‹ Les Béatitudes [microforme] (volume 3)Chapitre 5 sur 5 · IL. — Nous est-il Permis de désirer le bonheur · texte numérisé non relu

IL. — Nous est-il Permis de désirer le bonheur

Il y a, dans je monde, trois sortes d’attitudes Principales en face du bonheur.

Les uns le regardent avec un sourire sceptique ; ils ne croient Pas au vrai bonheur, au bonheur total, ou, ils n’y croient plus, après quelque amère déception; et alors ils essaient de s'arranger un petit bonheur à eux, un petit bonheur facile, tout bourgeois, terre à terre; ils ne demandent qu’un peu d’aisance, quelques affections, plusieurs années Pour en jouir; c’est tout; ils s'efforcent d’éteindre leurs autres désirs; ils ferment tous les horizons ; ils s’enfoncent, se claquemurent dans leur égoïsme ; ce sont les âmes positives, ou encore les cœurs - blasés.

Les autres ne veulent même jus regarder du côté du bonheur ; il n’existe plus pour elles; c’est fini ! Autrefois, oui, elles étaient heureuses; cette

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femme avait un mari parfait, idéal d'intelligence, de loyauté, de tendresse ; i] est mort! — cette mère L’avait plus qu’un fils; elle avait mis tout son cœur à en faire un homme, un chrétien, un fils ai. Mmant; il l’a abandonnée! Cette autre femme a tout perdu: son mari, ses enfants, sa fortune, sa santé. Ah! ne leur parlez plus de bonheur! Cette veuve cache sous son voile de deuil ses yeux rougis de larmes, fermés à la terre pour jamais! cette mère, cette Monique inconsolable se renferme dans une solitude farouche; cette autre femme, à l’immense infortune, gémit sur un lit d'hôpital et, tournant sa tête contre le mur, s’obstine à ne recevoir aucune consolation. — Non, ne leur parlez pas de bonheur! vous auriez l'air d’insulter à leur cha-

grin ; il n’y a plus de bonheur pour elles; leur vie

est brisée; ce sont les âmes désespérées !

Enfin, il y a une troisième Catégorie d’âmes qui ne veulent pas penser au bonheur, âmes de devoir, âmes pieuses, âmes qui tendent à la perfection et Pour qui cette pensée semble indigne d’elles et de Dieu. Elles n’acceptent qu’une intention et qu’un mobile dans tous leurs actes, l’amour de Dieu, la charité parfaite ; l’espérance comme la crainte, leur paraît un sentiment intéressé ; volontiers, elles souhaiteraient qu’il n’existât ni ciel ni enfer Pour prouver à Dieu qu’elles l’aiment pour lui seul ; âmes trop délicates!

Voilà les trois dispositions d’un grand nombre d’âmes, quand il s’agit du bonheur ; Ou elles ne croient plus au bonheur total, elles en font un à la mesure de leurs petites idées et ellés s’y ter-

rent; ou elles ont beaucoup souffert, elles afñrment qu’il n’y a plus de bonheur pour elles; on enfin, elles prétendent servir Dieu par pur amour et ne veulent pas songer au bonheur du ciel.

Maintenant, rappelons-nous la question posée : Est-il permis de désirer le bonheur ?

. La réponse va nous apparaître lumineuse, bienfaisante. et péremptoire, suivant chacune de ces trois catégories d’âmes.

Aux âmes terre à terre et par trop positives qui prétendent se contenter de la petite somme de jouissances que peut leur apporter la vie d’ici-bas, nous répondons : Etesvous sûres « »btenir même ce minimum de satisfactions ? vous ne voulez qu’un peu d’aisance, d’affection et de santé; si tout cela vous manque à la fois, que deviendrez-vous, vous qui ne savez pas mettre vos espérances en Dieu, le seul soutien qui ne manque jamais ? Et quand même vous pourriez réaliser ici-bas tout votre programme de bonheur, non! vous n’avez pas le droit de vous y attacher, comme à votre fin der. nière. Sursum Corda! En haut, vos cœurs! regardez du côté du bonheur infini, éternel qu’est Dieu seul. Non seulement, il vous est permis de le désirer, mais c’est votre devoir. Vous vous le devez à vous-mêmes : vous n’êtes pas créées pour une motte de terre; ici-bas, c’est le chemin, là-haut c’est le terme où seulement vous pourrez planter votre tente; ici-bas c’est le champ de bataille, là-haut seulement c’est le palais triompbal où vous pourrez jouir en paix de la victoire! Surgite et ite !

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Debout, marchez, luttez, les yeux au ciel! vous le devez à Dieu! Vous n’avez pas le droit de rejeter le bonheur infini qu’il vous offre ; ce serait le mé:pris le plus outrageant qui fût au monde! Vous êtes créées pour le ciel ; il faut y arriver, ou ce sera l'enfer; vous n’avez pas le choix; votre âme est immortelle; vous vivrez toujours, ou pour être toujours heureuses, ou, si vous ne le voulez pas, pour être toujours malheureuses !

Voilà notre réponse aux âmes qui prétendraient se contenter de la terre — et que dirons-nous aux âmes désespérées ? Peuvent-elles, doivent-elles toujours désirer le bonheur ?

Nous leur répondrons: quand ous jouissiez de ces êtres ou de ces biens qui vous étaient chers, vous avez commis une erreur grave, dont vous subissez maintenant les conséquences ; vous avez mis tout votre bonheur dans ces êtres, dans ces biens, comme s’il n’était que là, tandis qu’en vérité il était plus haut, en Dieu!

Oui, sans doute vous deviez aimer votre mari; vous deviez vous dévouer à votre enfant; vous deviez bénir Dieu de la fortune dont vous jouissiez ; mais ni cette fortune, ni cet enfant, ni votre mari n'étaient votre fin dernière; par dessus tout, vous | deviez vous attacher à Dieu; vous ne l’avez pas fait; c’est pourquoi lépreuve a été si déchirante ;

il vous a semblé qu’on vous arrachait l’Aâme de - votre âme, et la raison même de votre vie; mais non! l’âme de votre âme, c’est Dieu ! la: raison d’être de votre vie, c’est Dien ! à qui perd tout, ou mieux, à qui perd quelque chose ou quelqu’un en

ce monde, Dieu reste encore; et Dieu seul est tout

et toute consolation, Tournez-vous donc résolument de son eôté ; aimez-le, servez-le de toutes vos forces, et vous ne direz plus: “ ma vie est brisée ”; bientôt, 6 veuves désolées, vous trouverez à qui vous dévouer encore, des pauvres, des malades, des affligés de toutes sortes; votre vie sera plus utüle et mieux remplie que jamais: bientôt, Ô pauvres mères, vous retrouverez d’autres enfants dans les petits orphelins à recueillir, à élever, à sauver; et vous qui êtes détachée des biens de ce monde, petite malade de la mansarde ou chère infirme de l’hôpital, vous avez plus encore, vous avez la grande richesse pour racheter et sauver les âmes; vous avez vos souffrances, vos délaissements, vos sécheresses peut-être et vos désolations spirituelles : prenez toutes ces douleurs, offrez-les à Dieu en union avec Jésus en croix; vous serez l’âme la plus utile qui soit au monde: vous serez l’âme Rédemptrice ! :

Si maintenant, Mesdames, nous voulons répondre aux âmes généreuses qui semblent craindre la seule pensée du bonheur comme une imperfection, : ne leur dirons-nous Pas, avec la même force : oni, VOUS pouvez, vous devez désirer le bonheur, le vrai bonheur, le bonheur plein et durable, puisque ce bonheur, c’est Dieu même.

Dieu n’est pas un mot, ni un être abstrait, ni une entité quelconque séparable de sa vie, de ses perfections, de sa béatitude. Il faut le coniempler, l’adorer, l'aimer dans la réalité de ga vie.

Quand vous aimez Jésus Crucifié, vous ne mettez pas ses douleurs d’un côté, et de l’autre sa per- . sonne adorable; non! vous l’aimez dans horrible réalité de ses souffrances; vous l’aimez tel qu’il VOus apparaît sur la croix, dans la douleur et dans la mort!

De même, ne séparez pas Dieu de sa béatitude ;

ne séparez pas Jésus ressuscité de la gloire, du bonheur dont il jouit à jamais!

Contemplez, aimez Dieu dans la plénitude de sa félicité; aspirez à le posséder, tel qu’il est, avec sa vie, avec sa gloire, avec sa béatitude débordante ; “O Trinité! 6 Trinité!” s’écriait St-François de Xavier, et son visage s’enflammait, et ses Yeux se mouillaient de larmes à la pensée des communications incessantes qui font le bonheur infini des trois personnes de la Trinité ; et vous aussi en tant qu’il est toute paix, toute joie, bonheur ineffable, éternel, allez à Lui, avec votre’ âme tout entière, avec votre Âme qui a besoin d’être heureuse, comme avec notre âme qui a besoin d'aimer ; allez à Lui, par l’espérance, comme par l’admiration et par la reconnaissance ; vous ne monterez vers Lui qu’avec plus d’élan; vous ne vous attacherez à Lui qu’avec plus de force; vous ne le verrez au-dessus des misères et des dangers de la vie qu’avec plus de ravissement, comme la main toujours tendue vers Vous pour vous soutenir, comme le cœur toujours ouvert pour vous aimer, comme la source du bonheur toujours prête à s’épancher en vous en flots de joies éternelles !

Mesdames, dans es deux premiers développe- * ments de cette conférence, nous avons essayé de vous donner la notion du bonheur total et de vous montrer comment vous y êtes toutes appelées. Nous arrivons à une dernière vérité fondamentale: le bonheur auquel Dieu nous invite n’est pas seulement magnifique, il est encore absolument certain.

Pour beaucoup l’espérance est la fleur bleue de l'idéal ; heureuses les âmes qu’elle ravit! mais aucune main ne l’a jamais atteinte —Ou encore, c’est une très douce cantilène ; elle berce les souffrances humaines, comme la voix d’une mère; mais c’est tout ; aucune réalité ne lui répond, au delà du tombeau!

Sans aller jusqu’à ces manques de foi et de confiance dans les promesses de Dieu qui sont des péchés graves, combien d’âmes n’ont nas cette absolue certitude du bonheur éter 1 qui soutient dans le malheur, qui fortifie dans la lutte, qui épanouit l’âme jusque dans l’agonie et dans la mort.

Pour vous, Mesdames, ne cessez pas de vous le redire: le bonheur est à vous, le bonheur parfait, le bonheur éternel ; dèe demain, dès ce soir, si Dieu vous appelle à Lui, et si vous êtes prêtes, vous en jouirez et pour toujours !

La preuve? — mais c’est vous-mêmes ; c’est votre intelligence, c’est votre œur, c’est votre conscience, c’est votre âme tout entière faite à l’image de Dieu et à sa ressemblance, ce sont ces saints caractères

et

du baptême et de la confirmation qui brillent dans vos âmes.comme les signes indélébiles de votre filiation divine, ce sont vos mérites et vos vertus, vos prières, ce sont les mérites, les vertus, les prières de tous les vôtres, de ce père vénéré, de cette mère chérie, de tous vos aïeux. :

Non! non! comme l’affirmait le poète à genoux sur la tombe de sa mère :

.… Ponr éclairer trois pas snr la poussière,

Dieu n'aurait pas créé cette immense lumière, -

Cette Ame au long regard, à l’héroïque effort,

Sur cette froide pierre, en vain le regard tombe.

O-vertu! ton aspect est plus fort que la mort Et plus évident que la tombe!

La preuve... mais c’est l'Eglise, ce sont ses prétres, ses religieux, ses religieuses, ses missionnaires, ses martyrs, ses apôtres, ce sont les prophètes et les patriarches de l’Ancienne Loi, ce sont les âmes justes de tous les pays et de tous les temps... tous, ils ont cru à la parole de Dieu; ils ont espéré en ses Promesses; ils ont souffert et beaucoup sont morts pour Lui; au nom de sa justice, au nom de sa bonté, il est impossible qu’ils soient confondus avec les impies dans un éternel néant ; ils vivent, ils sont en Dieu ; ils jouissent dans son sein, de l’éternelle récompense; et bientôt vous en jouirez avec eux !

La preuve... ah! surtout, c’est Jésus-Christ, c’est Dieu.

Si le Fils de Dieu est apparu dans ce monde, plein de grâce et de vérité, s’il a prouvé sa di. vinité par les prophéties qu'il a réalisées, par

les miracles qu’il a multipliés, par sa résurrection, par le témoignage des apôtres et des martyrs, par l'Eglise qui subsiste et se développe, . miracle permanent, à travers toutes les vicissitudes et toutes les causes de destruction, si Jésus- Cbrist a prouvé qu’il est Dieu c’est pour vous doner la certitude du bonheur éternel, quand il vous le promet dans l'Evangile; s’il a fondé son Eglise et s’il déclare qu’elle est infaillible dans son enseignement, c’est pour raffermir la certitude du bonheur éternel en chaque génération ; s’il vous donne des commandements, c’est Pour vous indiquer le moyen de mériter le ciel : “ faites la volonté de mon Père, nous dit-il, et vous vivrez éternellement ” ; s’il institue les sacrements, c’est pour qu’ils vous donnent ou qu’ils vous rendent la vie de la grâce qui est, en germe, la vie de la gloire; s’il se rend présent chaque jour dans la T. 8. Eucharistie, s’il s’y donne tout entier à vos âmes dans la sainte communion, c’est pour vous apporter chaque jour, en sa propre personne, le gage ou lPavant-goût de la vie éternelle.

On peut le dire: tout dans notre sainte religion se ramène à nos fins dernières. ; Ainsi, de toutes parts, c’est le bonheur éternel qui vous est enseigné, promis, garanti par Dieu même !

Elevez-vous donc, Mesdames, à mesure que vous avancez dans la vie; cherchez de plus en plus, suivant la parole de St-Paul, ce qui est en haut, ce que Dieu seul peut vous donner, ce qu’il vous don-

nera certainement, si vous lui êtes fidèles, le bon- heur plein, sans mélange, débordart.

Imitez ces oiseaux migrateurs dont j'admirais naguère les évolutions sur l'Océan : ils volaient à pleines ailes, s’approchaient des flots, s'y bai. gnaient un instant mais Pour reprendre aussitôt leur essor dans la direction du continent; ainsi ne traversez cette vie qu’ailes déployées, le regard toujours fixé vers le bonheur éternel, rasant le flot sans vous y plonger tout à fait, l’Ame toujours tendue vers l’éternelle patrie. .

Puisque je recours à des comparaisons, pourquoi ne vous parlerai-je pas de mes propres sentiments lorsqu'il y a quelques jours je traversai la mer immense pour venir jusqu’à vous. Le vent pouvait s'élever, la tempête menacer, le navire ballotter ; qu'importait? la pensée de votre prédicateur n’était pas là; elle était vers vous; je me disais ‘“ nous arriverons bientôt, et j'étais heureux ” . Comme vous devez vous réjouir encore plus en pensant au ciel où Dieu lui-même, ses anges, ses saints vous attendent.

Et voici que, revenant plusieurs siècles en arrière, au moment où nous nous approchions de . l’Amérique, je voyais, sur ces mêmes flots qui nous portaient, l’illustre navigateur qui l’a découverte ; il me semblait l'entendre répétant à ses matelots découragés : “ confiance; plus qu’un peu de temps; j'ai fait mes calculs; nous arriverons ! ” puis soudain, quand l’équipage allait se révolter, je croyais entendre crier pour la première fois : Terre !

terre !” Le plus grand continent du monde était découvert !

Christophe Colomb sur. son navire, c’est J Christ vous conduisant lui-même au bonheur ét nel! Il a construit de ses mains le vaisseau i submersible qui vous porte, la sainte Eglise. 1 tient le gouvernail. Il vous redit par la voix de se#. prêtres: ‘“ Courage! confiance! croyez en l’éter. pelle vérité: bientôt vous arriverez!” Ah! courage. donc! et quoi qu’il advienne, ne pensez plus au# . longueurs ni aux difficultés du voyage; songez terme qui approche chaque jour; d’avance ve Dieu vous ouvrir son Cœur, sécher vos larmes, compenser vos mérites, vous rendre vos chers # parus, se donner lui-même à vos Ames avec sa pré pre béatitude. “+

Terre! terre! Non, ce n’est plus notre cri d'à pérance ! Il est devenu infiniment plus beau. “ Ciel ! le ciel ! voilà le ciel!” ; plus qu’un jour, pluf À qu’une heure, plus qu’un moment ; vous y êtes pouf. l'éternité! Amen!

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