‹ Les beautes de la foiChapitre 11 sur 33 · I " II · texte numérisé non relu

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créé que par le Verbe de Dieu1, rien n'a été réparé que par le ministère du même Verbe fait homme *, et que c'est Jésus-Christ en sa qualité de médiateur entre les hommes et Dieu, comme Dieu et homme, qui attire et conduit les hommes, principalement les pécheurs, à Dieu son père3. Ainsi, si c'est la grâce du Médiateur qui convertit et attire les hommes, comment et pourquoi, demande saint Augustin, Jésus-Christ a-t-il pu dire que c'est son père qui les attire et les appelle4? Nous allons voir que cela peut se dire du père et du fils, dit ce sublime docteur.

Supposons que le fils d'un puissant monarque prenne le ton, les manières d'un ami avec un misérable esclave. Celui-ci touché d'une bonté aussi signalée s'approche avec confiance du jeune prince , lui fait assiduement sa cour, lui prodigue les marques de son respect, non-seulement pour l'affection que lui témoigne le prince, mais encore parce qu'il est fils du roi, et en cette qualité appelé à régner un jour, et par là capable de tout accorder à ceux

1 Omnia per ipsum faota sunt et sine ipso faclum est nihil (Joan., l).

3 Instaurare omnia in Chrislo (Ephes., 4).

3 Non veni vocare justos, sed peccatores (Luc, 5).

4 Quare voluit dicere : rater quem traxerit ; cum ipse chrislui irahat (S. Avg. Traçl. 26 in Joan.).

qui L'environneront. Si ce prince n'était point fils du roi, il pourrait sans doute inspirer par sa bonté quelque sentiment de reconnaissance sans inspirer de confiance dans son pouvoir. C'est donc à raison de sa filiation royale qu'il se voit environné de tous ceux qu'il a prévenus par sa familiarité ; c'est le respect pour la puissance et la grandeur du père qui met l'esclave aux pieds du fils. De même Jésus- Christ, dit saint Augustin, gagne les hommes par les enchantements de sa miséricorde et l'efficacité de sa divine médiation ; mais cette miséricorde et cette médiation ont une force attractive, parce que Jésus-Christ se présente, non- seulement comme fils de l'homme, mais encore comme fils de Dieu.

Ainsi, nous croyons en lui, nous allons à lui parce qu'il se montre à nous revêtu de la sublime prérogative d'un rédempteur qui a Dieu pour père, qui est égal à Dieu étant Dieu lui-même, c'est-àdire que nous allons à Jésus-Christ à cause de sa filiation divine ; et ainsi ce n'est point seulement la bonté du Fils, mais encore la divinité du Père qui nous conduit à lui ; donc c'est Dieu le père qui nous attire ' .

1 frahil palei ad Filiuin eus, qui profUeieacreduntiolfiMuiH quia

Les Ariens, ajoute saint Augustin, quinienf la divinité de Jésus-Christ, rappelant une pure créature , ne vont point à lui par égard pour Dieu le père, niant que Jésus-Christ soit son vrai et consubstantiel fils égal à lui. Ce n'est donc point la pensée de la divinité de son origine, ce n'est point Dieu le père qui les attire, qui les conduit; et ainsi malgré tous leurs efforts, ils n'arrivent point au médiateur Jésus-Christ qu'il est nécessaire de connaître et de confesser comme fils de Dieu pour arriver à lui ' .

Appliquons maintenant à Marie, sous quelques rapports , cette belle interprétation. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme; s'il n'était point vrai homme il n'aurait pu souffrir ni mourir pour l'homme; s'il n'était point vrai Dieu, il n'aurait pu donner à ses souffrances ni à sa mort la valeur infinie qu'elles devaient avoir pour satisfaire à la justice de Dieu.*Pour aller à lui comme un médiateur entre Dieu et l'homme, et participer à sa rédemption ;

eum cogitant Patrem habere Deum. Deus enim mater sequalem sib i genuil Filium; et qui cogilat sequalem esse Patri eum in quem crédit, trahit eum Pater ad Filium (S. Aug, Tract. 26 in Joan.)-

» Arius credidit creaturam. Non eum traxit Pater; quia non considérât patrem, qui filium non crédit aequalem (lbîd,).

il i'aut croire qu'il est vrai Dieu et vrai homme, l'Homme-Dieu en un mot.

Or , la preuve qu'il est Dieu, est qu'il est fils consubstantiel de Dieu, et la preuve qu'il est homme est qu'il est fils consubstantiel de Marie. Ainsi comme fils de Dieu nous le croyons vrai Dieu, et comme fils de Marie nous le croyons vrai homme ; et de même qu'il nous attire à lui en tant que Dieu, par la génération éternelle qu'il tient de Dieu ; de même il nous attire à lui comme homme par la génération temporelle qu'il tient de Marie. Ainsi on ne peut aller à Jésus-Christ comme vrai rédempteur, sans le croire vrai fils de Dieu, comme on ne peut aller à Jésus-Christ comme vrai homme sans le croire vrai fils de Marie, c'està-dire que son père céleste et sa mère terrestre nous montrent en lui ses deux qualités de vrai Dieu et de vrai homme, qualités qui le constituent notre Sauveur. Ainsi de même Dieu le père nous attire à Jésus-Christ, non-seulement par sa grâce, mais encore par sa vraie paternité divine qui fait que Jésus-Christ est Dieu ; de même Marie ne nous attire pas seulement à Jésus-Christ par sa prière , mais encore par sa vraie maternité humaine qui fait que Jésus-Christ est homme.

§ V. Nécessité d'aller à Jésus-Christ par Marie. Autres traits de ressemblance entre Marie et l'étoile des Mages.

Il suit de la doctrine de saint Augustin que nous venons d'exposer, que le Père céleste nous conduit à Jésus-Christ comme à son fils; et puisque, comme fils de Dieu, Jésus-Christ est Dieu , son père céleste nous conduit à lui comme à un vrai Dieu. De même, Marie nous attire à Jésus-Christ comme à son fils ; et puisque, comme fils de Marie , Jésus- Christ est homme, sa mère terrestre nous conduit à lui comme à un vrai homme.

Ce qui nous fait vénérer, adorer Jésus-Christ et recourir à lui comme au méditateur, ce qui peut vraiment nous sauver, est de le croire, comme nous le croyons, vrai Dieu , fils de Dieu, égal à Dieu. Le père Éternel en lui rendant ce témoignage est particulièrement le principe du culte que nous rendons à Jésus-Christ, ainsi que de notre confiance dans T efficacité de sa médiation et dans l'étendue de son pouvoir. Et selon la théologie de saint Paul, ce qui nous montre Jésus-Christ miséricordieux , doux et tendre amant de nos âmes , est de le

no

croire comme nous le croyons, vrai homme et frère de l'homme, égal à l'homme : Marie, en lui rendant ce témoignage, est principalement le principe de notre confiance en Jésus-Christ, de notre familiarité avec lui, de notre tendresse pour lui.

Ainsi, sans le témoignage du père Éternel, qui nous montre Jésus-Christ comme son fils bienaimé ' , et nous attire à lui comme à Dieu, Jésus- Christ ne serait pour nous qu'un être indifférent, parce que nous ne verrions en lui qu'un homme impuissant à nous sauver; nous ne penserions point à lui parce qu'il ne nous ferait lien espérer. Et sans le témoignage de Marie, qui nous présente Jésus- Christ comme son vrai fils2, et nous attire à lui comme à un homme, Jésus-Christ ne serait pour nous qu'un sujet de frayeur, uniquement le fils de Dieu , le Dieu juste , le Dieu terrible , dont nous avons provoqué l'indignation et dont nous devons subir le jugement ; et ainsi effrayés à la vue de ses vengeances, nous ne le chercherions point.

Ainsi pour aller à Jésus-Christ avec la confiance que nous devons avoir dans la puissance de Dieu, et la sécurité que doit nous inspirer la bonté de

» Hic e?tri!ius meus dilectus {Matlk., 3). 7 Peperit filiuœ Buum primogemlum Luc, 2).

1 homme, il est nécessaire d'être, conduit à ses pieds par son père céleste el sa mère terrestre ; c'est par ces deux voies que nous arriverons au même terme qui est Jésus-Christ. Et malheur à nous , si pour aller au divin Sauveur, nous abandonnons l'un ou l'autre de ces deux guides ; si nous sommes sourds à l'un ou à l'autre de ces deux témoignages , nous ne trouverons dans Jésus-Christ, ou qu'un Dieu menaçant, ou qu'un homme impuissant à noiH sauver ; nous ne trouverons qu'un être idéal et bizarre, comme les hérétiques se le sont figuré , incapable de satisfaire aux deux grands besoins de l'humanité : celui d'un Dieu-Homme, miséricordieux pour nous encourager et nous accueillir, et celui d'un Homme-Dieu pour nous sauver.

Ainsi sont liés entre eux les mystère s de Dieu et de Marie; ainsi Marie , vraie étoile des Mages, entre d'une manière mystérieuse et ineffable dans le mystère de clémence de notre vocation à la Foi, et dans l'économie de notre salut.

Non-seulement l'étoile des Mages éclaira leur intelligence par sa lumière mystérieuse, mais encore captiva leurs cœurs par sa merveilleuse beauté, et leur servit de guide . de consolation et de force dans le long et pénible voyage qu'ils avaient eu-

trepris pour aller à Jésus - Christ. Ainsi Marie, non-seulement a éclairé l'esprit des Gentils par l'éclat de ses privilèges, étant vierge-mère d'un Homme-Dieu, mais encore a doucement gagné leurs cœurs , et les a encouragés dans la voie du salut par l'amabilité de son nom, l'enchantement de ses vertus et la douceur de ses titres.

- « Les peuples , dit un auteur moderne non suspect, furent comme éblouis par l'image de cette divine mère qui réunit dans sa personne les idées et les sentiments les plus doux de la nature , la pudeur de la vierge et l'amour de la mère : emblème de douceur, de résignation et de tout ce que la vertu a de plus sublime ; elle pleure avec les malheureux, intercède pour les coupables, et ne se montre que comme la messagère du pardon et du secours ; aussi les peuples accueillirent -ils avec enthousiasme ce culte nouveau : les païens n'essayèrent pas même de défendre leurs autels en face des progrès du culte de la Mère de Dieu. Ils ouvrirent leurs temples à Marie et s'avouèrent

'Bengnotj H Moire de la destruction, du Paganisme en Occii<:nt. liv. Xll.

Enfin, l'étoile ayant conduit les Mages aux piedsde Jésus-Christ, il semblait quelle eût rempli sa mission et qu'elle eut dû disparaître. Il n'en fut point ainsi, dit l'évangéliste ; elle s'arrêta au-dessus de la cabane fortunée , au-dessus de la tête du divin enfant, brillant d'une lumière plus vive encore, comme pour le faire mieux connaître, pour lui servir de permanent témoignage, d'ornement et de gloire , afin de soutenir la confiance des Mages et augmenter leur ferveur '. De même Marie n'a point borné son ministère à attirer à la Foi nos pères païens, et par-là nous-mêmes; mais elle demeure sur la cabane , sur l'Église où réside son fils; et comme nous , sommes dans l'Église, elle y demeure avec nous, comme pour rendre toujours, en notre présence, un nouveau témoignage à son divin fils et soutenir notre foi. Ainsi, Marie est encore la gloire de Jésus-Christ, son plus bel ornement en même temps qu'elle est notre médiatrice. C'est elle qui, par ses prières, par sa protection, par son tendre regard, nous maintient dans la fidélité que nous devons à Jésus-Christ, si nous sommes en état de grâce, et nous ouvre la voie du retour si nous sommes dans le péché. De même

! Usque dura veniens staret supra ubi erat puer [Matth., 2),

que par le moyen de Marie nous avons reçu le premier àe< bienfaits de la Rédemption, la Foi principe du salut : par elle aussi nous recevons la grâce, fruit de cette rédemption. Elle nous applique les mérites de son fils, nous en assure le secours et nous fait participer à son héritage.

0 Dieu de bonté et de miséricorde, que votre Rédemption a été abondante et féconde1! Vous n'avez pas seulement pourvu à ce qui était purement nécessaire pour arriver au salut, mais encore à tout ce qui peut nous encourager, nous consoleras charmer dans le chemin pénible de la vie'

Dans Jésus-Christ vous nous avez donné le Médiateur qui conduit à vous ; et sans borner là votre libéralité , vous nous avez donné dans Marie une médiatrice affectionnée , qui nous prêche, nous fait trouver, aimer et posséder Jésus-Christ; et dajis sa douceur ineffable, dans sa clémence, dans son amour, elle nous console, elle nous enchante! 0 prodige d'amour et de miséricorde, soyez mille fois béni' 0 douce et incomparable Vierge, mère de clémence, remplissez en notre faveur votre mission de médiatrice et d'avocate, la mission de miséricorde

1 Copiosn aptul pum redomptio Psnl.. 12).

dont la ih\ ine bonté vous a l'hargée tournes rei îmus , , i rej ards de douceur qui portent la » «»nsulation et le câline dans les cœurs les plus troublés et les plus affligés '. Après Dieu, c'est à vous que nous sommes redevables de la grâce inappréciable de connaître, d'adorer Jésus-Christ, notre sauveur : ainsi, après Dieu, c'est en vous que notre confiance repose. Comme vous nous avez fait connaître le divin Sauveur pendant notre vie, faites que nous le possédions après notre mort; vous nous l'avez donné dans cette terre d'exil, faites que nous en jouissions dans la céleste patrie.

Après avoir examiné les principes sur lesquels se fonde le précieux ministère de Marie , relativement aux Gentils, et la manière dont elle çxerce ce ministère en les attirant à la Foi et à la grâce de Jésus-Christ, il nous reste à exposer, sur cette précieuse médiation de la mère de Dieu, une figure des plus touchantes que nous présente l'histoire de la vertueuse Noémi ; nous y découvrirons de plus en plus nos obligations envers Marie et les motifs de notre confiance dans son amoureuse sollicitude.

1 Fia ergo advocata noslra ; illos tuos miserirordes oculos ad nos couverte.

SECONDE PARTIE

HISTOIRE TIRÉE DE LA BIRLE

La conduite réciproque de Xoémi et de Ruth est une figure et uni prophétie du mystère que nous venons d'exposer.

$ VI. Générosité de Buth à suivre Xoémi. Sa déférence et son amour pour sa belle-mère. Amour de Noèmt pour Buth. Son engagement à lui faire épouser Booz et sa tendresse pour le fils né de cette union.

Après la mort de son épouse et de ses enfants, la belle et vertueuse Xoémi se dispose à abandonner le pays de Moab pour retourner à Bethléem de Judason pays natal. Ses deux belles-filles, Mohabites d'origine , demeurées veuves par la mort des fils de Xoémi , voulurent l'accompagner. Mais la pieuse et sainte femme les serrant amoureusement contre son sein , leur prodigue les baisers les plus tendres et les plus affectueux, et leur dit : » De grâce, mes enfants, laissez-moi aller seule et retournez dans le pays qui vous a vu naître, je n'ai plus de fils à vous donner pour époux et plus d'espoir d'en avoir . car je suis accablée de vieillesse et

hors d'état de rentrer dans les liens du mariage '. Pourquoi vous obstiner à me suivre dans une mai- • m où vous no trouverez pour prix de votre tendresse, que le vide, l'abandon, la tristesse, la miet les pleurs? La vue de votre misère et de vos douleurs ne pourra qu'ajouter aux miennes; laissez-moi supporter seule le poid des tribulations dont il a plu au Seigneur de m'uirliger a. A ces tendres paroles, ses deux brus s'abandonnent à toute l'effusion de leurs douleurs", et la plus âgée, nommée Orpha, embrassant Noémi pour la dernière fois, retourna dans la maison de son père1 ; mais la plus jeune , la tendre Ruth , s'obstine à s'attacher à la bonne Noémi qui lui tenait lieu de la mère la plus affectionnée5. C'est en vain que Noémi insiste : « Vous voyez, ma fille , lui dit-elle , que votre sœur est retournée, et suivez son exemple 6. » Ruth persévère dans son dessein, elle veut suivre sa mère adoptive et vivre avec

1 Rcvcrtemini filia? mew, et nbile; jam cnim senectule confecta sum, nec apta vinculo conjungali {Ruth, l).

2 Nolile qiuTso filia? meae; quia veslra angustia magis me prêtait, el egressaest manus Domini contra me (Ruth., 1).

5 Elovata igilur voce tlere cœperunl.

( Orpha oscuta ta est socrnm ac reversa ttU 1 Ruth adhîesit socruj nias.

6 En reversa est oognata lua adpopttiura $uxmx, *."'■• i uni eu,

elle ; elle se prononce une dernière fois, lui adressant ces touchantes et délicieuses paroles : » Oh ! ma chère mère , vous me voulez donc bien du mal, en m'obligeant de m'éloigner de vous et de vous abandonner1. Je ne saurais me résoudre à ce sacrifice, non, je ne le ferai jamais ; car en quelque lieu que vous alliez, j'irai avec vous, et partout où vous demeurerez, j'y demeurerai aussi, votre peuple sera mon peuple , et votre Dieu sera mon Dieu ; la terre où vous mourrez me verra mourir, et après notre mort le même tombeau renfermera nos ossements , comme dans la vie la même habitation nous aura réunies. Je veux que le Seigneur me traite dans toute sa rigueur si jamais rien me sépare de vous que la mort seule2.» Quelle tendresse de cœur, quelle constance d'affection, quelle douceur et quelle force d'expression ! Et ces sentiments de piété filiale dans la jeune veuve envers sa mère adoptive ne se bornent point aux paroles ; car, telle était la dépendance de

1 Ne adverseris mihi ut relinquani te et abeam.

* Quocurnque perrexeris, pergam ; et ubi morata fueris, et ego pariter morabor. Populus tuu?, populus meus ; et Deus tuus, Deus meus, ijuae le terra morientem susceperit, in ea moriar, ibique loi uni acçipiam sépulture. Ha?c faciat Dominus, et haec adcUtt, si non scia mors me et le separaveriu

Rut h à l'égard de Noémi, que même, pour aller chercher leur commune nourriture, elle ne s'éloignait point de sa mère sans lui en demander la permission. « Voulez-vous , lui dit-elle, que j'aille dans les champs glaner quelques épis pour notre nourriture? — Allez, ma fille, lui répondit Noémi. » Ce n'est qu'avec cette permission qu'elle se met en chemin ' . Enfin les moindres désirs de Noémi sont des ordres pour cette fille obéissante; elle n'en omet pas le moindre point, et elle les exécute sans différer *.

Et sa charité envers Noémi n'est pas moins parfaite que son obéissance ; car, pour avoir de quoi nourrir sa mère, elle ne rougit point de prier qu'on lui permette de recueillir les épis échappés aux moissonneurs, se tenant derrière eux comme une mendiante : elle passe les jours entiers sous l'ardeur du soleil à un travail^ humiliant et si ingrat, sans s'accorder un instant de repos 5.

Booz admirateur de ses manières et louant sa pié té

' Dixit Rulh : Si jubés, vadam in agrum et colligam spicas ? Cui illa respondit : Vade filia.

■ Respondit : quidquid prœceperis, faciam. Descendit et fecit omnia qiue sibi imperaverat socrus.

5 Rogavit ui &picas colligeret rémanentes, sequens messorutn vestigia; et de marie ueque nunc stat in agio; et ne ad momei'Uiun quidem domina reversa ett»

loi)

filiale, lui permet non-seulement de recueillir les épis abandonnés, mais d'en moissonner à son gré. Et pour lui épargner la honte de ce qu'on pourrait prendre pour un larcin, cet homme sensible et généreux porte la délicatesse jusqu'à ordonner à ses moissonneurs de laisser à dessein tomber des épis en abondance, défendant de la molester et do la regarder quand elle les recueillera ' . Ce pieux et charitable chef de famille ne s'en tient point à ses premières démonstrations , mais regardant cette bonne étrangère comme une de ses filles, il la fait manger à leur table. Mais Ruth ne saurait se rassasier pensant à Xoémi qui a faim : non-seulement elle lui porte le grain qu'elle a recueilli , mais encore ce qu'elle a reçu de meilleur pour sa nourriture et qu'elle a eu soin de mettre en réserve en s'en privant elle-même 2.

Vit-on jamais une fille plus tendre et plus attachée à sa mère naturelle que Ruth le fut à sa mère adoptive? Et comme on ne vit jamais de piété filiale plus généreuse dans ses transports, il n'en

* Prceccpit Booz, èliamsi voÎ3iseum mctere voluerit. ne prohibcalis eam ; et de vestrîs manipulis projicite de Indaslria, ut absque rubore colligat; et colligentem nemo corfipiat.

2 nuos fmodfos) portons os tendit socrui sua?; insuper prolxdit ci de reHqtms cibî sui.

loi

fut point de plus heureuse ni de plus riche dans ses récompenses. D'abord Noémi a pour sa chère Rutfa ta tendresse d'une véritable mère; elle la guide par ses conseils, la dirige par ses exemples, 1 encourage par ses promesses; elle lui montre que son unique pensée, son unique soin est de la rendre heureuse et qu'elle met tout en œuvre pour y réussir : Car, lui dit-elle, » ma tille, je songe à vous mettre en repos et je vous pourvoirai d'une telle sorte que vous serez bien ' . *

Et c'est en effet sa sagesse qui lui suggère la pensée de donner pour épouse au riche Booz cette fille chérie ; c'est au moyen de ses conseils et de son zèle que cette alliance se conclut; et dans son amour elle regarde comme son propre fils l'enfant né d'une union si sainte et si pure, car, à peine estil né, qu'elle le prend dans ses bras, le près e sur son sein , lui prodigue les offices obligeants d'une nourrice et les caresses d'ne tendre mère2

Ruth aime tendrement Noémi, mais elle en est encore plus tendrement aimée. Car, qu'aurait pu faire de plus Noémi si Ruth eut été sa propre fille?

' Filia roea quaeram libi requiem ; et providebo ut benesit tibî. 2 Suscepium Noemi pueruin posuit in sinu suo, el mrtrjcis ac g«rulae fujigebaïur officio.

Elle met en elle sa gloire ; elle se regarde plus heureuse et plus riche de posséder une belle-fille aussi vertueuse que si elle-même eût enfanté sept fils ' . Car l'enfant né d'une alliance formée par les soins de Noémi fut Obed, père d'Isaïe, aïeul de David, de la race duquel Jésus-Christ est descendu. Ce fut donc à Noémi que Ruth fut redevable d'avoir participé à la naissance temporelle du Messie, d'avoir son nom inscrit dans l'Évangile, de prendre rang dans la généalogie de Jésus-Christ. Dans cette touchante histoire , on ne sait ce qu'il faut le plus admirer , ou la religion, la charité , la justice, la piété des saints personnages, ou l'abondance et le prix des bénédictions dont ils furent récompensés.

§ VII. Tout est mystère dans l'histoire de Ruth. Booz représente Jésus-Christ, Noémi Marie, et Ruth V Église. Orpha figure des Juifs apostats. Générosité de Ruth à suivre Noémi, symbole de lagènérosi(é des Gentils embrassant la Religion du Fils de Marie.

Ce qui fait principalement la gloire des saints personnages qui furent favorisés de ces bénédic-

' r>'' nui 'i entm taa nâtus '-m. guacle diligit : et mullo Ubi rnelioi csi (juam si sepiem habcres filios.

tions, est, dit saint Ambroise, d'avoir exprimé dans la simplicité de leurs actions les plus grands et les plus sublimes mystères. Cette histoire est admirable sans contredit; mais plus admirables encore sont les objets dont elle est la figure. Booz est la figure de Jésus-Christ, et Ruth celle de l'Église; car, Jésus-Christ est cet époux généreux auquel s'unit, par une alliance mystérieuse, l'Eglise étrangère formée des Gentils, l'Église qui vient de loin, qui est pauvre et affamée, mais qui trouve des richesses et sa nourriture dans les moissons abondantes de son Divin Époux f . Saint Jean-Chrysostome enseigne la même doctrine : « Considérez, nous dit-il, comme nous voyons bien nos misères dans celles de Ruth 2. Ruth était étrangère et tombée dans la misère la plus extrême; cependant le bon et miséricordieux Booz ne méprise point sa pauvreté, ni la bassesse de son origine. De même, en admettant les Gentils dans son Eglise , Jésus- Christ a accueilli et a pris pour épouse une étran-

> Historia simplex ; sed alla mysteria. Aliud enim gerebatur, et aliud figurabatur. Booz Christi, Ruth Ecclesiae typus erat. Solus Christus est spoiisus, cui illa veniens ex gentibus sponsa, anle inops atque. jejuna, sed jam Christi messe dives, innubat (De fid., Iib. 3).

3 Considéra ea quae in Ruth lacta sunt nostris quadrare miseriife MomiL 3, in Matth.).

gère gémissant sous le poids de la plus extrême indigence '.

Ain.-i, Booz étant la figure de Jésus-Christ, et Ruth celle de l'Église, Noémi doit représenter Marie; car de même que Ruth ne trouve son époux qu'avec Xoémi et par X'éomi ; ainsi la gentilité dans la personne des Mages ne trouve Jésus-Christ qu'avec Marie et par Marie2. Et de même encore que l'heureuse alliance de Ruth avec Booz ne se célèbre que dans la ville de Bethléem et que sous les yeux de Noémi 5 ; ainsi ce n*est que dans la grotte de Bethléem et que sous les yeux de Marie, que s'est contractée, dans la personne des Mages. l'alliance de l'Église des Gentils avec Jésus- Christ \

Ainsi, dans Orpha qui se sépare de Xoémi , l'abandonne dans sa tristesse et son veuvage pour retourner à son peuple et à ses dieux \ nous voyons la figure de ces Juils qui s'étaient associés à Marie et à Jésus-Christ, qui l'accompagnèrent

1 Sic Chrislus Ecclesiam suscipiens et alienigenam, et magnorum laborantem penurîa bouorum, accepil eani cousoxlem.

2 Iiivenerunt pueruin cura Maria matre ejus. ! Reversa est in Bethléem,

' lo Bethléem Juda. Cum Maria matre nju-, • Orpha reversa est ad populum et ad De<

Jurant sa vie, mais qui, scandalisés A dé sa mort ignominieuse, l'abandonnèrent pour retourner au judaïsme, et avec les doctrines du fils abandonnèrent la mère.

On peut voir, encore dans l'infortunée Orpha la figure de ces chrétiens qui, dans les différentes persécutions qui ont successivement désolé le christianisme, ont abandonné le culte de Marie avec la religion de Jésus-Christ, pour retourner à leur religion, à leurs anciennes erreurs, ou pour en embrasser de nouvelles, comme il est arrivé en Orient et plus tard dans différentes contrées de l'Europe, où la religion de Jésus-Christ et le culte de Marie étaient si florissants.

Mais , la pieuse , l'affectionnée , la fidèle Ruth qui s'attache à Xoémipour partager ses périls , ses misères, ses douleurs et ses peines ; Ruth qui ne l'abandonne jamais, qui l'affectionne d'autant plus qu'elle la voit plus dénuée de secours et de moyens de subsistance, qui lui témoigne un attachement si tendre , si constant, si généreux ; cette admirable Ruth n'est-elle pas bien la figure des Mages qui, loin de se scandaliser de la pauvreté, de la misère,

1 Judseis quridem scaodalum.

' orpha reversa es! n<i Deos suos.

et dei 'ûb sourit i5 de Marie > estim* nt Lieureux de se trouver avec cette douce mère, et son Dhin Enfant, ne pouvant se rassasier de les contempler, de leur prodiguer les marques de leur amour, de demeurer en leur présence , de s'applaudir dans leur Seigneur, de se réjouir du bonheur incomparable de l'avoir trouvé * ; et une fois qu'ils ont embrassé la religion du Fils et le culte de la Mère , loin de l'abandonner, ils se font une gloire de le propager parmi leurs peuples et de le confirmer au prix de leur vie.

Figure des Mages , Ruth l'est encore de leurs descendants et de leurs imitateurs, c'est-à-dire de ces Juifs et surtout de ces Gentils qui, nullement scandalisés ni étonnés à la vue du dénuement, des opprobres et des souffrances du Sauveur '2 , mais voyant au contraire dans cette folie apparente le chef-d'œuvre de la puissance et de la sagesse 5 de Dieu, s'associent au même peuple et au même Dieu. Ils partagent l'humiliation et les douleurs de cette veuve mère, s'enferment avec elle dans le cénacle, et ni la crainte des Juifs persécuteurs,

Invenerunt puerum cum Maria matre ejus.

1 Gentibas stultiliam.

Dei vii tus, et Dei sapientia.

ni l'attente de toute* les pi ivationsne peuvent lei déterminer à abandonner leur tnère adoptive ni

son Divin Fils : rien n'est capable enfin de les arracher d'une société si chère et si précieuse.

Enchantée des qualités et des vertus de Noémi, Ruth sacrifie, pour la suivre, sa maison, sa patrie et son peuple; et pour lui être étroitement unie, non-seulement par la parenté, mais encore par la conformité de religion , elle proteste avec serment qu'elle veut non-seulement habiter avec Noémi dans la même maison , mais encore s'incorporer à son peuple et adorer son Dieu ' .

La douleur de se voir, comme une mendiante, réduite à recueillir des épis dans le champ d'autrui, la honte de se nourrir d'un pain arrosé de larmes et gagné à force de prières toujours humillian tes, lors même qu'elles sont exaucées; rien n'est capable de l'arrêter dans sa pieuse résolution, ni de lui faire regretter les richesses et l'aisance de la maison de son père. La compagnie de Noémi lui tient lieu de tout : Un morceau de pain mendié avec tant d'ennuis, mais mangé près de Noémi, est pour elle un repas plus exquis que les délices d'une table qu'elle trouverait loin d'elle.

| Populus luus, populus meu>; Dons tttUR, Dom meus.

Qui ne reconnaît dans ces traits la générosité, la constance, la foi, l'amour de nos pères du paganisme? Entraînés eux-mêmes par les douceurs et les charmes de la Foi et du culte d'une Vierge mère qui a un Dieu pour fils, d'une créature comblée de grâce et consumée d'amour, qui tient dans ses bras le Créateur du monde, toujours prête aie livrer pour Sauveur à quiconque le demande; ils ont tout foulé aux pieds, tout abandonné pour courir à la suite de l'odeur mystérieuse des vertus et des privilèges de cette douce mère ! : ils l'ont tendrement aimée, ils en ont fait leur bien comme il était prédit. Ils ont voulu habiter dans la maison de cette vraie mère, faire partie de son peuple et adorer son Dieu; c'est-à-dire entrer dans l'Église, vraie maison de Marie, s'incorporer au peuple chrétien, vrai peuple de Marie ; se donner à Jésus- Christ, vrai Dieu de Marie ; car cette Vierge bénie est non-seulement la plus fidèle adoratrice mais encore la vraie mère de Jésus-Christ, et quiconque veut le trouver doit recourir à Marie, c'est dans ses bras, dans sa compagnie qu'il se trouve ' ,

1 In oriorem unguentorum luorum curremus... adulescentulœ tua? dilexorunt te nimis.

1 Popotas lous, popuiu? mens; et Deus luus, Deu* meus.

Et rien ne lut capable de ralentir le courage , le dévouement, la générosité de nos pères; car pour être fidèles à leur sainte résolution, ils ont supporté la perte de leurs biens, se sont exposés à tous les tourments, ont lassé la férocité de leurs bourreaux et rien n'a pu les séparer ni de la mère ni du fils.

§ VIII. La récompense de Buth figure de celle qu'ont obtenue les Gentils en suivant Jésus et Marie. Jmour et sollicitude de Marie pour l'Église. Paraphrase du psaume 112.

Ruth reçut la récompense la plus magnifique pour sa piété filiale envers Noémi et pour la générosité dont elle fit preuve en abandonnant sa nation pour celle des Hébreux et les dieux des Gentils pour le Dieu d'Israël. Dans la première entrevue que Booz eut avec elle, il lui prédit sa félicité et la récompense réservée à sa vertu. « Je sais, lui dit-il, quel respect et quel attachement vous avez témoignés à Noémi après la mort de son époux; je n'ignore point le sacrifice que vous avez fait en abandonnant votre maison, votre parenté et le pays qui vous a vu naître , pour venir dans une terre

étrangère au milieu d'un peuple qui vous était in* connu ' .

Le Seigneur vous rendra le bien que vous avez fait, vous recevrez une pleine récompense du Seigneur le Dieu d'Israël vers lequel vous êtes venue pour vous réfugier sous ses aîles3. Nous voyons l'accomplissement du souhait et de la prophétie de ce patriarche doué d'un cœur si tendre, d'une religion et d'une piété si élevée ; et il est important de remarquer que c'est lui-même qui procure àRuth la félicité dont il avait été l'heureux augure. Renommé dans Israël et comblé de richesses, Booz ne rougit point d'une étrangère, d'une mendiante, qui ne possède pas même un morceau de pain pour se nourrir, qui n'a d'autre dot que son cœur et sa vertu; il vient à son secours, lui donne à manger, la rassasie, la faisant asseoir à sa propre table, et de mendiante qu'elle était, en fait son épouse et la rend souveraine maîtresse de sa maison et de tous ses biens.

1 Nuntiata sunt rnihi omnia, quae fecisti socrui luœ post mortem viri sui : ut reliqueris parentes luos, et terrara in qua uata es, ei veçeris ad populum quem antea oesciebas.

- Reddat tihi Dominus pro opère tii<>: el plenara mpirpdnn rnipias a Domiuu Deo Israël, ad quem veuisli, el sub coins confugisti aJas.

L'humble foi, La tendi'e piclé de L'épouse, et La générosité de L'époux attirent tous les regards : les grands d'Israël applaudissent à cette heureuse union. Tout le peuple leur souhaite mille bénédictions qui ont un écho dans le ciel; car Dieu leur accorde un fils qui sera père d'une suite de rois qui auront le Messie pour descendant1.

Cette récompense de Ruth, si inattendue et si abondante, est encore une figure de celle qu'ont obtenue les gentils pour leur empressement à accompagner Marie, pour leur docilité à suivre ses conseils et pour s'être incorporés avec elle au peuple chrétien, se réfugiant ainsi sous les ailes de Jésus-Christ. Ainsi que Booz à l'égard de Ruth, Jésus-Christ a accompli en leur faveur cette promesse et cette prophétie faites par lui-même lorsqu'il nous dit : » que les plus grands biens seront le partage de ceux qui s'imposeront de grands sacrifices pour le suivre. » Les Gentils étaient mendiants et pauvres de la vérité et de la parole de Dieu pain et nourriture de l'intelligence.

Ils n'avaient pas la moindre parcelle de ce pain

1 El dédit illi Dominus ut coneiperet, et pareret ûlium... et vocaveruul nomeii ejus Obed ; hic pater Isai, palris David.

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divin; étant sans Dieu dans le monde, lis vivaient sans aucune idée de Dieu qui est la vérité première, le premier aliment de l'homme. Ils étaient obligés de glaner quelques épis dans le champ de Booz, c'est-à-dire qu'ils en étaient réduits pour toutes connaissances sur le vrai Dieu, à quelques rares notions que les Juifs laissaient échapper au moyen de leurs livres divins et de leurs relations avec les peuples. Mais à peine ces pauvres mendiants dénués de tout, mais brûlants du désir de connaître la vérité et dispo-és à la recevoir, à peine ont-ils suivi Marie, qu'ils ont trouvé Jésus-Christ qui les a enrichis de ses divines moissons , de cette vérité qu'ils cherchaient en vain depuis si long-temps ; venté qui a apaisé leur faim et mis un terme à leur misère. Enfin de ces Gentils il a formé son Église qu'il a daigné élever à la dignité d'épouse en la rendant dépositaire et maîtresse de tous ses biens. Et en effet, la sainte Église Romaine née du paganisme, est la véritable Église, l'épouse vi-ible du Sauveur, la sainte cité , son tabernacle parmi les hommes sur lesquels sont fixés tous les regards. C'est seulement dans ce tabernacle que se trouve le divin époux rempli de grâce et de vérité, là seulement se trouve le salut.

Et de même que Ruth témoigné sa reconnaissance à Noémi pour tous ses bienfaits, en redoublant de tendresse pour elle, en ne l'abandonnant point, en lui donnant son fils à élever; ainsi l'Église se reconnaissant redevable à Marie de sa dignité d'épouse de Jésus-Christ et pénétrée de la plus sincère et de la plus vive reconnaissance envers une mère si affectionnée, se tient toujours près d'elle, la chérit tendrement, la salue, la bénit, l'invoque à chaque instant, répand et maintient son culte, sa gloire, sa dévotion ; sans cesse elle lui recommande ses enfants, les confie à ses soins et à sa tendresse.

Et comment Marie correspond -elle à cette piété filiale de l'Église? Voyons encore Noémi. Elle s'estime plus heureuse de voir un fils né à Ruth que si elle-même eût enfanté sept fils1. Ce fils, il est vrai, n'est point né de son sein, mais de son amour; c'est comme s'il était son propre fils, lui étant donné pour sa consolation et sa gloire2. De même Marie s'estime plus heureuse dans ses enfants nés à l'Eglise que si elle les eut enfantés ellemême. Nous ne sommes point nés de son sein, il

1 iklullo libi melior est quara si seplém filios haberes.

1 De nuru eiiim lua natus est. Habes qui consolelur auimam tuam,

est vrai, mais de sa charité et de ses angoisses ; nous sommes nés de Jésus-Christ, mais par Marie et à Marie, pour lajoie de son cœur, pour l'honneur de sa mystérieuse fécondité.

A peine Rutha-t-elle donnné le jour à son fils, que Noémi sans en être priée, mais par un élan d'amour, prend dans ses bras, et selon la douce expression de l'Écriture, le met dans son sein, le couvre de baisers , le comble de caresses et l'élève comme s'il était son propre fils * . Telle est la conduite de Marie envers les nouveaux enfants de l'Eglise. Elle aussi les met dans son sein, les chérit, les comble de caresses, les tient sous sa garde comme s'ils étaient ses propres enfants. Heureux si une fois enfants de l'Église par le baptême, nous maintenons ce privilège par la pureté de notre Foi, par la sainteté de nos mœurs! Heureux, si à l'exemple de Ruth , vainqueurs du respect humain, et méprisant les censures des hérétiques et des mécréants, nous sommes fidèles à suivre Marie, à l'honorer, à la chérir! Nous serons le vrai peuple de Marie, le peuple élu! Nous serons à Jé-

' Sascepttnnqtie Kuemi pucrurà posuit m siau buo et nuiïkb fungebului ufficio.

sus-Christ, au Dieu de Marie; nous serons amis de Marie comme Jésus-Christ lui-même auquel nous serons incorporés et unis spirituellement; cette douce mère nous accueillera , nous déposera dans son amoureux sein ; nous serons gardés, nourris, élevés, bénis par elle, comme ses propres enfants ! .

0 heureux enfants , ô enfants nouveaux-nés d'une nouvelle mère et appelés à une nouvelle vie, louez le Seigneur; louez sans cesse la douceur ineffable et la puissance de son nom2. Oui, qu'il soit béni le saint et auguste nom en qui seul s'opère le salut, qu'il soit loué dans le temps et dans l'éternité 3. Qu'il soit loué dans tous les temps et dans tous les lieux et par tous les hommes; qu'il soit loué par les justes que le soleil de justice éclaire et que les pécheurs le louent dans leurs ténèbres : le juste lui doit sa justice, et quel autre que Lui peut être l'espérance du pécheur 4 \ Quelle puissance , quelle miséricorde peuvent se comparer à celles de notre Dieu ; tout inaccessible

1 Susceplum puertun posuit in 6ine suo, et nutricis fuiigebatur officio.

-' Laudate pueri Dopinum, laudate nomen Domini. 5 Sit nomen Domini benediclura ex, hoc mine et usque in sœculum. 4 Asolis ortuusque adoccasum laudabile nomen Domini.

qu'il soit dans sa gloire , il a daigné abaisser jusqu'à nous le regard de sa clémence, et il a eu compassion de notre misère1. Nous étions pauvres, abandonnés, dénués de tout, plongés dans un abîme de ténèbres , et sa main puissante et miséricordieuse nous a vengés de l'abjection 2 . Non content de nous relever de notre chute , il nous a amoureusement conduits dans sa maison , nous a fait asseoir à la table de ses enfants, parmi les anges, les apôtres, les princes de sa cour, les chefs et les giùdes de son peuple3. Il a donné pour patronne à cette maison , à cette auguste famille , une femme humainement stérile , mais divinement féconde : Il l'a rendue mère, il l'a enrichie d'une nombreuse famille ; et de même qu'elle met sa joie à se voir entourée de ses nombreux enfants, ainsi ses nouveaux enfants trouvent leur bonheur à environner une telle mère \

0 Marie, vous êtes donc cette mère, et nous sommes vos heureux enfants! Qu'il soit mille fois béni , qu'il soit loué dès maintenant et dans

1 Quis sicut Domiuus qui in altis habitat et humilia respicit in cœlo et in terra!

- Suscitans a lei ra inopem et de siercore erigens pauperem. *UI coUocet eum principibus, cura principihus populi ^ui. ' Qui baMtare tacit -tentera in dMK) outrera fitioruoi fceiautera.

l'éternité, le nom du Dieu bienfaisant qui nous a prévenus par une miséricorde et une bonté aussi signalées1.

5 SU nomen Domini benediclum ex hoc nunc et usque in sœculum.

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