‹ Les BéatitudesChapitre 3 sur 59 · JOAN., VIF · texte numérisé non relu

JOAN., VIF

PREFACE XV

D'abord elles sont, par rapport à l'esprit humain, des paroles paradoxales, comme Font reconnu tous les Pères. Un homme ordinaire, fût-il un homme de génie, ne se hasarde point à parler de la sorte : il serait trop facile de le convaincre de témérité, de lui montrer qu'il affirme au delà de ce qu'il voit, et, par là, qu'en voulant exagérer son autorité sur les autres hommes, il l'annule.

C'est qu'en effet, pour qu'un paradoxe puisse être accepté comme l'expression de la vérité, il faut que, par un côté du moins, il soit vérifié par les faits. Or, c'est bien ce caractère unique, surhumain, que présentent les Béatitudes évangéliques. A l'heure où les disciples les entendirent, wen ne pouvait les leur faire paraître divine's, si ce n'est la foi qu'ils avaient en la divinité de leur Maître.

Mais quand l'Evangile fut devenu une religion, une doctrine appliquée, on a

PREFACE

VU, avec autant d'étonnement que d'évidence, naître, de ces paroles mêmes, des légions de pauvres volontaires qui proclamaient le bonheur de la pauvreté, des armées de doux et de pacifiques qui, ne prétendant que sauver leur âme et gagner le ciel, ont conquis la terre. On a vu des milliers de martyrs heureux de souffrir pour Jésus-Christ, et qui, en mourant pour attester la divinité du premier et du prince des martyrs, mouraient en même temps, manifestement, pour la justice dont ils avaient faim et soif, pour la liberté des âmes, pour le triomphe de toutes les vertus nouvelles dont l'antiquité avait à peine entrevu Tidée, et dont quelques-unes n'avaient pas même de nom dans la langue des hommes !

C'est cette réalisation pratique, réelle, historique, je dirai monumentale, des paroles paradoxales sorties de la bouche de Jésus, qui est, à mon sens, la plus sai-

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sissante peut-être et la plus facile à comprendre des preuves de la divinité dj vfésus-Christ et de son Évangile. « Ex fnictibiis eoriim cognoscetis eos. Vous connaîtrez la valeur de Tarbre à ses fruits, )) a dit Notre-Seigneur lui-même. Or, les faits sortis de ces paroles sont surhumains : donc les lèvres qui les ont prononcées sont divines.

Un autre caractère de la parole divine, c'est sa fécondité : sa richesse est telle qu'elle épuise le génie humain qui veut la comprendre. Après les commentaires prolongés des plus habiles et des plus sages, elle laisse toujours quelque chose de nouveau à découvrir et à expliquer.

Des milliers d'auteurs ont commenté le Sermon sur la montagne ; des millions de pages lui ont été consacrées. En a-t-on cependant vu, sondé toutes les profondeurs? en a-t-on montré toutes les applications? Non, sans doute; on peut tou-

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