, suivant acte authentique devant Mtre. Félix Têtu, notaire. Ce bail doit expirer le 1er mai 1902. La contenance y énoncée est de quatrevingts arpents et vingt-quatre perches. Suivant le plan officiel du cadastre, auquel on peut s'en rapporter comme plus exact, elle est de quatre-vingt-six arpents et trois perches.

Le major Holland, arpenteur-général, a fait en 1780-85 un arpentage et un plan très détaillé et très correct de tout le territoire qui doit attirer notre attention dans le cas présent. Ce plan comprend environ une lieue carrée, et renferme Québec et Sillery, une partie de Sainte-Foye, une partie des champs de PHôpital-Général et de la Petite-Rivière au delà. (1)

C'est sur cet espace restreint que s'est décidé le sort de la Nouvelle-France et là qu'a succombé la domination française dans l'Amérique du Nord, et, spécialement, c'est le terrain du champ de courses qui fut le véritable point à enlever par Wolfe en premier lieu et à être défendu à tout prix par Montcalm. Aussi désignons-le graphiquement, puisque c'est le sujet en litige. Il est borné vers le fleuve au sud-est par la cime du cap ; au nord-ouest par le chemin Saint-Louis ou Grande-Allée, qu'il longe sur une longueur de 10 arpents et demi ; au sud-ouest en trait-carré à la villa Marchmont, sur 7 arpents et 10 perches de profondeur, où la ligne est celle de division entre la paroisse Notre-Dame de Québec et celle de Saint-Colomban de Sillery ; et au nord-est au terrain du Gouvernement de Québec et autres propriétaires.

(1; Le major Holland assista aux deux batailles des Plaines, puis au siège de Québec par Lévis, comme ingénieur dans la défense de la ville. Il remplaça l'in-

?;énieur en chef, le major McKellar, après la bataille de Sainte-Foye, où ce dernier ut blessé à mort par une balle au travers du corps, ditJDésandrouin. Il fut dans la suite nommé arpenteur-général du Canada, et fut appelé au Conseil Législatif. Holland Ho use, sur le chemin Sainte-Foye, a reçu son nom de lui. Nul mieux que cet officier n'a eu une connaissance aussi exacte des lieux dont il s'agit et des événements qui ont amené la conquête du Canada. Il mourut à Québec le 28 décembre 1801, âgé de 73 ans.

Afin de faciliter au lecteur le contrôle de notre récit et de nos assertions, nous'citerons le nom de l'auteur, ou le texte même à l'appui, nous bornant autant que possible au fait pur et simple des deux batailles, et en particulier au site où elles ont été préparées, livrées et poursuivies, en évitant tout hors-d' œuvre, enjolivements ou coloris. Ce travail ne peut et ne doit être qu'une simple compilation des divers écrits anciens sur la matière et le résultat de l'examen attentif des divers dessins, plans, gravures et cartes figuratifs des lieux ; il n'a pas et ne peut avoir d'autre mérite.

Notre but ne va pas au-delà de celui de conserver le souvenir historique attaché aux Plaines d'Abraham, c'est-à-dire à ce qui reste de terrain encore disponible connu sous ce nom.

Nous avons fait compiler, d'après le cadastre officiel, une carte très exacte des lieux sur une grande échelle, 100 pieds au pouce, avec les superpositions qui en montrent l'état en 1759, en rapport avec les deux batailles, et on y trouve de plus les différents niveaux au-dessus du fleuve qui indiquent les ondulations du sol. C'est un élément indispensable pour êtie bien compris. Nous y ajoutons un plan de la bataille de Sainte-Foye qui, superposé, en couvre l'étendue durant l'action. Ils sont déposés à la Société Littéraire et Historique de Québec.

Nous n'avons pas la prétention de faire mieux que les divers écrivains sur la matière ; seulement il est possible de préciser quelques points vagues, relever quelques légères erreurs, développer quelques détails et rendre plus saillants certains événements, en remontant aux causes qui les ont produits, et le faisant d'après les sources authentiques connues et différemment appréciées ou compiises, et par d'autres données nouvellement publiées.

Afin de contrôler les diverses narrations et d'en tirer une concordance de conclusions raisonnées, il faut suivre attentivement les lois physiqves qui ne se démentent point, pour préciser les mouvements de la flotte anglaise^comme ceux de- l'armée.

Ainsi pa • rapport à l'heure où la marée a commencé à baisser au Cap-Rouge dans la nuit du mercredi au jeudi, du 12 au 13 septembre, en voit par la phase de la lune, alors à son 20ième jour, que l'heure de la marée haute à Québec, suivant le calcul du " Nautical Almanac," était onze heures trente minutes du soir ; et il faut obseiver en même temps que le courant de la marée continue à refouler 45 minutes après

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l'heure astronomique ; et qu'il faut allouer aussi 15 minutes de plus pour la distance de Québec au-dessus du Cap-Rouge ; et tenir compte de la vitesse du courant dans les moi.tes-mers, qui y est de tiois milles à l'heure. On voit de même que le lever de la lune a commencé à dix heures trente-deux minutes, temps moyen; par conséquent, même en la supposant cachée par un ciel couvert ou brumeux, elle ne faisait pas néanmoins que de laisser percer une certaine lumière appréciable le reste de la nuit. Le temps était beau et la nuit étoilée à son commencement, mais il se fit brumeux et obscur avant sa fin. La lune devint cachée alois derrière la cime du Cap, ce qui explique l'obscurité que les narrateuis mentionnent loisque la flottille de Wolfe côtoyait la rive nord et loisqu'elle vint toucher terre à PAnse-des-Mères.

Notons aussi que le so eil s'est levé, le 13 septembre vers les cinq heures trois quarts (5h. 41m. temps vrai), et que les premières lueurs de l'aube ont commencé à poindre vers 4J heures, ietardées par le temps couvert et pluvieux du matin (shoicery).

Il faut de plus mesurer exact ement les distances sur e tcnain afin de computer le temps icquis pour la ma:che des foupes d'un lieu à un autre. — Ce qui requieit l'étude et la compa aison des plans nombreux qu'on fouve sur ce sujet, et Ton peut s'en îappo ter avec confiance à l'exactitude topogiaphique et au mesurage du plan officiel du cadastre actuel que nous avons suivi.

On voit que, quant aux temps indiqués comme heuies piécises par clive s narrateurs et témoins présents, il y a des divc.gences qu'on peut rédure à une moyenne suffisamment exacte, en suivant" les lois ordinaiies de la nature et les ohseï vations astronomiques. Ces echeiches peuvent paraîtie méticuleuses, néanmoins elles sont nécessai es pour se rendie compte à soi-même des mouvements des deux armées pour a'iivcr en présence.

Passons maintenant à l'affaire du 13 septembre 1759.

Nous n'cntieions pas dans les détails connus qu'on lit dans les dive s histo iens modernes te's qve Hawkins, Gamcau, Feïland, Pa'kman, Casgrain, Mills, Kingsfo.d, LcMoinc, et aut es, si ce n'est en ce qui touche la question soulevée. Même nous avons cm avant de ieli e leur nai ration icspective, et pour ne pas nous préjuger d'avance, îemonter d'emblée aux souices où ils ont puisé et à d'autres nouvelles, afin de pouvoir établir, par le résultat, jusqu'à quel point

il peut y avoir divergence de vues et de conclusions entre eux et nous sur certains détails ; en même temps rencontrer les contradicteurs de notre thèse.

Et parmi les auteurs de l'époque nous avons vu qu'il y a un choix judicieux à faire des preuves et des témoignages dont ils se sont servis, et qu'on doit peser chacun d'eux à sa juste valeur.

Les écrits des témoins oculaires, !es premiers plans et cartes des lieux, ceux de l'époque qui ont suivi de près, les dessins et gravures du temps, les rapports officiels des chefs militaires et civils, passent en premier lieu, et nous paraissent une base suffisante pour arriver à nos conclusions.

! Entre les divers historiens, sauf quelques nuances légères dans les détails, et quelques assertions erronées de peu d'importance, corrigées par la carte, le récit qui se lit dans " Hawkins' New Pictures of Québec, 11 accompagné de la carte des lieux et du beau plan de la bataille (1) gravé en 1841, nous semblent doimer le plus exactement et le plus succintement la description des premières opérations, combats et suites de la première bataille. L'ensemble du chapitre XV qui les contient est de la plume de feu le Dr. Fisher, élève gradué d'Oxford, que nous avons eu l'honneur de connaître, gentilhomme de haute volée, et écrivain remarquable en son temps comme rédacteur de l'ancien journal des Etats-Unis, " L'Albion." La belle inscription en style lapidaire du monument dans le jardin du Fort, à la mémoire de Wolfe et Montcalm, est une preuve de son goût pur et classique. Il eut, sur le même travail, a collaboration de son ami, feu M. Andrew Stuart, père, avocat aussi distingué dans les lettres qu'au barreau.

Tous deux avaient à leur appui la tradition encore récente et des témoins oculaires encore vivants, entre autres, du côté des Anglais le

(1) Cette carte faite et gravée par James Wyld est un chef-d'œuvre du genre, parfaite d'exécution et d'exactitude. Elle comporte une histoire complète, en abrégé, de l'ensemble des opérations militaires et navales au siège de Québec. L'auteur, comme géographe de la Reine et du Prince Albert, a eu accès aux meilleurs documents officiels et anciens plans sur le sujet ^dans les archives gouvernementales à Londres. H a compilé sur sa carte de nombreux renseignements reconnus et confirmés depuis par des travaux semblables comme corrects pour l'histoire. On constate ainsi que ce plan de bataille, ensemble avec celui de la partie aggrandie du champ pour la représenter, est conforme au premier plan officiel transmis au ministre en Angleterre pour accompagner le rapport officiel de la prise de Québec. L ? auteur a devancé les cartes sur le même sujet récemment mises au jour.

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colonel Malcolm Fraser (1), le major Holland, ingénieur en second, puis en chef au siège de Québec par Lévis, M. James Thomson (2) te autres ; et, du côté des Français, le Dr. Badelard, chirurgien dans leurs troupes (3), et divers anciens miliciens (4). De plus, ils étaient sur les lieux mêmes ponr les examiner et en conférer ensemble.

Par suite, il nous semble important, {xnir compléter cette étude, de bien se rendre compte des causes qui ont amené la bataille des Plaines d'Abraham à l'endroit où elle a été livrée, c'est-à-dire, sur les Hauteurs de Québec, et de suivre le chemin et trouver au juste les moyeas par lesquels on y est parvenu.

Wolfe, aprte deux grands mois de siège par mer et par terre devant Québec, devenus tout à fait inutiles et sans autre résultat que la mine et l'incendie presqu 'entière de la ville par un bombardement terrible et continu, se trouva à la fin arrêté comme impuissant dans son plan d'attaque du côté de Montmorency. Puis il se trouva en face d'autres difficultés telles qu'il ne savait pas, dit-il, quel parti prendre pour les surmonte:'. Arrivé en rade de Québec avec une armée de 9,000 hommes, supporté par une cinquantaine de vaisseaux de guerre, portant au-delà de 13,000 hommes et montés de près de 2,000 pièces de canons, Wolfe dans sa campagne entreprise contre la Nouvelle-France n'était pas plus avancé qu'au premier jour, malgré ce puissant armement, sinon que déconcerté et irrité il avait ordonné, dans l'espoir de réduire les habitants pas les horreurs de la guerre, de tout détruire, sauf les églises. Il avait en personne fait ce triste métier

(1) Malcolm Fraser était lieutenant du 78ème le 13 septembre 1759. Il devint seigneur de la Malbaie et mourut en 1815, âgé de 82 ans. Simon Fraser, commandant du même régiment, est mort lieutenant-général en 1812. Ils étaient parents.

(2) Sergent sous Wolfe, décédé en 1830 à l'âge de 98 ans ; a laissé des mémoires très corrects.

(3) I/e Dr. Badelard était chirurgien dans les troupes de Montcalm. Il rendit son épée sur le champ de bataille au sergent Fraser, qui se plaisait à montrer ce trophée. 11 mourut à Québec le 7 février 1802.

(4) L'honorable François Bâby fit la campagne sous Montcalm ; né en 1733, il mourut a Québec où il résidait, en octobre 1820, âgé de 87 ans. Le grand-père de notre historien (ïarneau lui montrait l'endroit où Vauquelin jeta YAtalante à terre. \a? père de feu l'honorable Elie (îingras, M.C.L., avait servi sous Montcalm à l'âge de 19 ans. On a même cité un domestique de Montcalm : '* Décédé à

Ste-Thorèse un nommé Joseph Barbeau qui avait été cocher, pendant trois ans,

du général le Marquis de Montcalm, qu'il avait accompagné avec des chevaux de selle au champ de bataille sur les Plaines d'Abraham. 11 est mort âgé de 88 ans, 10 mois et 18 jours." Cf. Gazette de Québec du 2 octobre 1828. Ce Joseph serait-il celui amené de France par Montcalm avec Dejean, autre domestique? Lettre de Montcalm à sa femme, 1756.

Tannée précédente sur les malheureux Acadiens ; il continua de porter de la sorte la dévastation par le ravage et la torche sur le littoral nord et sud du fleuve en bas de Québec, commettant, sous prétexte de îeprésailles, des massacres barbares, donnant rarement quartier, (1) scalpant même à la façon des sauvages. Ce genre de guerre redoubla le courage des canadiens et leur soif de vengeance. Cependant le temps commençait à presser ce gêné al devenu par trop farouche.

En songeant aux pertes d'hommes qu'il avait déjà subies ; en repassant les divers échecs éprouvés, les tentatives de descente frjstrées, et les attaques manquées ou repoussées ; et ne comptant plus sur la jonction possible du gêné al Amherst avec ses 10,000 hommes, Wolfe se vit réduit à ne compter que sur lui-même et sur ses seules ressources. De plus en envisageant la saison avancée et le peu de temps qui lui restait, comme il le dit, pour la campagne ; (Sa lettre du 9 sept., 59) souffrant d'une maladie qui le tvaînait en langueur, et attribuée, pour beaucoup, au revers désastreux et à f la retiaite précipitée de Montmorency où il avait eu 947 hommes mis ho s de combat; il s'aperçut que l'impression créée en même temps dans l'armée par les commentaires à la suite de ces malheureux événements et ci. constances fâcheuses, y avait répandu à la longue et sourdement une opinion qui lui était peu favo able comme chef pour diiiger le commandement ; sachant aussi que la confiance naît du succès et que, pa: conte, les levés viennent la diminuer : tout considé é, Wolfe ne put se dissimule- que désormais la confiance qu'on avait mise en lui devait et e plus ou moins ébranlée. En effet, silonenc:oit, ent e autres, Murray (2) et Townshend (3), deux de ses trois biigadicrs, de même que les officie s James Gibsone et Montciief (4), qui n'ont pas craint, chacun, de mett e leur sentiment par éc it en

(1) Very little quarter on either side, — retaliation and scalping. — Life of Townshend, pp. 170-199-218. Unparalleled pièce of barbarity. Fraser.

(2) Murray dans sa lettre à Townshend du 5 oct. 1759 (Doughty, S. of Q., vol. V, pp. 205-6) entre autres remarques, écrit : " Indeed his orders throughout

the campaign shows his little stability, stratagem, or fixed resolution suddenness

of change of action."

(3) Townshend, lettre du 6 sept. 1759, Doughty, S. de Q., date importante.

(4) James Gibson — to Governor Lawrence — 20th July. " Within the space of 5 hours, we received at the general's requcst 3 différent orders of conséquence, which were contradicted immediately after their réception ; which indeed has been the constant practice of the gênerai ever since we hâve been hère, to the no smal

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critiquant leur général et sa tactique, on peut croire que le malaise et Panxiété ainsi eréés dans Pesprit de Wolfe devaient lui sembler ne pas manquer de fondement assez raisonnable, vu la futilité de ses tentatives qui partout avaient échoué et le néant de son succès jusque là. Les motifs que l'on verra donnés ci-après pour la levée du siège sont une preuve de plus et non équivoque de Popinion des officiers et de l'armée.

Ce pénible état de souffrances physiques et morales le plongea dans une si grande perplexité qu'il ne savait pas de quel côté tourner, " n'ayant/' comme il Pécrit lui-même, " que le choix entre des diffi- " cultes telles qu'il avoue ne savoir pas comment prendre un parti." (1)

Se voyant dans cette inextricable situation, rendu à bout et arrêté dans toute sa tactique par la stratégie habile, tenace et imperturbable de Montcalm, "lequel se sentait en sûreté tant que les Anglais " ne se/aient pas débarqués au-dessus de la ville," (Sa lettre, Life of Townshend, p. 221), Wolfe devait nécessairement chercher à sortir au plus tôt de cette impasse où chaque jour il s'empêtrait de plus en plus.

Déçu par suite de son impuissance, incertain, en regard d'un vide obscur, il lui fallut avouer le besoin de consulter sur les moyens de sortir de là. Il s'en ouvrit le 29 août, d'abord à Monckton, le premier de ses trois brigadiers, puis il les pria tous trois de se concerter avec lui et les deux amiraux Saunders et Holmes pour aviser ensembie à ce qu'il y aurait de mieux à faire pour le plus grand bien du service du Roi. Quant à lui il était d'avis de continuer le siège par le même côté de Montmorency et proposait à cet effet l'alternative de trois sortes d'attaques qu'il exposa en détail. Mais son idée ne

amazement of every one who has the liberty of thinking. Every stop he takes is whollv his ovvn ; I am told he asks no one's opinion, and wants no adviee ; and therefore as he conducts without an assistant, the Honor. . . .will l>e in proj>ortion to his success."

We find ourselves outnumbered and, \ve fear, outgeneraled. Monterit-j Jd.,pSfà.

One of thein (offieers) of knowledge, Fortune and lnterest, I hâve henni,

has declar'd the attack then and there was contrary to the adviee and opinion of every officer ; and when things are corne to this, vou'l judge what the event may be. /</., p. <>7.

I shou'd not vent ure to express myself so freely was I not j>ersuaded of your Tenaeity ; and as I promis'd to be particular, thought it a dutv to |x»rform it. Id., p. 07.

(1) In this situation there is such a choiee of difficulties that I am myself at a loss to détermine. Dépêche du 2 sept.

prévalut pas dans la délibération de ce conseil de guerre, qui en vint unanimement à la conclusion qu'il fallait renoncer à Montmorency et adopter un autre plan de siège, celui de tenter une descente de l'armée au-dessus du Cap-Rouge, à quatre lieues environ au-delà de la ville, pour mieux faire Pattaque par les Hauteurs d'Abraham. Ce dernier projet étant ainsi approuvé, il fut ensuite arrêté que le 9 septembre serait le jour fixé pour effectuer la descente.

Wolfe acquiesça franchement, à ce changement de front, malgré son opinion raisonnée et formée autrement, et se mit à y travaille 1 * généreusement à l'égard de ses trois brigadiers et en toute loyauté envers son Roi et son pays afin d'exécuter avec succès ce nouveau plan au- jour dit. (1) Et on peut ajouter qu'il agit ainsi sans faire voir qu'il se sentait supplanté par ses trois brigadiers en leur abandonnant la stratégie de l'armée, dissimulant ainsi son amour-propre naturellement blessé.

On commença donc la levée du camp à Montmorency et le 3 septembre au soir l'armée entière était traversée à la sourdine, sans encombre, ni perte d'un seul homme, du côté de la Pointe-Lévis- Wolfe prépara dès ce moment et donna les divers ordres pour assurer effectivement le plan de ses brigadiers.

Pendant qu'il s'occupait de ses préparatifs il tenait d'un côté Montcalm en éveil par des démonstrations faites contre Beauport, simulées par les matelots de l'amiral Saunders et le feu de ses vaisseaux clans cette direction ; aussi par la persistance et l'activité redoublée du bombardement lancé des hauteurs de Lévis ; de l'autre côté, au-dessus de Québec, il tenait Bougainville toujours en alerte en continuant de faire monter et descendre, au gré de la marée, les vaisseaux de l'amiral Holmes, depuis le Cap-Rouge en amont jusqu'à la Pointe-aux-Trembles. Son but était de retenir là-haut Bougainville chargé de le surveiller. Celui-ci était sans cesse tenu en haleine avec près de 2,000 hommes de pied et environ 200 hommes de cavalerie, par des marches et contre-marches dont la irionotonie jour nalière devenait autant morne que fatigante.

(1) Cf. Despatch, Sept. 9th. — We are preparing to put it in exécution. Dès le 7, il avait promulgué l'ordre de bataille pour la formation et disposition des bataillons une fois à terre, montrant bien son intention de seconder ses trois Brigadiers et suivre à la lettre le plan convenu.

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En même temps Wolfe continuait activement de donner d'ailleurs son concours dans le nouveau plan. Le 6, les troupes furent mises à bord de la division Holmes. Le 7, il accompagna ses grenadiers à bord du Sutherland, vaisseau amiral de Holmes, qui alla ancrer vis-à-vis Saint-Nicolas. On y tint un conseil de guerre et on y arrêta les détails de la descente. (1)

De là il fit, de concert avec ses trois sous-chefs, une reconnaissance en force contre le Cap-Rouge, mais ayant trouvé l'endroit trop bien gardé et préparé pour le recevoir il ne put mettre à terre et revint sans coup férir. (2)

Le lendemain, le 8, Wolfe montait à la Pointe-aux-Trembles faire une reconnaissance finale. C'est vers là que l'endroit précis du débarquement devait être choisi pour être effectué le jour suivant.

Cependant, au jour ainsi fixé et au moment où Wolfe écrivait qu'il était à opérer la descente, et que l'armée toute prête à bord s'attendait à débarquer, elle se trouva frustrée dans son attente par l'intempérie de la saison, laquelle, aux approches de l'équinoxe, amena un gros mauvais temps et une pluie qui duraient depuis deux jours, avec un vent de nord-est froid qui, ce jour-là, en augmentant en fit une pluie battante. Les troupes entassées à bord reçurent ordre, pour les soulager, de mettre à terre vis-à-vis, à Saint- Nicolas. Le débarquement commencé sur les quatre heures de l'aprèsmidi ne fut complété que le lendemain au soir. Cf. Log. du Sutherland, 9 et 10 sept. Pendant tout ce même mauvais temps Bougainville était resté inactif de même que l'ennemi.

La descente ainsi projetée ayant donc fatalement échoué par force majeure, aggravait une situation déjà séiieuse, qui devenait non seulement pressante mais sombre et significative pour ses suites. Depuis la défaite de Montmorency on pailait dans les deux camps de la levée du siège. L'amiral Saundeis, qui commandait la flotte à bord du vaisseau amiral le " Neptune ", jugea dès ce mo-

(1; Cependant il est surprenant qu'on puisse à cette date concilier ce projet arrêté avec la décision dite alors prise de lever le siège et de faire voile, que nous allons donner ci-aprè».

(2) Il faut dire que le brave St-Martin avait été envoyé vers les postes des Hauteurs, lesquels Montcalni avait renforcés du 100 hommes de la Colonie. Journal, 7 août, p. 586\ Le Cap-Rouge était aussi défendu par sept a huit batteries flottantes.

ment que la saison était assez avancée pour ne pas attendre en rade plus longtemps et inutilement, vu qn'on ne pouvait guère entrevoir, à en juger par le passé, la possibilité de réduire Québec dans le court espace de quelques semaines que la saison pourrait encore permettre. Chargé de la responsabilité tant de l'armée de terre que des forces navales, et de tout le grand armement qu'il avait transporté devant Québec, la prudence exigeait qu'il lui fallait ne pas retarder le départ de la flotte pour l'Angleterre, et s'exposer à courir des risques faciles à prévoir, en tenant compte des dangers connus de la navigation du Saint-Laurent, des mauvais temps et tempêtes d'automne, de la durée incertaine de la navigation, avec ses neiges et ses brouillards. Il fallait donc songer à aller prendre en toute sûreté la haute mer et ramener saine et sauve à bon port la grande expédition contre le Canada. Sur ces entrefaites, dans la continuation du conseil de guerre des officiers généraux de mer et de terre, à bord du même " Sutherland " (1) il fut résolu d'un avis unanime de faire voile et " d'abandonner la campagne, vu que les officiers de l'armée étaient "dégoûtés des lenteurs fatigantes, inutiles et sans résultats d'un " siège difficile et devant une place imprenable ; et aussi à cause de " la diminution de l'effectif dans les rangs de l'armée, laquelle était " toujours en proie à la maladie qui la minait peu à peu."

Les ordres furent donnés en conséquence de se préparer à faire voile.

A la suite de cette décision, qui mettait fin à l'expédition au moins pour cette année, on peut se faire une idée de l'état d'esprit de Wolfe et du surcroît de son désappointement, joint à la pénible mortification qu'il dut ressentir à la pensée, pour lui plus cruelle que la mort, (2) d'être forcé d'abandonner cette immense entreprise de la conquête du Canada que le Roi lui avait confiée avec l'assurance d'une pleine réussite ; et de se voir appelé à s'en retourner sans pouvoir montrer au moins quelques succès apparents comme résultat appréciable et tangible pour en venir à cette fin.tant désirée par l'Angleterre.

Aussi dans sa dépêche au ministre du 9 septembre il dévoile à

(1) Cf. Johwtone, Hadvs, S. oj Q. III, p. 5.

(2) The disappoiiitment to bc obliged to returii without victory or conquest was more terrible to him than death. — hntick, p. III, p. i.

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fond son pénible état et déplore amèrement, mais stoïquement, l'inutilité de ses sacrifices pour son pays ; il se sent ruiné de santé, souffrant de corps et d'esprit, même abattu par la persistance de ses anxiétés au point d'avoir perdu espoir dans un succès final/' ayant " dit-il, ruiné sa santé sans pour cela ressentir la consolation d'avoir " pu rendre quelque service notable à l'Etat et sans avoir aucune " perpective de pouvoir y parvenir."

On ne peut s'empêcher de compatir aux longues souffrances corporelles et mentales ainsi cruellement subies par cet homme héroïque, au cœur noble et généreux qui de plus supportait en silence et patiemment les critiques sourdes et plus ou moins dissimulées qui perçaient à son égard, quand on considère qu'il ne retenait le commandement simplement que par pur sentiment de devoir envers son pays, et que peu de jours avant cette dépêche, le 31 août, il écrivait à sa mère qn'il était dégoûté du service et lui faisait part de son intention de le quitter à la première occasion.

Cependant, quand tout espoir dans l'avenir lui semblait pour ainsi dire disparu, Wolfe par son indomptable énergie se releva de son abattement. Son courage, sans se laisser vaincre par sa dépression d'esprit, se réveilla comme stimulé par l'aiguillon de l'honneur, ca* il sentait que personnellement il était tenu de frapper coup et qu'il lui fallait plutôt mourir dans un essai malheureux, même téméraire, que de lâcher prise sans tenter un dernier et suprême effo: t. D'ailleurs il avait pris son pa ti de ne plus retourner en Angleterre s'il faillissait dans l'expédition, redoutant les reproches qu'il voyait en ce cas pleuvoir sur sa tête. Comme mû par une inspiration soudaine il entrevit la possibilité qu'il n'avait pu concevoir jusqu'alors, d'enlever Québec par une attaque désespé ée, mais décisive s'il parvenait à la couronner d'un premier succès.

A son insu son étoile lui en avait préparé l'occasion et lui avait ouvert la voie pour parvenir à son bat. Il faut dire aussi que Wolfe, comme les vrais capitaines, faisait, aiasi qu'on le tient de lui-même, une la v ge part à la fortune des armes ; et on peut ajouter qu'il en fut plus que singulièrement favorisé, comme nous allons le voir. Cependant, pour parler plus vrai, nous voyons à présent que le Dieu des armées, qui élève ou abaisse les nations, et dispose à son gré des événements en maîtrisant les forces de la nature, préparait dès lors les destinées futures du Canada, telles qu'elles se sont heureusement déroulées depuis.

Dans ses décrets il avait fait échouer la descente tentée au Cap- Rouge, ensuite celle à la Pointe-aux-Trembles. Ce fut le point tournant de la fortune de Wolfe et l'ouverture imprévue de son futur succès ; car si Ton eût réussi à débarquer le 9 à la Pointc-aux-Trembles tel que projeté et ainsi qu'il s'y était préparé, jamais on n'aurait entendu parler de la montée au Foulon, ni de la bataille des Plaines d'Abraham.

Ce fut en profitant du déconcertement général de l'armée, qui présageait l'abandon du siège, et amenait la décision du conseil de guerre à cet effet, que Wolfe résolut en lui-même sans plus tarder de faire seul et à part son suprême et dernier effoi t. Lévis avait deviné juste en disant que "l'ennemi ne partirait pas sans faire quelque coup d'éclat ; " et Montcalm aussi avait dit, " il faut que cet homme finisse par un grand effort, par un coup de tonnerre." Montcalm, Journal, 26 aaût, p. 598.

Wolfe le fit en effet en concevant une attaque des plus hasardeuses et si téméraire qu'en dépit même de son succès éclatant, elle fut qualifiée d'insensée, même par ses compagnons d'armes. Néanmoins il s'y jeta pour ainsi dire en désespéré, décidé à y sacrifier à la fois sa vie, son nom et sa réputation. Le projet qu'il conçut fut d'attaquer Québec par son seul côté vulnérable et en apparence le plus fo. t, mais qu'il savait devenu faible, faute de bonne surveillance et d'activé vigilance. De nouveaux renseignements à ce sujet lui parvenaient à point par des espions et des déserteurs. Ils confirmaient le relâchement dans la garde du poste de Vergor au Foulon. Son plan fut arrêté dès ce moment, et arrêté par lui seul. C'était de surmonter le Cap à cet endroit, surprendre le poste, en culbutant la garde par un pioinpt coup de main, et s'emparer des Hauteuis d'Abraham en faisait monter aussitôt ses troupes par la rampe qui y conduisait, laquelle se trouverait alors non défendue. (1) C'était le seul moyen d'aniver aux portes de la ville et d'amener Montcalm à livrer bataille en rase campagne. On sait par lui-même que ce plan d'attaque de Québec par les Hauteuis avait été sa p/emiô e idée dès avant son départ pour l'expé lition ; mais ap es l'avoir

(1) Vergor avait à sa disposition 100 hommes pour le poste du Foulon, et pouvait compter sur 30 hommes de plus, postée auprès à l'Anse-des-Mcres. Il avait donné congé à la plus grande partie de su garnison pour aller travailler aux récoltes à Lorette, sans oublier la terre qu'il avait ià.

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longtemps et mûrement étudié et examiné sur les lieux, il avait fini par le trouver tellement risqué et impraticable que, parvenu au 2 septembre, il écrivit au ministre qu'il avait cru devoir s'en désister et qu'il fallait mieux y renoncer. Il lui répugnait aussi de sacrifier la vie, même de quelques hommes seulement, sans au moins y entrevoir la possibilité d'un succès quelconque.

Ruminant son dessein il repassait en lui-même les difficultés visibles et nombreuses, énoimes et hasardeuses de l'entreprise, dont plusieuis ne tenaient qu'à un fil pour faire manquer tout le reste. La première était la surprise du poste sans y donner l'éveil. Et comment d'abord parvenir sans bruit au sommet du Cap, même atteindre au pied si l'on rencontrait la moindre résistance sur le rivage. Car pour se servir des propres expressions de Wolfe au sujet du débarquement bien plus facile à Louisbourg, dont il était l'année précédente, il remarque " qu'un officier avec trente hommes (1) aurait rendu la descente là impossible. "Il caractérise cette attaque de téméraire et inconsidérée, d'un succès, suivant lui, inattendu et non mérité, dont la réussite ne fut due qu'à un de ces étranges coups de hasard qui peut arriver dans la fortune des armes, mais qu'on n'aurait jamais pu imaginer. Wolfe à Ricksm, 1 déc. 1758.

Néanmoins ce qu'il craignait le plus c'est qu'une fois le sommet du plateau gagné, le premier corps ayant pris pied ne pourrait être renforcé à temps et avant d'être attaqué par l'armée entière de Montcalm. Wolfe, lettre 2 sept., 1759.

On voit donc que Wolfe avait pesé tous les risques et chances à courir avant de rendre possible la réussite de son plan, qu'il avait déjà jugé irréalisable ; et même dans le mois d'août précédent, écrivant à l'amiral Saunders, il parle d'un " plan à lui (celui dont il se désista ensuite) que l'état de sa santé l'empêche d'exécuter, qui est d'une nature trop désespérée pour ordonner à d'autres de le mettre à exécution;" et au dernier moment, où il va se mettre lui-même à l'œuvre, il mesure, devant ses trois brigadiers, toute l'étendue de sa responsabilité envers son Roi et son pays, et l'assume sur lui seul pour en subir seul les conséquences, s'il vient à faillir. Lettre du 12 sept.

(1) Montcalm disait de même : " Je vous jure que cent hommes postés à l'Anse-du- Foulon arrêteront Tannée et nous donneront le temps d'attendre le jour —

Le projet de Wolfe dépendait nécessairement du consentement du conseil de guerre et du concours de la flotte de l'amiral Saunders ; il dut donc s'en ouvrir secrètement à lui. Auparavant il en avait usé adroitement avec le conseil de guerre en tombant d'accord avec lui sur la levée du siège ; et s'effaçant comme général en chef, il se contenta de demander simplement qu'on lui permît, non pas comme général, mais par faveur d'amitié personnelle, d'essayer à faire passer 150 hommes dans le bois de Sillery, déguisant ainsi son plan du Foulon pour ne pas dévoiler son secret. Le conseil de guerre avait été concilié, attendu qu'il y fut arrêté et que Wolfe promit sur son honneur, que si l'ennemi opposait la moindre résistance à cet avantcorps, il n'hésiterait pas davantage à s'embarquer, considérant alors que l'armée serait à l'abri de tout reproche et l'honneur des armes sauvegardé. (1)

Il fut aussi arrêté qu'il ne serait fait aucune tentative en force du rivage à moins d'avoir surmonté la difficulté première, en enlevant et maintenant la cime du Cap. On convint aussi que les troupes ne mettraient pas pied à terre au rivage, si du haut des postes on lâchait seulement quelques décharges de fusil sur le débarquement, vu qu'alors on se venait forcé d'abandonner la descente et par là-même le siège.

Comme la mise en œuvre de cette tentative allait être immédiate et par sa célérité ou abandon n'allait apporter aucun notable retard à la flotte, le vice-amiral Holmes promit de sa part et donna tout son concours à Wolfe, de même qu'avait fait l'amiral Saundeis. Libre de ce côté il commença aussitôt ses préparatifs, tout en gardant son secret en lui-même. Le 10, il partit du Sutherland, vis-àvis Saint-Nicolas, pour faire une reconnaissance de la côte nord du fleuve à descendre jusqu'à PAnse-des-Mères. Il était accompagné du contre-amiral Holmes, de ses trois brigadiers, de l'ingénieur MeKellar, du capitaine de Laune, et du capitaine Chads, de la marine, tous déguisés en soldats. Il examina plus particulièrement la côte à partir du Cap-Rouge à PAnse-des-Mères. Au Foulon la falaise en

(1) " Should the first detachment encounter any résistance, on the part of the enemy, I pledge y ou my word of honor that then, regarding our réputation protected against au sort of repfoach, I wiil no longer hesitate to reembark." Cf. Doughty, Siège of Québec, vol. III, p. 6. — Cf. Johnstone, Hades, pp. 33-34, et Journal tenu à l'armée.

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face de l'anse est boisée à son état naturel à cette saison ; de là l'escarpement de la cftte vers la ville est dénudé de bois et de verdure, très à pic et forme comme un précipice très haut, qui paraît insurmontable.

Wolfe connaissait d'avance, quoique sans Pentrevoir en passant, la montée par la rampe du Foulon qui se trouvait cachée par le feuillage. Il l'avait appris par divers renseignements, et pour avoir passé devant plusieurs fois, notamment le 22 juillet, en débarquant à l'Anse-des-Mères, pour mettre à terre les dames de Québec faites prisonnières à Deschambeault. Stobo, (1) l'otage déserteur et espion, était alors avec lui comme guide et à même de lui donner toutes les informations requises sur cette montée. En examinant le déclin de la falaise, au-dessous de la cime du cap, le long de laquelle s'alignaient (Dutch map. British Muséum) les tentes de Vergor (Hervey Smith), Wolfe observa une tache grisâtre du sol, qui se dégageait à nu à travers la verdure du feuillage. Il la fit ensuite remarquer à Monkton, avec sa lunette de la rive opposée sans lui en dire plus dans le moment, se réservant de la lui rappeler à la dernière minute pour le faire débarquer un peu plus bas afin de prendre le poste à revers. Cette marque reste encore la même et est visible dans la saison d'été, tel qu'on peut le constater.

De retour à bord du Sulherland, Wolfe arrêta tous les détails de l'attaque par FAnse-du-Foulon, mais sans encore s'en nu* ■: ir à personne, pas même à ses trois brigadiers sur cet endroit ' oisi. Il n'y eut que l'amiral Holmes et le capitaine Chads qui devait commander la flottille du débarquement, qui furent mis dans le - t. Le 11, par les ordres généraux du jour, il régla l'ensemble ainsi ..ue tous les détails des opérations et l'heure précise de chacune H lies. Il assigna aux principaux officiers de terre et de mer k- devoirs particuliers de chacun, sans néanmoins indiquer le point en vue, les laissant tous en suspens là-dessus ; tellement que ses t v ois brigadiers se crurent en droit de lui demander par une lettre conjointe des ordres plus précis pour se guider. Ce ne fut que le lendemain à

(1) Stobo avait été donné en otage à la prise du fort Nécessité. Détenu à Québec depuis quatre ans sur parole, il agissait comme espion. Condamné à mort comme traître et déserteur, la faiblesse d'un gouverneur tel que Vaudreuil lui avait sauvé la vie. Il s'évada de Québec le 7 septembre pour se rendre comme espion auprès de Amherst.

8 heures et demie du soir, qu'il les mit au courant, non pas sans toutefois les réprimander de s'ingérer ainsi dans ses ordres.

Le 12 au matin les troupes à Saint-Nicolas furent remises à bord de la division Holmes, et Wolfe lança un chaleurenx appel à tous ses officiers et soldats, enjoignant au premier corps qui prendrait pied à terre de marcher droit à Pennemi et de le chasser des divers postes qu'il occupait, et aux bataillons, une fois montés sur la cime, de se former promptement en corps et être prêts à charger tout ce qui se présenterait.

Toutes les dispositions faites et les mesures prises par Wolfe furent si bien concertées, déterminées et calculées, leur accomplissement se fit avec une précision telle et un ordre si parfait que rien ne vint à clocher dans aucun des détails des opérations.

Après avoir vu à tous ses devoirs militaires il voulut le même soir mettre ordre à ses propres affaires. Depuis quelque temps il ne comptait plus sur de longs jours, sentant son tempérament s'affaiblir lentement mais d'une manière sensible. Cette prévision redoubla d'intensité alors par un pressentiment instinctif qu'il al ait succomber le lendemain sur le champ de bataille. Il prit à part son ami Jervis, lui remit son testament, qui datait du 8 juin précédent, et lui confia le portrait en miniature de sa fiancée, demoiselle Lowther, pour le lui remettre ornementé de diamants d'une valeur de 500 guinées.

Quand tout fut ainsi achevé il ne restait plus que quelques heures à s'écouler pour voir frapper un de ces grands coups de hasard que a fortune des armes allait couronner d'un succès pour ainsi dire inespéré et d'autant plus éclatant qu'il était improbable.

Depuis 9 heures du soir les troupes de débarquement du premier corps d'armée, environ 2,000 hommes sous Monk et Murray, se préparaient à être mises à bord des embarcations afin de prendre l'heure du reflux de la marée vers 114 heures. L'autre partie de l'armée sous Townshend s'était rendue vis-à-vis du Foulon et devait attendre, pour traverser, le retour des embarcations du premier convoi. Le Sutherland était ancré à un mille au large de la Pointe Saint- Augustin ; les autres navires s'étaient échelonnés f en amont jusque vers la Pointe-aux-Trembles. Le Lomestoft, celui mouillé le plus haut, avait ordre de lever l'ancre au premier signal à minuit ;

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les autres de suivre sur un autre signal à trois quarts d'heures de distance afin d'arriver à temps pour protéger le débarquement. Les troupes de la première division une fois transbordées dans des bateaux plats, barges et diverses embarcations vinrent se ranger au sud du " Sutherland." Le Lowestoft prit le courant au premier signal qui fut donné par une lumière du Sutherland qui parut vers minuit à son grand mât. Il était accompagné de trois corvettes, une goélette et plusieurs bateaux plats remplis de troupes, (1) qui vinrent se ranger comme les autres entre le vaisseau amiral et la terre sud. Vers une heure et demie, quand le capitaine Chads vit que tout était prêt, il fit donne:* le signal convenu par une lumière hissée au-dessus de l'autre; c'était le commandement de partir en le suivant de proche, et observant le plus grand silence. La marée donnait gn plein baissant et l'on n'entendait que le bruit léger des rames pour aider le courant qui, dans les mortes mers, ne dépasse pas là trois milles à l'heure. Le temps, d'étoile qu'il était, devint couvert et obscur ; une légère brise du sud-ouest poussait les embarcations avec plus de vitesse en suivant le fil de l'eau au bord sud du fleuve. (2) Toutes les circonstances étaient favorables, lorsqu'un incident fut sur le point de tout rompre. Wolfe était en avant avec son état major, guidés par le capitaine Chads. DeLaune, ayant sous lui vingt-quatre enfants perdus qui s'étaient bravement offerts pour l'assaut, suivait de près. Au bout d'une heure, à la suggestion du capitaine Hervey Smith, Paide-de-camp de Wolfe, de serrer de près la rive nord une fois rendu à deux ou trois milles du Foulon, on fit pour la traverse et on se trouva à croiser à une demie encablure dans les eaux du Hunter, corvette de 14 canons, mouillée à mi-chenal. Celle-ci les prenant pour un convoi français de vivres que l'on guettait, tourna ses pièces sur les bateaux. Wolfe et Chads s'aperçurent juste à temps de la manœuvre et du branle-bas à bord pour éviter une catastrophe qui aurait mis à néant toute sa stratégie. A peine cette alerte fut-elle dissipée qu'on entendit de terre, vers Sillery, un Qui-vive ? Le jeune

(1) Log du Lowestoft.

(2) Nous omettons comme non suffisamment établie la l>elle et poétique légende de la citation alors devant Wolfe du vers suivant de l'élégie de Gray : " The paths of jdory lead but to the grave." Si non veto e bene trovato. Mais ce qui en étouffe l'enet est l'absurde propos prêté à Wolfe, dans une occasion aussi solennelle, lui faisant dire qu'il aimerait mieux avoir composé l'élégie que de vaincre le jour suivant.

Simon Fraser (1) du régiment écossais qui parlait bon français répondit, sans hésiter, France ! et en suggérant de parler plus bas pour ne pas être entendu des Anglais, la sentinelle les prit pour le convoi de vivres annoncé, (2) et les laissa passer sans plus reconnaître. Deux ou trois autres sentinelles firent de même ; elles avaient reçu ordre de ne pas crier le Qui-vive au convoi (Lévis). En doublant la Pointe de Sillery la flottille devait faire terre un peu plus bas que le point indiqué, et tel que convenu avec Monckton; mais la brise ayant fraîchi et ajouté à la force du courant, les bateaux dans l'obscurité et sans s'en apercevoir furent entraînés plus bas qu'on ne s'y attendait. Ils accostèrent à la file les uns après les autres en s' échelonnant le long du rivage à l'endroit appelé aujourd'hui comme alors l'Anse-des-Mères. On était sur les quatre heures du matin. Wolfe fut des premiers à sauter à terre, suivi de DeLaune; tous les autres avaient ordre d'attendre dans les bateaux, sauf 3 compagnies de l'infanterie légère qui furent postées au bas de la rampe du Foulon. En essayant d'entrevoir devant lui dans la noirceur de la nuit, il crut l'escarpement si à pic que l'ascension en cet endroit lui parut insurmontable, et il ne put s'empêcher de dire : " Je ne crois pas " qu'il y ait possibilité de monter ici, cependant nous allons y mettre " tous nos efforts." Il n'y avait pas un instant à perdre ni pour délibérer, de peur d'être découverts. Les grenadiers de DeLaune s'y portèrent de tout cœur avec lui et se mirent à grimper sur l'escarpement (a woody précipice, Tonnshend) en s'aidant des pieds et des mains, s'accrochant ça et là aux branches et racines, aux anfractuosités du rocher et en se poussant et aidant les uns les autres sans faire de bruit ; si bien qu'ils parvinrent au sommet du cap sans donner l'éveil. Après avoir dupé adroitement la sentinelle en lui faisant croire à l'envoi d'un renfort venant de la ville pour le poste, et à la faveur de la nuit, les grenadiers foncèrent subitement à la baïonnette sur les tentes. La surprise fut si soudaine que les gardes endormies et réveillées en sursaut et sans armes à la main dans les ténèbres, ne songèrent qu'à prendre la fuite. Vergor (3) se sauva en fuyant en chemise, blessé, a-t-on dit, au talon.

(1) Hawkins, p. 376, dit que cet officier était le capitaine Donald McDonald, dont le nom revient souvent.

(2) Bougainville avait fait savoir à Montcalm que cette nuit même il lui faisait passer le convoi de vivres, mais donna ensuite contre-ordre.

(3) Son nom, Louis Dupont Duchambon, Ecuier, Sr. de Vergor, honni, est à conserver comme tel.

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L'endroit précis du premier débarquement et le lieu de Pescalade du cap donnent lieu encore à des variantes qu'il serait bon de fixer au juste afin de désigner, en indiquant par une manque ou plaque historique, l'endroit précis de la falaise par où l'escouade de Wolie a gravi le sommet.

Le premier débarquement, suivant les diverses narrations françaises, eut lieu de fait à l'Anse-des-Mères; ce qu'il faut entendre, de même qu'à cette époque, non pas seulement de la petite anse au pied sud-ouest du Cap-Diamant qui porte ce nom, mais de l'espace qui de là s'étend à mi-chemin de celle du Foulon, à 5 à 600 toises de la ville, dit Pranquet.

Ces versions s'accordent en outre à dire que le poste de Vergor fut cerné par derrière et qu'il était situé entre le Foulon et l'Ansedes-Mères. L'anse toute petite a pris son nom de cette partie du rivage en face qui est le terrain des Mères Ursulines. L'Anse-des- Mères proprement dite aujourd'hui est l'endroit des estacades " Jacques Biais," là où se trouve aussi la chapelle de Notre-Dame de la Garde.

Citons quelques témoignages parce qu'on a généralement cru, et nous aussi, en donnant dans l'erreur populaire, que cette descente a été faite au Foulon, par où l'armée monta.

" Le 7 Juillet {Evénements de la Guerre, p. 49), quoique l'on " regardât comme inaccessibles les Anses-des-Mères, du Foulon, de " Sillery et de Saint-Michel, on y envoya cependant des ingénieurs " pour faire, dans les rampes qui y conduisaient, des coupures et " abatis ; on répandit de plus dans ces différents postes environ 400 " hommes."

" On crut (Evénements de la Guerre, p. 18) que les desseins de " l'ennemi étaient d'aller dévaster les côtes avant de faire sa ret' aite " au pied du rampart, dans un endroit appelé l'Anse-des-Mères. " La côte était dépouillée de bois, mais paraissait si difficile et si * l haute qu'on avait cru inutile d'y faire une redoute et qu'on y inet- " tait une garde de 30 à 40 hommes seulement pour être averti. Ce " fut en ce lieu que l'ennemi, le 13, à quatre heures du matin, dé- " barqua."

Montreuil, p. 25 : — " La surprise d'un poste entre l'Anse-des- " Mères et celle du Foulon à la distance d'un demi quart de lieue " au nord au-dessus de Québec."

Vaudreuil, p. 21 : — " Le Général Wolfe ayant fait son débar- " quement à PAnse-des-Mères "

Lévis est plus explicite : — " Le poste fut enlevé par ses derrières " et ordre fut donné au Guienne de marcher du côté de FAnse-des- " Mères, qui était un débarquement qui est entre la ville et celui du " Foulon où avaient débarqué les ennemis, et de les attaquer, forts " ou faibles." Journal, p. 207.

Marlartic, p. 283, dit : " Entre le Foulon et FAnse-des-Mères " ; ce qui est une légère variante, mais la plus correcte.

Johmtone indique aussi FAnsc-des-Mères, p. 30.

Paiiet, Journal, p. 22 : " distingue bien FAnse-des-Mères de " celles de Samos (Foulon) et de Sillery."

Joannes dit : " à près d'une demi-lieue de Québec. — Cf : Dusdeux, p. 339.

Au reste FAnse-du-Foulon, comme on sait, n'était pas dépouillée de bois.

Aujourd'hui même on ne peut du fleuve distinguer, en été, à cause du feuillage, la montée du Foulon, quoiqu'elle soit ouverte en route carrossable.

Mais ce qui doit couper court à toute contestation sur Fendroit de Fassaut en premier lieu, est le témoignage du capitaine Hervey Smyth, aide-de-camp de Wolfe, qui étant alors avec lui, nous a laissé un dessin complet du débarquement et de sa suite, très bien fait, et gravé à Londres par P.-C. Canot (1). On y voit les troupiers gravir le cap, et la légende suivante qui y réfère: "9. That " part of the beach which was scaled by the troops of the first " debarkation." Exactement F Anse des Mères. 10. An opening in " the beach in which was an entrenched spoiled road with an abattis, " defended by a captain and 100 men, which led to the field of battle.

(1) Cette étampe, qui est un dessin historique des lieux au point de vue des événements successifs qui y sont marqués, est intitulée :

A view of the Landing Flaccabove the town of Québec, describing the Assault of the Enemy's Post, on the banks of the river St. Lawrence, with a distant view of the Action between the British and French Armys, on the Hauteurs d'Abraham,. Sept. 13th, 1759. Inscribed to the Right Hon. Field Marshal Lord viscount Ligonier, Commander in Chief of His Majesty's Forces ; bv His Lordship most obedient servant, Hervey Smith, Aide-de-Camp to Gen. AVolfe. Capt. Hervey Smyth, Delin. — Francis Swain, Pinxit. — P. C. Canot, Sculp. — I^ondon : Printed for Robt. Sayer, Map and Print-seUer, at the Golden Buck in Fleet Street, 19 x 14.

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" — by tins road, afterwards mended, the remainder came up." C'est l'Anse-du-Foulon bien dessinée et bien décrite. " 11. The " captain's gnard extended along the précipice, forced froni them " by the Light-Infantry under col. Howe." C'est le poste de Yergor.

Or, en examinant les lieux et à l'aide de cette belle gravure, on reste convaincu que ce débarquement sur le îivage de l'Anse-des- Mères est prouvé et que l'escalade fut faite par le cap, c'est-à-dire vis-à-vis la partie ouest du champ des courses, si ce n'est vers Marchmont, point d'où a commencé réellement la conquête. — On voit que les soldats purent gravir ça et là l'escarpement à une distance du Foulon telle qu'elle correspond à cet endroit.

Nous voyoas aussi que les versions anglaises vont à confirmer la chose.

Townshend dit dans son rapport officiel que les bateaux furent entraînés " un peu plus bas que l'endroit désigné pour débarquer;" dans son Journal il écrit, " considérablement plus bas." Calcraft surajoute en disant " presque sous les murs de la ville." Pour y remédier Wolfe dut aller en personne avec sa barge ramener ses gens.

Le poste enlevé, on poursuivit les fuyards dont quelques-uns furent faits prisonniers. La plupart s'échappèrent à travers les broussailles et un champ de blé-d'inde, en courant vers la ville et le poste à PAnse-des-Mèrcs.

Cependant les sentinelles et gardes françaises signalèrent alors la descente des barges et avec les fuyards du poste se mirent à tire, des hauteurs sur les embarcations, tuant et blessant mortellement quelques hommes et officiers. Knox, H. y p. 67-68. Monkrief, S. of Q. f V. p. 50. Mais il était trop tard. (Fraser.)

D'en bas Wolfe entendit bientôt les cris de joie et de victoire sur le plateau ; c'était l'annonce d'un plein succès, ce fut en même, temps le signal aux troupes qui l'attendaient avec anxiété de mettre à terre. Wolfe qui avait eu soin de disposer trois compagnies d'infanterie légère (1) au pied de la rampe du Foulon, l'envoya déblayer

(1) L'infanterie légère était un corps de 550 hommes tirés de divers régiments parmi les meilleurs tireurs et soldats les plus résolus ; organisée d'après les ordres généraux du 12 mai 1758, (Cf. S. of Q. f Vol I, p. 111) elle fut débandée le 22 septembre 1759, quand Murray ordonna à chacun d'eux de rejoindre son régiment. Parkman en fait un double emploi en les comptant comme un régiment qu'il ajouta au total.

(Collection Philèan Qagnon.)

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