SALLE IX
Le Château de Haddon^ envahi par les soldats de Cromwell, a fourni au chevalier Castiglione le sujet d’un intéressant tableau, où le paysage, l’architecture et les personnages ont à peu près la même importance.
JjQ Retour de la Fête de Montevergine, par SiN- Dici, a beaucoup d’entrain, beaucoup d’éclat, de couleur et de gaîté : c’est une fort jolie étude de mœurs napolitaines.
Beaucoup de grandeur et de majesté dans les jRmnes de Pestum, par M. Vertuni.
Sous ce titre, la Raison d'Ftat, M. Didioni a peint avec beaucoup d’émotion le moment psychologique,
comme on dit aujourd’hui, où Napoléon annonce à Joséphine la nécessité où il est de divorcer d’avec elle. La douleur de l’impératrice, l’indignation de la reine Hortense et la sécheresse de l’empereur, vu de dos, et pourtant très-reconnaissable, et dont on devine l’implacable dureté à la raideur de sa démarche, tout cela a été fort bien rendu par l’artiste.
\i Amateur antiquités^ de M. J. Induno, est un petit tableau de genre qui serait remarqué partout : les physionomies sont parlantes ; les accessoires fort bien peints.
Il faut remarquer encore V Atelier du tailleur^ par M. Favketto, dans lequel il n’y a que des couturières, ce qui doit rendre assez critique le moment de l’essayage.
Je vois aussi quelques sculptures dans cette salle.
La sculpture italienne est de beaucoup supérieure à la peinture. Je dirai même qu’elle est supérieure à la sculpture de presque toutes les autres nations. Outre l’habileté très-réelle de la main italienne, nous avons ici plusieurs causes secondaires dont il nous faut tenir compte : je veux dire l’abondance des monuments les plus merveilleux de l’art antique, dont les musées sont pleins ; puis aussi la très-appréciable beauté des modèles que les artistes italiens ont toujours à leur disposition, et qui leur font prendre en pitié la pénurie à laquelle on est condamné à Londres ou à Paris, pénurie qui, chez nous, va augmentant de jour en jour. Serait-ce à dire que cette sculpture italienne est parfaite, et que le dernier mot de l’art moderne est dit par elle ? Si je me permettais de hasarder un tel para-
dexe, ces habiles gens, fins critiqnes et moqueurs délicats, seraient les premiers à rire de moi. C’est qu’en effet, chez eux, la conception du sujet n’est pas toujours égale à son exécution même. En un mot, leur force intellectuelle est moins grande que leur dextérité pratique. C’est le reproche que nous ferons bientôt aux Grecs modernes. Mais il n’en est pas moins vrai que c’est chez les Italiens que nous rencontrons les plus habiles pétrisseurs de marbre. Nulle part, nous ne retrouvons cette souplesse si facile, cette élégance si naturelle, cette désinvolture si aisée, enfin cette morhidesse^ qui est un don si particulier de leur race que, pour l’exprimer, nous sommes obligés d’emprunter le mot même à leur langue.
On a placé Sa Sainteté le pape Pie /X, de M. Pa- GLiACETTi, au milieu d’une foule de femmes peu vêtues qui doivent nécessairement gêner sa modestie. L’artiste lui a du reste donné un caractère de bénisseur ramolli, qui fait un contraste assez frappant avec l’expression mélangée de finesse et de force que le dernier souverain pontife garda jusqu’à la dernière heure de sa verte et admirable vieillesse .
M. Boninsegna donne le titre singulier Esclave dénudée à un marbre dans lequel il exagère quelque peu ce que, dans un certain monde, on est convenu d’appeler les beautés de la femme*
Je préfère beaucoup à cette grande statue sans expression, la petite tête de marbre de la Fille de Pharaon^ par M. ViMERCATi, qui n’a certes pas un type bien royal, mais dont les traits sont d’une grâce mignonne et l’expression vraiment charmante*