‹ Les BéatitudesChapitre 12 sur 59 · I. s. Bern,, in f est. omit. Sanct · texte numérisé non relu

I. s. Bern,, in f est. omit. Sanct

emploi des richesses que le monde autorise et qu'il applaudit.

Vous connaissez tous, et qui n'en con-. naît pas? des familles divisées. Le frère ne parle plus au frère, la sœur ne connaît plus sa sœur ; souvent même le père et le fils, l'époux et l'épouse sont séparés par des dissentiments mortels, et la plus sainte des joies, le plus légitime des bonheurs de ce monde, l'union du foyer domestique, a disparu de cette maison ! Les regards farouches, les paroles amères ont remplacé les entretiens fraternels de la table de famille. Pourquoi ? Eh ! ne le savez-vous pas ? C'est quelque héritage qui en est cause. C'est une fortune attendue par celui-ci et donnée à celui-là, qui a allumé la haine et la jalousie dans les cœurs : heureux quand un procès plein de scandale n'a pas éclaté, et n'est pas

venu révéler à tous les yeux les basses convoitises que l'amour de l'or entretenait dans ces cœurs : végétation putride qui n'attendait qu'une occasion pour germer, pour éclater tout à coup ! La pauvreté les eût laissés unis et confiants, heureux, chrétiens; la richesse est venue, et les voilà divisés, malheureux, semblables à des animaux de proie qui se disputent quelque cadavre en décomposition, et égarés bien loin des sentiers de la charité. Ah ! que l'Évangile a raison : Beatî pauperes !

Les familles divisées par l'intérêt ne manquent pas; mais que dire des familles désolées par l'inconduite, par le désordre de quelques-uns de leurs membres ? Ce jeune homme était né avec les plus heureux instincts. L'éducation la plus judicieuse, la plus chrétienne, les avait favorisés et développés: longtemps il a été l'orgueil, la joie, l'espérance de tous les siens. D'où vient qu'aujourd'hui il est leur désespoir et leur honte ? D'où vient que cette pauvre mère se détourne et verse des larmes, si le nom de son fils est prononcé ? Ah ! si ce jeune homme eût été

pauvre! S'il eût été contraint, par une nécessité bienfaisante, de livrer à d'autres conseillers qu'aux faux amis du monde, aux courtisans de sa fortune, les heures précieuses de sa jeunesse î Mais non ! sa richesse lui faisait de vastes loisirs et une liberté sans limite ; c'est assez pour que les folles joies, les pensées dépravées, les extravagances coupables aient ravagé cette riche nature et dévoré toutes ces espérances ! Mais aussi, où est-il le riche « qui, pouvant faire le mal, a fait le bien ? Qui potiiit facere mala^ et no7ifecit^ » dit l'Écriture. Où est-il cet homme vraiment fort qui résiste aux entraînements de ses passions, quand il a tous les moyens de les satisfaire ? Et n'est-ce pas l'expérience de tous les jours qui nous dit aussi clairement que l'Évangile : mieux vaut le pain noir qui double la force du corps et l'énergie des âmes, que les mets somptueux, que le bien-être qui les énerve et les amollit : Beaii paiipcres !

Hélas ! mes Frères, c'est jusque dans le sanctuaire , jusque dans l'enceinte de nos temples que nous pouvons constater les

tristes effets de la passion déréglée des richesses. Il y a eu un temps où l'Église était riche : elle off*rait aux ambitions des familles de vastes ressources pour l'établissement de leurs enfants. Et, dans ce temps-là, les ministres de l'autel abondaient outre mesure. L'Église avait à se défendre comme d'un flot envahissant : des vocations sans nombre, dont la seule cupidité était trop souvent le ressort, se disputaient non pas tant les charges de l'Église, que ses honneurs et ses revenus. Mais, depuis un siècle, l'Église a été dépouillée : elle est redevenue pauvre comme au sortir des catacombes , et elle n'off're plus à ceux qui se dévouent au dur labeur du service des âmes ce que saint Paul réclamait pour lui-même « victiim et veslitiim, le pain et le vêtement » ; un pain dur et modique qu'il faut encore partager avec de plus pauvres ; un vêtement qu'il faut tremper de sueur: maigre salaire que quel^ ques-uns mêmes lui envient aujourd'hui !. Aussi, que voyons-nous ? Tandis qu'autrefois l'on improvisait dans les familles des vocations factices, au mépris de Dieu, aujour-

d'hui on étouffe les vocations véritables, et la même cupidité produit un crime différent, mais non moins grand. Les classes élevées deviennent de plus en plus stériles pour le sacerdoce et pour le cloître. Depuis que l'Église ne leur paie plus un tribut de richesses, ils lui refusent l'impôt du sang. Les avenues du sanctuaire, les asiles de la piété parfaite ne sont plus guère occupés que par des pauvres, fils de pauvres. Ah ! malédiction redoutable que la richesse s'inflige à elle-même ! Ah ! bénédiction touchante de Dieu sur la pauvreté ! Bienheureux les pauvres parmi lesquels Notre- Seigneur choisit, non seulement ses plus chers serviteurs, mais les élus de la vie parfaite, les hérauts de son royaume, les ministres de sa parole, les introducteurs et les guides de leurs pauvres frères, les riches, dans le chemin de la Béatitude ! Bienheureux les pauvres, parce que la dispensation du royaume des cieux leur appartient : Beali pauperes, qiiojiiam ipsorum est regyium cœlorum !

Je parle du sanctuaire : mais que je re-

garde dans les autres parties du temple ; hélas ! mes Frères, en beaucoup de lieux, j'y vois encore, écrite en traits de feu, la malédiction qu'entraîne avec elle l'abondance des biens de ce monde, la possession des richesses. Il y a dans le monde, des contrées chéries de Dieu, où les églises, si grandes qu'elles soient, sont trop petites pour recevoir, les jours de fête, la multitude qui s'y présente : pères et mères, jeunes gens et jeunes filles et jusqu'aux petits enfants, attestent, par leur attitude recueillie et leur maintien grave, la foi naïve de leur cœur et la piété sincère de leurs âmes. Il en est d'autres, hélas! où le saint jour du dimanche est profané par le travail servile, où l'église est presque déserte, où des multitudes sans nombre vivent loin du sanctuaire, semblables à ces païens auxquels saint Paul reprochait d'être « sans Dieu en ce monde : sine Deo in hoc rniindo ^ » N'est-il pas vrai que ce vide affreux dans le temple de Dieu, et cette aftluence plus triste

Page 1