‹ Les beautes de la foiChapitre 1 sur 33 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

§ I. Des deux manières de persuader en matière de religion, celle qui va au cœur est préférable à celle qui s'adresse à l'esprit.

La religion chrétienne, comme son divin Auteur, est tout à la fois, pour l'homme, vertu et sagesse, force et lumière, grâce et science, beauté et vérité; sagesse, lumière, science et vérité pour l'esprit ; vertu, force , grâce et beauté pour le cœur. De là, deux méthodes différentes pour la faire connaître, pour en persuader l'homme et le soumettre à son empire ; la première, employant le raisonnement pour en démontrer la vérité à l'intelligence ; et la

seconde, tirant sa force de preuves de sentiment pour en faire sentir au cœur la solidité et la beauté : l'une tend surtout à captiver l'assentiment et l'autre à exciter l'affection.

Xous n'entendons pas affirmer que la méthode rationnelle perde absolument de vue le cœur, ni que celle qu'on peut appeler aujourd'hui méthode sentimentale, néglige entièrement l'intelligence ; mais celle-ci passe par le cœur pour atteindre l'intelligence , et l'autre par l'intelligence pour gagner le cœur : ces deux méthodes, par diverses voies, tendent au même but , qui est de conquérir tout ensemble à la religion, et les pensées et les affections, l'esprit et le cœur, c'est-à-dire tout l'homme.

Car selon l'apôtre saint Paul, qui parle de la nécessité d'une obéissance raisonnable, et d'une raison soumise à la Foi ' , la vraie religion ne se contente pas d'un hommage stérile de l'intelligence, ni d'un vague sentiment du cœur, mais elle demande tout à la fois, la soumission, l'esclavage, le sacrifice de l'un et de l'autre , elle veut une plénitude d'assentiment qui exclue tout doute, et une énergie d'affection qui commande les œuvres, en 1 Rom

un mot, une foi efficacement amoureuse etun amour fidèle à toute épreuve.

Ces doux méthodes concourant par des moyens divers au même but, qui est de soumettre l'homme tout entier à l'empire de la Foi, et ayant été employées avec succès en différents temps par les apologistes et les théologiens dans renseignement de la religion, on peut sans doute les tenir pour efficaces et les regarder comme chrétiennes, cependant, les circonstances égales d'ailleurs, on ne saurait s'empêcher de préférer la méthode qui fait arriver à l'intellligence par le cœur, à celle qui prend la voie contraire.

L'amour est dans la créature intelligente comme un instinct agissant dont la morale tire presque toute sa force : il est dans l'âme un sentiment énergique qui la possède , la domine , l'entraîne et le plus souvent lui tient lieu de démonstration ; plus fort que le froid raisonnement , il subjugue l'intelligence et commande la conviction; car il est plu:-, facile d'avoir foi en ce que l'on aime que d'aimer ce que l'on croit. Et un des effets de la grâce de la foi, dont nous recevons le précieux vêtement dans le baptême, est de nous faire aimer les grandes et sublimes vérités qui sont proposées à notre crovan-

ce , et de nous les rendre plus croyables en nous les rendant plus chères.

Ainsi, les apologies les plus efficaces de la Foi et de la vertu, ne sont pas tant celles qui nous y font croire que celles qui nous les rendent aimables. La croyance et la morale chrétiennes ne commencent à devenir suspectes à l'esprit qu'après être devenues odieuses au cœur ; car toute erreur comme tout péché a son principe éloigné dans une secrète aversion pour la vertu et le précepte dans lesquels l'homme trouve sa condamnation : ôtez cette aversion, l'homme est plus de moitié conquis à la vérité et à la vertu. Ainsi, en matière de religion, il faut avant tout parler au cœur et rendre aimable le dogme pour y faire croire , comme le précepte pour le faire pratiquer.

§ II. U enseignement religieux qui tend principalement a gagner le cœur est le plus adapté au besoin du siècle présent.

Cette manière de procéder, qui dans tous les temps a obtenu les plus brillants succès , semble particulièrement adaptée au besoin de notre siècle. En effet, soit que le raisonnement, à force de combattre la religion dans le dernier siècle , soit deve-

nu suspect, tout en prenant sa défense, semblable en cela aux menteurs, lors même qu'il leur arrive dédire vrai; soit que les illustres apologistes du xvme siècle aient vengé la Religion de vérité des outrages des mécréants et des hérétiques , nous en sommes naturellement venus au temps de développer les preuves de sentiment pour faire triompher la Religion d'amour de toutes les antipathies ; et c'est une vérité bien constatée que notre siècle éprouve un dégoût prononcé pour tout ce qui sent la polémique purement rationnelle, et les discussions abstraites capables d'occuper l'esprit; son attrait est pour le beau positif, pour les vérités pratiques capables de répondre aux besoins du cœur.

Cette disposition des esprits nous rend raison de l'immense succès qu'a obtenu , au commencement de ce siècle, le Génie du Christianisme de Chateaubriand. La critique la plus indulgente ne peut assurément se Ûissimuler que cet écrit manque de solidité, et qu'en faisant paraître sous ses plus belles couleurs les Beautés de la Religion , il est loin d'en présenter les plus fortes preuves, seules capables de faire face aux sophismes de l'incrédule. Mais, par là même que l'illustre auteur a su deviner avec une haute philosophie le goût et les be-

s. uns de son siècle, en lui présentant un livre capable de le satisfaire, il en a été à juste titre d'auiant plus louable, et son œuvre a pris place parmi • elles qui ont le mieux mérité de la Religion et de l'humanité.

Pour nous, il nous est démontré que telles sont les dispositions de la jeunesse de notre époque relativement à la Religion, tant par ce que nous avons sous les yeux que par ce que nous a révélé une longue et consolante expérience. Nous avons \ u et nous voyons tous les jours grand nombre de jeunes gens qui, par défaut d'instruction religieuse, ne connaissent et ne croyent de la Religion, qu'autant, selon leur expression, qu'on pourrait en écrire sur V ongle du doigt (Sopra Vunghia di un dito ; et cependant ces jeunes gens qu'il fallait amener de si loin à la Foi catholique n'ont pas tardé à se rendre, dès qu'ils ont commencé, autant que leur état le comportait, à en connaître, à en goûter les beautés, la sublimité et l'enchantement. .Mais surtout dès qu'ils ont pu comprendre que la raison de ses plus grands mystères avait son origine non-seulement dans le > profondeurs impénétrables de la nature divine, mais encore dans les dns les plus positifs et les. plus connus de la

nature hiunaiiicil est devenu- inutile de discute]

i\rr eux sur chacun des dogmes (travail long, opiniâtre et souvent stérile et infructueux), ils les ont crus dès qu'ils les ont aimés. Accordons que ce soit là l'œuvre de la grâce, parce que la vraie foi est un don de Dieu, ces faits ne démontrent pas moins que quand le cœur s'ouvre à cette opération divine, l'intelligence se laisse plus facilement captiver ; ils démontrent enfin que pour gagner l'homme, la voie de l'amour est la plus prompte et la plus sûre.

Nous observerons qu'aujourd'hui surtout on retire bien peu de fruit des discours purement polémiques de certains prédicateurs qui prennent à tâche de confondre l'incrédulité, en parlant comme docteurs dans la chaire chrétienne, dans le temple de Dieu qu'ils travestissent ainsi en académie. Les mécréants, si toutefois ils daignent de loin en loin paraître dans le lieu saint, non-seulement ne seront pas convaincus dans une demi-heure qu'ils passeront à entendre de froids raisonnements sur un dogme de la religion, mais ils seront enorgueillis de se voir l'occasion d'une discussion publique et solennelle; et au contraire, la Religion qui doit commander en souveraine , descendue par cette

manière de la défendre jusqu'au banc du prévenu qui se justifie . perd immensément dans l'estime des bons, sans rien gagner près des autres. L'entretien le plus simple . mais qui fera connaître, autant que possible, les fondements, la grandeur, la sublimité, la grâce d'un dogme est infiniment préférable aux froides réfutations des erreurs contraires. Il vaut mieux exposer les sublimes et profondes pensées des Saints-Pères que de combattre Voltaire et Rousseau dont les noms seuls chargés d'anathèmes, ainsi que leurs doctrines, offensent les oreilles chrétiennes et contristent la piété, tandis qu'ils flattent et réjouissent l'incrédulité et l'affermissent de plus en plus dans son délire et ses égarements.

[, III. filtre disposition du siècle actuel relative à la religion : le désir de la connaître à fond.

De cette disposition qui travaille actuellement les esprits en matière de religion , il en ressort une autre non moins grave, non moins digne d'éveiller l'attention de ceux qui traitent des sujets religieux. Il est de fait que sur ce point les exigences sont accrues avec sa perversité :

une certaine inclination à n'admettre que ce qui se présente sous un aspect de solidité, de grandeur et d'importance est devenue à la mode près des classes et près du sexe dont il semblait qu'on n'avait à redouter que la crédulité et la superstition. Il ne suffit pas aujourd'hui, d'exposer simplement les dogmes religieux, d'en tirer les conséquences morales et ascétiques pour la réforme du cœur et l'aliment de la piété , il faut en outre en faire connaître les principes, les fondements, les relations , les conséquences. Nous n'entendons pas affirmer que cette disposition des esprits soit un progrès dont le siècle présent puisse se glorifier, et pour cette raison se préférer aux siècles passés , nous l'indiquons seulement comme un fait qui n'échappe à personne et dont toutes les bouches rendent témoignage : quoi , en effet , de plus commun que d'entendre dire : « On chercherait « en vain, même dans les classes les pîus infé- « rieures, la précieuse simplicité des temps pas- « ses, elle est disparue pour faire place à une « avidité empressée de tout connaître , de tout « approfondir, d'atteindre la substance et l'esprit « de toute vérité. »

C'est donc un fait bien constaté que les intelli-

gences chrétiennes paraissent aujourd'hui avides dune nourriture plus solide et plus substantielle; il est en conséquence nécessaire de présenter les pratiques de dévotion et les pensées qui ont rapport à la piété, sous un jour propre à en faire sentir la grandeur, le prix , l'importance, la connexion avec les doctrines fondamentales de la Foi ; en agir autrement , serait s'exposer à les faire envisager avec une impassible indifférence.

•. IV. Les Saints-Pères développaient amplement les mystères de la religion. Conséquence de leur méthode appliquée aux livres de piélé.

La méthode que nous venons d'indiquer était celle des Pères de l'Église, parmi lesquels on peut particulièrement citer saint Basile , saint Jean Chrysostôme , saint Augustin , saint Ambroise , saint Pierre Chrysologue, saint Léon ^t saint Bernard. Leurs homélies, monuments immortels et inimitables de la profondeur, de l'élévation, de ieloquence du génie chrétien , ne sont autre cho.^e que les instructions ordinaires qu'ils adressaient au peuple fidèle; et cependant elles contiennent les mystères chrétiens développés dans toute leur grandeur, toute leur sublimité et toute leur ma^ni-

(icence. C est ainsi que ces sublimes génies, nonseulement vengaient les dogmes chrétiens des erreurs et des sophismes de l'hérésie , mais encore en faisaient sentir aux fidèles la majesté toute divine , et par cette méthode d'instruction large et positive, noble et élevée, les initiaient à tout ce que la religion a de plus grand et de plus sublime , les faisaient pénétrer dans l'esprit des saints mystères, dans les augustes profondeurs delà Foi : et ainsi, ils gagnaient à la Religion, non-seulement l'assentiment, mais encore l'estime, l'admiration, l'enthousiasme et l'amour.

Et ce qui fait que l'ascétisme des Saints-Pères est non-seulement si pur et si saint, mais encore si solide, si sublime, si attrayant, c'est qu'il découle naturellement des dogmes et des mystères exposés dans toute leur extension. Mais dès qu'on eut abandonné ces grands modèles de l'éloquence chrétienne pour étudier l'éloquence payenne plus que les besoins et le devoir n'y obligeaient ; dès qu'à l'apparition du luthéranisme commença à prévaloir, même chez les écrivains catholiques, la monomanie de traiter la morale et l'ascétisme chrétiens, abstraction faite des dogmes et desmystères, qu'est-iî arrivé? A l'éloquence si mâle, s

tendre, si élevée, si affectueuse des anciens orateurs chrétiens, laquelle en résumé n'est autre chose que l'effusion naturelle et spontanée de l'esprit et du cœur pénétrés des grandes vérités de la Foi, à cette éloquence fut substituée cette autre, si froide, si vide de choses, si mesquine, vrai tissu de phrases, de figures péniblement formées et compassées artificieusement sur les règles du classisme païen. Les incomparables traités ascétiques des Saints-Pères, développements si admirables des mystères de Jésus-Christ et des opérations ineffables de sa grâce, et dont l'esprit et les pratiques qu'on doit suggérer à lame fidèle, sontfondés sur les doctrines les plus élevées delà sainte Écriture, ont été remplacés par les livres dits de dévotion, par exemple, ceux qui ont pour titre : Conduite pour passer saintement le temps de V Aient, de Noël, du Carême, de Pâques, de la Pentecôte, de la Fête-Dieu, etc. ' — Xe semble-t-il pas queles auteurs de ces différents écrits, aient pris à tâche de résoudre le problème : de trouver le moyen d'écrire beaucoup sur un mystère sans en rien dire absolument, parce que riches en paroles, ils sont

' L'auteur n'entend in parier qu italiens qui por-

lent ces «Jiffôrom- titro-.

dépourvus d'idéeset de science, tendres dans l'ex-r pression, ilssont dénués de .sentiments, et toutappliqués à suggérer des pratiques de piété et de morale, excellentes d'ailleurs, ils négligent entièrement l'exposition des mystères : en résultat, ils prétendent réformer sans instruire, échauffer sans éclairer. Il s'en suit qu'ils sont lus et goûtés de peu de monde et qu'ils ne profitent qu'à un petit nombre.

Il existe cependant bon nombre de ces ouvrages dans lesquels on voit développés les mystères qui ont rapport à Jésus-Christ et à sa sainte mère ; mais comme dans ces écrits on a négligé la méthode large et sublime des Saints-Pères, on y chercherait en vain la théologie, les figures, les prophéties, le but élevé de ces mystères, le nœud merveilleux qui les enchaîne, la belle et sublime harmonie que les Pères ont montrée entre le passé, le présent et l'avenir; entre la sagesse, la puissance , la gloire de Dieu , le salut , la perfection et le soutien de l'homme; mais en place, on parlera, par exemple, de la naissance, de la Passion, de la mort du Sauveur , et des douleurs de son auguste mère , d'une manière trop humaine , en leur attribuant des sentiments trop peu élevés et peu

dignes d'un fils qui a Dieu pour père et d'une mè- ; re qui a pour fils un Dieu. De cette manière , les grands mystères de la Religion, sous la plume de ces écrivains plus pieux qu'éclairés, perdent beaucoup de leur dignité et de leur grandeur, de leur importance et de leur efficacité pour produire le sentiment religieux et en faire venir aux œuvres ; car pour donner à l'homme un cœur élevé1, il faut l'élever à une haute intelligence et le faire entrer dans les puissances du Seigneur2 ; pour lui inspirer de nobles sentiments, il faut le nourrir d'idées sublimes; car l'enthousiasme du cœur n'est jamais durable, ni efficace s'il n'est soutenu et animé par l'élévation de l'esprit.

§ V. Dessein et occasion de cet ouvrage. Occasion de la première édition Jméliorations apportées à celle-ci.

Pénétré que nous sommes de la nécessité de traiter aujourd'hui la Religion de manière à la faire solidement connaître et sincèrement aimer, depuis quelques années nous méditons et préparons sur les principaux mystères du Verbe de Dieu fait hom-

1 Psal. •;-.

nie et de sa très sainte mère, une explication ample et affectueuse selon la méthode des Saints- Pères. Et telle est l'importance que nous attachons à cette œuvre, qu'elle fait seule l'objet de tous nos efforts, de toutes nos recherches, de toute notre application au point qu'après celle du salut, l'unique grâce que nous demandons à Dieu , avec une sorte d'importunité, est qu'ilnous accorde la force, la santé et la vie, afin de pouvoir terminer notre travail; et nous mourrons content si nous avons le bonheur de laisser ce signe précieux de notre passage sur la terre.

Nous sommes loin sans doute de nous croire capable d'atteindre la perfection qu'exige un sujet d'une importance aussi grave; et quel que soit le gré qu'on nous sache de notre bonne volonté , de notre zèle pour la Religion , et du sentiment de tendre dévotion dont nous nous sentons pénétré envers la véritable Église , ces dispositions ne peuvent suppléer à tout ce que nous sentons bien qui nous manque de la part du génie, de l'érudition et du style pour pouvoir produire une œuvre qui corresponde complètement au goût et au besoin du siècle , sur la matière en question. Le but (le tous nos efforts, et que nous espérons atteindre

avec l'aide de Dieu, est seulement Je frayer la voie à des esprits plus élevés , et de les engager à la parcourir avec le succès que nous ne pouvons que désirer et que nous croyons réservé à d'autres qu'à nous d'obtenir.

Tandis que nous étions occupé de ces idées et de ces études, non moins utiles et agréables pour celui qui s'y livre que pour ceux auxquels on destine son travail , la pieuse association de l'Institution catholique vint nous engager à faire sur le mystère de l'Epiphanie de Notre Seigneur, un écrit pour le distribuer dans l'octave que ces zélés confrères célèbrent chaque année à l'occasion de cette grande solennité. C'était sur la fin de 1837 qu'une pareille tâche nous était imposée, et le livre devait paraître le 6 janvier de l'année suivante. Xous fîmes tous nos efforts pour éviter l'entreprise, mais l'autorité du personnage qui parlait . la nature du sujet si conforme à notre dessein et à nos études nous firent céder, surtout que nous avions sous la main des matériaux sur ce sujet comme sur les autres mystères de Xotre Seigneur. Xous ne fûmes pourtant pas sans craindre qu'un écrit fait en si peu de temps ne demeurât bien audes.sous du sujet et ne répondît pas à l'attente des

personnages qui nous avaient imposé ce travail. Mais à peine commença-t-il à être connu, que les encouragements les plus flatteurs vinrent nous rassurer. Ce petit livre, tout informe qu'il était, présentant même, jusque dans l'exécution typographique , les indices d'un ouvrage fait à la hâte, nous le vîmes lu avec plaisir et jugé avec une indulgence que n'avaient point rencontrée nos autres ouvrages. Sans nous laisser aveugler par l'amour naturel que chacun a pour son travail , tout informe qu'il soit, nous avons bien compris qu'il devait principalement son succès au manque d'un traité sur un si grand et si touchant mystère. Cependant des personnages aussi éminents par leur zèle que par leur doctrine, ont bien voulu nous assurer que la méthode que nous avions suivie avait attaché à l'ouvrage un double intérêt : et quoique nous n'eussions eu en vue que de donner un livre de piété, il a été en même temps, au dire de ces personnages, une tendre apologie de la Foi, capable, en la faisant aimer, de la rendre plus vive chez ceux qui croient, et de la faire admirer, désirer et inspecter par les incrédules.

Et ces graves autorités , que nous croyons incapables d'user de flatteries, nous ont prié de re-

fondre notre livre, de l'augmenter considérablement , de l'orner d'autres faits de l'Écriture , de lui donner un titre propre à en indiquer l'esprit à la première vue et à lui attacher une plus grande importance ; on nous a engagé à en conseiller la lecture non- seulement dans l'octave de l'Epiphanie, mais en tout autre temps, particulièrement dans les jours de tentations et de périls, dans ces moments où le cœur éprouve plus que jamais le besoin de puiser des secours, de se conforter dans les saintes délices de la Foi.

Tel est ce que nous avons essayé de réaliser de notre mieux dans le travail que nous offrons au public; ainsi Y Epiphanie de notre Seigneur paraîtra désormais sous le titre de : Beautés de la Foi. L'ouvrage contiendra le double de matière qu'auparavant,

§ VI. But de l'ouvrage. Mystères qui y sont développés.

Que personne ne s'attende à retrouver ici les arguments des théologiens et des apologistes sur les fondements de la Foi, et en particulier sur la vérité du mystère de l'Epiphanie. Cet ouvrage est principalement destiné aux personnes qui ont

le bonheur de croire; de semblables discussions étant pour elles superflues , nous nous sommes appliqué à leur exposer avec la plus grande simplicité et toute la clarté possible , la grandeur, la sublimité , la beauté , la grâce de ce mystère en particulier. Et comme ce mystère est la manifestation ineffable du Verbe de Dieu aux Gentils , et leur premier appel à la sainte lumière de la Foi , nous nous sommes fait un devoir d'insister sur la Foi en général , pour en faire sentir de plus en plus le prix et la rendre aimable et chère.

Nous avons suivi la même méthode en traitant la morale qui découle de ces mystères, ayant eu soin de faire ressortir de l'exposé des doctrines, cette confiance et cet amour qui excluent la crainte et la défiance. Oh ! le cœur de l'homme est si faible et si timide ! et la confiance en Dieu est le moyen le plus facile de le ramener à Dieu, de le déterminer à s'imposer des privations et des sacrifices pour Dieu.

En un mot, l'idée dominante de notre travail est de faire sentir de plus en plus à l'âme chrétienne la grandeur, l'amabilité de la vraie religion dans un de ses plus sublimes et plus touchants mystères, de la fortifier danslaFoi et del'engager à ho-

norer la vérité des enseignements par la sainteté des œuvres.

Mais comment parler de la grâce de la Foi, et passer sous silence Celle qui a été l'heureuse dépositaire de toute grâce, et par le moyen de laquelle nous avons reçu , comme toute autre grâce , celle de la foi? L'Évangile faisant une mention particulière du concours de Marie dans la première manifestation du Verbe incarné, nous ne devons donc point séparer ce que l'Esprit-Saint lui-même a réuni. C'est pour cette raison que quand i! s'est agi de la préparation du salut de tous les hommes , nous avons consacré quelques lectures à montrer l'action coopératrice, de la plus élevée. de la plus sainte, de la plus aimante de toutes les créatures, de la très pure mère de Dieu.

Et suivant encore, pour cette partie, la même méthode , nous nous sommes appliqué particulièrement à faire sentir le prix, la douceur, les délices de la confiance et de la dévotion envers Marie ; nous avons montré l'enchantement et la grâce que cette dévotion répand sur les pratiques de la Foi.

LM

;. VII. Usage que nous faisons de la partie doymali que et historique de la sainte Écriture ; importance de cet usage ; protestation de l'auteur.

La grotte de Bethléem, avec les augustes personnages qui s'y trouvent réunis, est comme un théâtre mystérieux, dont la toile baissée -dérobe aux spectateurs la vue de ce qui s'y passe. L'homme profane, dépourvu de lumières et abandonné aux seules forces de sa raison, n'y découvre rien de grand, de majestueux, de divin, si la Foi ne vient soulever au moins une partie du voile qui recouvre les grands mystères qui s'y opèrent. Et c'est ici une des circonstances où l'on voit vérifiés à la lettre ces avertissements de l'Esprit-Saint : c'est la Foi seule dans le mystère qui peut en donner l'intelligence1 ; car, c'est de Dieu seul qu'il faut attendre la lumière avec laquelle l'homme doit aller à la recherche de la sainte lumière de Dieu2.

Or, comme cette lumière ineffable, cette céleste sagesse , cette parole de Dieu qui éclaire tout homme qui vient dans ce monde 3, se trouve premièrement dansl'Écriture-Sainte, c'est de l'Ecriture elle-

1 Nisi credideritis non intelligelis (Isa., 7).

2 In lumine tuo videbiraus lumen {Psahn. 25). 5 Saint Jean, i.

même que doivent ressortir les lumières pour l'intelligence de ses mystères; car l'Ancien et le Xouveau Testament, selon l'ingénieuse idée de saint Augustin, sont comme deux chœurs qui chantent à l'unisson, les mystères, les grandeurs, la gloire de Jésus-Christ. L'Ancieu avec ses figures et ses prophéties rend témoignage à la vérité des mystères du nouveau ; et les mystères de l'un prouvent la divinité, la grandeur des figures et des prophéties de l'autre ; ainsi le jour de la Foi et le jour de l'Evangile s'éclairent mutuellement, se renvoient entr'eux la grande Parole , le Verbe éternel de Dieu , fin de toutes les Écritures ' ; et tous deux concourent mutuellement à donner l'intelligence de leurs mystères.

Ainsi on* ne peut, on ne doit parler des mystères dont l'Evangile présente l'accomplissement , sans remonter à l'Ancien Testament qui en contient la préparation, la prophétie et la figure. L'Église en use toujours ainsi, car, toute la liturgie n'est qu'un seul hymne de gloire formé de strophes prises de l'un et de l'autre Testament. Il ne faut donc point, rompre cette harmonie toute divine , ouvrage de l'Esprit-Saint et que l'Eglise fait sans cesse reten-

1 Dies diHeruclat vprbum (PsaU 18).

tir à nos oreilles : ce serait dépouiller les saints mystères de leur grandeur, de leur majesté, ce serait les rapetisser et les rendre vulgaires , et propres seulement à occuper les esprits faibles.

Et telle est la raison du vide immense, de l'intolérable ennui que l'on trouve, comme nous l'avons remarqué, dans certains ouvrages de piété qui traitent des mystères. Lespassages bien rares qu'on y lit de la Sainte-Écriture, ou sont cités à contretemps, ou dans un sens très éloigné et arbitraire, ou sans l'explication nécessaire. Ces citations ne disent rien ou très peu chose, elles sont employées comme remplissage, et non pour soutenir et diriger. C'est l'homme seul qui parle en homme pour annoncer Dieu ; et peut-on parler de Dieu avec fruit sans faire parler Dieu lui-même! Sa parole seule peut éclairer l'homme comme sa droite seule a pu le créer.

Dans cet ouvrage, comme dans tout ce que nous avons écrit sur les mystères , nous nous sommes efforcés de n'y mettre de notre fond que le moins possible , et en place nous avons fait en sorte de réunir, d'expliquer les passages, les doctrines, la théologie de l'Ecriture sur le sujet que nous avons entrepris de traiter, mais surtout d'expliquer l'É-

eriture au moyen du meilleur des interprètes , qui est l'Écriture mise en harmonie avec elle-même, pour faire ressortir la gloire et la grandeur de ses mystères. Pour atteindre ce but, nous avons fait un grand usage, non-seulement de la partie dogmatique et prophétique , mais encore de la partie historique des livres saints. Il est inutile de prévenir qu'on trouvera ici interprétée dans toutes ses parties et ses divers sens l'histoire sacrée des Mages comme elle est rapportée dans saint Matthieu et comme elle se Ht dans la messe durant l'Octave de l'Epiphanie, et en outre ce beau passage de l'Evangile nous servira de guide dans l'interprétation successive du mystère, et nous fournira le texte et le sujet de chaque lecture.

On a communément l'usage de joindre aux livres du genre de celui-ci des exemples tirés de différents auteurs. Xons n'entendons pas désapprouver cet usage, mais nous espérons aussi n'être point blâmés pour avoir préféré les exemples du livre de Dieu à ceux des livres des hommes; et ainsi, dans l'intérêt de l'instruction et pour donner à notre œuvre de la variété et de l'attrait, nous avons fait suivre chaque lecture de traits d'histoire les plu* intéressants tirés exclusivement des saintes Ecri-

tures. Ces exemples sont le plus souvent une figure et une prophétie touchant le mystère que nous exposons. Nous les rapportons d'abord d'une manière historique , traduisant le texte presque à la lettre, et ensuite, à l'aide des Pères et des interprètes, nousen donnons le sens spirituel, nous mettons au jour le mystère qui se trouve voilé sous l'admirable simplicité de la lettre.

C'est un besoin pour nous d'avouer combien nous avons été délicieusement ému en exposant ces histoires; elles sont si belles, si riches de sens élevés, de mystères sublimes, d'instructions solides! Outre qu'elles rendent la lecture plus variée et plus agréable, elles servent admirablement à faire entendre, à entourer de vives lumières le mystère principal dont elles sont la figure ; et en même temps qu'elles font mieux connaître les richesses spirituelles des livres saints , elles en font mieux sentir la majesté, la grandeur, la divinité ; elles font apprécier, avec le respect dû aux œuvres de l'Esprit-Saint qui les a inspirées, certains faits auxquels on attache généralement peu ou point d'importance faute d'instruction sur le mystère qui s'y trouve voilé et sans lequel ces faits n'au-

raient point trouvé place dans le livre des oracles de Dieu.

Cependant nous déclarons que dans les interprétations de la partie historique de la Sainte-Écriture comme dans la partie dogmatique et prophétique, nous avons toujours eu en vue la première , la plus sûre , la plus universelle et la plus importante de toutes les règles , savoir : qu'il faut expliquer et entendre la Sainte - Écriture comme l'entend et l'explique l'Église, à laquelle seule Dieu a confié l'insigne privilège d'interpréter infailliblement les oracles qui y sont contenus. Et quand il s'agit de points sur lesquels l'Église ne s'est pas prononcée, il faut consulter son divin esprit, prendre pour règle sa doctrine, qui est connue et professée d'ailleurs, et rejeter toute interprétation qui diffère de cette doctrine et de cet esprit.

Telle a été constamment la règle des Saints - Pères dont on peut avec sécurité adopter les interprétations ; c'est ainsi qu'ont agi les interprètes catholiques ; nous nous sommes imposé le devoir de ne point nous écarter de ces exemples et de ces traces dans l'usage que nous avons fait des livres saints en écrivant notre livre ; et nous déclarons que telle sera toujours notre règle, en soumettant avec

notre personne à l'obéissance , au jugement, à la censure de la sainte Eglise et de son chef visible, tout ce que nous avons dit et écrit et tout ce que dans la suite, avec l'aide de Dieu , nous pourrons dire et écrire.

§ Vf II. Importance de la doctrine des Saints- Pères. Usage que nous en faisons dans ce livre. Citations latines.

Après l'Ecriture , les sources les plus pures et les plus abondantes où l'on puisse tirer l'intelligence et l'explication des dogmes et des mystères chrétiens , sont, comme nous l'avons déjà indiqué , les immortels écrits des Saints-Pères , de ces grands hommes qui ont consumé leur vie à approfondir la religion, en pratiquant les devoirs qu'elle impose et qui l'ont illustrée à un si haut point, autant par la pureté et la sainteté de leur vie que par leur science merveilleuse , l'immensité de leur érudition, la force et le prestige de leur éloquence. Qui peut voir sans être pénétré de la plus vive douleur, qu'une partie des docteurs chrétiens, dominée par une espèce de fanatisme et de fureur pour le classisme païen , ait depuis trois siècles banni de la république des lettres

^8 et condamné à un injuste ostracisme, les écrits des Pères , monuments précieux du christianisme ! Cependant, il nous semble être arrivé à l'époque où ces illustres exilés rappelés de leur long et injuste bannissement, rentreront dans le monde littéraire, reprendront le rang que la sainteté, l'extension et la sublimité de leur sagesse leur avaient assuré ; ils éclaireront de nouveau les intelligences et réformeront la littérature chrétienne.

Et déjà de toute part, on voit sortir de la presse ces célèbres écrits, soit dans leur propre idiome . soit traduits en langue vulgaire. Nous-même, désirant autant qu'il est en nous , concourir de nos faibles moyens à cette grande réhabilitation des vrais classiques , des vrais modèles de la science chrétienne, nous éditons en douze petits volumes m-8° , une bibliothèque choisie des ouvrages les plus estimés des Pères Latins, un semblable recueil des Pères Grecs existant déjà. Cette double entreprise a principalement pour but de rendre moins pénible l'étude à la jeunesse chrétienne et en général à ceux qui ne peuvent lire les volumes in-folio, soit par la difficulté de se les procurer, soit par la peur que cause le volume.

En attendant que cette bibliothèque parai

nous nous sommes fait an plaisir de réunir dans cet

opuscule, les plus nobles et les plus belles interprétations des Saints-Pères relatives au mystère que nous exposons : de cette manière , ces explications concourront au double but de faire mieux approfondir le mystère et apprécier l'élévation et la noblesse de génie de ceux qui l'ont si magnifiquement développé. Non pas que nous ayons toujours employé leurs expressions, en exposant leur doctrine , autrement les citations auraient fait la moitié du livre; mais nous pouvons assurer que nous n'avons avancé aucune proposition de quelque importance qui ne fût fondée sur un passage quelconque ou de l'Ecriture ou d'un Père de l'Eglise ; et pour peu que ces précieux monuments de la Religion soient familiers au lecteur, il reconnaîtra sans peine le langage de l'Ecriture et des Pères. Il verra que la doctrine qu'on lui présente porte l'empreinte de ces livres, et que souvent elle paraît revêtue de leurs propres expressions. Nous avons rapporté en note dans plusieurs circonstances, et souvent assez au long , les paroles de l'Ecriture et des Pères, et cela pour deux raisons : la première afin de justifier certaines expressions ou certaines docn-ines qui, exposées par nous, pourraient nous faire

accuser de hardiesse ou d'exagération ; la seconde, parce qu'il est pour nous notoire que le texte latin de l'Écriture ou des Pères a quelque chose d'attrayant, de suave pour les âmes vraiment pieuses, quand bien même les termes ne leur seraient point familiers; elles sont ainsi assurées que la doctrine qu'on leur expose est tirée de sources pures et salutaires. Ce qui justifie encore notre manière d'agir, est que généralement et à raison, on goûte peu les écrivains ou les orateurs qui affectent de citer l'Ecriture ou les Pères en langue vulgaire , ou qui n'en font même aucun usage : méthode usitée dans les contrées où domine l'hérésie, et qu'on peut appeler aussi inconvenante que bizarre . faisant perdre à ï écrivain et à l'orateur chrétiens . une grande partie de leur dignité et donnant à leur parole un air de légèreté et de nouveauté profanes.

Pour l'avantage des lecteurs auxquels la langue latine n'est pas familière, non-seulement nous avons donné la traduction des passages que nous avons cités, mais encore nous nous sommes efforcés d'en pénétrer l'esprit, d'en faire sentir la force par des paraphrases d'une certaine étendue. Et si le lecteur bienveillant veut bien comparer la traduc-

Si

tion et la pharaphrase avec le texte, il verra avec quel soin et quel scrupule, nous nous sommes appliqué à ne rien faire perdre au texte de sa dignité et de sa force en le traduisant, ne lui faisant rien dire de plus ni de différent de ce que renferment les paroles et pour l'esprit et pour la lettre.

§ IX. Style et èlocution. Système du livre. Prière au lecteur.

Concernant le style, nous avons avant tout visé à la clarté ; notre but n'ayant point été d'instruire les savants, mais d'édifier les âmes pieuses. Conformément à ce plan, nous avons traduit pour le mieux, dans un langage vulgaire et intelligible pour tous, les termes employés par la théologie chrétienne dans l'exposition des dogmes sublimes de la religion et de ses mystères, sans cependant sacrifier à la clarté le devoir de maintenir les expressions consacrées et les seules qu'il soit permis d'employer en traitant certains sujets. Nous conviendrons qu'il nous a été quelquefois difficile de rendre claires, je dirais presque populaires , des doctrines par elles-mêmes obscures et élevées, sans leur rien faire perdre de leur précision théologique.

\ous nous estimerons bien dédommagé si nous avons réussi à mettre à la portée du plus grand nombre quelques vérités qui semblaient réservées au domaine de la science , et qui cependant sont très propres à raviver la piété, à affermir la Foi et à la faire aimer.

Sous le rapport de rélocution, nous avons cherché à tenir le milieu entre la trivialité, défaut trop commun aux livres ascétiques, et cette recherche, cette subtilité de langage qui énervent la piété, étouffent le sentiment et détruisent la dévotion. Enfin nous nous sommes efforcé de rendre la doctrine claire pour les esprits les moins cultivés, évitant, selon la maxime de saint Grégoire, de la rendre enmryeuse et méprisable aux yeux de l'homme lettré, s'il arrivait que ce livre trouvât des lecteurs dans cette classe1.

Xous n'avons pu nous défendre de mêler de temps en temps, à l'exposition des doctrines, quelques digressions, quelques entretiens en forme d'actions de grâce et de louanges à Jésus-Christ ou à sa tendre mère. La religion est si grande belle que pour peu que l'esprit s'applique à en mé-

1 fRiai'iiu- çjus exposilio ita oesciemibus Bal cogtqla, ui lameu scieotibus non sil i nerosa {H omit., 13 .

diter les mystères, le cœur ne peut se défendre de

l'émotion et de l'enchantement, principalement quand on médite les mystères de la grotte de Bethléem, dans lesquels la miséricorde, la bénignité, la dénégation, la grâce, la douceur du Dieu rédempteur apparaissent aux yeux de la Foi d'une manière tellement visible, qu'ils peuvent rendre éloquentes même les âmes les plus grossières et attendrir les cœurs les plus durs.

Nous avonsintitulé:Z,ec£itres, les différentes parties du livre, parce qu'en effet, comme nous l'avons déjà indiqué, les mystères n'y sont développés que d'une manière simple et claire, présentant pour les différents jours de l'octave de l'Epiphanie la matière d'une demi-heure de lecture édifiante et agréable, sur un mystère et une vérité qui sont le principe et la base de la religion.

Nous avons fait correspondre à chaque lecture une prière, une oraison jaculatoire, une pratique chrétienne pour chaque jour, afin de donner le choix, selon le temps qu'on peut employer, ou de faire la lecture sans la prière ou la prière sans la lecture.

Qui que vous soyez qui preniez ce livre en mains, il nous reste à vous supplier instamment de vouloir bien ]e lire avec les mêmes intentions qui

l'ont dicté, c'est-à-dire dans le but de placer vos affections, de vous fortifier de plus en plus dans la Foi et d'y puiser vos délices. S'il vous arrive de tirer quelque avantage de cette lecture pour l'édification de votre esprit et l'affermissement de votre cœur, louez et bénissez-en Dieu de qui procède tout bien, et dont la grâce seule rend efficace et féconde la parole de l'homme; et en témoignant votre gratitude à la divine miséricorde pour ce bien spirituel n'oubliez pas devant Dieu l'humble auteur, faible instrument au moyen duquel cette grâce vous est parvenue.

ORDRE A OBSERVER Pour tirer avantage de la lecture de ce livre.

1° Pour tirer quelque profit de ce livre, il est indispensable d'en interrompre la lecture pour méditer, à mesure qu'elles se présentent, les grandes vérités qui sont l'objet de notre croyance et la base de notre conduite. Car, comme nous l'avons fait observer, notre intention n'a point été de donner un traité raisonné de théologie ou d'ascétisme, où l'on procède par voie de principes et de conséquences et dont la lecture serait d'autant plus utile

qu'elle serait plus suivie ; notre livre est une exposition libre et simple des dons précieux de la Foi pour en faire mieux connaître la grandeur, goûter les délices, apprécier les avantages, afin d'engager le chrétien à conserver soigneusement le dépôt de -cette Foi, à propager sa gloire, à accomplir les œuvres qu'elle prescrit, afin d'obtenir un jour les récompenses qu'elle promet.

2° Pour atteindre un but aussi important, il ne suffit pas de lire, -mais il faut réfléchir, prier et en venir aux œuvres; et en conséquence, il est nécessaire de rentrer en soi-même, de s'éloigner du tumulte du monde et des passions, et d'employer au moins huit jours à méditer sur le premier des bienfaits de Dieu, celui de la Foi, en avisant aux moyens de correspondre à ses enseignements.

3° Le temps le plus opportun pour se livrer à ces exercices est l'Octave de l'Epiphanie, parce que ce fut en ce jour que le fils de Dieu fait Homme se manifesta aux Gentils; ce fut en ce jour qu'à nous tous, enfants des Gentils, fut aussi ouverte la voie, donnée Tespérance, et assuré le bienfait, de connaître le fils de Dieu, de croire en lui, de l'aimer et de l'adorer. C'est bien ajuste titre, dit saint Léon, que ce jour consacré par la mémoire d'un trait si

précieux de la bonté divine soit fêté d'une manière si solennelle dans tout le monde chrétien; et si, comme nous le devons, nous sommes éclairés de sa lumière et pénétrés de sa grandeur, nous démontrerons à quel point nous l'avons en vénération, non-seulement en ajoutant foi au mystère qui s'accomplit en ce jour, mais encore en cherchant à en pénétrer F esprit ' .

4° Si nous nous trouvons empêchés de vaquer à ce saint exercice dans l'Octave de l'Epiphanie, nous pouvons y employer les huit jours qui précèdent l'anniversaire de notre baptême ; car, qu'est-ce que le jour du baptême pour tout chrétien, sinon celui de la manifestation de Jésus-Christ à son intelligence par le moyen de la Foi ; celui où son âme est devenue, au moyen de la grâce, épouse de Jésus- Christ; le jour de son entrée dans l'Eglise, cette vraie grotte de Bethléem, le jour enfin qui estpour tout chrétien, en particulier, la vraie Epiphanie dans laquelle lui sont personnellement appliqués les prodiges de miséricorde de la manifestation qui nous est commune avec les Mages.

1 Merito dies iste manifestalione Domini consecratus, specialem in toto raundo oblinuit dignitatem ; quœ in cordibus nostris digno débet splendore clarescere, ut revum, ge>tarum ordinem non solnm credendo s^d etiam intelligence veneremur iSei~m. -2 de Epiph.\

5° Un temps très opportun encore pour méditer sur les mystères exposés dans cet ouvrage , est celui où l'âme chrétienne est en proie à des peines intérieures, ou éprouve, surlaFoi, des tentations occasionnées par les objets du dehors. Car, si nous avons recours à tel saint pour tel besoin spirituel ou corporel ; de même pour obtenir la force et le secours dans les périls de la Foi , quoi de plus naturel, que d'invoquer l'intercession des saints rois mages , nos premiers pères, nos premiers guides dans la Foi, et qui prennent, n'en doutons point, un intérêt si vif à sa conservation. Et pour obtenir leur médiation, peut-on rien faire qui leur soit plus agréable que d'employer quelques jours à repas* ser dans son esprit les prodiges de miséricorde dont ils furent favorisés de Dieu, et ces vertus sublimes par lesquelles ils signalèrent leur reconnaissance? Et d'ailleurs, la considération des grandeurs et des beautés de la vraie Foi, n'est-elle pas un moyen très efficace pour en réveiller en nous l'amour et y attacher le cœur et l'esprit d'une manière inébranlable ?

6° On peut, pour la même raison, conseiller cet exercice à ces infortunés qui n'ont, en religion, ni connaissance ni foi , mais qui désirent sincèrement

la connaître et y croire. Des lettres de l'étranger nous annoncent que ses pratiques ont obtenu près des personnes de cette classe les succès les plus consolants.

7° Quel que soit le temps qu'on veuille employer à ces exercices , on y procédera de la manière suivante :

A. Le soir qui précédera le premier jour de l'octave, après la protestation et la prière qui se trouvent à la fin du livre, on fera, avec attention, la première lecture , et en allant prendre son repos , on repassera dans son esprit les pensées de la lecture qui auront fait le plus d' impression.

B. Dans la matinée du jour suivant, on méditera pendant une demi-heure sur cette lecture, en l'adaptant à ses propres dispositions et à ses idées relatives à la Foi, et on finira par la prière analogue qui se trouve aussi à la fin du livre.

C. Dans le cours de la journée , on répétera souvent l'oraison jaculatoire en accomplissant la pralique correspondante : tel est le règlement de tous les jours.

D. Dans les lieux où ces pieux exercices se font en commun, ou en public, on a coutume de terminer les pratiques de la journée par les prières tirées

du missel romain pour la propagation de la Foi. Nous avons rapporté ces prières à la fin du livre, avec la traduction en marge pour l'avantage des personnes qui n'entendent pas la langue latine Pour peu qu'on soit animé de zèle pour la propagation de la vraie Foi, on n'omettra pas ces prières, lors même qu'on fait ces exercices en particulier. Quand on ne peut coopérer autrement à la propagation de la Foi , la prière est un moyen très efficace, selon l'enseignement de l'Évangile1.

8° Si le temps ne permettait pas de faire tout entière la lecture indiquée pour chaque jour , qu'on lise au moins l'exemple de l'Écriture ; et si cela même ne pouvait se faire , on s'en tiendrait à la pratique de la journée : tout réduit qu'il se trouverait, ce pieux exercice aurait encore son utilité.

9° Il est aussi très avantageux de noter les résolutions qui auront été le résultat de l'Octave, afin de mettre sa Foi à l'abri des assauts auxquels on la voit exposée, et de se déterminer à pratiquer les œuvres sans lesquelles la Foi est morte, ou court à

Malth., 9.

.lac. 20.

10° En même temps on examinera sa conscience dans le but de faire, le dernier jour, une confession générale ou au moins annuelle, avec plus de soin que de coutume : c'est ainsi qu'on réformera ses [ habitudes vicieuses, qu'on réglera sa vie de manière à donner à sa Foi une vraie et solide base.

11° Dans le dernier jour on fera la sainte communion afin de gagner l'indulgence ; après la communion on renouvellera la formule des vœux du baptême, on fera l'action de grâce et l'offrande qui se trouvent à la fin du livre.

12° Enfin, nous recommandons non-seulement aux particuliers de joindre à leurs autres œuvres de piété cette belle et solide dévotion ; mais encore, nous nous permettons de l'indiquer à nos seigneurs les évêques , à messieurs les curés et supérieurs de communautés. Le zèle ardent et éclairé dont ils sont animés, nous répond de leur empressement à introduire ces pratiques parmi les personnes de leur dépendance. S'il est vrai que le relâchement des mœurs a ruiné la Foi dans ces derniers temps en beaucoup de contrées et chez grand nombre de chrétiens , il n'est pas moins vrai que l'ignorance, la tiédeur, la faiblesse de la Foi ouvrent la voie à la corruption des mœurs ; et s'il

est facile à l'intelligence de tomber dans l'erreur, quand le cœur est perdu , il est impossible au cœur de ne point s'égarer si l'intelligence ne se trouve munie d'une foi vive, vigoureuse et fervente.

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