‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 12 sur 45 · AU TEMPS · texte numérisé non relu

AU TEMPS

Et comme une ombre vaine, en naissant effacée , Que d'objets devant moi se sont évanouis !

Hier , dans ta course bruyante , Sous tes pas fugitifs des fleurs allaient s'ouvrir : Ta vitesse égara ma main impatiente .

Et j'effeuillai la rose en voulant la cueillir.

Arrête , ô vieillard insensible !

J'ai perdu des trésors ; retourne sur tes pas. Vois mes regrets amers !.. Mais , toujours inflexible, Tu fuis avec ma plainte et ne m'écoutes pas.

Fatigué d'un si long voyage , Ne sens-tu pas des ans le pénible fardeau? Oîi vas-tu ? le bonheur sera-t-il mon partage ? Où vas-tu? — Tout ici me répond : au Tombeau !

Oui ! c'est là , là qu'après l'orage , Doit se lever pour moi l'aurore des beaux jours ; C'est là que la douleur passe comme un nuage ; C'est là qu'est le repos! ô Temps! poursuis ton cours!

L'HYMSSN.

Je ne veux pas , foulant leur sol mystérieux , M'égarer aujourd'hui dans les champs fabuleux , Ni de l'antiquité vantant les rêveries , Sonder le sens caché de ses allégories , Ni rouvir aux regards ses fastes éclatans ; Dans un style pompeux , de l'abîme des temps , Hymen , doux nœud tissu par une main divine , Je ne rappelle pas ta céleste origine ; Ma Muse ne veut pas t'exalter dans mes vers , Ni raconter ton culte en cent climats divers ; Non : qu'un autre, occupé d'une étude profonde, Interrogeant les mœurs , les usages du monde . Des siècles décédés soulève le rideau .

Et dans ses doctes chants remonte à ton berce cùi : Mon cœur seul va parler, c'est lui seul qui m'inspire ; St)us ma brûlante main il accorde ma Lyre,

Hymen , lien sacre' , je chante tes bienfaits ;

Et si ma voix ne rend que des sons imparfaits ,

Si le feu créateur qui circule en mon ame ,

^e remplit pas mes vers de ses torrens de flamme ,

Faible Lyre , silence ! art stérile , tais-toi !

Votre impuissant secours est indigne de moi.

Toi qui , seul et chargé du fardeau de toi-même ; Accuses le destin ; ta démence est extrême. Assiégé de dégoûts , trompé par ton erreur . Dans ton morne séjour tu rêves le bonlieur? En effet , ah ! pour toi le bonheur n'est qu'un songe . Et partout , en secret , un noir souci te ronge. Le bonheur n'est pas fait pour un cœur engourdi, Qui par l'isolement à jamais refroidi , Bans un pesant sommeil use son existence 5 Il veut un Cœui' brûlant, qui, dans la jouissance, Ivre de sentiment , transporté de plaisir , Sente encor les frissons de l'avide désir. Oui , le bonheur pour toi n'est rien qu'une cliimère. Crois-tu donc le goûter quand triste et sohtaire , Dans ton aveuglement , tu te plais à tarir La source qui devait à grands flots te l'offrir? Crois-tu donc le goûter quand le fiel de la haine

T'abreuve d'amrrtume et te nourrit de peine ? Insensé'! ne viens plus me parler de bonheur; Tu ne connaîtras pas sa magique douceur : Le sauvage de'sert oîi ton ennui s'égare , Des biens dignes d'envie à jamais te sépare. Il fuit d'un sang glacé la mortelle froideur ; Le bonheur de Tamour , voilà le vrai bonheur ! 0 que je plains celui de qui l'ame inflexible Au doux plaisir d'aimer peut rester insensible ! Malheur , malheur à lui ! Dans le bruit des plaisirs, S'échappent de son sein de pénibles soupirs ; Son cœur indifférent , étranger à la joie , D'une sombre langueur devient bientôt la proie. Les plus nobles vertus sur lui sont sans pouvoir : Sans consolation , sans amis , sans espoir , Le bonheur ne vient pas remplir ses yeux de larmes; Pour lui le doux printemps est dépouillé de charmes; La nature embellie au réveil d'un beau jour , Ne brûle pas pour lui des feux d'un pur amour. Gomme un plomb le malheur vient peser sur sa tête, Et lorsque des chagrins il a touché le faîte , Nul baume de ses maux ne calme la rigueur , Nul sourire touchant n'apaise sa douleur ! Hélas ! il ne sait pas , dans son malheur extrême ,

Qu'il est doux de pleurer pi es d'un autre soi-même , De verser ses chagrins dans un cœur généreux Qui , partageant nos maux , nous les rend précieux. Tel que le voyageur qui s'égare dans l'ombre , Chaque pas lui révèle un avenir plus sombre. Il voit dans le lointain le bonheur qu'il a fui , Et traîne , avec effort , son incurable ennui. Heureux , heureux encor s'il gardait l'espérance ! Sa vie est un enfer de peine , de souffrance ; Rien ne peut dissiper son malaise mortel : Dans les bras d'une épouse il eût trouvé le ciel !

Ineffable plaisir ! c'est ton charme invincible Qui sur ce triste globe attache un cœur sensible : C'est par toi seulement que la vie a du prix ; Il n'est d'êtres parfaits que ceux que tu remplis. Sublime sentiment qu'épure l'innocence , Tu sers le but sacré de l'Etre par essence. Ce feu des passions dont l'homme est tourmenté , Cette intrépide ardeur , cet élan indompté , Qui, dans le choc fougueux d'impressions soudaines, Fait bouillonner le sang dans ses brûlantes veines, Devait trouver un frein qui pût , avec succès *, D'un aveugle délire apaiser les excès .♦

Et ce mélange heureux de grâce enchanteresse , De douceur , de bonté , de crainte , de tendresse , Cet être ravissant qui , pour vaincre les cœurs , Ne sait rien que rougir, trembler , verser des pleurs, Devait trouver une ame et plus forte et plus fière , Qui fût pour sa faiblesse un appui tutélaire : Leur amour entretient leur bonheur mutuel , Et leur chaîne accomplit l'œuvre de l'Éternel.

Couple heureux, qui nagez dans une pure ivresse, Aux nœuds que vous formez , oui, le ciel s'intéresse , Quand tous deux . à genoux , sur les sacrés parvis , Aux pieds des saints autels tendrement recueillis , Vous allez réunir, par une même flamme , Votre sort , vos pensers , votre vie et votre ame ; Quand l'époux adoré , tout fier de son destin , A l'épouse tremblante a présenté sa main , Et dans l'effusion d'un cœur tendre et fidèle , Lui jure , avec transport , une ardeur éternelle 5 Quand pour suivre l'objet de ses plus chers désirs ^ La jeune et chaste épouse , étouffant ses soupirs , Au mortel qui l'adore attache tout son être , Et quitte sans regret le toit qui la vit naître ; Quand célébrant tous deux un mémorable j.our ,

6o L'HYMEN.

Dans ie premier baiser du plus ardent amour , Pleins du feu dévorant que son soufïle alimente, L'excès de vos plaisirs confond votre ame aimante, Vous élève , éperdus , au comble du bonheur , Et dans vos seins brûlans ne fait battre qu'un cœur 1 ' Couple chéri des cieux , que la route fleurie Oîi vous achèverez le songe de la vie , Soit pour vous l'univers ! Marchez , ne craignez pas Que la ronce funeste ensanglante vos pas. Quel que soit le sentier oh. le destin vous guide , Dieu suspend sur vos fronts son éternelle égide : Avec combien d'amour sa suprême bonté Embellit ici-bas votre félicité l Pour vous sous quel aspect l'avenir se dévoile ? A la douce lueur d'une propice étoile , Sur le fleuve du Temps votre esquif élancé , Vole , par les Zéphyrs mollement balancé , Et si parfois les vents amoncèlent l'orage , Le bonheur qui vous suit vous sauve du naufrage. Dans le fond de votre ame il fait luire l'espoir ; L'horizon s'éclaircit ; un magique pouvoir , Sous vos yeux rassurés fend les vagues amères , Et chasse devant vous les ombres passagères. Chaque jour qui se lève , au gré de vos désirs ,

L'HYMEî^. 6i

Verse dans votre cœur l'ivresse des plaisirs ,

Et le plus pur amour , sous ses tendres auspices ,

Vous offre l'avant-goût des célestes délices!

Toi qui , des sens grossiers écoutant la fureur , Prétends que de l'amour le délire enchanteur , Dans les nœuds de l'Hymen s'assoupit et se glace ; Ta vile passion n'est qu'une aveugle audace Qui couvre tes désirs du masque de l'amour. Une fièvre fatale , et la nuit et le jour , Te brûle , te consume ; une ivresse éphémère , Te prodigue un moment sa douceur mensongère ; Mais les tristes dégoûts remplacent , dans ton cœur , D'un rapide plaisir l'attrait empoisonneur. Non , tu ne connais pas cette atteinte profonde , Ce véritable amour , flamme pure et féconde , Qui des sens captivés nourrit l'enchantement , Pour qui la jouissance est même un aliment , Et qui, jusqu'au tombeau, dans notre ame ravie, Comme un torrent de feu fait circuler la vie. C'est ce durable amour qui méconnaît les pleurs , Qui dans chaque saison nous présente des Heurs , Qui , désintéressé , content de son empire , Ne met pas son bonheur h tromper, à séduire.

6i L'HYMEN.

Sa chaîne est un bienfait; vainqueur des jeux du sort , Il oppose un front calme à la faux de la mort : Quand nos illusions s'envolent comme une ombre , C'est lui qui rend encor notre avenir moins sombre ; C'est lui qui de la vie égayant le chemin , Nous ouvre , en souriant , un asile en son sein , Embellit les vertus , referme nos blessures , Et de l'ingratitude efface les injures.

Parlez , heureux époux, et confirmez mes chants : C'est à vous d'applaudir a mes tableaux touchans. Profondément émus , pleins d'un tendre délire , Unissez votre voix aux accens de ma Lyre. La vérité l'exige : un destin si flatteur Ici-bas a doublé votre part de bonheur ; Et si l'adversité , d'une main importune , Venait peser sur vous ;.unis dans l'infortune , Consolés l'un par l'autre, et forts de votre amour, On vous verrait encore échanger , tour à tour , Vos pensers , vos désirs , vos chagrins et vos peines, Mépriser le fardeau des misères humaines , Et , d'un commun accord , vers les cieux attendris , Élever vos soupirs et vos vœux réunis.

C'est ainsi que tous deux , au banquet de la vie ,

L'HYMEIN. 63

De la coupe des maux vous partagez la lie . Et savez adoucir , par le soin le plus cher , Les funestes poisons de son breuvage amer. Quel que soit votre sort , chaque instant vous révèle Qu'a jouir du bonheur un Dieu bon vous appelle; Telle est sa volonté, tel est son but divin. Époux! reconnaissez sa bienfaisante main Qui sur vous , en tous lieux , s'étend avec tendresse , Et, d'un cœur plein d'amour, adorez sa sagesse. Oui ! le plus grand bonheur est destiné pour vous!...

Trésors , dont l'insensé se montre si jaloux , Fantôme de l'honneur , vains rêves de la gloire , Impatient désir d'occuper la mémoire , Vos charmes séduisans , vos perfides attraits Ne sauraient égaler des plaisirs si parfaits. En vain l'infortuné qu'a surpris votre piège , Se débat sous le poids de l'ennui qui l'assiège ; L'ame , que l'Éternel dota si richement , Repousse, malgré nous, ces faux bien d'un moment, Compare leur éclat à cette ombre légère Qui promène à nos yeux sa vapeur passagère , Regarde , avec pitié , ces trônes chancelans , Périssable jouet des destins inconstans ,

Et , loin du fier orgueil , à l'abri de l'envie , Enrichit de vrais biens le sentier de la vie !

Non , le flot agité par le souffle des vents , Qui roule et disparaît dans les gouffres mou vans , La frêle et tendre fleur qu'un instant voit eclore , Qu'à peine voit briller une seconde aurore , Ne sera pas pour vous l'image du bonheur. Dans votre ame à jamais brûle un feu créateur ; Et quand des passions la turbulente ivresse Assoupit , par degré , sa fièvre enchanteresse , A la fougue des sens , à des jours orageux , Dans vos cœurs fatigués succède un calme heureux. Les plus doux souvenirs, comme un présent céleste, De vos ans fortunés viennent charmer le reste : C'est un paisible soir après un beau matin, La nature est tranquille ; un ciel pur et serein Découvre à vos regards l'horizon sans nuage , Et vous éclaire encore au terme du voyage. L'été ne règne plus ; une aimable fraîcheur Remplace du midi la dévorante ardeur ; A de nouveaux plaisirs le repos vous convie , Et votre destinée est enfin accomplie.

Est-il un seul penser au fond de votre cœur ,

Qui ne respire pas le mutuel bonheur ? Vous n'avez qu'un seulvœu,votre espoirest le même; Heureux, heureux ensemble est votre but suprême! Mêmes goûts , même joie et même sentiment Composent chaque jour votre destin charmant. C'est en vous, en vous seuls, que votre ame attendrie Trouve les vrais trésors d'une union chérie. L'amour , le seul amour charme tous vos loisirs Et se plaît à combler vos plus secrets désirs : Avec lui , tout est bien pour vous dans la nature ; Sans lui l'onde n'a plus son caressant murmure , L'oiseau ne chante plus , et les riantes fleurs Dépouillent a vos yeux leurs brillantes couleurs. C'est lui qui vient remplir d'un céleste breuvage La coupe qu'en riant le bonheur vous partage ; Et , dans la douce ivresse où vos sens enchantés Savourent , a longs traits , de pures voluptés , Tous deux , riches des biens que la sagesse envie , Vous achevez contens le cercle de la vie.

La généreuse main qui s'étendit sur vous , Va de ses dons chéris vous verser les plus doux. Guide fidèle et sûr de votre destinée , Elle a béni pour vous la couche d'Hyménée.

Ravissement suprême ! ô bonheur accompli ! Délicieux moment par la joie embelli , Que n'ont pu retracer ni tout l'art du poète , Ni du peintre inspiré la féconde palette , Tout autre sentiment disparaît devant vous 1 Tendres penchans du cœur , il vous surpasse tous ! 0 femme ! le sens-tu ce bonheur d'être mère ? Époux , ton cœur bat-il de l'orgueil d'être père ? Jamais, jamais de Dieu le souverain pouvoir Avec autant d'amour n'a rempli votre espoir. Oui , couple fortuné que le ciel favorise , Votre vœu le plus cher enfin se réalise ! 0 mère ! quel plaisir , après tant de douleur , Lorsque ton œil , ravi d'un spectacle enchanteur , Pour la première fois, se fixe, plein d'ivresse, Sur l'enfant qu'un époux embrasse avec tendresse ! Quand ce doux rejeton , déposé dans tes bras , T'imprime un sentiment que tu ne connais pas , Entoure son berceau d'inexprimables charmes , Et de tes yeux émus fait tomber quelques larmes ; Quand vos regards , tournés vers cet être chéri , Font battre . à coups pressés , votre sein attendri , Se rencontrent soudain et tels qu'un trait de flamme, t)ans un ardent baiser ont échangé votre ame i,

Assuré pour toujours votre félicité ,

Et fait couler pour vous des flots de volupté !

C'en est fait : tant d'amour a confondu leurs vies , Dans une autre existence à jamais réunies. Célestes sentiinens ! ineffables faveurs ! Pour la seconde fois ils unissent leurs cœurs. Pour eux vient de briller une nouvelle aurore ; Tous deux dans cet enfant se retrouvent encore ; Un seul , un seul amour les brûle de ses feux , S'empare de leurs sens , resserre leurs doux nœuds , Et scelle leur hymen du sceau de la nature. Époux , soyez donc fiers d'un bonheur sans mesure ! Déjà ce faible enfant oîi s'attachent vos yeux , Dans un rang sans égal vous a placés tous deux. Au comblé de vos vœux élevés l'un et l'autre , Quel trésor ici-bas est préférable au vôtre? Ah ! le mortel privé de ce bienfait des cieux , Ne connaît pas le prix de ce don précieux : De l'Arbitre éternel la pitié protectrice Voulut qu'il ignorât ce suprême délice.

Approchez-vous, parens qui goûtez ce bonheur : Dites-nous quels transports agitent votre cœur ,

Lorsque de votre enfant le caressant sourire Vous plonge tous les deux dans un tendre délire , Et que, tous deux ravis, vous cherchez, tour-à-tour , A revoir sur ses traits l'objet de votre amour ! Dites-nous quels plaisirs et quels torrens de joie Viennent doubler l'ivresse où votre ame se noie , Quand pressant dans vos bras ce gage désire' , Vous levez vers les cieux un regard inspiré , Et tout brûlans d'amour et de reconnaissance , Vous appelez sur lui l'œil de la Providence ! Oui , dans ce cher objet de vos plus tendres soins , Dont l'amour maternel devine les besoins , Vous voyez votre appui , vous voyez votre gloire : Ses efforts , ses succès , sa première victoire , A vos yeux enchantés déjà viennent s'offrir , Comme un rêve flatteur qui nous peint l'avenir ; Déjà sur le sentier de l'austère sagesse , Aux plus nobles vertus vous formez sa jeunesse. Doux espoir ! ô combien tu caresses mes vœux ! Que j'aime à me plonger dans tes songes heureux ! Que mon cœur , embrassant tes fortunés présages , Se plaît à se créer de riantes images ! 0 grand Dieu , de mes jours embellissant le soir , Daigne , dans mon enfant , couronner cet espoir !

Ce brillant avenir qui fait couler mes larmes , Double d'un nœud che'ri les indicibles charmes.

Source fe'conde et pure , oui , tes jQots bienfaiteurs Dans les ronces du monde entremêlent des fleurs ; C'est toi, lorsque l'orage embrase l'atmosphère, Qui viens nous rafraîchir d'une onde salutaire. Saint Hymen! aux clartés de ton brûlant flambeau, C'est toi qui , de la vie allégeant le fardeau , Dans les adversite's soutiens notre constance , Et des maux passagers calmes la violence. De'iicieux destin ! ô momens enchanteurs ! Quel revers troublerait vos paisibles douceurs? Que faut-il pour braver la fortune jalouse? Le souris d'un enfant, le baiser d'une épouse. Leurs consolations , ce talisman divin , Écartent de nos fronts les ombres du chagrin ; La paix , a leurs côte's , nous ouvre un doux asile ; C'est-là qu'est le bonheur! . . . ailleurs tout est ste'rile! C'est-là que , sans effroi , dans leurs brascaressans, Nous voyons s'envoler nos rêves menaçans. Leur aspect nous ranime ; et ce frivole monde Où nous passons au bruit de la foudre qui gronde , Avec tous ses honneurs s'éclipse devant nous ;

Ses richesses , son or , qui font tant de jaloux , Ke sauraient nous tromper ; et sa gloire apparente Veut en vain nous cacher , sa misère opulente. L'orage a fui ; le ciel plus tranquille et plus pur , Étend sur notre tête une voûte d'azur.

Au sein de nos foyers où l'allégresse brille , Protecteurs adore's d'une heureuse famille , Nous savourons long-temps , dans le calme du port , Des plaisirs sans regrets et des biens sans remord. C'est-là , la seulement que s'offre notre route ; Là que Dieu nous chérit, nous entend , nous écoute ; C'est-là qu'est notre but , là qu'est notre avenir , Là que les plus beaux fruits s'empressent de mûrir , Là , lorsque nous touchons au bout de la carrière ; Que la main de l'amour ferme notre paupière , Et qu'au lugubre instant du funèbre sommeil , Nous sourions au jour de l'éternel réveil !

ïîymen , lien sacré qui réunis les âmes , PartouHe vrai bonheur naît de tes nobles flammes : L'éclat de la beauté passe comme un beau jour ; L'âge vient affaiblir le flambeau de Tâmour , Le corps s'use et s'éteint ; mais tes bienfaits durables Se gravent dans nos cœurs en traits ineffaçables -,

Et l'homme , sous tes lois , aux portes du tre'pas , Voudrait long-temps encor voyager ici-baSi L'infatigable dieu qui se plaît à de'truire ^ Dans sa marche rapide affermit ton empire : Tes tre'sors renaissans , une fois re'pandus , S'échappent de leur source et ne s'e'puisent plus ; La coupe des plaisirs que tes mains ont remplie , Enivre encor notre ame au déclin de la vie. Tes feux ont embrasé notre midi brûlant ; Notre soir voit encor leur rayon consolant Doucement ranimer , sur leur tige fanée, Les roses qni paraient ta chaîne fortunée. C'est toi , lorsque l'hiver fait clianceler nos pas , Qui viens de quelques fleurs égayer ses frimas. Ferme appui du vieillard qui descend dans la tombe, Tu le soutiens encor quand sa force succombe ; Et dans ses yeux tournés vers un autre séjour j Tu fais briller encore une larme d'amour. Riche de souvenirs dont il goûte les charmes , Dans l'adieu sans retour confondant leurs alarmes , Ce couple que la mort va bientôt séparer , Sur la fin de la route , au moment d'expirer , Regrette , en longs sanglots , le nœud qui se délie > Et voudrait remonter le fleuve de la vie \

Le passé vient encor , sous d'aimables couleurs , Rappeler à l'e'poux ces momens enchanteurs , Oîi son premier enfant vint s'offrir à sa vue , Et fit battre son cœur d'une joie inconnue; Ces jours où , transporte, de ses bras amoureux, Il pressa sur son sein l'objet de tous ses feux , Et d'un premier baiser goûtant la douce ivresse , Puisa dans ses regards sa brûlante tendresse î Jusqu'au dernier soupir , jusqu'au fatal instant Oîi sur leurs yeux e'teints la pâle mort s'étend , Même serment d'amour s'échappe de leur bouche ; Jusqu'au dernier sommeil qui plane sur leur couche, Leur souvenir encor , dans des songes flatteurs , Vient sepeindreà leur ame et trompe leurs douleurs. Leur esprit , fatigué des misères humaines , Plus libre, s'affranchit de ses terrestres chaînes, Et laissant à ce monde un éternel adieu , Retourne triomphant dans le sein de son Dieu. A ce départ terrible , à cette heure suprême , Heureux qui le premier quitte alors ce qu'il aime ! Sur sa couche de mort , insensible aux sanglots , Il dort paisiblement et ne sent pas les maux De l'être qui se meurt de regrets et d'alarmes , Jusqu'au jour du revoir qui doit tai'ir ses larmes.

Nulle plainte , nul cri ne sort plus de son cœur : Pour lui seul désormais luit un autre bonheur. S'il a versé des pleurs , une main généreuse Prit soin d'en détourner la source douloureuse : Endormi le premier dans la nuit des tombeaux , Il ignore à quel prix il goûte le repos.

Trop sensible Evadné ! quel coup brisa ton ame , Quand des jours d'un époux le ciel coupant la trame , Te rendit , dans Argos , ses restes adorés Que les traits de la foudre avaient défigurés ! Ton cœur ne put survivre à sa perte fatale; Et renouant les nœuds que la Parque infernale Avait déjà tranchés de ses cruels ciseaux , Tu n'as point , de tes cris fatigant les échos , Traîné d'un deuil profond le chagrin solitaire ; Mais un habit de mort , un crêpe funéraire , Près de tristes débris arrosés de tes pleurs , Signala ton amour et voila tes douleurs. Ne la consolez pas , vierges au doux langage ! Qu'espérez-vous? Ses maux surpassent son courage. Non , ne l'arrêtez pas ; cachez-lui vos regrets ; Laissez-la consommer ses douloureux projets : Elle va retrouver , dans la tombe fidèle ,

Celui que vainement ici sa voix appelle.

Le noir bûcher s'allume : en rapides e'clairs ,

La flamme dévorante a sillonne' les airs.

D'nn pas ferme et tranquille, elle approche, s'élance

Et s'ouvre l'avenir que son amour devance.

Rien ne peut étouffer ses sublimes transports :

Au corps de son époux elle attache son corps ;

Intrépide au milieu des tourbillons de flamme ,

Elle presse l'objet qui possédait son a me ,

Et , dans les flots mouvans d'un déluge de feux ,

Trouve enfin cette mort qui va combler ses vœux.

0 mon Dieu ! tu le sais , des biens de cette vie . Deux seuls , dès ma jeunesse , ont flatté mon envie , Le repos et la paix : j'ai goûté leurs douceurs î Je n'ai point désiré de stériles honneurs ; Non : mais beaucoup d'amour dansunearae sincère; Et l'amour le plus tendre exauça ma prière. Grand Etre ! c'est a toi que je dois mon bonheur ! Ah ! périsse l'ingrat dont la coupable erreur Ne trouve pas dans toi , dans ta haute sagesse , La source de nos biens et de notre allégresse ! Mais hélas ! j'ai tremblé , lorsque j'ai vu le sort Séparer , tout-à-coup , par le bras de la mort ,

Des êtres dont l'amour remplissait la carrière , Et de la tombe entre eux poser la froide pierre ! J*ai tremble' quand j'ai vu ,de quels affreux tourmens, Ils avaient acheté quelques heureux momens ! C'est alors que le monde et ses perfides songes Ne sont plus à nos yeux que de tristes mensonges ; La nature pour nous est un vaste tombeau , La vie une mort lente et l'espoir un bourreau- Dieu ! de'tourne de moi ces coups de la fortune ! Ce n'est point pour traîner ma vieillesse importune , Que ma voix te demande un plus long avenir ; Mais près d'un cœur aimant laisse-moi m'endormir, Et permets, puisqu'un jour le trépas nous rassemble, Que nos derniers soupirs soient exhales ensemble!

DÉSIR

Objet de mes constans désirs , Mon seul espoir dans la tristesse , 0 toi , qu'implorent mes soupirs , Repos , me fuiras-tu sans cesse ?

Douce illusion du bonheur , Qu'un vain rêve souvent caresse , Tromperas-tu toujours mon cœur?

Destin envieux et volage , Fertile en amères douleurs , As-tu bien lasse' mon courage Par tes inflexibles rigueurs ?

Hélas ! au gré de mon envie , Quand m'ofFriras-tu tes faveurs , Où je voudrais fixer ma vie?

76 DÉSIR

Ah ! laisse-moi fuir ces débris , Ces palais , ces trônes en poudre , Et ces vieux monumens noircis Par les traits brûlans de la foudre.

Lorsque sous les coups de la mort , Tout semble à mes yeux se dissoudre , Destin , viens donc ra'ouvrir le gort !

Oh ! que ne puis-je , solitaire , Détaché des fers d'ici-bas , Parcourir en paix la carrière Où tendent mes vœux et mes pas , Et , sans remords , dans mon asile , Voir enfin la nuit du trépas Descendre sous mon toit tranquille !

Là , quel bonheur plus séduisant Pourrait encor me faire envie?

Je goûte un sommeil bienfaisant Que ne trouble aucune insomnie ; Et si le tonnerre en éclats Fait gronder sa sombre furie , Ses coups ne m'épouvantent pas.

DESIR

Heureux qui, loin de l'opulence, Dans une sage obscurité' , Trouve chaque jour l'abondance Dans le verger qu'il a plante.

Et , bénissant ses destinées , Compte , dans la félicité, Ses récoltes et ses années !

Là , de mon champêtre jardin , Mon art féconde la parure , Et , sous ma prévoyante main , Double les dons de la nature; Là , par les chaleurs dévorés , Des flots d'un ruisseau qui murmure J'arrose mes champs altérés.

Le matin , quand le jour va naître, Ma voix réveille mes brebis , Dont le troupeau bêlant va paître L'émail de mes coteaux fleuris ; Et quand arrive la froidure , Je couvre mes membres transis Des dépouilles de leur fourrure.

8o DESIR.

Le soir , dans l'ombre du vallon , Avec une épouse che'rie.

Sur un frais tapis de gazon , Je repose ma rêverie , Tandis que nos enfans joyeux , Autour d'une mère attendrie , Promènent leurs folâtres jeux.

Là , je veux , l'ame recueillie , Exilé d'un monde orageux , Au sein de la mélancolie , Contempler cet astre amoureux , Dont la lumière pure et tendre , Dans le cœur d'un mortel lieuretix , Comme un jour doux vient se répandre.

Ennemi des vaines grandeurs , Là , je veux , secouant ma chaîne , Loin de leurs stériles faveurs , Des humains mépriser la haine , Et dans le silence et la paix , Content de mon étroit domaine , Jouir d'un bonheur sans regrets.

DÉSIR

Mon seul espoir dans la tristesse , Objet de mes constans de'sirs , 0 toi , qu'implorent mes soupirs , Repos, me fuiras-tu sans cesse?

Douce illusion du bonheur , Qu'un vain rêve souvent caresse , Tromperas-tu toujours mon cœur ?

Quel que soit son dëlire , on ne voit pas l'atnour

Brûler d'une flamme éternelle ;

Du feu qui nous semblait allume' sans retour ,

t Lui-même étouffe l'étincelle ,

Et des myrtes d'Hymen s'il flétrit les couleurs ,

Ce nœud jadis si doux , arrosé de nos pleurs ,

N'est plus qu'une chaîne cruelle !

Tel fut de Lorenzo le malheureux destin ,

Tel fut celui de Léonore.

Condamnés à souffrir , un funeste chagrin

Au fond de l'ame les dévore.

Les roses ont pâli : dans leur cœur égaré , */

Par d'incurables maux a jamais déchiré , ■

L'épine seule reste encore. * i

Oh ! s'écriait l'époux , en embrassant son fils Qui l'écoutait l'ame attendrie ;

Puisses-tu , de mon cœur écartant les soucis , Me rendre la paix de la vie !

Quel autre mieux que toi pourrait me consoler ?

Puisses-tu , cher enfant , ne jamais ressembler A celle que j'ai trop chérie ?

— te Ciel ! disait Léonore, en pleurant de douleur ,

Quand finiras-tu ma misère ?

Vois ce tendre orphelin pai'tager mon malheur :

Il n'a plus que moi sur la terre.

0 mon fils ! d'un ingrat tu portes tous les traits ; Mais aime-moi toujours , et n'imite jamais

Les vices d'un coupable père. '►

Ainsi ces deux époux , par la haine excités , Gémissaient au sein des alarmes ;

Ainsi , tous deux aigris , dans des nœuds détestés , Aiguisaient de cruelles armes ,

Et , lassés de leurs fers , sous un joug rigoureux ,

Importuns l'un à l'autre , irrités , malheureux , Se nourrissaient d'amères larmes.

<r Viens , lui dit Lorenzo ;le juge est là-bas ; viens ?

Que dans l'instant sa main déchire L'écrit qui m'engagea dans ces fatals liens.

Viens , qu'il finisse mon martyre. ;• — »! Je te suis , répond-elle , en essuyant ses yeux; Perfide , je te suis ; tu combles tous mes vœux :

C'est le seul bonheur où j'aspire. »

— » Après sept ans de peine , ô juge ! nous voici ^

Traînant une existence affreuse.

Tout est changé pour nous. Calmez, calmcîz ici

Notre blessure douloureuse ; Ici , par vous jadis nos cœurs furent unis ; Ah ! de grâce , rompez des nœuds mal assortis :

Notre chaîne est trop odieuse ! »

— » Je dépose l'anneau , témoin de notre hymen ,

Je lui rends ce funeste gage , Qu'ici même il reçut de ma tremblante main ,

Et qui scella notre esclavage.

Hâtez-vous; allégez le poids de nos tourmens. Et toi , cruel époux , reprends tes faux sermens :

Tous mes malheurs sont ton ouvrage. «

- )> Vous l'entendez , ô juge ! elle y consent. Eh bien !

Prononcez dans votre sagesse.

Ma prière est la sienne, et son vœu c'est le mien.

Dégagez-moi de ma promesse.

Nous partagerons tout , et nos biens et notre or ; Mais mon fils est à moi ; mon fils est le tre'sor

Que réclame ici ma tendresse. »

— » 0 ciel ! dit Léonore , en tombant à genoux ;

Quelle loi , quel juge barbare Oserait prononcer en faveur de l'époux ?

Moi ! de mon fds qu'on me sépare !

Ah ! devais-je m'attendreà ces tourmens nouveaux? Fuis , et garde tes biens ; fais-moi grâce des maux

Que ton offre ici me prépare. »

— !> 0 juge ! non , le ciel ne le permettra pas ;

Il écoutera ma prière ; Il n'arrachera point mon enfant de mes bras.

Lorsque sa débile paupière S'ouvrit, avec effort, à la clarté du jour, Il reçut mon baiser : que son pieux amour

Console mon heure dernière ! »

— » 0 juge ! vous voyez ma profonde douleur.

Si mon destin vous intéresse, Aux plus sauvages lieux , relc'guez mon malheur ;

Mais que je puisse , avec ivresse, Serrer contre mon cœur l'objet de mes de'sirs. Qu'il vive pour m'aimer ; que mes derniers soupirs

Soient recueillis par sa tendresse ! )•

— 5> Cruelle ! je jurai , j'en appelle h ton cœur ,

Lorsque mon fils vit la lumière , De guider sa jeunesse au sentier de l'honneur.

Devant Dieu, dans ce sanctuaire, Je le re'pète encor ce serment solennel Qu'entendit , que reçut , que confirma le ciel :

Mon fils ne suivra que son père. »

— » Non ! ne l'ecoutez pas , dit-elle , en fre'missant ;

Dieu punirait cette injustice.

De la tendre pitié n'étouffez pas l'accent;

Mon enfant est sous votre auspice ; Mon enfant est mon bien , ma joie et mon appui. 1;

Hélas ! à mon amour qu'on le rende aujourd'hui ;

Ou je succombe à ce supplice. '>

— » O juge ! ëclairez-la de vos sages avis.

Quelle que soit sa plainte amère , J'ai des droits plus sacrés pour réclamer mon fils :

La fille appartient à la mère, Je ne l'ignore pas , c'est le vœu de la loi ; Mais mon fils m'appartient , mais mon fils esta moi; Rica ne peut le priver d'un père. »

— «OCielî qu'ai-je entendu? l'enfant que j'ai nourri.

Qui dans mon flanc a pris naissance , Lui , que j'ai réchauffé sur mon sein attendri ,

Lui , mon trésor , mon espérance !

C'est mon fils, c'est mon sang. Voyez mon désespoir! J'embrasse vos genoux Oh! que votre pouvoir

Ne prolonge plus ma souffrance! »

Le juge, tout en pleurs, essayant quelques mots , Veut en vain rompre le silence,

Lorsqu'un aimable enfant , suffoqué de sanglots, Devant son tribunal s'avance.

Il se traîne à genoux , s'efforce de parler;

Mais , timide et craintif, la frayeur vient troubler Sa naïve et tendre éloquence.

u c'est h vous , dit le jugé , à prononcer entre eux ;

Enfant , le choix est necessaire :

Vous ne pouvez les suivre ou les quitter tous deux.

Che'ri d'un père et d'une mère , Lequel aimez vous mieux ? comblé de leurs faveurs, Qui voulez-vous quitter ?. . . . Mais essuyez ces pleurs

Qui roulent dans votre paupière. »

— rt 0 juge ! dit l'enfant , je n'ai recours qu'à vous ;

J'implore ici votre justice.

De leurs cœurs aveugle's de'sarmez le courroux ;

Par pitié soyez-moi propice.

Ne les écoutez pas ; ils se trompent tous deux. 0 juge! à leur amour, h leurs bras , a leurs vœux ,

Ne souffrez pas qu'on me ravisse ! »

— » Choisissez , dit le juge , en élevant la voix ;

Et terminons cette querelle.

Ou sur elle , ou sur lui doit tomber votre choix :

Parlez! i> — » Ni sur lui , ni sur elle !, » Répond-il , en pleurant ; et ses tremblantes mains Se joignaient et semblaient rapprocher les destins

Du couple interdit qui chancelé.

Il s'élance , il saisit sa mère par la main ,

Avec lui doucement l'entraîne Vers son père irrité par un amer chagrin ;

L'un près de l'autre il les amène , Les rapproche encor plus; d'un regard suppliant, A faire un dernier pas les force en souriant ,

Et de ses deux bras les enchaîne.

Il prend alors leurs mains , les joint ingénument , Les couvre c^e baisers . les presse ;

Verse en leurs cœurs l'oubli de leur ressentiment, Des yeux tour-à-tour les caresse ,

Se tourne vers le juge en invoquant les cieux ,

Et tâche d'écarter de leurs fronts soucieux La cruelle et sombre tristesse.

Étouffant leurs soupirs, ils étaient la tous deux ;

Et tous deux , la tête baissée , D'un oblique regard , mornes , silencieux ,

Cherchaient a lire leur pensée.

Lorenzo , tout ému , se retourne ; et soudain , Dans les bras de l'époux qu'elle retrouve enfin ,

Léonore s'est élancée.

< Oui , oui , s'écrie alors Lorenzo transporté .

Qui goûtait une ivresse pure ; ÎS^otre enfant est à nous , et mon cœur agité

Cède h la voix de la nature !

Toi , qui lui donnas l'être avec tant de douleur , Sois à moi pour jamais ; viens goûter le bonhem

Que ce doux moment nous assure. »

Il lui rend son anneau , ce gage d'un serment

Qvi'avec ardeur il réitère.

Léonore , a son tour , l'embrasse tendrement ,

Et verse une larme sincère.

Lorenzo prend son fils , l'emporte avec amour , Marche tout triomphant vers leur commun séjour ,

Et sur son cœur presse la mère !

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