COLMA SUR LE ROCHER
Il est nuit : je suis seule. Oii fuir? ou me cacher
Sur cette colline sauvage?
Les vents sifflent. . . . J'entends mugir prî^s du roclier
Le torrent enflé par l'orage.
Hélas! il n'est pour moi nul asile en ces lieux. Brillant flambeau des nuits, lève-toi dans les cicux !
Qu'une bienfaisante lumière Me guide vers Salgar, Salgar que j'ai perdu ! Sans doute maintenant , de fatigue abattu , Il goûte le repos dans un lieu solitaire , Et ses chiens haletans veillent à ses côtés. Et moi , je reste seule , errante , abandonnée ! Malheureuse Colma , serais-tu condamnée A pleurer cette nuit sur ces monts écartés? Lebruit des vents s'accroîtjle torrent roule et gron d e ;
2o6 POÉSIES DIVERSES.
Et je n'entendrai pas la voix de mon amant ! 0 Salgar ! que ta voix à la mienne réponde !
IN'ai-je pas reçu ton serment ?
Pour te suivre , j'ai fui mon père.
J'ai tout quitté pour toi, tout ! jusques à mon frère ! Hélas ! depuis long-temps , nos parens désunis Ont fait peser sur nous leur injuste colère ;
Mais Salgar et Colma ne sont point ennemis
Vents, taisez-vous! torrens, n'étouffez plus mes cris : Peut-être à son amant Colma se fait entendre. Salgar! mon cher Salgar ! t'ai-je en vain attendu? Salgar ! oui , voici l'arbre où tu devais te rendre ; Ici t'attend Colma; viens!.... Pourquoi tardes-tu? La lune lentement quitte les mers profondes ; Son reflet argenté vacille sur les ondes , Et sa douce lumière éclaire le rocher.
Salgar! n'entends-tu pas ta Colma qui t'appelle?
0 mon ami ! ton chien fidelle Ne vient pas m'avertir que tu vas approcher. Gémis , Colma ; gémis , infortunée ; Tu restes seule , errante , alDandonnée ? Mais que vois-je? mon cœur a frissonné d'effroi. Est-ce toi , cher Salgar? 6 mon frère ! est-ce toi?
Ils sont couchés sur la bruyère !
Leurs glaives sont rougis de leur sang ! 0 mon frère ! Pourquoi de mon amant as-tu tranche les jours? Salgar! pourquoi mon frère a-t-il perdu la vie? 0 malheureux effet d'une aveugle furie ! Ils se taisent ! hélas ! ils dorment pour toujours ! La glace de la mort pénètre dans mes veines. Sans espoir, seule au monde, au milieu de mes peines,
J'attends le matin dans les pleurs.
Venez , amis des morts , venez creuser la tombe ; Mais ne la fermez pas : mourante de douleur ,
Col ma viendra, Colma succombe.
Lorsque sur ces lieux de regrets,
Descend la nuit humide et sombre , Triste et plaintive alors s'élèvera mon ombre
Pour pleurer ceux que j'adorais.
Cessez , cessez votre murmure, Dormez, vent de l'automne, et vous, vagues, dormez ;
Dormez , ô douleurs sans mesure !
Je finirai bientôt mes chants inanimés.
Que ma faible existence un instant se prolonge ; Le chasseur attentif écoutera ma voix ,
Pleurant , pour la dernière fois , Mes amis dont la vie a passé comme un songe !