CARÊME DES DAMES
Prêché à NOTRE-DAME DE MONTRÉAL Pa Mr LÉON-ADOLPHE LENFANT
. Évtqus de Digne
2° Conférence, le Vendredi 24 mars
‘ Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient...
Bienheureux les cœurs purs, Car ils verront Dieu ! ” (8. Mathieu, V.8et8)
Mesdames,
Dieu vous a créées pour. être heureuses, pleinement, éternellement. Le bonheur totul, qui est Dieu même, constitue votre fin dernière ; vous n’avez pas le droit de, vous en désintéresser : quelles que soient vos péines, vous devez toujours apercevoir, scintillant devant vos yeux, le bonheur qui vous attend là-haut ; .il n’est pas seulement V’'étoile polaire qui doit, orienter votre vie; il en est le but nécessaire et radieux.
Votre résolution est prise; vous voulez le bonheur éternel, le squi digne de vous; comment l’atteindrez-vous, par quelles routes ?
‘ Jésus-Christ, la Vérité même, le Verbe incarné,
vous répond par les Béatitudes : écoutez-Le, comme s’il les préchait lui-même du haut de cette :ha ire, ou, comme s’il les répétait, assis sur quelqu£ pente du Mont-Royal, aux foules accourues de toutes parts.
Il commence: “ Bienheureux les pauv-es en esprit; car le royaume des cieux leur appartient.”
- I dit encore, presque dans la même pensée :
“Heureux les cœurs purs; car ils verront Dieu ! ”:
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Par ces deux béatitudes le divin Maître Prendra quel rôle important vo
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“Bienheureux les P&uyres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! ”
Permettez-nous d’abord nne question, Seigneur : qu’est-ce que la Pauvreté‘ en esprit ?
Avant tout, il importe € Prendre ce qu’elle n’est pds.
Elle n’est pas la pauÿrété réelle ne signifie pas la détresse: du malheureux, incertain de son logis ou de 80n pain pour le soir ; vous
Pouvez disposer d’u:.- grande fortune et pratiquer
> AU Contraire, un mendiant, plein de Convoitises, est un « riche en esprit ”,
» effective; elle
comme l’appelle St-François de Sales
est encore moins négliger les a confiés, les gérer avec insou...
ciance, leg perdre par sa faute. Un illustre Docteur de l'Eglise enseigne qu’une femme pieuse doit
femme Mmondaine, et il en donne cette très belle raison : “ Leg jardiniers des princes et des rois, ditil, s’appliquent à cultiver ct à embellir les jardins de léurs maîtres bien mieux que s’ils étaient les
Qu'est-ce donc
Ce n’est pas non plus la prodigalité ; il y a des
mêle; il pique votre amour propre; il vous stimule à dépenser toujours Par des exemples lamentables
do”. il faudrait à tout prix détourner les yeux; il vous dit: “ Vous êtes libres de dépenser votre fortune, comme bon vous semble; elle est à vous ! ”— “ Non! reprend le Maître divin, vos biens sont à Dieu; gardez-les avec: soin, surveillez-en l'usage ; employez-les utilement:?.:
Alors, Mesdames, pourquoi Notre-Seigneur ‘vous demande-til en même $eips de pratiquer la pauvreté en esprit? Parcé, que les biens de ce monde peuvei‘ vous absorbe ""yous enorgueillir, ou, si vous les perdez tout à: COUP, vous jeter dans le désespoir. ti
Jésus-Christ vous dit donc: « Ayez les biens de la terre, mais comme At.Yous ne les aviez pas; oc- Cupez-vous en, si votre, situation le réclame, mais ne vous en préoccupez'’jathais ! Quoi qu’il advienne de votre fortune, gardez votre esprit libre et tourné vers Dieu! ”—Voilà la Pauvreté en esprit ! elle est
ou encore son esprit dedans ses richesses; celui-là est pauvre d’esprit qui n’a nulle richesse dans son esprit, ni son esprit dans les richesses ”; dit saint François de Sales, il emploie cette Comparaison charmante pour faire comprendre encor» mieux la pensée divine. “ Les alcyons font leurs nids, avec
tent sur le bord de la mer, mais ils les rendent si impénétrables que l’onde peut les surprendre, ja-
jours le dessus ; ils demeurent emmi la mer, sur la mer, et maîtres de la mer ”; tel doit être notre
Cœur, ajoute-t-il “ ouvert seulement au ciel et impé-
affections ; qu’il ait toujours le dessus et qu’emmi les richesses il soit sans richesses et maître des
À quels signes Pourrez-vous reconnaître gi vous vez su vous élever jusque-là ? ;
A trois signes surtout — ’abord à la paix inal. térable qu’une femme chrétienne garde toujours, quoi qu’il arrive, dans la Possession des biens de ce monde,
Semblable à Ja femme forte dont parlent nos saints Livres, elle administre sa fortune, petite ou
Poussière terrestre ; elle songe avant tout à sa ganc. tification, au salut de son mari, à l'éternité de ses enfants. Ce n’est Pas elle que vous verrez 8
Les caprices de la fortune sont toujours à craindre; ils le sont surtout à une époque comme la nôtre où les plus belles situations financières ressemblent aux flots de la mer s’élevant soudain et retombant, non moins vite, en écume et en poussière d’eau: de plus, en Europe, la guerre a causé des ruines effrayantes; au Nord, à l’Est de la france, dans la Belgique Presque tout entière, des fortunes considérables ont sombré complètement, comme il ne reste rien du navire, après le cyclone.
Vous étiez riche, vous êtes Pauvre, qu’allez-vous devenir ? ;
Si vous êtes ‘“ Pauvre en:esprit ”, comme nous le demande le Seigneur, vous Pourtrez souffrir, pleurer peut-être en songeant à votre nouvelle situation et aux sacrifices qu’elle vous impose, à vous eu aux êtres qui vous sont chers, mais vous ne murmurerez pas; vous ne ÿous révolterez Pas; vous ne serez ni découragée, ni encore moins désespérée ; vous direz, comme le saint homme Job: “ Dieu m'avait donné ses biens, il me les a retirés; son saint nom soit béni! ”Vous en arriverez même à aimer la pauvreté ; Vous découvrirez qu’elle est une pierre précieuse, suivant le langage des saints, dont l'éclat se cache aux Yeux des gens du monde, Mais qui n’en est Pas moins, comme le proclame le saint évêque de Genève, extrêmement beau et riche. La pauvreté détourne l’âme des pensées terrestres et i’attache ac ciel ; elle fait acquérir mille mérites d’humilité, quand il faut. accepter l’oubli et le dédain; mille mérites de douceur, et de patience, quand il faut subir, sans se plaindre, l'injustice,
l’arrogance ou la dureté ; Mille mérites de reconnaissance et de prières pour le prochain, lorsqu’on se fait un cher devoir de bénir Dieu et de lui recommander l’âme noble et généreuse qui s’est intéressée à nos détresses; mille mérites de courage et de dé- Vouement quand on veut à tout Prix donner le nécessaire aux siens et pourvoir à leur avenir; mille mérites de confiance en Dieu et d’amour pour Lui, lorsque, du sein de ses épreuves, l’âme se tourne vers son Sauveur, plus heureuse que jamais parce qu’elle lui ressemble davantage. “O pauvres de la terre, s’écrie encore l'illustre St-François de Sales, regardez donc: vous êtes en bonne compagnie ; Notre-Seigneur, Notre-Dame, les apôtres, tant de saints et de saintes ont été pauvres, et pouvant être riches, ont méprisé de l'être!” Non! ne craignez pas d’être moins entourées d’affections qu’au moment de la prospérité; les petites âmes, les cœurs secs, les habitués égoïstes du monde et de ses fêtes se détourneront peut-être de vous! et après? vous y gagnerez d’en être délivrées ; au con- traire les âmes profondes, les vrais amis de Jésus, s’ils vous voient grandir avec l’adversité, vous entoureront, encore plus que par le passé, d'estime et d’affections, pendant que s’augmentera dans le ciel votre fortune de gloire et de bonheur, la seule digne de vous et que ni les voleurs, ni la guerre, ni aucune vicissitude ne pourront plus atteindre.
Enfin, Mesdames, s'il plaît à Dieu, de vous éparser ces extrémités des choses humaines, vous re. connaîtrez votre détachement, au milieu même de l’aisance ou de la richesse, à un troisième signe :