‹ Les bâtards de BorgiaChapitre 22 sur 28 · Machiavel. Legazioni · texte numérisé non relu

Machiavel. Legazioni

LES BATARDS DE BORGIA iôO

je n'ai pas besoin de vous apprendre comment on sacrifie un membre gangrené, inutile ou nuisible.

Le cardinal frissonna. Était-ce le hasard qui dictait ces paroles au Florentin? ou bien l'accusation de fratricide commençait-elle à s'élever contre lui? Toutefois, il surmonta cette émotion passagère et releva la tête.

— Nicolo, dit-il, vous serez le premier ministre du roi d'Italie.

— Monseigneur, répondit le Florentin, toute mon ambition est d'être utile à ma patrie, et ma vie toute entière lui sera sacrifiée.

— Bien. Alors je vous demanderai souvent vos conseils. Maintenant, causons de Florence et des Médicis, qui veulent y rentrer.

Ils s'entretinrent longtemps de cette restauration, que combattit Machiavel et que désirait César, car il avait la conviction d'avoir un jour plus facilement raison d'un souverain que d'une république.

Ils se séparèrent au bout d'une heure, et le Florentin ne put entièrement cacher au futur général les sombres préoccupations qui chargeaient son front.

Dès qu'il fut seul, deux pages entrèrent dans le cabinet du cardinal.

— Michelotto n'est pas de retour? demanda-t-il à l'un d'eux.

— Non, monseigneur.

— Bien. Laisse-nous. Et toi, qu'as-tu à me dire? demanda-t-il à l'autre.

— Monseigneur, il y a un chiffon rouge au volet du tailleur Pasquino.

— Ah !... fit César à part soi, — la voix du peuple parle déjà! que dit-elle?... Et il se dirigea vers la porte secrète qui accédait aux souterrains. Pendant ce temps, le secrétaire de la république florentine rentrait au logis où

il était descendu, le front courbé sous la réflexion.

— Que l'Italie soit d'abord une nation unie et puissante*, murmurait-il; que tout étranger soit balayé de notre terre, que le sol que nous foulons nous appartienne d'abord ; et lorsque le jour sera venu, lorsque l'arbre que nous arrosons de notre sang et de nos larmes aura poussé de profondes racines, le moindi'e vent suffira pour secouer ses branches, et le tyran, quel qu'il soit, tombera comme un fruit mûr, — et l'Italie sera libre !

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