‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 24 sur 45 · GUILLAUME TELL · texte numérisé non relu

GUILLAUME TELL

Dans les fers d'un tyran Tell e'curaait de rage ; Mais son cœur indompté battait pour son pays. » 0 Dieu ! s'écriait-il ; finis mon esclavage.

La mort ! et mes vœux sont remplis.

" Non, jeneveux pour moi ni secours ni vengeance; Mais veille sur mon fils , gage de ta bonté. Qu'il vive ! et qu'après moi son bras et sa vaillance Rappelle ici la liberté ! »

Le farouche Gésier affectant un sourire : )) Téméraire ! est-ce là le destin de ton fils ? Des superbes exploits qu'enfante ton délire , Tu pourrais recevoir le prix, »

i32 GUILLAUME

Il fait signe ; et l'enfant , méconnaissant la crainte , D*un air calme et joyeux , apparaît devant lui. Tell frémit; sur ses traits l'épouvante est empreinte; » 0 ciel , dit-il , sois son appui ! :>

Quel langage expressif vaut le coup-d'œil d'un père? Son geste suppliant , son regard attendri , Semblent dire au tyran : désarme ta colère ; Grâce , pour un enfant chéri !

- )) Non, non, répond Gésier; je dois punir un traître. Vos supplices sont prêts. » A ces terribles mots , Tell à peine respire ; et le courroux du maître

Ébranle un instant le héros.

11 sent couler ses pleurs , il frissonne , il s'écrie : » Que mon enfant soit libre! etmoi, né pour souffrir, A jamais exilé du sein de ma patrie,

Sur d'autres bords j'irai mourir, »

— i) Le trépas de ton fils paîra ta perfidie ; Ou . toi , si renommé pour décocher un trait , Par ton art aujourd'hui conserve-lui la vie ,

Et je révoque mon arrêt.

TELL. i33

A deux ibis vingt-cinq pas que ton enfant se place; Que le fruit du pommier sur sa tête soit mis : Si ta flèche l'abat , à tous deux je fais grâce ; Manque-le , tu n'as plus de fils !

Tu trembles ! penses-tu que ton prince t'abuse ? Guerrier , c'est à ce prix que tu me fléchiras. Un cœur faible et craintif peut employer la ruse ; Mais la force ne trompe pas.

Qu'on détache ses fers. » Rayonnant d'allégresse . Le fds a vu son père et vole sur son cœur. Tell s'e'meut ; il répand des larmes de tendresse , Faibles mai-ques de sa douleur !

<( Je ne m'en défends pas : tout mon courage expire. Le trait fatal échappe à ma tremblante main. Si sur toi le maUieur eut jamais quelque empire , Songe à cet arrêt inhumain !

Mais quel rayon d'espoir à mes yeux brille encore? J'y consens. Toutefois , pour cet exploit nouveau , Je te demande un jour ;... car d'un fils que j'adore , Je pourrais être le bourreau. )>

i34 GUILLAUME

~ )> Pas une heui'e ! répond le despote insensible , Dont le farouche orgueil n' apprit point à fléchir. Voilà donc ce héros , ce guerrier si terrible Que rien ne pouvait amollir ! »

Tell enfin se décide ; et , l'ame plus tranquille , Il embrasse son fils en implorant les cieux , S'éloigne , sur le but fixe un œil immobile , Et retient des pleurs douloureux.

L'enfant sourit : certain de l'amour de son père , Il attend sans effroi. Tous les cœurs sont émus. Un léger tremblement , un mouvement contraire , Et cet aimable enfant n'est plus !

Tell a courbé son arme , et la corde est tendue. L'arc s'ébranle.... le trait s'envole triomphant , Et par le fer aigu la pomme est abattue : Le père a sauvé son enfant !

O nature ! ô transports ! ô digne récompense ! Tell reçoit sur son cœur l'objet de tous ses vœux. L'Arbitre qui protège et sauve l'innocence , Guida ce coup audacieux.

TELL. r35

» Sois libre î c'est ie prix de ton obe'issance , Dit Gésier , qui de Tell s'est alors approché. Mais j'attends un aveu qu'exige ma cle'mence : Pourquoi ce second trait caché ? >♦

— it J'ai vaincu , sous tes yeux , la fortune ennemie ; Mais apprend de ce trait quel dut être l'emploi ; Si ma main à mon fils eût arraché la vie , Ce trait , je le gardais pour loi !» *

• Ces deux dernières strophes ne sont pas dans roriginal.

Page 1