TORPILLES AUTOMOBILES
Préliminaires, — Une torpille — nous ne parlons ici que des torpilles lancées — est un projectile explosible de grande dimension, destiné à se mouvoir sous l'eau dans laquelle il doit décrire une trajectoire le conduisant à un but situé à une faible profondeur au-dessous de la surface libre.
Il en résulte immédiatement que la trajectoire d'une torpille doit êlre sensiblement rectiligne et horizontale, c'est-à-dire extrêmement tendue, sa flèche verticale ne pouvant excéder la hauteur du niveau de l'eau au-dessus du point à atteindre.
Mettons donc en présence les données du problème qui se pose :
ÀRMEMENt àl^
Un projectile de grande dimension, et par suite de poids considérable, doit être tiré de plein foaet dans un milieu extrêmement résistant; il faudra donc lui imprimer une vitesse initiale très grande, ce qui exige une charge de poudre suffisante pour développer la puissance vive nécessaire, et une longueur de tube permettant la combustion complète de cette poudre; mais alors une égale puissance vive agissant par recul, il devient évident qu'aucun affût, aucun plancher de navire surtout, ne résisterait à une semblable intluence. Signalons, en outre, pour mémoire seulement, la nécessité insolite où Ton serait de submerger la tranche de la pièce à feu pour éviter le ricochet qui ne saurait manquer de se produire au cas où Ton tenterait un semblable tir au moyen d'une artillerie placée au-dessus du niveau de Teau et lançant son projectile à la surface pour le mettre dans les conditions demandées à une petite distance du point de lancement.
Nous sommes donc en présence d'un problème dont les données mécaniques ne se rapportent nullement aux données ordinaires de la balistique extérieure et dont, par suite, la solution doit être cherchée dans un autre ordre d'idées que celui qui préside à l'étude des pièces de gros calibre.
Ce sont ces considérations qui, raisonnéos, développées, analysées avec soin, ont conduit d'abord à cette conclusion: puisque la bouche à feu capable d'un tel service ne peut être pratiquement réalisée, c'est du côté du projectile lui-même que les recherches doivent être dirigées.
Cette simple remarque, rapprochée des résultats antérieurement acquis sur les torpilles fixes ou portées, a conduit à l'invention de la torpille automobile.
Une torpille automobile est un projectile qui est lancé, avec une faible vitesse initiale, hors d'un tube placé horizontalement un peu au-dessus du niveau de l'eau, La faible valeUf de la vitesse initiale ne permet pas le ricochet au moment de la chute du projectile à la surface de l'eau, et celui-ci est muni, dans son corps méme^ d'appareils spéciaux de réglage et de
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prapiilsion, dont le j«>u combiné assure automaliquement t immersion à la profoodcïir voulue et sa marche horizontale avant avec une vitesse relativement faible, mais ré^^liè dans les limites extrômes.dc distances. auxquelles peut s'eff tuer ce tir.
On conçoit immi^diatemcnt la complication d'engins de ce nature, et nul ne devra s'étonner que l'on ait cherché h obtc le résultat voulu au moyen d'appareils absolument difTéren même comme principe.
Do toutes les torpilles automobiles diverses, parues jusqi ce jour, deux seulement méritent d'être retenues : la torp\ Whitefiead en usage en France et presque dans toutes puissances du monde ; la lorpille Howell, qui arme la Mari des Etats-Unis et dont l'usage se répand de plus en plus de les Marines des autres pays.
Nous insisterons sur cette dernière qui est la plus récenl donnons donc d'abord quelques renseignements succincts ( son aînée, à seule fin de pouvoir ensuite les comparer uti ment.
TORPILLE WHITEEIEAD
Cette torpille, du nom de son inventeur, a été découve: en 1868. Elle atlecte la forme d'un énorme cigare.
La force motrice est produite par de l'air comprimé; dj un réservoir sous une forte pression, qui, distribué à ii machine, actionne deux hélices à deux ailes tournant en »( inverse et placées à l'arrière de la torpille.
Elle est lancée à l'air comprimé ou à la poudre au moy d'un tube de lancement.
La charge explosiblr est placée à l'avant ; elle s'arme au matiquement et explose au choc par la déflagration d'u capsule de fulminate de mercure.
L'immersion est obtenue par la combinaison d'un peudi et d'un piston hydrostatique.
On peut faire qu'elle stoppe ou qu'elle remonte à la surff
lorsqu'il s'agit d'un tir d'exercice, afin de pouvoir la retrouver, et en temps de guerre la Caire couler, afin qu'elle ne puisse tomber au pouvoir de l'ennemi et môme devenir un danger sérieux pour les navires amis qui viendraient à la heurter.
Celte torpille se compose de sept parties principales:
1* Le cône de charge ;
2* La chambre des régulateurs ;
3* Le réservoir d'air comprimé;
4"* La chambre des machines;
o"" Le flotteur arrière ;
6" Le compartiment des engrenages;
T La queue.
1** Le cône de charge est semblable à la torpille Howell ; il ne varie que par quelques légers détails de construction; sa
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charge de coton-poudre est beaucoup moins forte que dans la Howell; cette différence provient de la complexité de l'appareil dont la plus grande partie est réservée au réservoir d'air comprimé et dos machines accessoires.
Le poids de la charge est environ de 45 kilogrammes.
2"" Chambre des régulateurs, — Cette chambre est étanche et contient le pendule et le piston hydrostatique ; la pression de l'eau, qui agit sur la face du piston, entre par une série de petils trous aménagés dans la paroi de la torpille, entre la chambre des régulateurs et le cône de charge, et appelée chambre à eau. Comme dans la Howell, les forces mises enjeu par les dilTérences de pression exercées entre les deux faces du régulateur d'immersion étant beaucoup trop petites, elles sont
renforcées par rintermédiaire d'un appareil auxiliaire appelé servo-moteur (chambre des machines).
Par une disposition convenable de leviers et de tiges, le sorvo-moteur actionne un gouvernail à palette horizontale fixée à l'extrémité de la queue.
Les leviers actionnés par les appareils régulateurs d'inimersion au servo-moteur passent à travers le réservoir d'air comprimé au moyen d'un tube venant déboucher d'un côté dans la chambre des machines et de l'autre dans la chambre des régulateurs. L'étanchéité de cette dernière est obtenue au moyen d'une boîte étanche fixée sur le fond du réservoir.
3" Le réservoir d'air comprimé, qui occupe la plus grande longueur de la torpille, est en acier fondu et contient environ 200 litres d'air comprimé sous une pression de 70 atmosphères, celte pression est poussée dans les nouvelles torpilles à V)0 atmosphères.
4° La chambre des machines contient : a) la boîte des surfaces; b) le régulateur de pression; c) les machines motrices ; d) le servo-moteur.
a) lioite des soupapes, — l^a communication avec les pompes de compression nécessaire au chargement du réservoir se fait au moyen de la boîte à soupapes, qui renferme, Tune de chargement, l'autre de prise d'eau à la machine, et qui la met en communicalion avec le réservoir.
Les deux soupapes sont placées de facjon à avoir une conduite unique pour le chargement et la communication à la machine.
La hoîle des soupapes ne permet l'admission de l'air dans les machines que lorsque la torpille a atteint la surface de Teau.
A cet elTet une petite palette appelée palette russe se rabat automatiquement sous la poussée de l'eau et détermine l'ouverture de la soupape.
b) RéfjHlaleur de pression. — Avant de se rendre à la machine et au servo-moteur, l'air comprimé passe par un détendeur à air analogue à nos détendeurs de vapeur, qui réduit l'air comprimé à une pression constante de 28 atmosphères indépen-
dantes de celle du réservoir qui, par suite, donne aux hélices une vitesse uniforme.
c) Machine motrice.^ — Les anciens modèles de torpilles contenaient des machines de Brolherood, et les nouveaux, des machines Whitehead. La machine Brotherood est à trois cylindres dont les axes sont à 120° dans un môme plan perpendiculaire à larbre moteur (appelé arbre porte-hélices); cet arbre est creux et débouche, d'une part, dans la chambre des bielles et, d'autre part, à Tarrière des gouvernails.
Les cylindres sont d'une pièce et venus de fonte avec la chambre dans laquelle se meuvent les bielles. Chaque cylindre est à simple effet et actionne un piston à fourreau; les trois bielles agissent sur une manivelle unique.
Les orifices d'admission et d'évacuation sont ouverts et fermés par un seul tiroir tournant.
La machine Whitehead est également à simple effet; les trois cylindres ont la môme position.
Elle est formée de trois tiroirs distincts à mouvement rectiligno, commandés par une même came fixée sur l'arbre. Ces deux machines tournent environ à 900 tours; leur puissance varie entre 35 à 50 chevaux.
d) Serio-moteur, — Gomme nous l'avons dit plus haut, le servo-moteur a pour but de donner au gouvernail horizontal la position demandée par le piston hydrostatique; il emprunte son énergie à l'air du réservoir et passe ensuite dans le régulateur de pression
r)** Le flotteur arrière sert à lester la torpille. A cet effet une masse de plomb est soudée à l'enveloppe dans la partie basse du fiolteur ; cette masse sert h corriger les défauts de symétrie que Ton pourrait faire pendant la construction de la torpille. Il a, en outre, pour but de permettre à la torpille de venir flotter à la surface pour pouvoir la recueillir après un tir d'exercice; ou bien, en temps de guerre, lorsqu'elle a manqué son but et à fin de course, un mécanisme, appelé mécanisme de submersion, provoque l'ouverture d'un robinet fixé u Tarrière de la torpille, lequel remplit d'eau le flotteur.
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6° Compartiment des engrenages, — I^a propulsion est obtenue par la rotation de deux hélices de pas contraire et tournant en sens inverse : rhélice avant est clavetée sur un manchon fixé à frottement doux sur l'arbre moteur; Thélice arrière estlixée directement sur l'arbre de la machine.
Le manchon re<;oit un mouvement de rotation en sens contraire de Tarbre de Thélice, par l'intermédiaire de pignons coniques.
II est nécessaire de faire tourner les hélices en sens contraire; car, s'il en était autrement, la torpille subirait riniluence d'un couple qui l'obligerait à s'incliner autour de sa position d'équilibre sans avancer.
7° La queue de la torpille comprend : a) Le mécanisme de stoppage, mécanisme combiné avec un compteur de tours également fixée sur la queue, qui permet, en fermant la soupape de prise d'air du réservoir, de faire stopper la torpille à une distance déterminée.
Le mécanisme n'est pas employé pendant les tirs d'exercices :
h) Le gouvernail de direction (pièce à ailettes). — La position de cette palette est invariable pendant tout le parcours de l'engin; sa position est déterminée suivant la nature des courants du point de lancement.
De môme que, pour la torpille Howell, on immobilise le pendule pendant les premiers instants de son parcours; et enfin
c\ I-e gouvernail de direction^ mobile sur son axe, et commandé par le sorvo-moteur.
La torpille Whitehead a un parcours de 50) à otM) mètres, à une vitesse de 25 nœuds.
Plusieurs puissances ont acheté à l'inventeur le droit de fabriquer ses torpilles dans leurs arsenaux. M. Schwartzkoff a également acheté le droit d'en fabriquer.
Les torpilles qui sortent de ses ateliers sont en bronze, avantage qui permet de les conserver assez longtemps à l'état humide et évite, de celte façon, le démontage qui, souvent, change le réglage de l'engin.
ARMEMEiNT 325
Par une coïncidence curieuse, le nom de M. Whitchead signifie, en anglais, tète blanche, el celui de M. Schwartzkoff, en allemand, lôle noirt\
« Valei'r militaire de la TORPiiXE White'head
Après cette description succincte, mais complète, des organes qui constituent la torpille Whilehead, on est en droit de reconnaître que cette torpille est le plus merveilleux engin de destruction q Tait imaginé le génie inventif de Thomme.
Cette torpille a une régularité d'immersion parfaite et un fonctionnement assuré, lorsqu'elle est bien réglée; mais on constate aisément quelle est beaucoup trop compliquée; de plus, ses organes sont d'une délicatesse extrême, elle réglage demande beaucoup d'attenlion et de soins.
Le réservoir d'air comprimé doit être, s'il est soumis à une haute température, entouré de linges mouillés pour éviter un brusque abaissement de température au moment de l'immersion et, par suite, occasionnerait une diminution de pression. De plus, ce réservoir nécessite des appareils compliqués, tels que les compresseurs d'ai*'.
La charge explosible est relativement faible par rapport au reste de la torpille, et il n'est guère possible de l'augmenter outre mesure sans être obligé d'augmenter le reste de l'engin dans les mômes proportions.
Elle est — et c'est là le point le plus important — sujette à de fréquentes déviations initiales. Eu effet, le facteur principal, pour les conditions que doit avoir une torpille automobile, c'est une bonne direction ; les ailettes directrices sont bien trop insuffisantes pour corriger les écarts que subit la torpille en dehors du plan de visée.
En effet, la position donnée aux ailettes n'est calculée que suivant la nature et la direction du courant au point de lancement, et ce courant peut très bieji ne pas être le môme h 280 ou 400 mètres plus loin.
On vient tout récemment de rendre mobiles ces ailettes, au
moyen d'un appareil imaginé par M. Obry, officier autrichien.
Cet appareil est lout simplement un petit volant animé d'une grande vitesse de rotation avant le départ de Tengin, de façon à pouvoir utiliser ses effets gyroscopiques pour combattre les déviations angulaires de l'engin.
Les expériences qui viennent d'être faites à ce sujet n'ont pas donné de résultats bien satisfaisants (à 2(X) mètres les écarts de la torpille étaient de 2", 50).
En résumé, l'invention consiste à prendre le moteur de la Howell, ainsi que nous le verrons par la suite, pour le mettre dans la torpille Whilehead déjà si compliquée; le besoin ne s'en faisait vraiment pas sentir.