‹ Les BéatitudesChapitre 4 sur 59 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

jours l'étudier dans l'espoir assuré d'y trouver une nouvelle lumière pour l'esprit, un nouvel aliment pour le cœur, et comme un festin de l'âme, qui donne un avant-goût de celui qui nous est promis dans la gloire céleste, où la jouissance dépassera les désirs des élus, d'où toute satiété sera bannie.

Telles sont les Béatitudes dont nous venons à notre tour, chères âmes, vous offrir un commentaire très simple, très court, et surtout, nous l'espérons du moins, très pratique. Nous ne nous sommes point flatté, je le répète, de vous présenter, sur un sujet tant de fois traité, des choses entièrement nouvelles; mais nous espérons leur avoir donné l'expression, la forme qui convient le mieux à cet auditoire restreint qui nous a entendu et goûté, et à cet auditoire plus nombreux que nous fera, s'il plaît à Dieu, Timpression de ce petit voUmne, Kn le lisant, vous

PRKKACi: XIX

VOUS apercevrez, chères âmes, que les pages en ont été pensées, pour ainsi dire, en votre présence. « Je parle, dit le Psalmiste, selon ce que j'ai cru. Credidi propter qiiod locutus sum. » Cette condition, nécessaire à toute parole de vérité, n'est cependant pas toujours suliisante pour toucher: il faut, de plus, voir ceux à qui Ton parle ; il faut, en quelque sorte, regarder en face les âmes à qui on porte la vérité, afin d'être assuré qu'on parle d'après leurs besoins du moment même pendant lequel elles vous écoutent. C'est ce que je me suis efforcé de faire. Ai-je réussi ? Le succès de ce modeste ouvrage le dira.

Quoi qu'il en soit, je veux vous le redire en terminant, âmes chrétiennes :

rien n'est meilleur, rien n'est plus doux, rien n'est plus efficace pour la piété que de se nourrir de la méditation du Sermon sitr la montagne. Heureux qui s'en

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pénètre, qui y cherche chaque jour le miel divin, la manne céleste et surnaturelle dont toute âme a besoin, dans le pèlerinage forcé qu'il lui faut faire à travers le désert aride de la vie présente!

Chères âmes, puissiez-vous trouver autant de joie à lire ces homélies que j'en ai éprouvée à les écrire! Puissiez-vous profiter mieux que moi-même des saintes pensées qu'elles renferment, et que j'espère n'avoir pas trop dénaturées, en les empruntant à la source divine! Puissions-nous enfin tous ensemble, après avoir fait sur la terre notre aliment de ces Béatitudes, en goûter un jour dans le ciel, non plus à travers un voile, mais dans tout l'éclat du foyer vivant d'où elles rayonnent, la triomphante et éternelle vérité!

En la fête de tous les Saints, !•"■ novembre 1884.

Bienheureux les pauvres d'esprit, parce- que le royaume des deux est à eux.

Bcati pauperes spiritu, qiioniam ipsoriim est regnum cœloriim. '^Math., v. 3.)

ELUi-LA. connaîtrait mal le cœur de l'homme, qui, dans l'infinie multiplicité de ses désirs, de ses passions, de ses besoins, ne saurait pas distinguer un but unique, une fin spéciale et déterminée à laquelle tout se rapporte.

Cette fin de toutes nos pensées et de toutes nos actions, vous l'avez déjà nommée, c'est le bonheur! et non pas seulement un bonheur passager, borné, éphémère, mais le bonheur complet et sans terme, ou la Béatitude,

Eh bien! réjouissez-vous, Glirétiens, cette béatitude à laquelle tout le monde aspire, dont tous les anciens philosophes ont vainement cherché le chemin, dont tous les sages de la terre ont inutilement enseigné les conditions et vendu les recettes; cette béatitude, l'Évangile vous l'apporte; il vous la promet, il la donne infailliblement à quiconque se fait son disciple et accepte ses lois: « Si quelqu'un a soif, dit le Sauveur, qu'il vienne à moi: *S/ qiiis sitit, veniat ad me. )) Qu'il vienne, et sa soif de bonheur sera apaisée ! « Qu'il éco.ute, qu'il pratique mes commandements, et son bonheur sera assuré. Beati qui aiidiunt verbum Dei et ciistodhint ilhid. » Vous l'avez entendu : Beati! Le voilà ce sage par excellence, ce bienfaiteur unique, ce messager divin qui tient dans sa main libérale, pour le distribuer à tous les hommes, ce que tous les hommes désirent: la béatitude.

Approchons-nous donc et écoutons ce qu'il va nous dire. Asseyons-nous avec les Apôtres, avec la foule, au pied de la montagne où le Maître va parler, et recueillons de sa

bouche le secret tant cherché de cette béatitude, (f Beati paiiperes ! Bienheureux les pauvres ! » Ce sera la première parole. (( Beati qui liigent! Bienheureux ceux qui pleurent. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice. Bienheureux ceux qui souffrent persécution. » Tels sont les secrets pour être heureux.

Eh quoi! Seigneur, n'est-ce point un jeu cruel ? Dès la première parole, vous attirez nos cœurs et tout ensemble vous les repoussez ; vous les attirez en leur parlant de béatitude, ce terme vers lequel nos pauvres cœurs se dirigent d'eux-mêmes, comme l'aimant se tourne vers le nord, et vous les repoussez en nous parlant de pauvreté, de persécution, de souffrance !

La pauvreté, cette face hideuse dont la seule vue nous présente l'image de tous les maux, la persécution, la souffrance!... Oui, mes Frères, il en est ainsi : les Béatitudes de l'Evangile sont autant de paradoxes pour le sens humain : elles sont comme le drapeau de cette sagesse dont l'Apôtre nous dit (( qu'elle a veJidn folle toute la

sagesse de ce monde ^ » en la contredisant directement. Si nous sommes disciples de l'Évangile, si nous cherchons la béatitude qu'il nous promet, il faut en prendre notre parti ; il faut chercher le bonheur où il est, où le Seigneur l'a mis ^ ; il faut, toute notre vie, méditer profondément ce résumé de toute la Loi évangélique qui s'appelle le Sermon sur la inontagne, et surtout le mettre en pratique. C'est à le méditer et à le commenter que nous consacrerons ces entretiens.

Aujourd'hui, commençons par expliquer la première parole : « Beati paiipej^es spirïiu, quoniam ipsorum estreg?ium cœlorum. Bienheureux les pauvres de gré, parce que le royaume des cieux est à eux. )>

2. Nous sera-t-il permis de rappeler au lecteur que nous avons consacré tout un volume à exposer la doctrine chrétienne sur la question du Bonheur, et à faire voir, dans la sblution qu'en donne l'Évangile, une preuve sensible de sa divinité? — V. la Science du Bonheur, un volume in-12, Paris, Didier, 1873.

Beati paiiperes ! Mes Frères, vous dirai-je le sentiment qui me frappe, toutes les fois que je me trouve en présence d'une parole cvangclique ? C'est celui que doit éprouver le chercheur d'or en présence d'une mine toute remplie de richesses, dont il ne saurait mesurer la largeur, la longueur et la profondeur: il voudrait, dans son avidité, tout saisir et tout emporter à la fois ; mais la nécessité l'oblige de se restreindre et de choisir ; et, si riche que soit le filon qu'il exploite, ce qu'il emporte n'est rien au prix de ce qu'il laisse à ceux qui viendront après lui. Ainsi en est-il de chaque parole du divin livre, et en particulier de celle-ci : « Beali pauperes! •> Quelle vertu n'y est pas enseignée ou contenue ? à qui ne s'adresse-t-elle pas ?

Bornons-nous cependant, puisqu'il le faut.

et peut-être aurons-nous assez dit, pour votre instruction, en vous montrant aujourd'hui, par les dangers "des richesses pour le salut, quel est l'avantage de la pauvreté. (( Vœ vobis divitibus! Malheur à vous, riches ! » C'est encore une parole de Notre- Seigneur, par laquelle il donne lui-même le commentaire de cette première béatitude, Beati pauperes , comme pour rendre plus éclatante et plus certaine à tous les yeux la béatitude promise à la pauvreté. Mais avant d'aller plus loin, demandons à Notre- Seigneur quelle est la portée et le sens véritable de ces deux mots : « riche » et « pauvre » ; quels sont les riches qu'il condamne, quelle est la pauvreté qui ouvre le ciel.

Posséder les biens de ce monde, dans une mesure plus que suffisante pour les besoins de chaque jour, est-ce là, mes Frères, ce que Notre-Seigneur a condamné dans cette parole : « Vœ vobis divitibus : Malheur à vous, riches » ? Ah ! s'il en est ainsi, entrons dès à présent dans les rêves de ces sectaires, suspendus comme une menace sur notre société moderne, qui voudraient obliger tous

les hommes à partager entre eux tous leurs biens, de telle sorte qu'au lendemain d'une pareille réalisation du texte évangélique, il n'y aurait plus de riches dans le monde, mais seulement des pauvres, tous dégoûtés .par avance d'un travail désormais sans fruit, tous égaux devant la misère. '

Mais^ mes Frères, l'Évangile ne permet pas ce sens : c'était un riche qu'Abraham, le patriarche qui reçoit Lazare dans son sein ; c'était un riche que Zachée, ce publicain que la grâce vient trouver, et qui donne, en une seule fois, la moitié de son bien aux pauvres; c'étaient des riches, ces saintes femmes qui suivaient le Seigneur dans ses prédications et « lui fournissaient, de leurs revenus, de quoi subvenir à ses besoins : minisirabani ei de facultaiibus suis; » c'était un riche, ce Joseph d'Arimathie qui reçut le corps du Seigneur et l'embauma de coûteux parfums ; ce furent des riches, ces rois et ces reines, les saint Louis, les sainte Elisabeth que l'Église a placés surses autels. Et, puisque Notre-Seigneur fait, d'ailleurs, un devoir sacré de l'aumône, c'est apparem-

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ment parce que, dans son royaume, il y a des riches capables de la faire, c'est-à-dire ayant du superflu.

Quel est donc le riche que Notre - Seigneur condamne ? Écoutez Notre-Seigneur : « Vœ vobis divitibiis quia habetiê consolationem vestram. Malheur à vous, riches, parce que vous avez ici-bàs votre consolation, » et à cause de cela* méprisez la béatitude céleste.

Ainsi le riche qui se complaît aux biens de la terre et, bornant l'horizon de sa pensée aux choses d'ici-bas,, s'y arrête, s'y attache et s'y fixe comme à la seule fin à laquelle il fjiille travailler ; le riche qui a, dit Bossuet, « l'esprit des richesses, le faste, l'orgueil, l'injustice, l'avidité insatiable de tout tirer à soi ' >), voilà le riche qui est exclu des promesses de la béatitude.

Écoutez encore Notre - Seigneur : « Il y avait un homme riche dont les terres avaient extraordinairement rapporté, et il s'entretenait en lui-même de ces pensées : Que

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