‹ Les beaux-arts à l'Exposition universelle de 1878: impressions et notes dChapitre 3 sur 18 · DE I · texte numérisé non relu

DE I

Je suis en retard, et vous dois des excuses, bien qu'il n'y ait pas encore eu beaucoup de temps de perdu, cette grande Exposition étant à peine au complet dans ses parties les plus intéressantes. D'ailleurs, trop de journaux, devançant l'opinion de visu du public, se sont empressés d'en raconter bruyamment les splendeurs pour que j'aie à reprendre la question au point de vue d'un simple cicérone retardataire. Mon rôle sera différent, ce sera celui de l'observateur qui, tout en regardant çà et là, tâche de glaner, pour en conserver le souvenir, le meilleur de ce qui l'a frappé, ou ce qui lui semble tel, d'après ses propres impressions motivées; l'avis des autres ne viendra à la suite qu'à titre de correctif ou de confirmation des jugements de votre serviteur. Inutile de vous parler d'indépendance et de bonne foi, nous nous connaissons de vieille date déjà, et vous savez que si a mon verre est petit », au moins « je bois dans mon verre ». Par conséquent, je garde toujours la responsabilité de mes dires.

Ainsi que cela a été convenu entre nous, c'est dans le cercle exclusif des beaux-arts et, à leur suite, si, comme je l'espère, le temps ne nous fait pas défaut, des principales branches de l'art industriel qui en dérivent directement, que se renfermeront nos appréciations ; le choix

est assez riche déjà, et les diverses écoles, mises en présence, assez remarquables pour occuper notre attention. C'est à d'autres plumes plus autorisées qu'il appartient de traiter des choses de la science appliquée, et de vanter, en connaissance de cause, les admirables, les étonnants résultats réunis à profusion sous les yeux de ce million de visiteurs confondus de tant et si curieuses merveilles. Restons dans notre spécialité.

Mais, même en nous restreignant à ne parler que des beaux-arts seuls, par où commencer? Si la politesse française veut, grammaticalement, qu'on ne se nomme que le dernier, devons-nous obéir strictement à cette loi rigoureuse de l'hospitalité offerte? Et ne serait-il pas juste d'adopter tout bonnement Tordre alphabétique, et d'entrer en matière en partant de l'extrémité sud de la rue des Nations, à la lettre A...? Oui, mais alors ce serait donc à ? Je préfère, toute réflexion faite, vous introduire purement et simplement par le grand vestibule du gigantesque quadrilatère du Champ-de-Mars qui fait face au Palais du Trocadéro, en vous invitant à jeter avec moi un coup d'œil en passant dans la première salle qui s'ouvre devant nous au beau milieu, celle-là nous conduira dans une autre, et de salle en salle, arrivant jusqu'à la dernière, nous aurons pu voir et apprécier les caractères particuliers à chaque école, en prenant la nôtre pour type de comparaison. De cette façon l'ensemble pourra être jugé sans partialité ni exceptions et chaque pays aura son tour d'ordre naturel suivant l'emplacement qui lui a été attribué.

Et à ce compte, il nous faut débuter, bon gré mal gré, par la France; pas moyen de faire autrement, sous peine de confusion. Prenons-en notre parti sans arrièrepensée, et en nous excusant au préalable de passer les premiers, le plan de distribution du Champ-de-Mars l'exige ainsi.

Cette mise en scène du vestibule d'entrée est bien belle. Tout cela est ordonné avec un goût parfait dérangement, et vous n'avez pas encore pénétré dans Tin-

térieur des galeries que déjà votre regard est charmé par les magnifiques collections indiennes du prince de Galles. Vous voilà, dès le début, condamné à vous montrer difficile. Ce me sont encore, il est vrai, que des armes, des étoffes, des bijoux et des vases, mais l'effet en est si riche, le travail si curieux, la matière si attrayante!

Et obligé de n'indiquer tout ceci que pour mémoire, il ne m'est pas non plus permis, pour l'instant, de vous retenir devant nos Sèvres et nos tapisseries nationales des Gobelins et de Beauvais qui décorent les murailles de ce même vestibule si vaste et si bien aménagé qu'on peut le considérer comme le brillant sommaire de ce qui nous attend dans les galeries ou dans les salles réservées à telle ou telle nation. Libre à vous pourtant, si bon vous semble, de vous y reposer comme le font bien d'autres, à toute heure, pour faire provision de forces, car vous trouverez de quoi vous fatiguer, et il n'est guère probable que vous soyez arrivé ici, tout d'un trait, les yeux fermés, si surtout vous avez longé les pelouses verdoyantes et les pentes fleuries du Trocadéro.

Maintenant que vous n'avez plus qu'à voir, et qu'aucune préoccupation gênante ne trouble les favorables dispositions de votre esprit qui s'est mis en vacances pour la journée, prenez le livret et avançons.

Au centre, auprès de l'horloge, s'ouvre la section de la statuaire française.

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