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LES BAUMES ET LES ONGUENTS MODERNES

PHARMACOLOGIE

Si l’on s’en rapportait aux traités spéciaux à l'usage des pharmaciens, les baumes etles onguents tiendraient encore une grande place à l'heure actuelle dans notre

arsenal thérapeutique. L’officine de Dorvault contient par exemple le mode de préparation d'environ 200 bau-

mes et 150 onguents, mais la plupart de ces préparations sont aujourd'hui complètement inusilées et ne figurent dans l’officine que comme souvenir de l’ancienne pharmacopée. Beaucoup d’autres tels que le Baume Nerval, le Baume Opodeldoch et le Baume tranquille ne trouvent pas leur application en dermatologie et nous ne nous y arrèterons pas, |

Il reste en réalité fort peu de baumes et d’onguents anciens encore usités dans la pratique dermatologique. Ils ont d’ailleurs subi des modifications importantes tant dans leur composition que dans leur mode de préparation. |

Composition des baumes et des onguents actuels

Au point de vue de la composition des baumes et des

onguents actuels, il nous faut envisager successivement l’excipient et les principes actifs employés.

1° L'excipient. — L'excipient a peu varié pour les baumes c'est toujours de l’huile d'olives comme dans le baume de Lausanne employé avec succès clans certaines régions contre les ulcères atoniques ou de l'alcool comme dans le baume de Fioravanti utilisé dans certaines préparations excitantes contre les alopécies.

Le baume du Commandeur, dont M. Sabouraud a rappelé récemment les effets dans les gerçures et les crevasses, est également une solution de différentes résines et essences dans l'alcool à 80 degrés.

S'il a peu varié pour les baumes, l’excipient des onguents est fort différent actuellement de ce qu'il était autrefois.

L'axonge, qui était autrefois employée seule, plus ou moins mêlée à de la cire, est beaucoup moins usitée aujourd’hui à cause de la facilité avec laquelle elle rancit.

La vaseline a joui pendant longtemps d'une grande vogue et a été presque seule employée. On en trouve diverses sortes dans le commerce ; c’est la vaseline jaune d'Amérique dont on fait actuellement surtout usage. Elle a l’avantage d’être de consistance agréable, de se mélanger à la plupart des médicaments sans les altérer et de ne pas rancir. Elle reste à la surface de la peau et n’est presque pas absorbée par elle, en sorte qu’elle constitue un bon véhicule pour les médicaments à appliquer seulement à la surface ; en revanche, elle est à rejeter si l’on veut faire absorber par la peau le médicament à incorporer. Son emploi n'est pas d’ailleurs sans incon-

lost

vénients : elle est difficile à enlever, car elle ne se saponifie pas ; les alcalis, les savons sont sans action sur elle, et un simple savonnage à froid ne suffit pas à en débarrasser la peau. Autre reproche plus grave, n'ayant aucune action chimique sur le médicament qu’elle véhicule, elle n’exerce aucune action atténuantesur les substances irritantes que peut contenir l’onguent, si bien que l’application d'onguents à base de vaseline est souvent plus douloureuse que si on se sert comme excipient d’une matière grasse. Enfin certaines vaselines mal préparées peuvent être irritantes par elles-mêmes. ‘

Pour toutes ces raisons, on substitue souvent et on associe à la vaseline des matières grasses.

L'axonge, est encore fréquemment usitée. On l’empèche de rancir en ajoutant 20/0 de benjoin. Elle n’est pas irritante, mais elle a l'inconvénient d’être très fusible et complètement liquide à la température du corps. Elle peut être un excellent véhicule pour certains médicaments actifs, mais elle ne persiste pas à la surface de la peau. Elle est rapidement absorbée par la couche cornée qu’elle imbibe.

La lanoline extraite du suint de mouton, diffère de la plupart des corps gras en ce que la glycérine y est remplacée par la cholestérine. C’est une substance jaunâtre moins fusible que l’axonge, avec une odeur désagréable et une très grande viscosité. Cette viscosité en rend l'emploi assez difficile comme base unique d'un . onguent, mais la rend fort utile pour donner de l’adhérence et de la ténacité à une préparation trop fluide.

L'adeps lanæ est une autre graisse laineuse, préparée:

à Brème et dont l'usage se répand; elle possède un. grand pouvoir de pénétration évalué à 300 /r00.

Le glycérolé d’amidon a la même consistance que l’axonge. Assez pénétrant, assez visqueux, il ne rancit pas, il est soluble dans l’eau, et on peut en débarrasser la peau par simple lavage.

Il nous faut encore mentionner le suif, le beurre de cacao, la cire d'abeille, la paraffine, qui peuvent servir à la préparation d'excipients composés. Parmi ceux-ci, certains ont des formules complexes, et constituent déjà presque des onguents, sans addition d’autres principes médicamenteux.

Telle est l’aleptine de Vigier :

Era antydre sn ue Men eR URL. 200 gr.

Huile d'amandes douces benzoïnée.... 6oo iinédesDalémes nr en er, 150 Eire. blanche... … MR Re 110 Pandistllée stérihsée Lee 300 Baume du PÉéTONR NL Rime 10 Gélatméeblanene teur ei 20

Cire DAMDEREN ONE ru DOTE.

Paraiirie rene PIE MERS 80

Huile d'amandes ........,.... 400 CDR eue do 2h0

aude roses. ::5:2..: FRERE 150

Eau de laurier-cerises........ à 20

Teinture de benjoin vanillée.. IV - gouttes.

. Mentionnons encore l’onguent à la caséine d’Unna. Ilest composé de 14 o/o de caséine avec 0,43 0/0 d’aba-

lis, 7 de glycérine, 21 de vaseline, 1 d’autiseptique,

OO

10 d'eau. C’est une émulsion épaisse et visqueuse dont la couleur rappelle celle du lait.

Enfin, George T. Elliott a proposé un ‘autre excipient, la bassorine. C’est un mucilage végétal retiré de la gomme bassora, et d’autres espèces de gommes. Son application ne serait nullement irritante, et cette base rendrait des services surtout dans les affections inflammatoires sèches et squameuses.

Tout récemment M. Gastou s’est servi comme excipient dans la formule d’un baume contre les brülures du liniment oléo-calcaire du codex. C'est en partie au choix de cet excipient que l'auteur attribue les heureux effets de sa préparation. On obtient ainsi un beaume de bonne consistance, qui couvre et isole bien, et dans lequel l’action antiseptique de la chaux s’ajoute heureusement à celle des essences végétales.

On voit par ce rapide exposé combien plus nombreux sont les excipients que nous avons à notre disposition. Nos onguents préparés avec ces bases isolées ou combinées, ont déjà sur les onguents anciens plusieurs avantages : ils ne rancissent pas, n'irritent pas la peau et nous pouvons à volonté les faire agir uniquement à la surface de la peau, ou pénétrer plus ou moins profondément dans les couches profondes.

2° Les principes actifs. — Si nous possédons pour préparer les onguents des excipients plus nombreux que ceux en usage autrefois, en revanche nous avons cessé l'emploi d'un grand nombre des ingrédients qui constituaient à leurs yeux les principes actifs des topiques. |

que

Baumes naturels. — Parmi les produits végétaux qui entrent dans la composition des baumes et des onguents actuels, nous trouvons des baumes naturels : le benjoin, le styrax, le baume de toluet surtout le baume du Pérou.

n utilise les propriétés antiseptiques et parasiticides de ces baumes.

Déjà recommandé par Besnier dans le traitement de la gale, en onguents à 2 ou 5 0/0, puis par Julien (Soc. de dermatologie, 1899), le baume du Pérou est considéré par Hermann comme un excellent topique, à appliquer sur les ulcères de jambe dont il active la granulation. Hermann l’emploie dissous dans l'huile de ricin à la dose de 25 à 50 0/0. Lucas-Championnière s’en sert avec avantage pour le traitement des brûlures. Voici une de

ses formules :

Vakeline DÉS er 100

Acide borique finement pulvérisé... 10

Baume du Pérou..... I

Gastou l’associe dans le même but au styrax.

Térébenthines. — Les térébenthines ne sont utilisées qu'au cas où la peau est intacte, comme irritants locaux : C’est ainsi que la térébenthine de mélèze et la résine élémi entrent dans la composition du baume de Fioravanil.

Huiles emprreumatiques. — Parmi les huiles empyreumatiques, l'huile de cade pure ou associée en plus ou moins grande quantité au glycérolé d’amidon est d’un emploi courant dans le traitement du psoriasis et

de certains eczémas des anciens.

Nous avons vu que déjà au xvri° siècle elle était en usage dans le traitement des affections cutanées.

Goudron végétal. — Le goudron végétal employé depuis fort longtemps surtout dans les pays du nord de l'Europe et qui constitue un des principaux éléments de la thérapeutique populaire des marins est lui aussi usité dans le traitement des affections squameuses. Unna pense que grâce à ses propriétés antiseptiques desséchantes et réductrices il constitue un bon topique contre l’eczéma où le processus de kératinisation est profondément troublé.

Créosote et gatacol. — On utilise également la créosote et le gaiacol; ce dernier a donné à Huguenin les meilleurs résultats dans le traitement des brûlures. Dupont l’associe dans le mème but aux essences aromatiques. Voici une formule qui lui a toujours donné des succès dans le traitement des brûlures: et en particulier dans les brûlures profondes et graves que se font parfois les

mécaniciens et les chauffeurs sur les paquebots :

‘ Essence d’origan....... \ Essence de thym. ....7:

Essenee de verveine....

Essence de géranium.…..

Gaïcol pur cristallisé... 20 —

âà 5 gr:

Beurre de cacao....... Le Cire vibrpe Rte no Rétolpuriié 1250438 1.200 — Extraits de plantes. — Parmi les extraits de plantes,

il nous faut citer la chiéline, extrait de bulbe de tulipes récemment employé par Hazmann dans une série de

dermatoses. Incorporée à des crèmes ou à des Savons,

Le PRE E RDS

la chiéline a bien réussi chez des malades atteints d’eczéma squameux ou de pityriasis versicolore. Les sujets traités ont tous été ou bien guéris, ou tout au moins rapidement débarrassés de leur prurit.

Huiles végétales. — Les huiles végétales sont souvent employées dans la préparation des baumes et des onguents actuels, soit qu’elles servent d’excipients aux baumes, soit qu'elles constituent le médicament actif. C'est ainsi que l'huile de Chaulmoogra dont on connaît les heureux effets dans le traitement des plaies lépreuses est également vantée par Richard-Lepage de Calcutta, contre les accidents syphilitiques. Richard Jones la considère comme le remède du lupus. Elle entre enfin dans la formule du baume Baissade.

ÆEssences. — Nos ancêtres incorporaïent à leurs baumes et à leurs onguents des infusions et des macérations de plantes. Nous employons maintenant les essences et particulièrement celles de lavande, de thym, d’'origan, de verveine, de géranium, d’eucalyptus et de cannelle. Les travaux de M. Lucas-Championnière ont montré nettement l’heureuse action antiseptique de ces essences. Elles sont très suffisamment microbicides pour prévenir l'infection et elles altèrent beaucoup moins que les antiseptiques minéraux les tissus sur lesquels elles sont appliquées. Elles présentent encore sur les antiseptiques minéraux, comme le sublimé ou l'acide borique, un autre avantage. Ceux-ci, incorporés à de la vaseline ouune graisse, n'émettent pas de vapeurs, ils ne sont pas dissous dans l’excipient, ils ÿ sont même isolés et

parfaitement protégés, contre toute action dissolvante

Se

des liquides exsudés. Dans ces conditions, leur action antiseptique est donc illusoire. Cela nous explique les bons résultats que les baumes et les onguents à base d’essences végétales ont donnés dans des lésions ulcéreuses étendues comme les brûlures: |

Corps minéraux. — À ces produits végétaux qui justifient la dénomination de baumes et d’onguents appliqués aux topiques dont nous parlons, on associe souvent des composés minéraux. Ce sont tantôt des poudres inertes très finement pulvérisées, et destinées à augmenter la consistance de l’onguent. On utilise ainsi le carbonate de magnésie, le carbonate de chaux précipité, le talc.

D'autres fois ce sont des substances antiseptiques qu'on joint aux ingrédients d'origine végétale comme

dans la formule suivante :

Microcidine...... Re tuer J'OLe * Essence de géranium.......

— dé TD VA RE En |

— d'origan..... RS — de verveine......7: |

L’acide borique pulvérisé, le naphtol, le naphtolate de soude, l’orthoforme sont utilisés dans le même but. Ce que nous avons dit précédemment de l’heureuse action antiseptique des essences permet de penser qu'il est superflu de recourir en outre aux antiseptiques minéraux. C'est d’ailleurs l'avis de M. L. Championnière.

« Voici une formule que je conseille :

ARE Due

Vaseline pure ou rétinol........ 100 gr.

PSS enED DE ULTIME re Rainer 2 LUE BÉTAIUM ec aide YELVÉINEs AU, 1e RE MOTS ARS ER EE dacre Naphtolate de soude........... 0, 30 centi.

âà XV gouttes

«Avec le naphtolate de soude, il m'a semblé que la pommade est plus active. Bien fréquemment pourtant, je l’ai supprimé et je ne vois pas grand inconvénient à s'en tenir aux essences qui mont toujours paru avoir

la puissance antiseptique suflisante. »

Modes de préparation actuels des baumes

et des onguents

Nous avons vu que les progrès de la chimie moderne ont permis l'usage d’excipients plus variés et mieux appropriés aux circonstances. De plus; Les longues listes de plantes usitées autrefois dans la confection des baumes, ont été réduites à un petit nombre dont Paction est bien établie. Enfin les essences ont remplacé les macérations et les infusions de plantes. Nous devons maintenant dire un mot des modifications apportées à la

préparation des baumes et des onguents.

On est un peu surpris de voir que pour certains baumes, la longue technique des macérations et des infusions répétées a été conservée de nos jours. Voici par

‘exemple, la préparation du baume du Commandeur :

Racine d'anpéhquen" 2... 10 gr.

Sommités fleuries d'hypericum...... 20 Alcool à 80 dégrés.. Ur En... 4 120

faites digérer pendant huit jours, en ayant soin d’agi-

ter de temps en temps, passez avec expression et ajou-

tez à la colature.

NEvrrhes Len 10 gr.

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