‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 32 sur 45 · ABEL · texte numérisé non relu

ABEL

Le soleil descendu dans le sein des vallons N'e'claire plus de'jà que la cime des monts , Et de son voile immense éclipsant la lumière , La nuit , douteuse encor , commence sa carrière ; Quelques nuages d'or , dispersés dans les cieux , Suivent l'astre du jour au couchant radieux. Abel, simple et naïf, dans le fond d'un bocage, A son Dieu qu'il adore offre un pieux hommage. Le feu sacré s'allume ; et tandis que le ciel Accepte l'holocauste immolé sur l'autel , Rempli d'un saint respect , en ce lieu solitaire , Abel au Tout-Puissant adresse sa prière : « Seigneur , daigne agréer mon encens et mes vœux , Un seul de tes regards peut rendre Abel heureux. Sur laterre,ô monDieu! comme au séjour des Anges,

2io POÉSIES DIVERSES.

Tout , dans le monde entier , célèbre tes louanges i Les oiseaux rassemblés font entendre leurs chants Et redoublent pour toi leurs concerts ravissans ; Les paisibles Zéphyrs , d'une aile caressante , Balancent les rameaux sous la feuille tremblante; Le ruisseau du vallon , dans ses rians détours , Avec lin doux murmure égare en paix son cours ^ Et son eau qui serpente au loin dans la prairie , Exhale les parfums de sa rive fleurie.

0 grand Dieu ! quel mortel , admirant l'univers , Pour ne pas t'adorer serait assez pervers ! Ces arbres et ces fruits , cette terre féconde , Ce soleil éclatant , pompeux flambeau du monde , Cette voûte étoilée où des milliers de feux Traversent l'ombre épaisse et brillent à nos yeux ^ Et cet astre des nuits qui , perçant le feuillage , Blanchit de son éclat les fleurs de ce bocage : Ce spectacle étonnant de beautés , de splendeur j De ton pouvoir suprême atteste la grandeur. Mon Dieu ! quand l'univers , d'un accord unanime , Chante de tes bienfaits la majesté sublime , Entends ma voix timide , écoute ma douleur : Pour un frère irrité je t'invoque , ô Seigneur ! Hélas ! les noirs soucis de la mélancolie

Le poursuivent sans cesse , empoisonnent sa vie. Il se plaît à nourrir ses chagrins devorans Et dans le fond des bois porte ses pas errans. L'amitié pour Caïn n'a donc plus aucuns charmes ? Mais ne l'ai-je pas vu renfermer ses alarmes , Lorsqu'Adam me serrait tendrement dans ses bras? Comment peut-il penser qu'Adam ne l'aime pas ? 0 malheur ! je suis donc accusé par mon frère De vouloir lui ravir les caresses d'un père !.,.» Au lever de l'aurore , avec ton frère Abel , Caïn , viens recevoir le baiser paternel , Viens partager des soins si chers à ma tendresse Et d'un père affligé consoler la vieillesse, La paix alors , la paix que ton cœur fuit toujours ^ Renaîtra dans ton ame et charmera tes jours.

Mais que dis-je?en secret , rongé d'inquiétudes , Tu parcours de nos bois les vastes solitudes. Ah! reviens parmi nous. Pourquoi donc tant d'effroi? Le nom si doux de frère est-il affreux pour toi ? Que ton œil pour le mien n'ait plus d'aspect terrible: Si tu savais combien ta haine m'est pénible ! Hélas ! de nos parens n'aggravons pas l'erreur ; Viens alléger nos maux et plaindre leur malheur.

Et toi, Dieu tout-puissant , exauce un vœu sincère, Et ramène Gain dans les bras de son frère. »

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