Ton., XII, i
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ses misères, que grandir dans la foi comme Tobie, dans l'espérance comme Job, dans l'amour de Dieu et dans le zèle de sa loi, comme les Machabées persécutés par l'impie Antiochus; être poussé, comme fatalement, dans la voie de la plus haute perfection, comme les premiers chrétiens obligés de se réfugier dans les catacombes; direz-vous que ce n'est pas là la plus haute, la plus véritable des félicités de cette vie ?
Or, mes Frères, tout cela est le fruit nécessaire de la persécution pour la justice.
Telle est la misère de notre nature, même corrigée par la grâce, partout où elle est libre, sans entrave et sans contrainte, qu'elle tend d'elle-même au relâchement et au sommeil. C'est une grande parole que celle de ce général de la Compagnie de Jésus, saint PYançois de Borgia, qui assurait que ce qui conserverait ses frères dans la ferveur, dans la joie et dans le succès, outre l'esprit de prière et la charité, c'était la persécution. Et, en effet, dans nos meilleurs moments et chez les meilleurs, la sécurité est trompeuse et notre plus grand ennemi, c'est le sommeil :
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en vain la sentinelle garde le camp, si elle vient à s'endormir. Mais, a dit quelqu'un, qui gardera la sentinelle, qui l'empêchera de s'endormir? c'est l'ennemi.
L'ennemi, c'est la persécution, c'est la lutte, c'est la tentation, c'est le démon que Dieu lui-même déchaîne parfois contre nous, non pour nous abattre et pour nous vaincre, mais pour nous aguerrir et nous fortifier par la victoire : Bienheureux donc qui souffre pour la justice !
Enfin, mes Frères, la persécution endurée pour la justice est un gage assuré de la béatitude éternelle. Oh! qui ne le comprend, s'il médite le mystère douloureux qui est le fond même du mystère de la Rédemption et de tout le Christianisme ! Le Fils de Dieu notre modèle et notre guide, celui qui est notre chef et qui s'appelle notre frère, celui «dont nous sommes les membres, n'a voulu entrer dans la gloire que par cette voie, la persécution pour la justice. Il apportait aux hommes toute vérité, il leur avait enseigné toute justice. Il leur communiquait tous les biens : personne ne pouvait le convaincre ni d'un
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péché, ni d'une erreur. Si jamais vertu avait droit, parmi les hommes, au respect, à l'honneur, aux applaudissements, à la reconnaissance, à la couronne, au trône, c'était celle-là î Les respects qu'il reçut, ce furent les respects dérisoires des soldats; son diadème fut la couronne d'épines; son trône, ce fut la croix. Et Notre-Seigneur, après sa résurrection, expliquait à ses apôtres tout ce mystère en ces simples paroles : a Notifie oportuit Christum pati et ita intrare in gloriam suam. Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et qu'il entrât ainsi dans sa gloire ' ? » Non, ô Maître, ô Docteur, ô Prince des persécutés pour la justice, cela n'était pas nécessaire pour vous qui étiez sans péché; mais c'était nécessaire pour nous pécheurs; nécessaire, pour nous encourager, nous fortifier, nous faire comprendre ici-bas le sens de cette persécution universelle qui s'attache partout à la pratique étroite de l'Évangile. Cette persécution, elle est un trait de ressemblance avec vous, et par conséquent elle est un gage de gloire, et le