Æ. VA. A
D’où l'obligation pour elle de vivre intérieurement séparée du monde, comme elle l’est extérieurement : en ne laissant point son imagination vagabonder dans le monde, ni sa mémoire revivre des choses du monde, ni son esprit s’attarder dans le monde, ni son cœur s’attacher à rien de ce qui est au monde, ni sa volonté désirer et rechercher quoi que ce soit de tout ce qui rappelle le monde.
O mon Jésus, j'ai sacrifié le monde pour Vous posséder Vous seul :
je n'ai rien perdu et ]' ai tout trouvé .
Je veux me contenter de Vous, qui me suffisez. Tout ce qui me rappelle le monde m'est à dégoût.
Vous seul me tenez lieu de tout,
Vous seul faites tout mon bonheur.
Vous Seul êtes mon unique amour.
Vous seuil Vous seuil ô mon Jésus, dans le temps et dans l'éternité !
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire *
Prop. rés. Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
sa,, ï'cs fSratituùcs
MT lie détachement universel
Bienheureuses les âmes que Jésus a détachées des choses terrestres.
touR apprécier à sa juste valeur la grâce que Jésus a faite à une âme qu’il a retirée du monde et qu’il a ainsi débarrassée de ses soucis et de ses servitudes, il n’y a qu’à considérer combien sont nombreux les embarras qui nous clouent dans le monde et combien sont fortes, et malheureusement parfois attrayantes, les nécessités qui nous attachent à la vie qu’on y mène.
Nombreuses sont les âmes qui voudraient rompre leurs liens et ne le peuvent plus. Plus nombreuses encore sont celles qui
s’efforcent de surnaturaliser les devoirs quotidiens qui les astreignent à s’occuper de choses purement matérielles et terrestres ! Que d’aspirations ferventes vers le ciel, que d’élans du cœur vers Jésus, que de regards suppliants et de cris de détresse se mêlent souvent aux joies du monde, où le devoir est souvent un lourd fardeau, où les occupations pèsent sur l’âme plutôt qu’elles ne l’élèvent, où les soucis et les difficultés émoussent les courages et les énergies !
Il n’est pas rare de rencontrer des âmes qui sont fatiguées de vivre et qui pourtant ont semblé heureuses dans le monde : elles se sont usées aux embarras de la vie.
L’âme religieuse échappe du coup à tous ces malaises, à ces tiraillements intérieurs, à ces fatigues morales qui affaiblissent les caractères et conduisent souvent aux pires découragements.
En quittant le monde, elle a conquis une j liberté qui a allégé son fardeau et qui, en j l’éloignant des préoccupations terrestres, a concentré toutes ses forces sur le travail constant et généreux de sa sanctification.
Son état l’a en quelque sorte élevée audessus de la terre pour l’établir dans une sphère toute spirituelle, où tout lui fait oublier le monde et lui parle de Jésus et de son unique amour. j
Les biens de la terre sont sans valeur à ses f yeux, et c’est avec un souverain mépris qu’elle j les a abandonnés. Elle n’éprouve plus aucune satisfaction à posséder quoi que ce soit, elle ' ignore et les regrets de ce qu’elle n’a plus et les désirs de ce qu’elle pourrait avoir.
Ne tenant plus à rien, elle se contente de tout ; rien de ce qui est terrestre ne la distrait, et elle marche d'un pas rapide vers une possession toujours plus complète de Jésus, le souverain Bien, qui a remplacé pour elle toutes les richesses de la terre.
Autrefois, l'âme religieuse a connu les affections humaines et les pures amitiés ; elle a pu se laisser bercer pendant un temps par ces charmes du cœur, mais un jour elle en a senti le vide et la vanité, et peut-être même la tyrannie et la cruauté. Pour s’en dégager efficacement, elle a compris qu'elle devait en faire le sacrifice absolu et remplacer dans son cœur les douceurs passagères de l'amour humain par les suavités incomparables de l’amour divin.
Sublime liberté des cœurs que Jésus a ravis et que son amour a captivés ! Douceur pacifiante de l’amitié divine, qu’accroît sans cesse l’intimité avec le Bien-Aimé ! Que cet amour est loin des affections humaines qui dessèchent le cœur, le fatiguent et l'asservissent ! Ah ! combien est grand le bonheur d'une âme à qui sa vocation impose non le sacrifice mais la douce obligation de n’aimer plus les créatures pour elles-mêmes, et seulement en Jésus et pour Jésus !
Il est un dernier sacrifice qui complète la liberté de l'âme religieuse et lui est une source de paix, de consolation et de bonheur : c’est celui de sa volonté propre. Tant qu’une âme n a pas livré sa liberté, elle ne s’est pas donnée elle-même. Elle peut mépriser les biens de la
terre, faire même le sacrifice de toutes les joies du cœur, mais trouver encore sa satisfaction et son bonheur dans l'usage de sa liberté et de sa volonté propre. C’est le fait des égoïstes et de ceux qui se targuent d'être noblement libres et indépendants.
D'autres veulent bien pratiquer la vertu et servir Jésus, mais à leur manière, pourvu qu'on les laisse faire et ne les contrecarre jamais. Et parce qu’ils ne prennent conseil que d’euxmêmes, ils sont parfois perplexes et se trompent souvent. Les uns et les autres perdent le fruit d’une obéissance qui grandirait leurs actes en les surnaturalisant davantage.
L’âme religieuse ne connaît plus ces hésitations et ces actes d’une vertu parfois purement naturelle ; elle s’est livrée, elle s’est immolée, elle n’a plus de volonté propre, elle n’existe plus, et elle vole dans l'obéissance vers la perfection et l’amour parfait. Elle s’est libérée d’elle-même et son bonheur est dans sa dépendance.
O mon Jésus , je Vous ai tout donné et je ne veux rien reprendre .
Vous êtes tout à moi et je ne désire rien autre.
P. Eugène Prévosi
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made in France
Éditions du Bon-Pasteur. 108 Bd Péreire, Paris
?cs béatitudes
lia solitude
Bienheureuses les âmes que Jésus a retirées du monde et a appelées dans la solitude.
ui pourra jamais assez exalter le bonheur d’une âme qui, dans le calme de la solitude et dégagée de tout souci terrestre, goûte les charmes de l’union et de l’intimité avec Jésus !
Il y a sans doute de pures joies dans le monde, mais aucune n’est sans mélange. Il faut y faire face à trop d’obligations, s’y occuper de trop d’affaires, y subir trop de nécessités, y employer trop de temps dans les devoirs de famille et de société, s’y prêter à trop de condescendance et souvent de frivolités, pour
conserver un esprit reposé et un cœur libre qui favorisent le silence et la réflexion.
Dans la vie religieuse rien de tout cela. Le monde est loin et on ne le voit pas : ses bruits sont à peine perceptibles et ses plaisirs inconnus ou méprisés. Le souci des affaires et des responsabilités de famille, qui dévore le temps et use les forces, et qui inévitablement est le lot de la plupart de ceux qui vivent dans le monde, ne vient en rien distraire l’âme qui a su s’en dégager pour embrasser la vie de prière et de perfection. L’inévitable perte de temps qui résulte des relations sociales ou d’amitié est remplacée par un emploi scrupuleux de tous les instants et par un silence pieux où l’âme se retrouve aisément en face d’elle-même.
Pour se recueillir dans le monde, il faut faire de sérieux efforts et avoir une énergie peu commune ; pour se recueillir dans l’état religieux, il n’y a qu’à être fidèle à ses grâces d’état et à profiter de sa condition de vie.
Pour se livrer à la prière dans le monde, il i faut se soustraire à ses occupations habituelles ! et disparaître en quelque sorte du mouvement normal ; dans la vie religieuse, pour prier, il n’y a qu'à laisser son âme s’élever naturelle- ( ment vers Jésus, sans rien changer à sa vie, — la solitude religieuse qui l’entoure lui est déjà une prière.
Ah ! que la différence est grande, entre ceux qui, par leur condition, sont obligés de s’occuper des choses de la terre, et ceux qui, par vocation spéciale, n’ont plus rien à voir avec
le monde et dont Tunique devoir est de ne s'occuper plus que des choses du ciel !
Comme l'âme religieuse doit apprécier cette grâce incomparable et en remercier souvent Jésus ! Avec quel soin elle doit sauvegarder et cet éloignement du monde et cette solitude paisible où elle peut se livrer à la contemplation des choses éternelles ! Avec quelles délices elle doit jouir de ce calme qui lui parle si éloquemment de Jésus et facilite ses communications avec Lui !
Qu’elle serait à plaindre, si elle ne savait tirer parti de sa solitude pour habituer son âme à y trouver son repos et son bonheur ! Et comme elle serait coupable, si volontairement elle fuyait sa solitude ou la peuplait de souvenirs, d’imaginations et de bruits qui la transformeraient en une place publique, où se donneraient rendez-vous une partie des vanités qu’elle a prétendu éviter en quittant le monde !
La solitude est douce à qui sait en goûter les charmes ; elle est sanctifiante à qui sait la remplir de prière et de vie intérieure ; elle est un véritable paradis à qui sait y trouver Jésus et se complaire dans son amour et son intimité.
Quand Jésus veut se communiquer à une âme, Il la conduit dans la solitude. Pour lui parler, Il fait taire les bruits du dehors ; pour être entendu et compris, Il fait le calme au dedans ; pour être écouté et obéi, Il rend l’âme attentive et la détache de tout autre désir que
celui de Lui plaire ; pour opérer en elle de divines transformations, Il fait le silence plus grand, la solitude plus profonde, et II la dispose à des ascensions successives qui l’éloignent de la terre et la rapprochent du ciel. Même au milieu de l’apostolat le plus actif, les saints ont su établir leur âme dans une solitude intérieure où, en ne cessant de converser avec Jésus, ils apprenaient à Le connaître, à Laimer et à s’identifier avec Lui.
Tel doit être le travail constant de l’âme religieuse qui jouit à la fois de la solitude intérieure et extérieure. Que tout son zèle se porte à faire des efforts constants et à employer tous les moyens pour sauvegarder sa solitude et en faire une de ses plus douces béatitudes.
O mon Jésus .
Vous m'avez retirée du monde et avez daigné me réserver pour Vous .
Soyez-en à jamais béni .
C'est dans la solitude que je Vous trouve et m'unis à Vous .
Oh ! gardez-la moi , fait es -la moi aimer , rendez-la glorieuse pour Vous et sanctifiante pour mon âme .
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made in France
Éditions du Bon-Pasteur. 108 Bd Péreire, Paris 1
?f5 Ofiitiluôfa
ü’appartenanee totale /; et exclusive à Jésus
Bienheureuses les âmes qui ont tout quitté pour se consacrer totalement à Jésus.
©t 'il est une joie profonde pour le cœur qui aime, c’est celle de se sentir complètement voué et consacré à l'être aimé. On supporte beaucoup et on accepte volontiers tous les genres de souffrance et de sacrifice, quand on peut se dire que c’est pour l'objet de son amour. On en arrive à considérer en soi plutôt l’être que l’on aime, que soi-même. C’est la loi de l’amour qui veut le don et se repose dans l’union.
Dans le monde, cette joie est forcément limitée comme le sont toutes les affections humaines.
Il passe tant d’ombres sur l’amour des créatures, et les cœurs se fatiguent si vite à se donner et à rester fidèles ! Même, lorsque le cœur semble avoir atteint ses dernières puissances d'aimer, il ne peut vraiment se reposer dans son amour ,* étant fait pour un amour infini, il recherche d’instinct un bien supérieur qui le satisfasse et il aspire à se donner encore.
Jésus seul peut remplir le cœur de l’homme et lui être une joie telle, qu’il trouve sa félicité complète à Lui appartenir. C'est là le bonheur de l’âme religieuse, qui a fait généreusement le sacrifice des joies terrestres pour se consacrer à Jésus et n’être qu’à Lui tous les jours de sa vie.
Nous ne pensons peut-être pas assez à cette souveraine appartenance de tout nous-même à Jésus, sur laquelle notre profession religieuse est venue mettre un sceau sacré et solennel. Nous ne puisons pas suffisamment, dans cette pensée réconfortante, les secours de toutes sortes qu’elle comporte pour notre âme.
Il ne devrait pas y avoir de peines capables de nous attrister, de difficultés qui nous découragent, de déceptions qui nous déconcertent, de croix qui nous accablent, de privations qui nous pèsent, d'efforts qui nous coûtent, d’é- ! preuves qui nous lassent, si nous considérions! notre bonheur d’être à Jésus et de n’être qu’à Lui.
Lors même que tout nous manquerait sur cette terre, nous savons que Jésus est à nous et que nous sommes à Lui. Lors même que nous
ne connaîtrions pas d’autres joies que celle-là, que pourrait-il manquer à notre bonheur ? Ne valait-il pas la peine de sacrifier toutes les joies terrestres, pour avoir l'honneur d'appartenir à Jésus et pour pouvoir jouir de la divine intimité qui en résulte ?
Aucune pensée n'est plus capable de pacifier le cœur et de l'établir dans la possession habituelle d’une joie douce et sereine. Aucune considération, non plus, n'est davantage apte à garder l’âme fidèle et à raviver sans cesse son zèle pour la perfection.
En effet, cette appartenance de l'âme religieuse à Jésus ne souffre aucune réserve ni aucun partage. Elle s'est donnée elle-même avec tout ce qu'elle est ; c'est à cette condition que Jésus l’a acceptée. Quand II lui a inspiré de se consacrer à Lui, Il lui a demandé de répondre à un appel divin, de se montrer fidèle à un choix de son amour et de se livrer à Lui dans la plénitude du don, comme II l'exige des âmes qu’il destine à la perfection. Et c'est pourquoi, en embrassant l'état religieux, l’âme se dépouille de tout, fait scission avec le monde, en retire en quelque sorte tout ce qu'elle y a donné d’elle-même, fait abdication de sa liberté à disposer de son cœur, pour tout offrir et tout abandonner à Jésus.
N’ayant plus personne à qui elle désire plaire, ne devant plus aimer les créatures pour elles-mêmes, s'étant soustraite personnellement à l'affection des autres, puisqu'elle ne s'appartient plus elle-même et qu’elle est devenue la propriété exclusive de Jésus, elle jouit d'une
liberté incomparable et elle n'est plus sensible qu’à son bonheur d’être la consacrée de son divin Bien-Aimé*
Ce bonheur est d’autant plus grand qu'il n’est pas passager» comme les bonheurs terrestres» mais qu’il est constant et définitif. C’est pour toujours que l’âme religieuse s'est donnée à Jésus et qu’elle en a été acceptée. C’est pour l’éternité que s’est formé cet hymen divin qui fait de l’âme l’épouse bien-aimée de Jésus» de ce Jésus ravisseur qui, de par le monde» s’en va cueillir les âmes privilégiées que son tendre amour a destinées aux noces éternelles.
O vous qui avez été tant aimées, ô vous qui avez perdu tout droit sur vous-mêmes pour ne plus reconnaître que les droits souverains de Jésus, chantez votre bonheur, savourez-en les douceurs infinies, trouvez-y la satisfaction des aspirations les plus pures de votre âme ; et» pour réjouir Celui à qui vous appartenez uniquement, montrez-vous généreuses et fidèles, comme doivent l’être des vierges et des épouses de Jésus.
« Mon Bien-Aimé est à moi et je suis à Lui. »
P . Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
cûtituixa
Ip/.. DE L’AME RELIGIEUSE
T' lia compagnie
fÛf de Jésus-Eucharistie
Bienheureuses les âmes que Jésus-Eucharistie fait vivre dans sa compagnie nuit et jour.
e tous les bonheurs qui sont le partage de l’âme religieuse* il n’en est point de plus doux et de plus réconfortant que celui de vivre à côté de Jésus au Très Saint Sacrement, sous le même toit que Lui et dans la divine familiarité de sa présence.
Le seul fait d’habiter le palais des grands est un honneur et une faveur convoités par les ambitieux et les courtisans du monde. Mais que sont tous les puissants de la terre à côté de Celui qui les gouverne et qui tient dans sa main leurs
royaumes avec leurs destinées ? Et c’est en présence de ce Roi des rois, de ce Seigneur des seigneurs, que je me tiens chaque jour et que s’écoulent mes années ! C’est son trône que j’entoure, c’est sa Personne que j’honore, c’est à ses ordres que je suis, c’est à son service que je me consume ! Ah ! que mon bonheur est grand, et quel honneur plus glorieux puis- je ambitionner sur la terre !
L’amitié recherche la personne aimée et s’efforce de diminuer les distances qui l’en séparent. La compagnie de ceux que l’on aime est une des plus douces jouissances de la vie. Que dire alors du bonheur d’une âme, qui aime son Dieu, de pouvoir vivre avec Lui dans la même demeure et de Le sentir constamment à ses côtés !
Celui que j’aime uniquement vit avec moi, et à chaque instant je peux me présenter devant Lui. Je n’ai que quelques pas à faire, et mon cœur qui soupire après Lui peut aussitôt s’épancher à ses pieds. Quand II m’appelle, j j’accours. Quand je m’approche de Lui, je sens , les battements de son cœur qui m’aime. Quand je m’entretiens avec Lui, mon âme s’embrase à son contact. Quand je Le quitte, je Lui laisse I mon cœur pour qu’il le cache dans le sien. Quand je m’éloigne, je Le suis encore du regard. Quand je m’occupe, je travaille en pen-i sant à Lui. Quand les heures s’écoulent, j’aspire i à retourner auprès de Lui. Mes journées se1 passent à L’aimer et à Le désirer. Te Le sais' tout près et je vis à ses pieds. Je L’aime et je m’en sais aimée. Ah ! toutes les joies réunies de
toutes les affections humaines ne pourront jamais égaler mon bonheur.
La barrière que l’âme religieuse a mise entre elle et le monde est en quelque sorte gardée par Jésus Lui-même et par l’amour qui attache la vierge consacrée au Tabernacle où réside son divin Époux. D'un côté, le monde dont l’ombre disparaît dans le lointain et dont les joies éphémères laissent une trace presque imperceptible ; de l’autre, l’Hostie qui rayonne comme un soleil, Jésus qui brille des feux de la charité divine, une douce suavité qui pénètre l'atmosphère et qui enveloppe l'âme dont le regard, fermé aux choses de la terre, se tient fixé sur l’objet de son éternel amour.
O monde, ô plaisirs, ô distractions, ô joies de la terre, je voudrais avoir à vous sacrifier mille fois le jour, pour mériter de vivre dans la présence de mon Jésus, pour vous échanger avec les délices que l’on goûte dans sa compagnie ! O Eucharistie, ciel de mon exil, je veux passer ma vie à vous adorer et à vous aimer !
Les sacrifices que s'impose l'âme religieuse qui dit adieu au monde, qui se dépouille des biens terrestres, qui renonce aux affections humaines et qui immole sa liberté, sont admirablement compensés par les richesses infinies qu’elle trouve en l’Eucharistie. Ce ne sont plus des biens périssables, c'est un trésor céleste qu'elle possède. Jésus s’est substitué aux créatures, le ciel a remplacé la terre. A la place d’une liberté qui égare souvent, de doux liens ont enchaîné l’âme à son Dieu et la maintiennent en sa présence, au milieu des joies ineffables comme en goûtent les bienheureux.
O Jésus-Eucharistie, mon trésor et mon tout, je donnerais des mondes pour Vous posséder un seul instant. Et je jouis perpétuellement de Vous, et le jour et la nuit ! Ah ! soyez à jamais mon unique richesse et ma divine félicité !
La solitude, qui est le partage de l’âme religieuse, est déjà une douce jouissance et une paix pleine de charmes ; mais combien elle remplit d’ineffable suavité, lorsqu’elle est ensoleillée et vivifiée par la présence personnelle de ce Jésus qui n’attire les âmes dans la solitude que pour se communiquer à elles. Quel silence éloquent que celui du Tabernacle! Quel recueillement envahit la vierge fidèle qui reste unie à son Bien- Aimé ! Quelle solitude divinement peuplée que celle où s’échangent sans cesse les amoureux colloques de Jésus- Eucharistie avec sa virginale épouse !
Ah J mon bonheur ri est point de la terre !
Je vis au ciel , puisque je vis avec Jésus!
Penser à Jésus-Eucharistie sera ma constante application .
Vivre d'esprit , de cœur et d'âme avec Lui , sera ma suprême consolation .
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
?cô fèatituûe*
lia vie intérieure
Bienheureuses les âmes que Jésus a appelées à vivre dans le recueillement , la prière et Vunion avec Lui.
il est une souffrance, dans le
monde, pour les âmes de bonne volonté qui désirent sincèrement se sanctifier, c’est de ne pouvoir se recueillir et se réserver, autant qu’elles le voudraient, des moments de réflexion et de prière. Emportées par le courant des affaires, ou liées par des devoirs d’état assujettissants, elles n’ont ni le temps ni la possibilité de s’isoler suffisamment pour donner à leur âme cette nourriture spirituelle fortifiante qui se trouve dans le calme de la méditation et dans les suavités de la prière.
Dans la vie religieuse, c’est tout le contraire. Pour se dissiper, une âme est comme obligée de sortir de sa grâce d’état. Pour rendre son recueillement difficile ou impossible, il faut qu’elle se prête, par infidélité, à des divagations d’esprit volontaires ou à des préoccupations trop humaines. Pour se priver du secours précieux que lui offre sa vocation, de s’élever facilement vers Dieu et de converser avec lui, il faut que son cœur ait des attaches et qu’il ne soit pas totalement la possession de Jésus son Bien- Aimé.
Il importe souverainement à l’âme religieuse de connaître les obstacles qui s’opposent à sa vie intérieure ; car de l’intensité de la vie divine en elle dépend sa sanctification comme son bonheur.
En se retirant du monde, l’âme religieuse a prétendu trouver le calme et le repos ; en se dégageant des embarras du siècle, elle a cherché à ne se préoccuper plus que des choses éternelles ; en fuyant la compagnie des créatures, elle a voulu ne plus jouir que de l’intimité j avec Jésus son divin Époux.
Loin des créatures et ignorante des nouvelles du monde, elle est tout naturellement prédisposée au silence et au recueillement. Si elle veille sur ses sens, si elle est attentive à maîtriser son imagination et à enchaîner son cœur, si elle . prête l’oreille aux inspirations de la grâce, si | elle est souple sous la main de Jésus qui la dirige, et si elle met son bonheur et son énergie à Le contempler, à Le consulter en tout, à
s’entretenir amoureusement avec Lui et à se préoccuper en toutes choses de Lui plaire et d'accomplir sa sainte et adorable volonté, elle deviendra forcément intérieure. Le recueillement l’enveloppera, la paix l’inondera, la prière s’en exhalera comme un doux parfum, la recherche instinctive de Jésus se fera plus ardente, la fusion avec Lui plus intime et le repos en son Cœur plus profond et plus suave.
Ah ! qui pourra jamais dire les délices renfermées dans la vie intérieure d’une âme religieuse fidèle à sa vocation ! Ravie par son Bien-Aimé, uniquement préoccupée de sa gloire, consumée du désir de L’aimer toujours plus, elle vit en Lui d’esprit, de cœur et de volonté ; elle Le cherche et elle Le trouve ; elle L’appelle et II vient ; elle se livre à Lui et II se donne à elle. Ne goûtant plus d’autre joie sur la terre que celle de L’aimer, elle s'unit à Lui au point de se nourrir de Lui et de s’identifier avec Lui.
Tout, dans sa vocation, lui facilite cette vie d’intimité avec Jésus ; car tout s’y opère dans la grâce et l’esprit de Jésus, tout y est réglé par la sainte obéissance, tout y est fait dans des vues surnaturelles, tout y appartient au service direct de Jésus. Il n’y a pas d’effort à faire, à vrai dire, pour penser à Lui, car tout Le lui rappelle : et sa condition de consacrée, et son genre de vie, et ses heures de prière et de méditation, et ses exercices de piété, et les lectures qu'elle fait, et les exhortations qu’elle
entend, et ses visites à l’Hôte divin du Tabernacle, et le souvenir fréquent de sa communion quotidienne, et tous les actes de vertu qu’elle pose, et l’apostolat auquel elle se livre, et tous les emplois qu’elle remplit avec esprit de foi.
Comme il fait bon de vivre ainsi perpétuellement dans le surnaturel, et comme alors la vie intérieure a des charmes inestimables !
C’est Tésus qui a appelé l’âme religieuse à cette divine intimité avec Lui. C’est Jésus toujours qui l’attire et lui maintient les grâces nombreuses qui devront la conduire au comble du bonheur, dans la vie d’amour et d’union.
Aimer Jésus , cest soupirer sans cesse après Lui , et je suis faite pour Y amour.
Aimer Jésus , cest demeurer en Lui , et je suis faite pour Yunion .
Aimer Jésus , cest vivre de Lui, et je suis faite pour la vie .
Aimer Jésus , cest me laisser absorber par Lui, et je suis faite pour me perdre sans fin dans son éternel amour .
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
?C0 Ucatituîicô
lia Vie de famille spirituelle
Bienheureuses les âmes que Jésus a conduites en communauté et y fait vivre d’une vraie vie de famille.
près le bonheur que l’âme goûte dans la pratique de la vertu, il n’en est pas de plus grand ni de plus pur que celui de la famille, où des êtres unis par les liens du sang vivent dans l’union des coeurs et la sollicitude d’intérêts communs. Aussi, l'éloignement de la famille et le brisement des relations intimes et habituelles qui en font le charme sont-ils le sacrifice le plus grand imposé à un cœur aimant, que d’autres destinées appellent loin des douceurs du foyer familial.
Jésus Lui-même en a reconnu la valeur et le mérite, lorsque, appelant
les âmes à son service, Il les met en garde contre l’amour exagéré des parents qui donnerait à ceux-ci la préférence sur Lui.
Il n’en est pas moins vrai que ceux qui sacrifient ce bonheur terrestre ont besoin de trouver une compensation, et que le cœur qui s’est dépouillé des joies familiales et des pures affections humaines, pour s’attacher uniquement à Jésus, réclame d’autres joies spirituelles qui l'élèvent et le réconfortent.
En quittant le monde pour Jésus, l’âme religieuse trouve le vrai bonheur à la place des plaisirs trompeurs, la paix et le repos à la place de l’agitation et des sollicitudes, la vérité et la stabilité à la place des illusions et des vicissitudes. En sacrifiant sa famille terrestre, elle en trouve une autre, plus nombreuse et plus stable, où les liens sont plus forts parce qu’ils sont spirituels, où l’amour est plus pur parce qu’il est inspiré par l’amour même de Jésus qui en est l'aliment et la source vivifiante,
Les âmes que Jésus unit dans la vie religieuse ne s’y rencontrent pas par hasard ; elles y ont été toutes amenées par l’Esprit de Dieu, elles ont été l'objet d’un même choix miséricordieux de la part de Jésus, elles ont entendu le même appel, elles sont aimées avec la même tendresse, elles ont reçu les mêmes grâces, elles sont marquées d'un même sceau, elles marchent dans la même voie, elles portent les mêmes obligations, elles vivent pour la même fin, elles tendent à la même perfection et, au ciel, elles porteront au front la même couronne de gloire.
Ces desseins formels de Tésus, cette unification de ses choix, cette prodigalité de ses dons et cette charité divine qui confond, dans un même amour, des âmes qui ont le devoir de s’aimer sur cette terre et sont destinées à se réunir éternellement là-haut, créent entre elles des liens plus sacrés que tous ceux du monde et établissent une communauté de vie où Jésus est le centre et où tous les cœurs vibrent à l’unisson de son éternel amour.
Famille spirituelle que Jésus Lui-même a formée, dont II a choisi avec soin tous les membres, dont II demeure le Chef et à laquelle Il assure la perpétuité dans le temps et la glorieuse reconstitution dans l’éternité ! En faut-il davantage pour être heureux, pour bénir Jésus qui a usé envers nous de tant de bonté, pour jouir de ce bienfait inappréciable de faire partie d’une famille où l’on est sûr d’être aimé autant que l’on aime, où les motifs de s’aimer toujours et de rester étroitement uni sont fondés sur Celui-là même qui a donné naissance à la famille religieuse, dont nous sommes devenus les enfants.
Précieuse famille, où tous les biens sont en commun et où le pain quotidien est assuré à toutes ; où les Supérieures seules portent le poids des responsabilités et des sollicitudes : où toutes n’ont qu’à se laisser docilement conduire sous la houlette de bergères qui portent au cœur des sentiments de tendresse maternelle.
Charitable famille, d’où les contestations sont exclues, d’où les antipathies sont bannies, où les malentendus sont aussitôt dissipés, où les torts
sont vite pardonnés, où les défauts sont mutuellement supportés, où l'envie et l'ambition sont inconnues, où l'amitié est prévenante, où la bonté est douce et compatissante, où les rapports sont surnaturellement aimables, et où le désir de la sanctification d’autrui rend le zèle inlassable.
On s’aime, parce que l’affection n’est plus un sentiment naturel, mais un devoir de charité divine. En s’aimant on aime Jésus, et en aimant Jésus on sent le besoin de s’entr’aimer. L’âme religieuse est assurée de son bonheur ; elle ne connaîtra jamais l'isolement du cœur et, après sa mort, sa famille spirituelle lui conservera un éternel souvenir.
Soyez béni, ô mon Jésus , de m'avoir faite votre épouse dans une famille où l'on Vous aime , où par Vous et pour Vous nous sommes toutes tenues de nous aimer , et où votre gloire dépend de l'union des cœurs dans votre unique amour.
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire
Prop. rés.
Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
lies moyens de perfection
Bienheureuses les âmes à qui Jésus a inspiré dJ embrasser
W le désir et le besoin d’une perfection plus grande que celle qu'on peut ordinairement pratiquer dans le monde ; c'est une grâce plus grande encore de connaître la voie qui peut conduire à la perfection, et d'y trouver KD les moyens de correspondre fidèlement aux inspirations intérieures et aux desseins miséricordieux de Jésus sur nous. ^ Il est reconnu que toutes les âmes ne sont pas appelées au même degré de perfection, et qu’il en est de particulièrement aimées que Jésus destine à un état plus parfait,
et pour qui la sainteté devient souvent une condition de salut. Ces âmes sont tenues de répondre au choix de Jésus et de faire tous les sacrifices réclamés par la vocation qu’elles ont reçue. C’est pourquoi elles s’éloignent du monde et vont chercher, dans la pieuse solitude et les grâces protectrices de la vie religieuse, les secours précieux de leur fidélité et de leur persévérance.
L’âme religieuse doit se convaincre de cet appel formel de Jésus à la perfection. La perfection n’est point pour elle quelque chose de facultatif, elle y est tenue essentiellement, c’est sa première et fondamentale obligation. Elle l’a compris au moment de sa décision et à l’aurore de sa vie religieuse ; et si, à certaines heures, la lumière de cette vérité pâlit, si la générosité des efforts s’amoindrit, cela ne change rien ni aux desseins de Jésus ni à l’obligation rigoureuse d’y correspondre.
A tous les instants de sa vie religieuse, l’âme doit se considérer comme solennellement engagée à poursuivre sans relâche et avec zèle le travail de sa sanctification. L’état qu’elle a embrassé ne lui parle que de vertu et de perfection ; y demeurer sans chercher à se sanctifier, sans profiter des moyens nombreux de perfection qui l’entourent, ce serait un non-sens, ce serait violenter sa conscience et manquer gravement à ses engagements les plus sacrés.
Aussi, combien est heureuse l’âme fidèle qui dans l’état religieux, se montre attentive à ne
négliger aucun de ses devoirs et à faire fructifier chacune des grâces de sa vocation !
Elle sait qu’elle aurait pu se perdre en restant dans le monde; et Jésus l’en a retirée. Elle connaît la faiblesse et la sensibilité de son cœur ; et Jésus lui a imposé le sacrifice de toutes les affections sensibles et trop humaines. Elle a expérimenté l’abus fréquent qu'elle a fait de sa liberté ; et Jésus lui a demandé de l’enchaîner à son service sous l’obéissance. Elle a rencontré autrefois bien des dangers et elle a peut-être vécu dans une atmosphère de tentations et de péchés ; et Jésus a eu pitié de sa faiblesse, Il l’a mise à l’abri du péril et des occasions.
Et parce qu’elle se connaît, parce qu’elle sait ce qu’elle a été et ce qu’elle aurait pu devenir, elle apprécie son bonheur, elle chante sa reconnaissance et elle bénit la main bienfaitrice qui Ta arrachée si opportunément aux filets du chasseur.
Protégée contre les ennemis et les dangers j du dehors, l'âme religieuse l'est aussi contre ceux du dedans. Elle porte partout avec elle sa I mauvaise nature, ses penchants, ses défauts, son caractère, son tempérament. Tout cela est sujet à plus d'une défaillance. Parce qu’on a embras- : sé l’état de perfection, on n’est pas, pour cela, immédiatement parfait ; c’est à force d'efforts et après bien des revers qu’on le devient.
Mais dans l’état religieux, on se corrige plus aisément, on est plus éclairé et plus aidé, on est maternellement repris et encouragé, on s'étudie à se mieux connaître et on se suit de plus près.
Et si on tombe, on se relève plus vite, on expie plus généreusement ses fautes, on répare plus soigneusement le temps perdu, on trouve plus de remèdes à ses maux et on cicatrise plus efficacement les plaies de son âme.
La vie de prière et de mortification, d’obéissance et de pauvreté, de discipline et de régularité, de charité et d’édification ; les exercices de piété et de communauté, les lectures et les méditations ; et par-dessus tout, le voisinage de Jésus au Très Saint Sacrement, les retours fréquents à ses pieds, son souvenir avec tout ce qu’il comporte de lumière, de joie, de force, de confiance et d’amour : voilà ce qui conduit rapidement à la perfection l’âme généreuse qui est religieuse en fait comme elle l’est de nom.
A A a O mon Jésus ,
Vous m appelez à la perfection et Vous ni en fournissez tous les moyens . Faites que je les emploie tous généreusement .
Garde z -moi fidèle .
Rendez-moi une épouse selon votre Cœur , ô Jésus , mon amour et mon tout .
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire
Prop. rés.
Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
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DE L’AME RELKHEUSE
et
lies cjt*âces spéciales de Vocation
Bienheureuses les âmes Qui font fructifier les grâces de la vocation spéciale que Jésus leur a donnée.
omme Jésus nous a aimées, pouvons-nous nous écrier, en considérant la grâce qu’il nous a faite de nous appeler à la vie religieuse, où nous sommes à l'abri de tant de dangers et où abondent les moyens de sanctification.
Mais ce qui doit nous réjouir doublement et exciter notre amoureuse reconnaissance, c’est de constater le soin que Jésus a apporté dans le choix qu’il a fait de nous et la détermination si précise qu’il a donnée à son divin appel. Il a voulu que nous
soyons ses épouses et ses consacrées : et c’est ce qui doit faire notre bonheur de tous les instants, en dépit de toutes les peines et de toutes les épreuves qui, d’ailleurs, sont une conséquence logique de notre union intime avec notre divin Époux crucifié. Mais sur ce fonder ment de notre appartenance exclusive à Jésus, où doit s’élever l’édifice de notre perfection, ce divin Maître a placé d’autres grâces, plus spéciales mais non moins précieuses pour féconder nos efforts de vertu et nous conduire efficacement à la sainteté : ce sont les grâces de la vocation particulière que nous avons embrassée, dans la Société religieuse qui est devenue notre mère.
Il y a là la manifestation d’une volonté formelle de Jésus, tout autant que dans notre appel même à l’état religieux. Jésus nous avait destinées à un genre de vie particulier, et II avait décidé que nous deviendrions ses épouses dans tel Institut plutôt que dans tel autre.
Ce choix de Jésus a été comme le point de départ de tout un plan d’action et de tendre bonté à notre égard. Jésus nous a d’abord donné les qualités, les dons et les aptitudes en rapport avec notre vocation future. Il nous a orientées peu à peu vers l’accomplissement de ses desseins sur nous et II a préparé notre âme, i par des grâces multiples, aux grandes bénédictions de l’avenir. Puis, pour répondre aux . attraits qu’il nous avait inspirés, Il a fait naître les circonstances qui nous ont révélé plus clairement ses volontés et nous ont amenées dans l’Institut où II nous voulait.
Rien n’est beau comme l’histoire d’une vocation... A chaque pas, l’on y reconnaît l'intervention de Jésus, et l’on y admire l’acheminement progressif de l'âme vers un idéal divin, où l’attire impérieusement l’amour de son Bien- Aimé. Rien, non plus, ne doit nous être plus cher que notre vocation, celle-là même que Jésus nous a donnée et qui comprend tout l’amour de Jésus pour nous et tout notre amour pour Lui.
En nous appelant à nous consacrer à Lui dans un Institut déterminé, Jésus nous a formulé, par là même, ses désirs précis relatifs à notre genre de sanctification, à l’esprit qui doit nous animer, au but spécial qui doit caractériser notre vie, et aux moyens que nous devons employer pour l’atteindre.
Nous parviendrons donc à la perfection de notre état, en profitant de toutes les grâces que nous fournit notre vocation. La volonté de Jésus est là et non ailleurs. Nous n’avons pas à chercher au dehors des moyens de sanctification ; si ceux de notre vocation ne nous suffisent pas, nous nous illusionnons tristement en croyant que Jésus nous en fournira d’autres. Pas plus que nous ne devons espérer jamais être heureuses, si nous ne mettons notre bonheur à correspondre aux grâces de notre vocation et à nous y montrer en tout généreusement et délicatement fidèles. Notre vocation est pour nous la meilleure ; gardons-la et aimons-la.
Jésus a déposé dans la Société, notre mère, des grâces suffisantes pour toutes ses enfants ; et ces grâces sont destinées à sanctifier les âmes selon l’esprit de la fondatrice, les prescriptions
de la règle, les traditions et les directions de l'autorité.
Quand Jésus inspire une Œuvre dans son Église, Il gratifie l’instrument qu’il choisit de tout ce qu’il faut pour l’accomplir. C’est à lui qu’il en montre la fin et les moyens, et qu’il confie la mission d’en donner la forme concrète et d’en rédiger le code de sanctification. Aussi, l’Œuvre ne peut-elle prendre fortement racine et ne se fortifier dans l’avenir, que selon la fidélité de tous les membres à l’esprit et aux grâces de la fondation.
O vous toutes, âmes privilégiées que Jésus a réunies dans une même grâce de vocation, et qui vous en allez au ciel par la même voie de perfection, serrez vos rangs ; soyez l’honneur et la joie de la Société qui est devenue votre mère ; inspirez-vous de son esprit ; puisez dans son sein les grâces abondantes de sanctification qu’elle contient. Souvenez-vous que Tésus vous ■ y a appelées Lui-même ; demeurez fidèles ; renouvelez fréquemment vos engagements sacrés ; trouvez votre bonheur à marcher sans défaillance dans la voie que vous avez embrassée et qui doit infailliblement vous conduire au port de l’éternelle béatitude.
P. Eugène Prévost j
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made în France j
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
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lia Virginité du cœut*
Bienheureuses les âmes que Jésus a faites ses épouses et qui Lui restent fidèles.
OUR aller au ciel il faut passer (g sur la terre. Le chemin à parcourir est plus ou moins long ; il est sombre pour les uns, riant pour les autres, mais pour aucun cependant il n’est sans épines.
Ceux qui jouissent, se complaisent dans leurs jouissances ; ceux qui souffrent, cherchent à tromper leurs souffrances par les joies qu’ils peuvent saisir au passage. C’est que le cœur humain s'attache d'instinct à ce qui lui plaît et le satisfait. Terrestre et charnel, il ne met hélas !
que trop souvent son bonheur dans les biens de ce monde et dans les créatures. Il oublie qu’il est fait pour Dieu et pour des jouissances spirituelles, que seule la vertu peut lui procurer ; et c’est pourquoi il s’attarde aux affections de la terre, et ralentit ainsi sa marche vers le ciel.
La vierge du Seigneur a vu le danger, et elle s’en est éloignée ; elle en a ressenti les faux attraits, et elle en a détourné son cœur ; elle en a compris la perfidie, et elle s’est arrachée aux suggestions insidieuses des affections humaines. Les yeux fixés au ciel, et le cœur enflammé de l’amour divin, elle s’est attachée à Jésus son unique Bien-Aimé, elle a soupiré après un hymen éternel, elle est devenue pour toujours l'épouse de l’Époux des vierges et elle goûte un bonheur que toutes les joies du monde ne sauraient lu! donner.
L’âme religieuse, devenue la consacrée de Jésus, n’a plus la libre disposition de son cœur ; elle n’a plus le droit de distraire la moindre parcelle de ses affections, et il ne lui est plus permis de s’attacher humainement à quoi que ce soit au monde. S’étant constituée elle-même et par amour la gardienne de son cœur, pour Jésus son Époux, elle en surveille soigneusement toutes les avenues, afin de n’y laisser pénétrer ni désir, ni sentiment, ni jouissance, dont les créatures ou les , choses terrestres pourraient être la cause ou l’objet.
Les biens de ce monde, pour lesquels tant d’âmes se passionnent et se perdent, passent inaperçus à ses yeux ; son cœur ne les connaît plus, et si elle est encore obligée d’en user elle
le fait dans une indifférence absolue et un déta** chement universel. Elle n’a que faire du monde entier, elle qui possède le Jésus qui a créé les mondes.
Les créatures, dont elle ne peut totalement se séparer, sont là à côté d’elle. Elle les a connues, et les a peut-être affectionnées. Il reste toujours dans son cœur une tendance à les aimer et à en être aimée ; elle en connaît le danger, et elle sait avec quelle subtilité l’amour humain s’infiltre dans les cœurs qui ne se tiennent pas sur leur garde. Aussi barricade-t-elle son cœur contre toute tentative du dehors et tout compromis du dedans. Aux affections qui veulent venir à elle, elle répond qu’elle ne s’appartient plus, qu’elle n’a pas le droit d’être aimée pour elle-même, et qu’on se trompe en croyant qu’elle puisse être infidèle à l’amour qu’elle a voué à son Bien-Aimé.
Aux inclinations naturelles qui la porteraient à s’attacher trop humainement et sensiblement aux créatures, même les plus saintes, elle résiste courageusement et fuit toutes les occasions qui pourraient lui devenir un sujet de tentation. Elle rappelle à son cœur ses promesses solennelles, et elle lui remet devant les yeux les charmes incomparables et les tendresses ineffables de son divin Époux.
Et c’est ainsi que, le cœur libre et dégagé, la vierge fidèle vole, paisible et légère, dans la voie de la perfection. Étrangère à tout ce qui se passe sur la terre, indifférente à l’estime et à l’affection des créatures, morte à toutes les joies de ce monde, elle ne se préoccupe plus
que de Jésus ; elle n'a de goût et d’attrait que pour les choses de Jésus ; elle n’apprécie plus que ce qui la porte et la conduit à Jésus ; elle n’attache de la valeur aux événements et aux objets d’ici-bas que dans la mesure où il y a quelque chose de Jésus ; elle n’a de préférence pour aucun lieu, aucun emploi, aucun apostolat, pourvu qu’elle y trouve Jésus ; elle soupire sans cesse après Jésus, et elle n’est heureuse qu’en aimant Jésus.
Son corps, son cœur, son âme, tout son être appartient à Jésus. Elle garde ce trésor avec un soin jaloux. Et parce qu’elle ne vit que pour Jésus et ne désire rien autre, la paix l’inonde et la joie l’envahit ; rien ne lui coûte et elle trouve sa force, comme son bonheur, dans la virginité du cœur.
O mon Jésus , je suis votre vierge , soyez ma pureté .
Je suis votre consacrée , soyez ma sauvegarde et ma sainteté .
Je suis votre épouse , soyez mon unique et éternel amour .
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
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Lta Vie d’affiour
Bienheureuses les âmes que Jésus a appelées à la vie du pur amour.
Î\ out parle d’amour dans la voca- ) tion à l’état religieux. C’est par amour, et un amour purement gratuit, que Jésus a choisi l’âme religieuse dont Il a daigné faire son épouse. C'est par amour, et un amour généreux qui est allé jusqu’à l’oblation de tout ellemême, que l’élue des choix divins a répondu aux avances miséricordieuses de Jésus et s’est constituée pour toujours sa trop heureuse épouse.
C’est l’amour mutuel de Jésus et de l’âme qui a fait leur union si intime. C’est l’amour qui a présidé à leur première rencontre et qui a
donné tant de charmes aux attraits vainqueurs qui attiraient l’âme vers son Bien-Aimé. C’est l’amour qui a rempli le cœur de la vierge et lui a fait préférer Jésus à toutes les joies et à toutes les affections de la terre. C’est l’amour qui a rendu intrépide le cœur de la future épouse et lui a donné le courage de renverser tous les obstacles et de triompher d’elle-même, pour s’attacher irrévocablement à son céleste Époux.
C’est l’amour qui lui a ouvert les portes de la vocation religieuse et les a fermées derrière elle. Introduite dans le sanctuaire et les divins celliers, elle n’a plus trouvé que Jésus, mais un Jésus tout brûlant d’amour et de tendresse pour elle. Dans sa compagnie elle a tout oublié ; à son contact elle s’est embrasée ; en possession de son Bien-Aimé, elle n’a plus connu d’autre amour et elle s’est contentée de Lui.
Il n’y a qu’à revivre ces moments du ciel, pour comprendre que l’amour seul peut expliquer un semblable bonheur.
On ne fait de grands sacrifices, que quand on aime ; on ne les réitère, que quand on continue d’aimer. On les fait d’autant plus généreusement qu’on aime davantage. L’amour est la mesure du don; et le don d’amour est la mesure de la perfection. C’est dire qu'on ne devient saint que par l’amour, et, dès lors, qu’on ne peut demeurer fidèle à sa vocation religieuse qu’en aimant.
Une âme qui négligerait ce devoir primordial et cette vertu maîtresse qui est la forme et la vie de toutes les autres, ne se maintiendrait pas
à la hauteur de l'excellence de la perfection de sa vocation. Elle vivoterait plutôt qu’elle ne vivrait ; elle marcherait sans pouvoir courir ni voler ; elle traînerait ses saintes obligations plutôt qu’elle n’y trouverait un stimulant à sa piété et à sa ferveur ; elle pourrait encore pratiquer des petites vertus, mais elle ne s’élèverait jamais à l'héroïsme des grands sacrifices et à la sublimité de la perfection.
De même que l’amour a été l’inspirateur de la vocation religieuse, il doit en rester l’agent actif et dirigeant, si l’âme veut réaliser l’idéal qu’elle s’en est formé et correspondre vraiment aux desseins de Jésus sur elle.
L’amour divin doit donc s'infiltrer dans la vie religieuse tout entière et la pénétrer profondément, de telle sorte que tout y soit inspiré, désiré, voulu et fait par amour. Rien ne doit échapper à sa douce influence et à sa puissance sanctificatrice : ni pensée, ni sentiment, ni affection, ni effort, ni peine, ni joie, ni travaux, ni œuvre de zèle, ni aucun acte de vie privée ou publique.
A un moment quelconque de sa vie, l'âme consacrée doit pouvoir se dire : je pense, je parle, je désire, j’aime, j’agis pour Jésus, parce que j’aime Jésus, pour aimer Jésus davantage, pour répondre aux désirs de Jésus, pour plaire uniquement à Jésus. Quels progrès elle ferait et quel bonheur paisible serait le sien, si elle se nourrissait et vivait de cet amour qui fait les saints !
Pour aimer comme elle le doit, son amour doit demeurer un amour de préférence et lui
interdire tout retour vers les créatures et les choses du monde. Si elle est délicate, elle ne souffrira même pas de parallèle, quand il sera question de mettre Jésus en ligne avec quoi que ce soit de terrestre.
Son amour doit être également un amour réparateur. C'est l’amour de Jésus qui doit pardessus tout lui faire pleurer ses fautes, la pousser à se corriger de ses défauts et la faire vivre dans la mortification et la pénitence, comme il convient à une épouse de Jésus crucifié.
L’amour de Jésus ne serait qu'un vain mot, s’il n’était un amour d’imitation. Jésus est le divin modèle : c’est l’amour qui Lui a fait pratiquer toutes les vertus, c’est l’amour qui L’a conduit à la mort. A son exemple, l’âme qui tend à la perfection doit vivifier toutes ses vertus par l’amour. C’est parce qu’elle aime, quelle a le courage de les pratiquer ; c’est parce qu’elle j les pratique en aimant, qu’elle les rend fécondes et parfaites.
Le couronnement de l'amour, c'est l'union . !
De sa nature l'amour est unitif .
Aimer Jésus ,
c'est se livrer à Lui et ne [aire qu'un avec Lui .
Voilà le sommet sublime que doit gravir l'âme religieuse
et où la conduira sa fidélité à aimer Jésus et à n'aimer que Lui seul .
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire Prop. rés. Made in France !
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris
â fts Béatitudes
<p$ La pensée et le désir* du eiel ; ^
Bienheureuses les âmes que Jésus fait vivre dans la pensée et le désir du ciel.
’ame religieuse que Jésus a éloi- ^ gnée du monde afin de se la réserver pour Lui seul, peut se dire, en toute vérité, au milieu de son immense bonheur : je ne suis plus de la terre, j'appartiens au ciel, je me rapproche chaque jour du ciel, je ne vis plus que pour les choses du ciel, j’aime Jésus et je m’unis à Lui comme si j’étais déjà au ciel.
Cette vision du ciel est la douce lumière qui éclaire sa route. Depuis le jour où elle a compris qu’elle n’était faite que pour le ciel, et que, pour s’en assurer la
possession, elle a sacrifié tout ce qui est terrestre, son cœur s’est épris des choses de l’audelà, elle s’est sentie impérieusement attirée par les beautés et les vérités éternelles, elle n’a plus voulu goûter d'autres joies que celles qui ressemblent aux joies des bienheureux.
Voilà pourquoi elle est illuminée, même au milieu des ténèbres qu'il lui faut traverser ; car elle se sait dans la vérité. Voilà pourquoi elle est profondément paisible, même en face des difficultés, des tentations et des luttes qui sont le partage des humains ; car elle comprend la parole du Maître, lui disant que la voie qui mène au ciel est étroite et que ceux-là seuls qui se font violence le ravissent. Voilà pourquoi elle demeure constamment heureuse, même lorsqu’elle est plongée dans les peines, les tristesses et les amertumes de tout genre ; car elle se réjouit de passer, pour aller au ciel, par la même voie que Jésus, son Époux, a suivie pour y remonter.
Enfant de l’amour et héritière du ciel, l'âme religieuse ne voit plus que le terme où elle tend et la félicité qui l’attend. L’amour qui l'embrase pour son Bien-Aimé lui donne du courage pour renverser tous les obstacles qui s’opposent à sa marche en avant, et pour pratiquer toutes les vertus dont elle devra ceindre un jour son front au pied du trône de l'Éternel.
Elle voit dans son bonheur futur la récompense de ses mérites, et elle s’efforce de les accroître chaque jour. Elle Voit dans les délices, dont elle sera alors inondée, le couronnement de sa fidélité généreuse et inviolable à ses engagements sacrés, et elle aime ces engagements
omme la plus grande garantie de son bonheur éternel. Elle voit dans ce Jésus, qui se fera l'objet de son immortel amour et de son ineffable félicité, la perpétuation de l’union sacrée Qu’elle a contractée avec Lui dans l’exil, et elle >e sent prête à mourir plutôt que de lui porter jamais la moindre atteinte.
Vivant pour le ciel, elle a en horreur le péché qui peut le lui faire perdre ou lui en retarder l’entrée. Sa vie est pure et sainte ; elle porte courageusement le fardeau de ses misères, mais elle travaille généreusement à s'en défaire ; elle se garde délicatement fidèle aux obligations iqu’elle a embrassées et elle fait de l’accomplissement parfait de tous ses devoirs d’état, comme de la pratique de chacune des petites vertus qui composent sa vie, autant de moyens d’accroître son bonheur sur la terre et d’assurer son bonheur dans le ciel.
Sachant que la souffrance achète le ciel, elle ne se plaint pas de souffrir, mais elle fait bonne figure à tout ce qui la peine, la mortifie, l’humilie, la contrarie et l’entrave ; elle accepte avec amour les croix que Jésus lui envoie, sans les choisir ni les trouver trop lourdes ; elle se montre courageuse en face même de ses faiblesses et de ses défaillances, pour se relever promptement et réparer généreusement ; elle veut, sans préférence et sans réserve, toutes les peines intérieures par lesquelles il plaît à Jésus de la purifier et de la sanctifier.
Ah ! comme la souffrance est douce et précieuse à qui sait l’envisager dans la lumière du ciel !
Il est dans l'état religieux des joies incomparables, fruit des sacrifices quotidiens et de l'intimité de vie avec Jésus, qyi donnent parfois à l'âme l'illusion de participer déjà au bonheur des élus. Ne connaissant plus que Jésus, ne tenant plus qu'à Jésus, ne vivant plus que pour Jésus, se consumant d’amour pour Jésus, l’âme n’a plus qu'un désir, mais un désir qui l’épuise : celui de se rapprocher davantage de Jésus, d’aimer plus ardemment Jésus, de posséder plus intimement Jésus, de s’unir plus intensément à Jésus.
La terre ne pouvant lui donner son Jésus i dans la mesure où elle aspire à Le posséder, elle tourne ses regards vers le ciel, elle soupire sans cesse vers la Patrie, elle vit plus dans l’éternité que dans le temps. L’âme est en Jésus et elle habite le ciel ; Jésus est dans l’âme et II en fait son ciel.
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Heureuses , mille fois heureuses , les âmes que le ciel attire , que Y amour de Jésus consume , et que le Jésus des vierges s'apprête à couronner, au séjour de l'éternel amour et de l'union sans fin dans les siècles des siècles !
P. Eugène Prévost
Avec permission de l’Ordinaire
Prop. rés.
Made in France
Éditions du Bon-Pasteur, 108 Bd Péreire, Paris