‹ Les beautes de la foiChapitre 10 sur 33 · QUATRIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LECTURE

Marie, étoile mystique, ou la grande coopératrice dans l'œuvre de la Foi.

Nous avons vu son étoile....

Ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa uière '.

INTRODUCTION

§ I. La séduction d'Eve comparée à V annonciation de Marie. La m'ere de Dieu choisie pour coopérer aux mystères de son fils dans le salut du monde, coopère à la conversion des Mages et à la vocation des Gentils. Sujet de cette lecture.

Xous lisons dans les Ecritures deux traités de la plus haute importance conclus par deux anges avec deux femmes mystérieuses, savoir : le traité de Satan avec Eve, consigné dans la Genèse, et celui de Gabriel avec Marie, rapporté par saint Luc; traités qui dans un sens bien différent ont fixé les destinées du genre humain; contraires entr'eux et dans leur esprit et dans leur but, ils sont comme deux évangiles dignes de fixer toute notre attention et bien capables de nous rendre raison de la

1 Vidimus stoliam ejus... {mèneront pueram cum Maria maire ejus Malt1-

convenance qui existe entre deux faits si opposés entr'eux et unis par des relations si précises et si exactes, et ainsi, servent admirablement à faire ressortir l'économie merveilleuse des desseins de Dieu, l'ordre de ses conseils, les liens secrets mais réels et nécessaires qui existent entre ses plus grands mystères.

Eve était vierge quand l'ange de ténèbres s'approcha d'elle pour la séduire ; et c'était une vierge que l'ange de lumière salua en saluant Marie \ Comme Eve vierge, de même Marie vierge avait un époux 2.

Les premières paroles du serpent, s'adressant à Eve, supposent et exaltent dans cette femme présomptueuse un sentiment d'indépendance , relativement à Dieu , un mérite, une élévation qu'elle ne possède point réellement. « Pourquoi, lui dit-il, Dieu a-t-il pu vous défendre de manger indistinctement de tous les fruits du Paradis 5 ? Ce qui revient à dire : de quel droit, de quelle autorité Dieu vous a-t-il fait une semblable défense , et quelle obligation avez-vous de vous y soumettre? Au con-

' Missus esl angélus Gabriel ad Virginem.

2 Ad Virginem desponsalam Joseph.

' Cur praccepit vobis Deus ut non comederclis de omni ligno Pa-

radisi ?

traire , les premières paroles adressées à Marie , par l'ange Gabriel, annoncent dans cette heureuse vierge un mérite réel, une élévation, une éminente sainteté , la possession entière et parfaite de la grâce, l'union la plus intime avec Dieu : Je vous salue Marie, lui dit-il, vous êtes pleine de grâce, le Seigneur est avec vous \

Xous voyons des effets bien différents de ces deux salutations. Le langage du mensonge et de l'imposture, qui aurait dû troubler l'âme d'Eve, L'enivre au contraire d'une folle complaisance dans son prétendu mérite et la remplit d'un orgueil démesuré. Eve commence par se croire ce qu'elle n'est point réellement et porte la présomption jusqu'à révoquer en doute la véracité des menaces divines, car , dit-elle : « Pour ce qui est du fruit qui est au milieu du Paradis, Dieu nous a défendu d'en manger et d'y toucher . de peur que nous ne fussions en danger de mourir 2. »

Au contraire, le langage de la sincérité et de la vérité, qui aurait dû rassurer Marie et la rendre satisfaite d'elle-même, la met dans le trouble et la

K\i\ ui atia pleua. Domiuus lecum.

' fruclu vern ligïii, quod est \<\ medio Paradisi, pracepït n<>!»i. ie • yraederemus, el fte laogcremus illud, ne forte mviiam'u

frayeur. Persuadée, par son humilité, qu'elle est indigne d'une salutation aussi sublime, elle en est effrayée au lieu de s'y complaire et ne peut comprendre la raison de cette démarche d'un ange ni quel peut en être le but ' .

Ainsi, Eve s'enorgueillit et Marie s'humilie; Eve est satisfaite d'elle-même, et Marie se trouble. L'une est dans la joie et l'autre dansla frayeur. Eve ne saurait cependant se défendre d'une certaine crainte ; lesdivinesmenaces quiraisonnent encore à son oreille ne lui permettent point de s'abandonner au péché sans quelque appréhension. Elle craint, elle éprouve de la répugnance ; mais l'unique motif de cette hésitation et de cette crainte est la possibilité d'encourir, non point la disgrâce de Dieu, en violant son commandement, mais la peine de mort dont elle a été menacée. Que lui importe de se rendre coupable, pourvu qu'elle évite le châtiment. Ce n'est point le péché qui l'arrête , mais la mort qui pourrait s'en suivre ; et si elle peut se rassurer contre le châtiment, elle est prête à prévariquer 2.

Il en est tout autrement de Marie; ce qu'elle

' Turbata c^i in sermone pjus, el cogilabat qualis e&set jsla solu- ■ se i"! te muriamn'i

redoute par- dessus tout, en devenant mère de Dieu , est de violer la promesse qu'elle a faite de demeurer vierge. Peu lui importe la sublime dignité à laquelle elle se voit appelée, si elle doit contracter une souillure. L'unique difficulté qu'elle voit à devenir mère de Dieu n'est point le sacrifice que devra lui imposer sa nouvelle condition , mais la perte de sa virginité qui devait s'en suivre. Elle veut bien se soumettre à la volonté divine , mais à condition qu'il lui sera permis de maintenir son vœu. La crainte d'Eve provient d'un amour désordonné de la vie, et celle de Marie d'un légitime amour de la pureté ; Eve éprouve une crainte intéressée, sensuelle et servile; Marie n'ayant en vue que les intérêts de Dieu , sa crainte est par là sainte et généreuse. Cette crainte désordonnée d'Eve est un nouveau péché , et celle de Marie est un nouvel acte de vertu.

Ainsi, à l'instant l'une est punie de sa prévarication, et l'autre récompensée de sa vertu; car en punition de sa crainte coupable, Eve est induite en erreur, et Marie est récompensée de la fidélité qu'elle a gardée dans sa crainte : l'une trouve le mensonge et l'autre la vérité. Le mensonge rassure Eve dan^ sa crainte née du pé<:hé. quand le

serpent lui dit : Non la menace de Dieu n'aura point c}e suite, rassurez-vous, vous ne mourrez point '. C'est la vérité qui rassure Marie dans sa crainte née de la vertu la plus pure, lorsque Fange lui dit : Ne 'craignez point, ô Marie, pour votre virginité; la conception que je vous annonce ne sera point l'effet de la fécondité naturelle de l'homme, mais de la vertu surnaturelle de l'Esprit-Saint et de la puissance de Dieu.

Mais comme l'une et l'autre sont dans le doute, Satan encourage Eve à la rébellion ; et Gabriel exhorte Marie à l'obéissance : l'un promet une grandeur mensongère, sacrilège et impossible, en persuadant à Eve qu'elle deviendra semblable à Dieu 2 ; l'autre promet une grandeur véritable et réelle dont la sainteté sera le fruit comme il en est le principe, la base et le moyen 3. Ainsi toutes deux donnent leur consentement ; l'une au désir orgueilleux de devenir un autre Dieu, l'autre à l'humble désir de devenir en tout soumise, obéissante et fidèle à Dieu. Ainsi, l'une n'étant qu'une simple créature de Dieu, s'applaudit dans son

Nequaquam morieminî.

Sed critis sicut Dei.

Quc-d naseetur ex te sanctum, "vocabitur filius Dei.

cœur de se voir bientôt san égal; el l'autre, qui est déjà mère de Dieu, se reconnaît indigne d'être son humble servante '. O Eve téméraire et imprudente, en ajoutant foi au langage de Satan, vous vous êtes plongée dans le malheur avec vos infortunés descendants! O sage et vertueuse Marie, en ajoutant foi à la parole de l'ange, vous vous êtes rendue heureuse avec toute votre postérité spirituelle! Et de même que dans la première mère s'accomplissent les menaces de Dieu, dont elle se rit; ainsi s'accomplissent dans la seconde les divines promesses dans lesquelles elle met touteses espérances 2.

Savez-vous pourquoi, dit samt Pierre-Chrysologue, un ange fut envoyé à Marie pour conclure avec elle ce précieux traité de notre salut? C'était parce qu'un ange avait conclu avec Eve le traité funeste de notre ruine; c'était afin que l'homme revint à la vie par les mêmes moyens qui l'avaient conduit à la mort 3. Ainsi, comme la malice du démon avait fait coopérer une femme au péché avec le premier Adam, de même il aplû à la Divine Sa-

i Ecce ancilla Domini.

2 Beala qua? credidisti perficienlur in te quse dicta sunt tibi a Domino.

s Agit cum Maria angélus de salute, quia cum Eva angélus çge-

, defair< coopère] une lemmeavecie second Adam à la destruction du péché. La Divine Sagesse en a agi ainsi, dit saint Jean-Chysostôme, afin de faire concourir les deux sexes à notre rédemption, comme ils avaient concouru à notre perdition; et de rétablir par Marie tout ce qu'Eve avait détruit, comme Jésus-Christ a racheté tout ce qu'Adam avait perdu 1 .

C'est pour cette raison que nous voyons Marie unie aux principaux mystères de Jésus-Christ; et les évangélistes ont eu soin de nous le faire observer, afin que nous ne séparions point ce que Dieu lui-même a uni.

C'est ainsi que dans le mystère que nous exposons, saint Matthieu a expressément remarqué que les Mages trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère 2 ; voulant par là nous indiquer que dans ce mystère , la mère a participé à la clémence du Fils; et qu'Étoile elle-même, elle a coopéré avec Jésus-Christ à la conversion des Mages et à la vocation des Gentils à la vraie Foi.

rat de ruina ; ut homo eisdern cursibus, quibus dilapsus fuerat ad mortem, rediret ad vitam.

1 Restaura lur per Mariam, quod per Evam perierat ; per Christum redimilur, quod per Adam fuerat captivatum {De lnterd. Arb.). Inverseront puerum cum Maria maire ejus (Matth. 2).

Mais comme il est plus dans l'ordre d'attendre l'arrivée des Mages à la grotte de Bethléem pour parler de la pieuse coopération de Marie à leur mystérieuse offrande , nous allons exposer dans cette lecture la manière dont cette étoile mystique a coopéré non-seulement à leur instruction , mais encore à la nôtre, et à notre union avec Jésus- Christ; c'est-à-dire qu'avant d'entrer dans l'explication ' des autres mystères que présente l'histoire des Mages , nous examinerons comment Marie a participé à ceux que nous avons exposés jusqu'alors.

§ II. La parole de Dieu renferme diverses significations. L' Étoile des Mages est encore la figure de Marie. Traits de ressemblance entre Marie et l'Étoile*

La parole de l'Homme ne dit rien de plus que ce qu'elle énonce littéralement ; toute phrase , toute locution purement humaine , n'exprime qu'une seule idée, qu'une seule pensée ; mais telle est la richesse de la parole de Dieu, disent les interprètes , qu'une seule expression renferme au

1 Le P. Ventura publiera plus tard Vcxplkation ici annoncée des autres m> stères, ce qui ajoutera à cet ouvrage une seconde partie dont on espère donner la traduction. Œote de fééitew.)

moins quatre significations; et cette admirable fécondité est, au jugement de tous , une de* particularités qui nous révèle l'excellence et la majesté du langage divin \

Ainsi, sans sortir de notre sujet, le mot Étoile qui se trouve dans l'histoire des Mages, indique dans le sens littéral l'étoile véritable, miraculeuse, réelle et visible, qui apparut aux Mages pour leur annoncer la naissance du Messie. Mais comme nous l'avons fait remarquer, dans le sens figuré et allégorique, elle indique Jésus-Christ qui est la vraie lumière du monde ; elle est l'image de la grâce de la Foi qui éclaira les hommes ; et enfin , elle est encore une figure de Marie et de son ministère dans la conversion des hommes 2.

Et comme dit un interprète, l'étoile sur la grotte fut comme une étoile arrêtée sur une autre étoile; car le nom de Marie signifie Etoile de la Mer. Ainsi, la Mère comme le Fils était vraie Étoile r'.

' Scriptura sacra caeteris universis, omnium consensu, tum multis aliis, tum hoc aulecellit; quod cœlerœ unam dum taxât una pbrasi; hœc quatuor ut minimum dicat scnteiilias (A Lap. Encom. Sac» Script., sect- 4, i).

2 Allegorice, Chrislus est Stella, et rursum Stella est beata Virgo {A Lap. inMatth. S).

s Stabat Stella super stellam; Maria enim Stella maris interpretatur. Stella ïlaqtte 1 ilius ; Stella et Mater*

Et quel autre symbole que celui de l'étoile des Mages pouvait être plus propre à désigner, à signifier Marie ?

L'étoile des Mages n'était point une étoile ordinaire ni commune, mais une étoile particulière par sa matière, par son mouvement, par sa lumière , par le temps de son apparition ; une étoile nouvelle et miraculeuse que Dieu créa dans le seul but de manifester et de prêcher Jésus- Christ, et par là est appelée par excellence l'étoile de Jésus-Christ V Ainsi Marie , quoique vraie femme, n'est point une femme ordinaire, mais privilégiée, miraculeuse, tout à fait nouvelle par son immaculée conception, par l'abondance de ses grâces , par la sainteté de sa vie, par la sublimité de sa condition; elle est unique parmi toutes les femmes ", comme nous l'indique la salutation de l'Ange:- Je vous salue Marie pleine de grâce, vous êtes bénie entre toutes les femmes 5. * Marie a été uniquement créée et enrichie de tous les dons célestes en vue de Jésus-Christ , afin de pouvoir préparer en e le une demeure , aussi digne

1 Vidimus sleUam ejus«

I go î'-"l ! !(l -

\ ■ [ruUa nlena, Ijciicdii.ta Ui in'mulieiibuî {Lue., i

que possible de son divin fils : elle est 'loue par excellence la créature, la Mère de Jésus-Christ V.

L'étoile des Mages était très éclatante et très lumineuse, et Marie, miraculeusement préservée de la tache commune à tous les hommes , est la créature la plus remarquable par sa pureté et sa candeur ; elle brille de la lumière la plus ravissante par la splendeur de ses privilèges et le feu de son amour. L'étoile, donnant sa lumière sans s'altérer ni se corrompre , est par là , dit saint Bernard , la figure la plus expressive de Marie , qui enfanta Jésus-Christ sans altérer sa virginité ; car, de même que la lumière, en se répandant, n'épuisa point l'étoile; de même Jésus-Christ, en naissant, laissa intacte sa mère 2.

Ainsi, continue le même docteur, Marie est cette noble étoile de Jacob, dont Jésus-Christ son fils est la lumière , lumière qui éclaire l'univers , brille dans les cieux , pénètre dans les enfers , et parcourant la terre , porte la chaleur et la vie dans les âmes, détruit les vices, fait germer et conserve

1 Maler ejus.

3 virgo aptissime Sidcri comparatur- Quia sicut sine sui corruplione siclus suum eiuiltU radium; sic absque sui tesione virgo parlurivif Filium. Neç sideri radius suaifl minuit clarilalem -, nec Virgini Filius suara irilegrilalem {Hom., -. Sun Mis,"}.

les vertus. C'est une étoile éclatante que Dieu a suspendue sur le vaste Océan du monde pour y briller par ses mérites et l'éclairer par ses exemples '. C'est dans ce même sens que l'Église appelle Marie Y étoile de la mer 2, comme étant après Jésus-Christ la consolation, l'espérance, le soutien, le guide de l'infortuné navigateur qui vogue sur la mer orageuse de ce monde.

j III. Marie, étoile du matin, nous a annoncé le jour du salut, comme Eve nous annonça celui de la mort. Mission de coopératrice exercée par Marie, d'abord en faveur des Mages qu'elle instruisit de ses mystères et de ceux de son fis. (Test à juste titre qu'elle est nommée reine des apôtres, les ayant instruits plus tard ainsi que V Église.

Le titre d'Étoile du matin " que l'Église donne à Marie est plus mystérieux et plus approprié encore à sa mission; car Marié, comme l'étoile du

1 Ipsa est uitur nobitissinia Stella ex Jacob orla, eujus radius iuriversuru orbem illuminât ; cujus spleodor et praefuiget La sup i inferos pénétrât, terras etiam perlustrans; el - magis

mentes quam corpora, fovet virtutes, excoquit >iiia. lp;a, inquain, est pra?clara et esiraia Stella >uper hoc mare spaliosum sublevata, micaus mentis, illustrai); exemple ./

: \\p marie -lella.

: Stella Hatultna.

mutin, a été l'heureuse annonce du jour du salut, comme Eve l'avait été du jour funeste de là perdition; et par Marie a commencé lemporellement la vie expiatrice du second Adam, comme par Eve avait commencé la vie pécheresse du premier. Aussi l'Église, dans ses cantiques, se répand sans cesse en actions de grâces envers cette Vierge bénie, de ce qu'elle nous a fait récupérer, par le fruit de ses chastes entrailles, ce que la malheureuse Eve nous avait enlevé par la prévarication de son cœur ; elle invite les peuples rachetés par le sangprécieux de Jésus-Christ à rendre gloire à Marie pour cette vie céleste dont nous sommes redevables à sa médiation \

De-là, les Pères de l'Église sont unanimes à considérer dans Marie la véritable Eve , l'Eve parfaite , en ce qu'elle a été le vrai contraste de l'ancienne, et a fait pour notre salut tout ce que la première avait fait pour notre ruine.

Un des plus anciens Pères de l'Église, saint Irénée , dit que, comme le genre humain avait été conduit à la mort par une vierge ( car Eve était vierge quand elle pécha ) , de même il a été rap-

'Qaod Ev;i tristis abslulit. — Tu reddis almo germinc lam per Virginem. — Génies redempta? plaudite.

Vilain dalam per

lis

pelé à la vie par une autre vierge '. Et ainsi, ajoute Tertullien , le péché commis par la folle et sacrilège crédulité d'une femme , a été effacé par l'humble et pieuse foi d'une autre femme. '. Et, comme dit encore saint Epiphane , la vie nous est venue du même sexe qui nous avait apporté la mort, et c'est par le moyen d'une femme qu'est devenu notre vie Celui qui a détruit la mort introduite dans le monde par une femme 3.

C'est une femme, dit saint Augustin, qui nous a fait mourir, et c'est une femme qui nous a fait revivre ; Eve a ouvert à la mort les portes du monde, Marie les a ouvertes au salut et à la vie4 . Et ailleurs, reprend encore le même docteur : Eve porta dans son sein les larmes et le deuil, et Marie la joie et le contentement , parce que l'une enfanta un pécheur, et l'autre, le juste par excellence. Ainsi nous ne sommes redevables à notre mère charnelle que des maux qui désolent le monde, et à notre mère spirituelle, à la mère de Jésus-Christ, nous devons la

1 Quemadmodum morti adstrictum est humanum geiius per virginem, salvatur per Virginem.

! Quodilla credendo deliquit, hœc credendo delevit.

5 Unde illata est mors, iJlinc procesât et vit;» : fj( qui permuliercm oobisvita foetus est, morlem exrauliere induclara «-\<-lu>it.

1 Per (beminam mors, pei fœmioara vila- ¥es Lvam interitu-. pci Mariam -

grâce et le salut que le monde espère et possède'. Et, revenant au même sujet, le même père ajoute : Do même qu'Eve est auteur du péché, Marie est auteur du mérite; Eve n'a fait que nous nuir en nous faisant mourir en naissant, et Marie nous a rendu une vie nouvelle. Ainsi l'une a fait la blessure et l'autre y a apposé le baume salutaire2.

Or, les Mages ont été les premiers à jouir des effets de cette grande restauration opérée par le moyen de Marie.

Ce fut de Marie qu'ils apprirent parfaitement à connaître Jésus-Christ, le second Adam réparateur de la ruine du premier; ce fut d'elle qu'ils le reçurent ; et c'est à cette amoureuse coopération que l'Évangéliste fait allusion lorsqu'il dit que les Mages trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère5. Car, il n'est aucun doute, disent les interprètes , que les Mages arrivés à la cabanne de Bethléem, temple auguste de Dieu sur la terre, n'aient eu de saints et sublimes entretiens avec la très

1 Eva lux.il, isla exultavit ; Eva lacrymas, Maria gaudium in ventre portavit; quia illa peccalorem, ista edidit innocentent. Hâter genevis nosiri pœnam intulil mundo ; genîtrix Domiiii nosiri inlulil mundo salulem.

"Auctrfcpeecati Eva, auctrix ineriti Maria. Eva occidendo obfuil; Maria vivifhaudoprol'uil. Illa percutait; ista sànavit.

1 iHvéïïefunl paerum cum Maria itikitro ejus.

sainte Vierge. Ils durent apprendre de sa bouche le grand mystère de la conception et de la naissance miraculeuse de Jésus-Christ, celui de la virginité de la mère et de la divinité du fils, et ainsi éclairés et instruits par elle, ils se prosternèrent humblement pour adorer leur Sauveur, non point d'une adoration simplement obséquieuse, comme on ferait à l'égard d'un roi de la terre , selon le rêve de Calvin, mais d'une adoration religieuse telle qu'avait droit de l'attendre le roi du ciel, le Fils de Dieu comme l'enseigne l'Eglise1.

D'ailleurs ce que nous venons de dire se déduit clairement du/texte sacré, en ce que cette circonstance de Jésus-Christ trouvé avec sa mère précède immédiatement celle de l'adoration des Mages2. C'est comme si l'Évangéliste eut dit : En entrant dans la cabane , les Mages trouvèrent Jésus dans les bras de sa mère, et ayant appris d'elle la sublime dignité de son fils , ils se prosternèrent pour reconnaître et adorer le Fils de Dieu, le roi des cieux dans un enfant vrai homme et relégué par

1 Deum falentur munere (Hymn. Epiph.)- Hao dabima est, Magos cum 15. Vîrgine fuisse coUocoios, ab eaque didicisse modum conceplionis, parlus, et nalivilalis; ideoquc Christum Deum, Deique l'ilium adorasse (In 2 Matlh )

•' inreoerunl puerum cum Mariât *• El pro< identes adorayerant.

les hommes dans un lieu obscur do la terre. • Or, comme nous l'avons déjà fait remarquer, les pasteurs et les Mages ont été les prémices de l'Église ; et l'Église a pris naissance dans la grotte de Bethléem2. Ainsi nous voyons Marie instruire l'Église naissante dans la personne des Mages et des pasteurs, en leur manifestant les mystères de son fils, les secrets de la grâce et du salut, en leur faisant connaître Jésus-Christ pour ce qu'il est véritablement, vrai Dieu et vrai homme, et Sauveur des hommes. Elle leur expose sa religion et ses lois, leur annonce ses promesses et par là devient le premier évangéliste, le premier apôtre de Jésus-Christ, et c'est ainsi, qu'à bien juste titre, l'Église l'appelle la Reine des apôtres.*

On peut encore ajouter que ces paroles de saint Matthieu : » Ils trouvèrent Jésus avec Marie sa mère » , nous rappellent naturellement ces autres de saint Luc : « Tous ensemble (les apôtres et les disciples), animés du même esprit, priaient constamment avec Marie mère de Jésus. « Or, il ne faut point prendre isolément ces deux passages

i Invenerunt cum Maria... Et procidenies adoraverunt, 2 Videle Ecclesia? surgeniiî exordium.

'Regina Aposoilorum.

de l'Écriture qui on1 une relation si in-

time, l'un faisant mention de la présence de Marie à la naissance de l'Eglise à Bethléem, et l'autre indiquant aussi sa présence , lorsque l'Église naissante attendait dans le cénacle , pour devenir adulte, la venue prochaine de l'Esprit-Saint. Ainsi, ce n'est qu'avec Marie que l'Église commence avec les Mages, et qu'elle se consolide avec les apôtres \ La mère de Jésus est toujours à la tête de la famille , de l'Église de Jésus ; elle l'instruit par la sagesse dont elle est le siège, l'édifie par les bons exemples dont elle est le modèle, la soutient par son zèle et la prière continuelle qu'elle adresse à Dieu pour la prospérité de cette épouse chérie de son divin fils 2.

Ainsi, nous avons été instruits par l'Église. TÉglise par les apôtres et les apôtres par Jésus- Christ 5. Mais cette doctrine céleste émanée du sein du Père a été expliquée aux apôtres par Marie qui, dans sa virginité permanente, comme dans les prodiges que la droite du Seigneur a opéré en elle, continue à être, depuis l'ascension du Sauveur.

» Curn Maria maire Jesu.

2 Erant persévérantes in oratione cum Maria.

3 Omoîa qœectiroque audivia paire roeo nota fcciYobis(/<Hm., 15).

ïapreuv< ie vivante et sensiblede ladivi-

nité et de L'humanité de Jésus-Christ : ces deux dogmes substantiels étant le fondement de la Religion , Marie en est l'Évangile par excellence, le témoignage le plus lumineux et par conséquent, la suprême maîtresse, l'Évangélistedes Évangélistes l'apôtre des apôtres de Jésus-Christ.

§ IV. Marie a continué son ministère d'apôtre en faveur des Gentils. De même que l'étoile a attiré les Mages, ainsi Marie attire les dmes à Jésus- Christ. Doctrine de saint Augustin appliquée à Marie.

L'apostolat de Marie ne s'est point borné aux Mages ni aux apôtres , il s'est perpétué en faveur des Gentils et ne finira qu'à la conversion du monde entier. Et voici encore un trait frappant de ressemblance entre Marie et l'étoile des Mages. De même que l'étoile est en quelque sorte le premier Évangile que le doigt de Dieu a écrit dans les cieux, Evangile mystérieux qui a annoncé Jésus- Christ aux Mages, ainsi Marie, dit un ancien Père de l'Église, est un livre mystérieux et vivant écrit non du doigt de Dieu , mais de la droite du Tout- Puissant; livrequi donne à lire aumonde entier les

mystères du Verbe do Dieu l. Et saint GyriHte d'Alexandrie reconnaissant dans Marie la même prérogative, dit qu'en sa qualité de vraie étoile mystérieuse , elle conduit toutes les nations du culte des idoles à la connaissance de la vérité, et fait briller la lumière du fils de Dieu chez les peuples assisdans les ténèbres et les ombres de la mort 2 ; ensorte que, comme Jésus-Christ a dit en parlant de son père : •• Personne ne vient à moi si mon Père ne l'attire » , ainsi peut-on dire de Jésus-Christ relativement à Marie : « Personne ne vient à lui s'il n'y est conduit par Marie 3 ».

Mais comment Dieu père de Jésus-Christ et Marie sa mère, peuvent-ils concourir ensemble à attirer les hommes comme l'étoile attira les Mages? Pour bien entendre cette vérité il faut se reporter à l'interprétation que saint Augustin donne de ces paroles : « Personne ne vient à moi si mon père ne l'attire. »

Il est d'abord constant que, comme rien n'a été

' Liber incomprebensus qui verbum palris rnundo legendumexbibuit (S. Epiphr.

a Fer te oranis creatura, idolorum errore detenta, conversa est ad agnitioncm verilalis. Per te unigenitus Dei Filius, vera illa lux effulsit sedenlibus in tenebris et umbramortis (Hom, contr, JYesM.

: »mo ven'u ïd me ; nisi m? ter mea tr?xerit illum.

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