‹ Les BéatitudesChapitre 34 sur 59 · Auc, V, (j · texte numérisé non relu

Auc, V, (j

heureux celui-là, car ses désirs ne seront pas inutiles, car ses espérances ne seront pas vaines, car un jour il possédera, avec les saints, ce qu'il aura ici-bas désiré comme les saints, et il sera rassasié : Beati qui esiiriunt et sitiuntjusti liant, qiioniam ipsi saturabuntur.

« SaturabuntuVy » ils seront rassasiés : telle est la récompense promise à ceux qui ont faim et soif de la justice. Vous l'avez déjà compris, mes Frères, ce rassasiement plein, cette complète satisfaction des désirs de notre àme,cette absolue perfection de nous-mêmes et de toute chose, dont le rêve fait le tourment des âmes pures, ne se peut point atteindre en cette vie.' Faut-il croire cependant que l'amour de la justice doive nécessairement icibas rester sans récompense, et que le chrétien fidèle doive toujours différer toutes ses espérances au-delà du tombeau ? Dirons-nous

BKATI QUI ESURIUNT ET SITIUNT JUSTITIAM 12 1

que celui qui a faim de la justice en est tou^ jours douloureusement aftamé, que celui qui a soif de Dieu en est toujours altéré sans que rien lui soit jamais donné pour le satisfaire, et que, pour devenir plus fidèle au précepte du Maître, il n'aura fait que se condamner à un supplice tous les jours plus rigoureux ?

A Dieu ne plaise ! « La piété qui a, dit saint Paul, les promesses de la vie à venir, a aussi les promesses de la vie présente. )> Et saint Chrysostome nous dit « que le fruit de la justice se fait sentir dès ce monde, puisqu'elle seule assure ce que les passions ne donnent jamais : quelque stabilité dans la possession des biens de cette vie. »

Mais, mes Frères, n'est-ce pas Notre-Seigneur lui-même qui nous oblige d'interpréter ainsi sa parole? Que promet-il en eflet à ceux qui ont le plus héroïquement cherché sa justice; qui, pour son amour, « ont quitté et leur père et leur mère et leurs frères et leurs sœurs, » qui se sont faits pauvres pour marcher à sa suite ? Il ne leur assure pas seulement la vie éternelle, il leur promet le « con-

tuple dès ce monde : Centuplum accipiet, etiam in tempore hoc. )> Et quand, dans la prière que Notre-Seigneur nous a apprise, nous demandons chaque jour à Dieu l'avènement de son règne « Adveniat r^egmim tiium, )> que faisons-nous, si ce n'est de demander à Dieu que sa justice descende sur la terre en nous et autour de nous, dans nos âmes et dans les âmes de nos frères, dans chaque famille, dans chaque cité, dans chaque nation, en un mot dans tous les rangs de la société humaine ? Mais comment une prière qui s'élève tous les jours, de tant de cœurs qui ont faim et soif de la justice, pourrait-elle rester toujours sans accomplissement ?

Ah ! mes Frères, ne soyons pas ingrats envers la Providence de Dieu et reconnaissons dans le monde, dans ce monde si imparfait, si rempli encore d'iniquités et de crimes, le commencement ^^^-^ ce règne de Dieu, de ce royaume de justice qui ne sera consommé que dans l'éternité, « Cherche^ le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Oh ! que cette parole a été magniliquement déjà réalisée! Quel

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