‹ Les beautes de la foiChapitre 2 sur 33 · PREMIERE LECTURE · texte numérisé non relu

PREMIERE LECTURE

Le Verbe de Dieu fait homme ou le grand soutien de la Foi.

« Jésus étant ne à Bethléem de .luda, au temps du roi Hérode. » {Math., 2, 1).

INTRODUCTION

§ I. — Raison de l'attention particulière de Dieu dans la création de l'homme. L'union de l'âme et du corps dans Adam, figure et prophétie de l'union de la Divinité et de l'humanité dans Jésus-Christ . Division de cette lecture.

Quelque grande , quelque merveilleuse et étonnante que soit l'œuvre de l'univers, on sait que c'est de rien , d'une seule parole, en un seul instanl qu'ont été créés, le ciel avec les corps immenses et lumineux qui en font l'ornement, la terre avec cette infinie variété d'animaux et de plantes qui

' cum natus essel Jésus in Bethléem Juda, in diebus Herodi régis {Matth-, 2, 1).

l'embellissent, et les anges eux-mêmes destinés à entourer le trône de Dieu ; et que la création tout entière n'est que l'effet d'une volonté générale énoncée par le Créateur avec une espèce d'indifférence : » Il a parlé et toutes choses ont été faites ; il a commandé et toutes choses ont été créées \ » Mais parmi les créatures, il en est une qui n'a point été formée de cette manière, et cette créature c'est l'homme. Il semble que le Créateur ait attaché à sa formation une importance particulière et y ait appliqué l'attention la plus sérieuse. Car, au dire de l'Ecriture , avant de se mettre à l'œuvre, Dieu appela sa sagesse à son conseil2. Ensuite il prépara, il disposa lui-même l'argile dont il forma la structure admirable du corps humain ; et après l'avoir embelli et perfectionné , il l'anima d'un souffle mystérieux tiré , on peut le dire, du fond de son cœur divin3. Ce travail admirable terminé, son divin auteur , comme dit Tertullien , se prit à le contempler avec amour, à s'y complaire avec une indicible tendresse 4.

1 Ipse dixit,et facta suut ; ipsc maiidavit, et creata surit Psal. ">.'

2 Dixit Deus : faciamus homiuem.

5 nantis tuœ fecerunt me, et plasmaveruut me totum [Job, 10). Inspirant in faciem ejus spiraculum vitœ (Gcn., i .

' Recogita totum illi Deum occupai mn el deditum [De Corn* Uhritti

Pourquoi donc , demandent les interprètes, une telle préférence, une telle sollicitude, un tel amour dans la formation de l'homme qui, inférieur aux anges par sa nature ', n'est ni la plus grande ni la plus parfaite des œuvres de Dieu 1

Saint Paul , en deux mots , nous dévoile le mystère et répond à la question ; parce que dit-il , le premier Adam était la figure du second Adam , c'est-à-dire de Jésus-Christ2. Il est à remarquer que le texte grec emploie le mot type , modèle ; ce qui montre clairement, dit Tertullien, que de même qu'un sculpteur qui doit faire une statue en bronze ou en marbre , en compose d'abord en argile le modèle et la forme, et plus le personnage qu'il veut faire en grand est important , plus il étudie et soigne le modèle ; de même , Dieu ayant éternellement décrété de revêtir un jour son Verbe d'un corps humain , voulut former dans le premier homme le dessein et la figure de cet admirable ouvrage. S'il montra tant d'attention , tant de soin et tant d'amour en créant le premier Adam , c'était uniquement parce que, dès -lors, il voyait dans l'homme le grand modèle du second Adam, et que

1 Minuisti eum paulo minus ab Angelis (Psal. 8).

2 Adœ qui est forma futuri [Rom., 5).

la création du premier était le type de l'incarnation du second ! .

Oh ! comme la création d'Adam , s'écrie saint Athanase , exprime bien l'incarnation de Jésus- Christ! Car avant la création de l'homme, les esprits ouïes anges existaient bien, de même que les corps, c'est-à-dire toutes les créatures insensibles : mais l'esprit et le corps étaient des substances si différentes entr'elles, si opposées , que leur union en un seul tout pouvait sembler impossible. Or que fait Dieu dans la création de l'homme \ Pour montrer que rien n'est impossible à sa toute-puissance, il unit sans les confondre, la nature intelligente et la nature matérielle , l'esprit et la chair ; et cette union est si intime, si substantielle, si parfaite, que l'âme et le corps ne forment dans l'homme qu'une seule personne, qu'un seul tout.

De même avant la venue de Jésus-Christ existaient Dieu et l'homme ; mais la distance infinie qu'il y a du Créateur à la créature, entre l'être infiniment parfait et le néant , formaient essentiellement une séparation entre ces deux natures , mais surtout une séparation bien autrement grande ,

1 Quidquid limo exprimebatur, Christus cogitabatur homo futuru- [De Carn Christ. .

était celle qui existait entre un Dieu saint et l'homme pécheur. Ainsi l'union de la nature divine et de la nature humaine paraissait d'une impossibilité absolue. Que fait Dieu dans l'incarnation de son Verbe ? Voulant montrer que rien n'est imposable à sa miséricorde et à son amour , comme il le déclara à Marie par le ministère de l'ange dans le moment même où s'opéra le mystère \ il unit sans les confondre, -la nature divine et la nature humaine d'une manière si intime, si substantielle, si parfaite , que Dieu et l'homme ne forment en Jésus-Christ qu'une seule personne , qu'un seul tout. Et de même que l'âme raisonnable et la chaire ne sont qu'un homme ; ainsi la personne du Verbe et l'humanité ne sont qu'un Jésus-Chri.-t 2. En un mot, le premier Adam le plus étonnant des prodiges , le plus élevé des mystères de la création étant en même temps esprit et corps, est l'esquisse la plus expressive , l'image la plus parfaite du second Adam , qui lui-même est le plus étonnant des prodiges, le plus élevé des mystères delarédemp-

1 Quia non esi impossibile apud Deum omne verbuni [Luc, 1.)

2 Sicut anima ralionalis et caro unus est homo; ita Deus et home, unusest Christas : unusomnino, non confusione substantif, sed unilatae personae(S.^<Aw»., Symb.).

tion, étant en même temps homme et Dieu1.

Or, ce sublime et incompréhensible, mais bien doux et consolant mystère du second Adam , vrai Dieu et vrai homme, ce mystère que le Créateur , dès l'origine du monde, daigna figurer et annoncer dans le premier Adam , vrai esprit et vraie chair ; ce mystère dis-je, l'évangéliste saint Mathieu l'annonce comme accompli dans ces simples paroles, par lesquelles il commence l'histoire des Mages : « Jésus étant donc né à Bethléem de Juda, au temps du roi Hérode2. "L'évangéliste commence cette histoire par faire mention de la naissance de Jésus-Christ , parce que les mystères de la vocation des mages, de la promptitude de leur obéissance, delà générosité de leur confession, de la fermeté de leur foi, de l'efficacité de leur zèle, ces mystères découlent de celui de Jésus-Christ , fils de Dieu, mais véritablement né de la femme et ainsi véritablement homme , afin de se manifester à l'homme, de s'en faire aimer et de le sauver.

Imitons donc la conduite du premier des évangélistes ; et avant d'entrer dans la considération des avantages de la vraie Foi à l'occasion des mystères

1 Adae qui est forma fuluri.

? Cnm natos oï>pi Jesas in BfMhl^em Jiula, in diebus Herodis régis-

des Mages , nous nous bornerons , dans cette première lecture , à rechercher les grands motifs de confiance et d'amour envers Dieu que cette Foi nous présente dans les mystères du Verbe de Dieu fait homme par amour pour les hommes; et, guidés par cette même Foi , nous examinerons dans ses causes mystérieuses, dans ses précieux et touchants effets, l'œuvre que le prophète appelle l'œuvre de Dieu par excellence f ; car, selon Saint-Bernard, il n'est point de mystère plus capable d'éclairer la Foi, de fortifier l'Espérance et d'allumer la Charité dans les cœurs2.

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