Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878
r Industrie, dont nous admirons les prodiges au Champ*de-Mars, est une des plus utiles applications de l’intelligence et de l’activité humaines, les Beaux-Arts en sont comme l’épanouissement suprême et la fleur merveilleuse. Elle serait donc bien incomplète la fête du travail dans laquelle on ne lui aurait point réservé sa place .
Les organisateurs de la grande manifestation internationale à laquelle la France vient de convier le monde étaient trop éclairés pour commettre une pareille faute.
Us ont fait aux Beaux-Arts la place qu’ils méritent : ceci veut dire une très-large place.
La Peinture et la Sculpture de tous les peuples qui ont bien voulu prendre part à notre brillante Exposition universelle de 1878, occupent la longue série de ces petits édifices, d’aspect un peu simple, mais dont le profil assez pur et les lignes architectu-
raies très-sobres ont du moins le mérite de ne jamais offenser le bon goût, qui commencent au grand vestibule de la façade parallèle à la Seine, pour se terminer à celui qui longe l’Ecole- Militaire. Grâce aux améliorations successives réclamées par la presse, et accordées par la Commission, l’installation des Beaux- Arts est aujourd’hui complète et satisfaisante; la lumière adoucie et tamisée, le jour suffisant; en un mot, toute l’organisation matérielle d’une confortabilité à laquelle on n’a plus rien à reprocher. C’est plaisir, à présent, de parcourir ces longues galeries, toutes pleines de chefs-d’œuvre, les uns que l’on retrouve et que l’on fête comme de vieux amis ; les autres que l’on voit pour la première fois, et qui nous offrent l’attrait piquant de la nouveauté.
Ces pages n’ont point pour but de remplacer le Catalogue Officiel publié par la Commission, seul guide infaillible et complet des visiteurs de notre exposition, auquel n’échappe aucune œuvre, si petite qu’elle soit, et qui restera comme le plus fidèle souvenir de la plus grande solennité artistique du xix® siècle.
Quant à nous, nous avons voulu ceci et pas autre chose : indiquer à nos lecteurs celles des œuvres exposées, soit par nos compatriotes, soit par les artistes étrangers, qui nous paraissent le plus dignes de leur attention, et dire notre opinion sur elles, avec la sincérité et la franchise indépendante qui ont toujours été le caractère de notre critique .
SCULPTURE FRA.NÇAISE
On avait voulu tout d’abord placer la Sculpture française en dehors des sàlles réservées aux Beaux- Arts. Elle aurait orné le pourtour extérieur des petits palais où la Peinture est exposée, et la blanche théorie des dieux et des héros, des nymphes et des déesses, se serait alignée sur un côté de la rue des Nations, faisant ainsi vis-à-vis aux façades si ornementales et si pittoresques des sections étrangères.
Le projet n’était certes pas dépourvu de grandeur, et l’on peut dire qu’au point de vue décoratif, il aurait donné un résultat des plus satisfaisants. Mais ce point de vue, si intéressant qu’il puisse être, n’est pas le seul qu’il faille considérer dans une question comme celle-ci : il y a encore les intérêts des artistes et la conservation des œuvres envoyées par eux, qu’il faut prendre en grande considération. Notre climat n’est pas toujours aimable, et, de sa nature, le marbre est chose délicate, que l’on ne livre point impunément à l’intempérie des saisons inclémentes et changeantes. Il a donc fallu renoncer à ce projet, si séduisant qu’il ait pu paraître tout d’abord; on a pris le parti, devenu nécessaire, d’exposer ces sculptures dans trois salles, où l’on peut sans doute les voir et les étudier fort à l’aise, mais qui ont, toutefois, l’inconvénient très-réel de trop rapprocher les unes des autres— je dirais volontiers d’entasser — des œuvres qui demanderaient pour produire tout leur effet, de l’air et de l’espace. Peut-
être eût-il été possible, c’est du moins une idée que je hasarde, de disséminer ces statues, par petits groupes moins nombreux, dans les salles réservées à la peinture Les iableaux et les statues vivent fort bien ensemble et, loin de se nuire, se font au contraire valoir les uns par les autres.
Mais ne nous attardons point en regrets inutiles et en vaines récriminations, et, puisque les choses ne sont point comme nous les aurions voulues, tâchons de les vouloir comme elles sont.
Dans cette revue rapide, qui s’efforcera d’être un guide en même temps qu’une étude, nous allons suivre l’ordre des salles ; c’est le plus sûr moyen de faciliter les recherches de ceux qui voudront bien nous lire^: