LA FILLE
Ce sentiment si doux où le bonheur se fonde ,
Qui du sort inflexible affronte les rigueurs ,
Qui nous verse l'oubli de nous-même et du monde ,
Fait-il répandre tant de pleurs?
Toi, qui gémis dans les alarmes,
Non , non , n'arrête point tes larmes ;
Laisse-les flétrir tes couleurs.
Ah ! ta beauté n'a plus sa magique influence :
Il n'en est point sans l'innocence.
Pleure donc! que tes pleurs soulagent tes tourmens! Pleure , lorsque tu vois les filles de ton âge , A la prompte rougeur qui couvre ton visage ,
Détourner leurs pas innocens , Ou d'un œil de pitié poursuivre ton passage. Pleure , pleure de lionte , à l'aspect des amans Qui juraient à tes pieds de t'adorer sans cesse ,
Et qui , de propos insultans , Accablent aujourd'hui ta coupable jeunesse ! Pleure , quand tu les vois , pour prix de tes erreurs , Aiguisant contre toi de douloureuses armes ,
T'accueillir de leurs ris moqueurs.
Malheureuse ! non . non , n'arrête point tes larmes.