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Les Béatitudes de l’âme religieuse

tUAND on considère ce qu’est le inonde, ce qu’il laisse entrevoir et semble promettre, cè qu’il promet et ne donne jamais, ce qu’il donne et reprend si vite, en un mot tout l’ensemble de mensonges dont il se pare et d’illusions sans nombre dont il se fait un charme pour captiver les âmes ; ah !

l’on ne peut trop bénir le ciel de nous en avoir retirés.

Longtemps peut-être nous avons été le jouet de ces mirages, que nous prenions pour des réalités. Nous aussi, comme tant d’autres, nous courions après des plaisirs

déjà évanouis avant que nous les ayons saisis, nous cherchions à nous reposer en des joies qui ! sans cesse nous échappaient, nous nous obstinions à trouver le bonheur là où il ne fait que passer sans laisser d'autres traces que des larmes dans des coeurs blessés.

Si nous avons connu ces déceptions du cœur, ces effondrements de l’amitié, ces illusions déconcertantes de la vie, ces expériences doulou- ! reuses d’un monde qui n’est que vanité, mensonge et frivolité ; avouons notre erreur et ! confessons qu'après le malheur de nous être j laissés ainsi tromper, il n’y a pas de joie comparable à celle d’une âme qui a pu échapper ; aux filets du monde, rompre avec ses attraits, : le traiter avec le mépris qu’il mérite et recon- j quérir la liberté des enfants de Dieu.

Si encore le monde n’usait que de vanité et de fausseté pour endormir les âmes, mais il est, en plus, méchant et pervers. Quand il brille, j c’est pour aveugler ; quand il captive, c’est pour corrompre ; quand il enivre, c’est pour inoculer un poison mortel. Ses charmes amol- ; lissent le cœur, ses mensonges détournent de la vérité, ses paroles sont des traits qui blessent, ses joies de vrais tombeaux où viennent in- j failliblement s’ensevelir les espérances et les 1 illusions.

Le monde, s’il ne perd pas toujours les âmes, les affaiblit et les diminue. Il est si difficile de vivre au milieu de ses frivolités et de n’avoir j pas la tentation de s’en approcher ! Il faut tant de courage et d'énergie pour se tenir toujours à l’écart de plaisirs qui, malgré tout, ont des

charmes pour la nature ! Il y a en nous une curiosité si naturelle et une telle tendance à goûter du fruit défendu, que le meilleur moyen de ne pas succomber, c’est de fermer les yeux et de s’éloigner !

Et puis, on se fatigue à la longue et on finit souvent par céder là où on avait combattu avec vaillance et fermeté. Combien d’âmes qui ont faibli et se sont perdues, parce qu’elles ont trop attendu à fuir le danger et à prendre les moyens de s'en préserver ! Combien d’autres qui ont gaspillé la meilleure partie de leur vie dans des hésitations prolongées et dans des lâchetés coupables pour ne pas abandonner si tôt un monde qui pourtant pouvait leur être funeste !

Ah ! quelle grâce Tésus fait aux âmes qu’il appelle loin du monde, pour Le servir uniquement ! Combien est douce sa divine amitié, à côté des affections éphémères de la terre ! Combien est lumineuse sa parole de vérité, à l’encontre des déguisements du monde ! Combien est paisible le séîour dans la solitude de sa pieuse demeure, en regard des vains bruits et des agitations troublantes du monde ! Combien est suave cette vie toute de recueillement et de prière, au pied des autels, en opposition avec la vie de sollicitudes, d’embarras et souvent de servitude que l'on mène dans le monde !

Une âme relinieuse gui n’apprécierait pas cette grâce incomparable de son éloignement et de sa séparation du monde, ne comnrendrait pas sa vocation, et elle se priverait d’une des joies les plus grandes qui doivent faire le fond de sa reconnaissance et de son bonheur.

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