‹ Les BéatitudesChapitre 37 sur 59 · BEATI MISERICORDES 1D · texte numérisé non relu

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château de ses pères, c'était saint Ignace de Loyola. Et nous nous permettons d'être durs et hautains avec les pécheurs, nos frères, que nous voudrions convertir ! Et nous éloignons par ce mépris ceux dont, demain peut-être, il nous faudra invoquer la prière et demander la bénédiction à genoux!

• « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » C'est le précepte adressé à tous. Or, je ne craindrai pas de le dire, la forme particulière de la perfection en Dieu, du moins celle qui nous est le plus accessible et la seule qui nous importe, c'est la miséricorde! Nous sommes tous pécheurs : eh bien! que fait Dieu pour ces pauvres pécheurs que nous sommes ? Ce qu'il fait ? Il nous traite, tout plongés que nous soyons encore dans le péché, comme si déjà nous étions convertis, comme si, en tout cas, nous

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devions infailliblement nous convertir ; et c'est par là que parfois il triomphe de la dureté de nos cœurs ! 11 nous supporte d'abord ; il nous attend, il nous pardonne, il nous console, il accueille nos excuses, il nous encourage, il nous soutient, il nous relève dans nos chutes, il nous inspire, il ne désespère jamais, tant que nous sommes en cette vie.

Ne voyez-vous pas que l'esprit de miséricorde, c'est le point de vue même de Dieu, c'est sa règle immuable de conduite à l'égard des créatures, quoiqu'il soit l'être parfait et infini, et qu'il n'ait pas comme nous des fautes à se faire pardonner ? Eh bien ! n'en conclurez-vous pas que l'esprit de miséricorde en nous, c'est l'esprit même de Dieu présent et visible en nous ?

Ne comprendrez-vous pas que la miséricorde est le parfum qui pénètre la créature quand le Créateur est en elle, le Créateur, dont la sainte Eglise nous dit, dans une de ses oraisons, que « son essence, c'est la bonté, et que son œuvre, c'est la miséricorde : ciijiis natiira bonitas et opiis misericordia est! »

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Que l'œuvre par excellence de Dieu, ce soit la miséricorde, c'est ce que l'on comprend surabondamment quand on contemple Celui qui doit être l'objet de notre contemplation, de notre imitation de tous les jours, Jésus-Christ. Mes Frères, voulezvous passer en revue les œuvres diverses que la miséricorde vous demande, passez en revue les œuvres du divin Maître.

Dans son rapide passage sur la terre, Notre-Seigneur a voulu être en contact avec tous les genres de misères possibles, afin de nous enseigner tous les genres de miséricorde.

Il y a d'abord ceux qu'atteignent les maux du corps : les malades, les possédés, les morts même, il est dit de Notre-Seigneur qu'il les guérissait tous : sanabat omnes. Et tel est l'incomparable privilège de la charité chrétienne dans l'Église, qui n'est que Jésus- Christ continué sur la terre, qu'il n'y a pas une des infirmités corporelles que la guérison ou le soulagement puisse atteindre, à laquelle elle ne s'ellbrce de venir en aide : sanabat omnes, il les guérissait tous; et c'est

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pourquoi, si vous voulez avoir une énumération exacte de tous les maux qui peuvent tomber sur le corps humain, dans les sociétés chrétiennes, le moyen le plus court d'en savoir le chiffre, ce sera d'énumérer les œuvres de miséricorde : sanabat omnes.

Notre-Seigneur se trouve en contact avec tous les maux de l'âme, aussi bien qu'avec tous les maux du corps, depuis les simples affligés jusqu'aux pécheurs les plus désespérés. Aux premiers, avant de leur venir en aide, ce qu'il peut toujours parce qu'il est tout-puissant, il leur donne d'abord ce que nous-mêmes pouvons toujours donner après lui, l'aumône de la miséricorde. Que de fois l'Évangile répète cette parole : « Jésus ptdens tiirbam, misertiis est super eos : il eut pitié! » Lui-même le dit et il explique ses miracles par sa pitié : « Misereor super turbam! j'ai pitié, j'ai compassion de cette foule ! » Et il invite tous ceux, sans exception^ qui ont besoin de quelque soulagement, à venir à lui ^ « Venite ad me omîtes qui làboratis et oiierâti . estis, » Venez tous, venez sans exception ; venez à ce cœur si tendre qui a la safité à

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rendre aux malades, la vie à rendre aux morts, et qui n'oublie pas même les caresses pour les petits enfants !

Mais que fera-t-il pour les pécheurs, de tous les malades et de tous les morts ceux qui ont le plus besoin de miséricorde?

D'abord en a-t-il rebuté un seul ? En a-t-il éloigné un seul par une parole rude, par un reproche sévère : « Non veni vocare justos, sed peccatores : je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs : » voilà ce que dit le Maître. Mais que de fois n'entendezvous pas les disciples s'excuser de faire du bien à quelqu'un parce que c'est un pécheur. Les Pharisiens écartaient avec dédain les pécheurs. En cela ils se croyaient supérieurs à Jésus : « S'il était prophète, il saurait que c'est une pécheresse, » disaient-ils.

Bien loin de là, être pécheur, c'est un titre spécial à la miséricorde de notre divin modèle. Comme on se scandalisait de le voir manger avec des publicains Jésus- Christ, entendant ces murmures, dit aux Pharisiens : « Ceux qui se portent bien n'ont pas besoin de médecin, mais seule-

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ment ceux qui se portent mal. Allez donc et sachez ce que veut dire l'Écriture par cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacrifice ; car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Il les appelle, il les encourage, il leur pardonne; il n'a jamais pour eux un mot amer, et il protège à jamais les pécheurs repentants de tous les siècles, contre la dureté des Pharisiens de tous les siècles, par ces divines paroles qui dureront plus que le ciel et la terre : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! »

Après les pécheurs, ceux qui exercent le plus la miséricorde du Sauveur, ce sont les ignorants. Ah ! mes Frères, les gens ignorants et grossiers, les pauvres qui ne savent rien, les gens mal élevés et mal instruits que nous éloignons volontiers sous mille prétextes, est-ce que Notre-Seigneur les éloignait de lui ? Tout au contraire. Et d'abord remarquons que Notre-Seigneur n'avait, et il n'a encore autour de lui, que des gens ignorants et grossiers; car, quand il s'agit des choses de Dieu, que sommes-nous, tous

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tant que nous sommes, sinon des gens ignorants et grossiers ? Le plus sublime philosophe, le penseur le plus délicat, le mathématicien le plus profond, le plus divin des poètes, qu'est-il, à côté de Notre-Seigneur, qu'un homme ignorant et grossier ?

Mais, de plus, il est certain que Notre- Seigneur a vu souvent sa divine parole tomber dans des cœurs ignorants, incapables de la comprendre; et c'est ce qu'étaient les apôtres jusqu'au jour de la Pentecôte, c'està-dire pendant toute la vie du Sauveur, sans en excepter un seul jour. Est-ce que Notre- Seigneur se lasse et les rebute ? Non, non, il les encourage et les attend. Il leur dit simplement : « J'ai bien des choses à vous dire encore, mais vous n'êtes pas encore capables de les porter : 7ion potestis poi^tare modo. » Voilà comment il est miséricordieux pour les apôtres ignorants, comme il l'est pour les corps malades et pour les cœurs coupables.

Que dirai-je enfin, mes Frères ? Notre- Seigneur nous montre une miséricorde qui va jusqu'à la plus ingénieuse et la plus déli-

cate tendresse, dans les circonstances en apparence les plus vulgaires. « Laissez venir à moi ces petits enfants. » Quelle douce prévenance pour le cœur des mères ! Madeleine vient-elle avant la Cène, en versant le parfum sur la tête du Sauveur, troubler l'ordre d'une cérémonie sainte, Notre-Seigneur en veut pas qu'on la repousse, qu'on lui témoigne la moindre susceptibilité : « Quid molesti estis lune mulieri? Pourquoi faitesvous de la peine à cette femme ? » dit-il à ses apôtres ; « laissez-la faire : si ni te eam. » Notre-Seigneur ne permet pas même qu'on relève ce qu'il peut y avoir de moins régulier dans le procédé de la sainte pénitente,, parce qu'il voit la bonne intention de son cœur.

Notre-Seigneur veut aller plus loin encore, s'il est possible. Là où il semble que la plus légitime indignation pourrait éclater, en présence de la trahison de Judas, la miséricorde triomphe encore dans le Cœur de Jésus. Il ne s'emporte point en lui disant : « Amice, ad quid venisti? Ami, pourquoi êtes-vous venu ? Eh quoi! vous trahissez le

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