‹ Les Baumes et Onguents en DermatologieChapitre 7 sur 20 · AGE ET JUSQU'AU XIX° SIÈCLE · texte numérisé non relu

AGE ET JUSQU'AU XIX° SIÈCLE

Nous avons vu dans l'antiquité grecque et romaine, les baumes et les onguents se compliquer. Dans cette nouvelle période du moyen âge, nous allons assister encore à cette marche ascendante vers les complications les plus extraordinaires, période d’incoordination heureusement suivie d’une réaction salutaire période rationnelle.

1° Période d’incoordination

Au moyen-âge et jusqu’au xvr1r° siècle, les formules fantastiques contiennent les éléments les plus variés et les plus disparates. Les apothicaires et les médecins eussent été sans doute fort en peine de donner de l'emploi de drogues aussi nombreuses une explication satisfaisante. On se fait une idée des mélanges extraordinaires qu’étaient les baumes et les onguents en parcourant l'Histoire des drogues, du sieur René Pomet, marchand épicier et droguiste (1694). On voit figurer parmi les substances propres à entrer dans la composition des onguents toutes les graines connues, depuis le cumin « d'où on tire une huile par expression très

bonne pour les rhumatismes » jusqu'aux « quatre semences froides, graines de citrouille, de courge, de melon et de concombre d’où on tire une huile pour adoucir le teint des dames ».

Plus de cinquante racines peuvent être aussi utilisées, parmi lesquelles l’angélique qu’on estime «un remède assuré pour résister aux venins » et les aristoloches qui « modifient les ulcères et la gangrène ».

Les bois sont mis eux aussi à contribution et certains d’entre eux quon utilise encore actuellement étaient déjà appréciés : « L'oxicèdre d’où on tire par le moyen du feu une huile noire qui est appelée cedria ou huile de cade ; elle guérit les dartres vives et farineuse, la galle des chevaux et des bestiaux. »

Toutes les parties des plantes sont ainsi employées, car l'énumération se continue pendant des pages accumulant les feuilles sur les fleurs,les fruits sur les sucs et les gommes.

Les substances minérales les plus variées sont aussi utilisées et pour que tous les règnes de la nature concourent à la fabrication des baumes, toute une série de produits d’origine animale sont employés à les composer: le bézoar occidental, le muse, le castoréum, la graisse d’élan, de chameau, de cerf, de bouc, de chamois ; l’'ambre gris, « rayons de mouches tombant à la mer, et devenant liquides et flottants, par l’eau de mer », la graisse de lamantin ; la poudre d’écrevisses, le jus de serpent. L'homme lui-même n'était pas épargné, et

certains onguents n'étaient efficaces, que s'ils conte-

Ts

paient, du sang « d'homme rousseau », ou de la graisse humaine.

Avec un arsenal thérapeutique aussi varié, on ne pouvait manquer de guérir toutes les maladies : aussi les onguents étaient-ils considérés comme des panacées universelles. Ils guérissaient tous les maux, toutes les plaies extérieures. Don Quichotte exagérait à peine, quand il comptait sur le baume de Fier-à-Bras, pour guérir tous. les horions dont son plat à barbe, transformé en armet de Mambrin le protégeait insuffisamment. Bien mieux, l’alchimie s’en mêla; et commeil y eut nombre de chercheurs assez heureux pour découvrir la pierre philosophale, il y en eut d’autres qui inventèrent le baume de vie ; celui-là, non seulement guérissait tout, mais il pou-

vait même ressusciter les morts.

20 Période rationnelle

Pourtant, dès le xvu° siècle, quelques esprits plus pondérés réagissent contre ce fatras pharmaceutique.

Et, Coulet, en 1727, propose de revenir aux onguents plus simples des anciens : « Les ingrediens que l’on y a employés quoique en très grand nombre, n’étoient pas opposés l’un à l’autre comme ils le sont aujourd’hui. » Zwelfer va plus loin, et pense que « les sucs ou racines bouillis simplement feroient un beaucoup meilleur éfet, si on n’y ajoutoit ni cire, ni huile... I1ne conseille point d'autre application que celle que l’on peut faire des liquides propres, comme bien moins capable de boucher

les pores. C’est de cette consistance que sont lesemplä-

tres ex succis, emplâtres de sucs, pour lesquels, on se contente de faire bouillir le suc des plantes jusqu'à la consistance de l'huile ».

Sans aller jusqu'à n’employer ainsi que les extraits des plantes, sans aucun excipient, d’autres s’efforcèrent de faire une classification des baumes et des onguents alors en usage. A dire vrai, ce n'était pas chose facile, et si l’on s’en rapporte à un formulaire de l’année 1607, ces essais de classification n’apportent pas une grande clarté. On y trouve les onguents rangés d’après-leurs propriétés thérapeutiques. On distingue :

1° Des onguents chauds tels que longuent Martiatum qui « fortifie les nerfs et les jointures, raréfié et résoud les humeurs froides, apaise La douleur sciatique » ;

2° Des onguents froids et parmi eux l’onguent Rosat, l’onguent Populeum encore usiltés aujourd’hui ;

3° Lés onguents agglutinatifs, comme l'onguentum aureum, composé de cire, de résine, d'huile, de colophane, de térébenthine, d'encens, de mastic et de safran. Il « cicatrise les plaies et adoueit les douleurs des join tures ». L’ongueni d’A. Delacroix dont on trouve encore

la formule dans lofficine, bien qu’il soit maintenant

inusité :

Ponplanéher rem 250 gr.

Résine élémis.7.:.".2..: 64 Térébeñthine mer: 32 Huile de laurier..... PAU 9

4e Des onguents ramollitifs comme l’onguent basilicum, qui veut dire royal « ainsi appelé à cause de ses

grandes vertus » et dont voici la formule :

POIXENOÏDO NE TRE

Golophane# ss asvre ââ une partie Cire jaune ra amor:

Huile d'oNves recto 4 parties.

L’onguent de la mère Thècle, maturatif et suppuratif passé au rang des « remèdes de bonne femme ».

Celui de l’abbé Pipon ayant la même composition que le basilicum, mais où la colophane est supprimée et qui contient en outre de la graisse de porc.

5o Des onguents dessicatifs, comme l’emplâtre de

l’abbé Doyen :

Huile d'olives .........

Oxyde rouge de plomb. äà 500 gr Poix résine ee 120 OÙban: HEURE 60 SAVOURER AE 19

L’onguent de pompholix, composé de :

Huile rosat.

Cire jaune.

Suc de morelle,

Encens. |

Oxyde de zinc (pompholix).

Sulfure de plomb.

Oxyde de plomb.

6 Des onguents intarnatifs, détersifs, V Ægyptiac, composé de :

Miel blanc.

Vinaigre très fort.

Vert de gris pulvérisé, Comme le fait remarquer Baumé « maître apothicaire de Paris », cette préparation ne mérite pas le nom d’on-

} guent puisqu'elle ne contient ni huile ni graisse.

Dans cette même catégorie, se trouvaient l’onguent vert et rouge, l’apostolie, lemplâtre gratia Dei, etc.

Quand on examine les formules de tous ces emplâtres et onguents, on voit combien cette classification est arbitraire : les mêmes substances en effet, rentrent dans la composition des uns et des autres. A la vérité, il semble qu’on faisait des formules compliquées, avec l’espoir que l’un quelconque des ingrédients, trouverait son application dans un cas donné.

De plus, la composition de l'onguent ou du baume n'est pas seule à considérer. Comme le dit Jean Fernelli, en 1669, les médicaments qui servent à fabriquer les topiques ne peuvent être employés impunément. « C’est une question d'expérience de savoir quel degré de chaleur et de sécheresse il faut leur donner. »

«Trop chauds ou trop fluides, ils ramollissent la chair, trop épais ou trop froids, ils la dessèchent trop. »

Aussi tous les anciens auteurs décrivent-ils minutieusement les procédés de fabrication des baumes et des onguents. En voici quelques exemples pris au hasard :

Onguentum fuseum, ou nigrum, (très bon pour toutes les playes, refait très vite les chairs et empêche la

pourriture. »

CHAN MR PANNE UNE | CGommeammoniac 2/2 Ares HPérébenthine Re rene nt

à à 5 onces

Hoilé commune 57e : 1 livre POIs DA VAIO en di fe ot à 1/2 livre Colophane:.:.,..7 PA Nle UT |

TT Me RO era INA: OTCeS

« Liquéfiez dans l'huile, toutes les choses qui peuvent Gharcellay a

l'être et pulvérisez toutes les choses qui peuvent l'être. Après liquéfaction, on ajoute la cire, et après la colophane, et ensuite la poix, puis la térébenthine, et enfin le mastic et l’oliban, en agitant toujours avec une spatule et maintenant sur un petit feu. Quand tout sera liquéfié, on refroidit, et on peut utiliser Fonguent pendant deux ans. » (Arnaud Villani, 1608).

D’après le même auteur voici la préparation de l’onguent populeum.

On prend :

Bourgeons de peuplier.......... 1 livre Feuilles':de’payots: 040 JE ne 1/2 livre Feuilles de mandragore .:........

Cimarum PhD RETENUE

Cimarum folliculorum hyoscyami.

SOJA UN pet AAA Lie à Crasulæ majoris. sen cas rs

PetITO ALU RTS Sr EC CEE 3 drachmes Bardane pos eee ASE

NAGIette PROPRES RSR RÉ E

Nombril.deVénns nee

Axonge de porc fraîche sans sel... 3 livres

[ar]

Broyez les bourgeons de peuplier dans de la graisse chaude, et faites-en des magdaléons, qu'on laisse pen-. dant deux jours ; le troisième jour, recueillez les herbes susdites, broyez-les à part, et mèlez-les aux magdaléons. Ceux-ci étant faits de nouveau, laissez-les pendant huit jours. Alors mélangez-les à l’axonge et placez-les sur le feu avec une livre de vin odoriférant et très bon, faites bouillir jusqu'à la réduction du vin, en agitant toujours. avec une spatule. Passez dans un sac, et laissez refroi-

dir l’onguent qui sera bon pour un an.

ms (ES er Voici maintenant, comment Nicolas Lemeri (1701) prépare le baume de Saturne :

« Mettez huit onces de sel de Saturne en poudre dans un matras et versez de l'esprit de térébenthine jusqu’à ce qu'il surnage de quatre doigts. Placez le matras sur un petit feu de sable, en digestion, pendant un jour, vous aurez une teinture rouge. Versez par inclination la liqueur et mettez d'autre esprit de térébenthine sur la matière restée au fond et recommencez comme devant

« Versez vos dissolutions dans une cornue de verre que vous placerez sur le sable, et y ayant adapté un récipient, vous ferez distiller sur un feu médiocre environ les deux tiers de la liqueur, qui sera de l'esprit de térébenthine ; faites cesser le feu et, la cornue refroidie, versez, ce qu'elle contiendra dans une fiole et le gardez. C’est le baume de Saturne excellent pour nettoyer et cicatriser les ulcères. » |

La formule de l’onguent martiatum d’après le même auteur donne une idée de la complexité de ces préparations.

Racines récentes d’aulnée.. ......:,.... AU — Nalétianer ins s,

= Ha diner orne tri Feuilles récentes d’absinthe .. ....

— COCA Tardin 0x à 2 drachmes — marjolainesses Lui,

— menthe d'eau. #10:

= basilic ..... DEN ANS a VAT 45 SALE AC et PARUS sureau ..... GS LA CARTE PE Feuilles. de laurier. .............:...1,.., 0 = romarin tit AS drachmes

Ce PUS een els Rte tee olals aie

Semeéncé: de CUMIN TE AP ER — FÉAUBPEC UN EE LAN à à 1 drachme — oïtie Major. .*. ROSE EUR Flears:dé camomile ee NC ES.

= MER HO TES NE DER AIN Ye | ne à drachme Le RANCE SELS LE AICS SM TER FR à — DL DE RTS EN M AE Hate d'olives Mrs sie entr SRE 3 livres

On contuse toutes ces substances dans un mortier de marbre avec un pilon de bois, on les met dans un vaisseau avec l'huile d'olives ; on fait macérer ce mélange sur des cendres chaudes pendant douze heures. Alors, on coule avec forte expression ; on laisse déposer l'huile

pour la séparer des fèces et on la met dans une basine

avec :

CITETAUTÉ MANS SD Ut Si Vie 1/2 livre AxXONBE LONES 20 AMAR ER RE En RO ONG ER Me OT LE era CO A EE à à 4 drachmes Moelle de:cerf. …....: METIERS RENTE SES ESEErS DEVENUE SRE MALE RE A PRE MONT,

RéSinoélémns ER tn Se à à 1 drachme

Lorsque ces substances sont liquéfiées, on passe le mélange au travers d'un linge afin de séparer quelques impuretés quise trouventdans la résine élémi et le styrax liquide. On laisse déposer cet onguent et on le tire par inclination. On l’agite quand il commence à se figer et on ajoule :

Huile épaisse de muscade....... Fi ToVONCes

Baume noir du Pérou.,..... ARE 1 drachme

Baume démopshe: rie Mastic en larmes pulvérisé

PNEUS à à 3 onces

LAS a

. On agite cet onguent avec un pilon de bois jusqu’à ce qu'il soit complètement refroidi ; on le conserve dans un pot pour l'usage.

Ces longues formules nous font aujourd’hui sourire et leur efficacité thérapeutique est difficile à apprécier. Les auteurs anciens parlent de cures merveilleuses obtenues par leur usage, mais il est probable qu'ils ont pris souvent leurs désirs pour des réalités. Pourtant cette matière médicale très souvent bizarre, ces médications parfois fantastiques ne sont pas toujours à dédaigner et sont souvent le fruit d'observations accumulées pendant bien longtemps. « Ne nous hâtons pas trop, disent fort justement MM. Cabanès et Barrand, de jeter l’anathème sur ces médications... la science en a déjà réhabilité un grand nombre : son œuvre de réparation est loin d’être terminée. Étudions, au contraire, étudions sans cesse, les produits dont une expérience de plusieurs siècles a consacré l'efficacité, quelque singuliers qu'ils nous paraissent de prime abord. »

| C'est l’empirisme qui a guidé les anciens médecins dans l'application des baumes et des onguents et comme

Va dit Charcot « la méthode empirique est le vestibule obligé de la science ». Il nous reste maintenant à voir ce que la science moderne a conservé des baumes et des

onguents anciens.

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