‹ Les BéatitudesChapitre 18 sur 59 · V. sa Vie, par M. Hamon, T. II, p · texte numérisé non relu

V. sa Vie, par M. Hamon, T. II, p

qui est obéie avec joie, avec amour, jusqu'au martyre, dans toutes les contrées que le soleil éclaire. Mais comment s'est établi cet empire ? Comment l'Église a-t-elle pris possession de la terre ? Comment continue-t-elle sans relâche ses conquêtes ?

Ah ! mes Frères, qui ne s'écrierait, en regardant ce merveilleux spectacle : Beati mites! L'Église n'a d'autre force pour abattre ses ennemis, d'autre diplomatie pour les séduire que la douceur évangélique. Elle a commencé ses succès par le plus incroyable miracle de douceur, que les siècles aient jamais vu : pendant trois siècles ses enfants se sont laissés emprisonner, exiler, tuer, martyriser par tous les supplices. Ils sont tombés par milliers, comme les épis au temps de la moisson, sans se révolter, sans se plaindre, heureux d'imiter l'Agneau immolé pour eux à Jérusalem !

Mais que dis-je ! la douceur chrétienne ne s'est jamais lassée. Y a-t-il eu un seul instant, depuis les Apôtres, où l'Église ait cessé de poursuivre ses conquêtes par le martyre ? Est-ce qu'aujourd'hui encore, en Asie, en

Europe même, à côté de nous et sous nos yeux, l'Église fait autre chose, pour revendiquer ses droits et conquérir la terre, que d'opposer à la rage des païens, à la fureur du schisme, à l'ambition sacrilège des princes, aux inferntiles machinations des sectaires, ses évêques emprisonnés, ses prêtres fusillés ou pendus, ses fidèles exterminés ? O patience que rien ne lasse ! ô persévérance invincible de l'Eglise ! Mais aussi bénédiction du ciel sur cette douceur divine! Qui ne voit qu'aujourd'hui comme au commencement, chez nous comme partout et toujours, l'Église grandit par ses épreuves; qu'elle est plus forte, plus respectée, plus influente sur les hommes à mesure qu'elle se montre plus destituée de toute force humaine, privée d^ l'appui du bras de chair et reposant uniquement sur l'assistance divine ?

Notre siècle le voit, vos yeux le contemplent, et la postérité, qui en recueillera les fruits, ne l'oubliera jamais: à l'heure où je parle, il y a un roi sans armée et sans royaume, contre*lequel on a tout employé :

la violence et la ruse, les menaces et les promesses, le poignard et la diplomatie ; contre lui tout a été tenté sans relâche et sans pudeur: de quoi lasser toute patience qui ne setait pas divine ! Et cependant la puissance de ce roi, son influence sur la terre, ses conquêtes pacifiques sur toute la surface du globe, n'ont pas cessé un seul jour de grandir, et manifestement, à l'heure qu'il est, il occupe le plus élevé, le plus solide et le plus puissant des trônes de la terre. Quel est ce roi? C'est le successeur de Pierre, c'est le successeur de cinquante martyrs, c'est le représentant de l'Agneau de Dieu, de Celui que le prophète Isaïe appelle « Agnum dominatorem terrœ. )> Hier, il se nommait Pie IX; aujourd'hui, il s'appelle Léon XIII; demain, il aura un autre nom ; mais toujours on pourra dire de ce souverain, qui est le Vicaire de Jésus-Christ, la mansuétude divine incarnée, ce que l'Ecriture dit de Moïse, le souverain et le libérateur du peuple hébreu : « Mitissimiis hominum qui fuit in terra, le plus doux des hommes de la terre, » et en mêm^ télnpsle plus grand

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roi du monde : Beati mites, quoniam ipsi possidebiint terrain !

Avoir puissance sur Dieu même et le mettre dans nos intérêts, c'est, à coup sûr, mes Frères, le plus grand de tous les secrets pour atteindre à la béatitude. Or, voulez-vous acquérir des droits spéciaux sur le cœur de Dieu, méditez encore notre béatitude Beati mites: «Bienheureux ceux qui sont doux.))

Ici, mes Frères, je pourrais vous montrer que la douceur chrétienne se confond avec la charité pour le prochain , et que cette vertu, qui est elle-même une seule vertu avec l'amour de Dieu, est la seule voie, la voie infaillible, mais nécessaire, qui mène à Dieu. J'aime mieux me borner à vous faire voir, en vous développant une pensée de saint Thomas d'Aquin, comment la douceur établie dans notre àmc, incline nécessaire

ment Dieu vers nous, à cause du trait particulier de ressemblance qu'elle nous donne avec lui, et nous rend puissant sur son cœur.

Quelles sont, dit ce grand docteur, quelles sont les causes de l'amour ? Il y en a plusieurs, dont la principale est le bien qui se trouve dans un être ; mais il y en a une autre, et c'est la ressemblance : « La ressemblance, en vertu de laquelle deux êtres possèdent actuellement et réellement la même chose, produit l'amour d'amitié ou de bienveillance, selon la parole du Sage: Tout être aime son semblable ^ »

Or, mes Frères, Dieu lui-même n'échappe pas à cette loi : il ne peut se créer des égaux puisqu'il est infini, et que la plus parfaite de ses créatures sera toujours éloignée de sa perfection d'une distance infinie; mais son regard sur la terre cherche des semblables afin qu'il les aime, se repose en eux et leur communique ses biens.

Mais qui est semblable à Dieu, si ce n'est

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