LE CHANT
Et bientôt , sur mes pas , le languissant Automne Pare de quelques fruits respecte's par les vents , Effeuilla sa pâle couronne.
Déjà ma de'faillante main Laisse échapper l'appui qui soutient ma faiblesse ; Je penche vers la tombe ; et peut-être demain Il me faudra céder a la mort qui me presse. Nul folâtre Zéphyr , dans son vol embaumé, Ne vient plus m'apporter un parfum qui ranime; Des scènes du printemps mon œil n'est plus charmé:
La mort appelle sa victime !
Vainement sur un lit de fleurs , J'ai voulu reposer ma débile vieillesse ; La nature a perdu ses attraits enchanteurs ; Son aspect ne vient plus me remplir d'allégresse. Quel soleil aujourd'hui me rendrait mon printemps? Mon sang ne coule plus; de craque mens funèbres, Tout mon corps retentit ; et mes pas chancelans
Se traînent parmi les ténèbres.
DU VIEILLARD. i23
Du front serein de la beauté , Que la brise du soir fasse flotter les tresses ; Tout est fini pour moi ; mon cœur sans volupté , Ne porte plus envie à ces tendres caresses. Nulle voix , nul coup-d'œil n'agitent plus mes sens ; Les ressorts sont usés ; leur marche est assoupie ; Et , dans mon sein flétri , de momens en momens ,
S'éteint la flamme de la vie !
Pourquoi veux-tu fuir l'Espérance , Toi , qui gémis dans la douleur?
Est-ce elle , où ta folle imprudence Qui détruisit , à leur naissance , Les vains rêves de ton bonheur?
Toujours poursuivant tes chimères , Tu formas de stériles vœux , Et des images mensongères , Comme des ombres passagères , Ont fasciné tes faibles yeux.
Dans ton impatiente ivresse , N'as-tu pas sondé l'avenir ?
Séduit par une enchanteresse , Ne t'es-tu pas créé sans cesse Des jours filés par le plaisir?
Sur la coupe , de fleurs ornée , Où ton orgueil but à longs traits , Tu crus lire ta destinée ; Mais la liqueur empoisonnée Ne te laissa que des regrets.
Et quand la volupté t*abuse , Quand le dépit sèche ton cœur , Insensé , qu'une erreur amuse , Dis , qui faut-il que l'on accuse De nourrir ta fatale erreur ?
Hélas ! dans sa fièvre bridante , Combien un cœur novice encor , Que le feu des désirs tourmente , Peut aisément suivre la pente Oîi l'entraîne un perfide essor !
Ici-bas , quand leur barque vole Élancée au gré du hasard , La plupart , nochers sans boussole , Ne cherchent point l'astre du pôle :
Il est trop haut pour leur regard.
Vois-tu , sur l'océan du monde , Vois-tu ces feux irre'solus , Qui naissent et meurent sur l'onde , Et , dans la nuit la plus profonde , Plongent les matelots perdus?
A peine une clarté trompeuse Brille-t-elle dans le lointain , Qu'au sein de la vague orageuse , Livrant ta fortune douteuse, Ta voile a disparu soudain !
Non , telle n'est pas l'Espe'rancc :
Sa douce et paisible lueur , Faible peut-être en apparence , Aux regards de la confiance , N'offre point un éclat menteur.
Ainsi , malgré le sombre orage , Malgré les gouffres entr'ouverts , Toi que sa lumière encourage , Vogue , l'œil tourné vers la plage , Et brave le courroux des mers.
11 se peut que , dans la tempête , Ton faible esquif soit fracassé , Qu'importe? que rien ne t'arrête :
Des feux qui grondent sur ta tête , Ton flambeau n'est point éclipsé.
Mais si ton bras trop téméraire Est la cause de tes malheurs ; Dédaignant une plainte amère , Attends un destin moins contraire , Et ne cache point tes erreurs.
Grois-tu qu'une fleur périssable Ne doive jamais se flétrir ?
Cette onde qui fuit sur le sable , Crois-tu sa source inépuisable , Quand lin vase peut la tarir ?
Pourquoi , d'une vaine fumée, Vouloir toujours flatter tes sens ?
Une solide renommée , Par les vertus légitimée , Méprise un inutile en cens* '
Povitquoi de frivoles richesses , Attendre des plaisirs sans fin ?
Faux espoir ! stupides faiblesses !
Ce vil tre'sor que tu caresses Est en butte aux coups du destin.
Pourquoi , dans un penchant volage ,
Rêver les volupte's du ciel ?
En secret quand l'amour t'engage
A savourer un doux breuvage ,
La haine y vient mêler son fiel.
Illusions , bonheur , folie ,
Tout fuit , tout passe avec le temps :
Plus fragile encor que la vie ,
Le plaisir naît , brille , varie ,
Et nous échappe à tous momens.
Mais toujours ferme , l'Espe'rance , Indifférente aux jeux du sort , De sa consolante influence , Vient embellir notre existence , Et nous conduire vers le port.
i3o L'ESPÉRANCE.
D'un rêve d'amour doux symbole , Elle est pour nous un don des cieux : Ah ! celui que sa voix console, Peut s'endormir sur sa parole ; Elle ne fait que des heureux.