‹ Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878Chapitre 9 sur 40 · L’ITALIE · texte numérisé non relu

L’ITALIE

Le pays que M. de Metternicli — l’ancien • — avec sa suffisance de diplomate et sa morgue de grand seigneur, avait cru caractériser pour des siècles, le jour où il avait laissé tomber de ses lèvres minces cette impertinence, qu’il avait prise pour un axiome : ce L’Italie n’est qu’une expression géographique ! » L’Italie, disons-nous, tient à donner au monde la preuve de sa vie ardente et renaissante. Son exposition artistique et industrielle suffirait à établir la preuve de ce que nous avançons ici. Rien que dans la section des Beaux-Arts, nous atteignons un chiffre respectable dans le catalogue officiel. La variété ne le cède point, du reste, à la quantité, et l’on trouve vraiment de tout dans cette exposition : des marbres et des ivoires ; des cires et des bronzes ; des tableaux à l’huile et des dessins; des aquarelles et des épures architecturales... comme si l’Italie n’était pas déjà couverte de plus de m^onuments qu’elle n’en peut porter ! Ce n’est pas nous, certes, qui songerons à nous plaindre de cette activité féconde, et il ne nous déplaît point de voir les galeries affectées à l’exposition italienne déborder, en quelque sorte, sous l’abondance des œuvres qu’on leur confie, et obligées de refluer jusque dans les sections industrielles. C’est là un signe des temps qui ilous semble heureux, et que

nous saluons en passant, avec la sympathie que nous inspirera toujours une nation qui se réveille après un sommeil séculaire, et qui s’efforce de remonter à son rang.

Ceci ne veut pas dire que les Italiens d’aujourd’hui peignent comme Raphaë),^ Titien, Corrége ou seulement comme les Carrache et Guido Reni. Non certes ! on reconnaît, au contraire, chez eux, par mille symptômes, l’inexpérience d’un peuple, qui a besoin de tout apprendre, parce qu’il avait tout oublié. Les peintres de la jeune école italienne pèchent surtout sous le rapport de la couleur. Tantôt ils sont secs jusqu’à la dureté; tantôt, au contraire, ils accusent une faiblesse de coloration qui contraste singulièrement avec la vigueur que l’on remarque aujourd’hui chez les artistes de plusieurs écoles contemporaines. Mais le travail, la recherche de la composition, un sentiment pittoresque toujours très- vif, une originalité qui se projette, pour ainsi parler, dans toutes les directions à la fois, n’en est-ce point assez pour nous permettre d’attendre beaucoup de l’Italie renaissante?

Le plus grave reproche que l’on puisse adresser aujourd’hui à l’école italienne, c'est de n’avoir point le cachet d’un art national. On dirait vraiment que les artistes qui travaillent au-delà des monts, sont insensibles, et, en quelque sorte, étrangers à la civilisation au milieu de laquelle ils vivent. Ce n’est pas sans étonnement que l’on remarquera le peu de place que tient l’Italie dans l’œuvre de la plupart de ses enfants : on dirait qu’ils ne la connaissent pas ou qu’ils la dédaignent. A vrai dire, elle n’a aujourd’hui que deux

peintres réellement en évidence, M. de Nittis et M. Pasini : le premier ne quitte pas T Orient, et le second ne peint guère que des sujets tirés de la vie moderne en France et en Angleterre. Une autre observation qui n’échappera point au visiteur le plus superficiel, c’est l’absence absolue de la grande peinture, lacune aussi fâcheuse qu’elle est étrange dans un pays qui a rempli le monde des chefs-d’œuvre des maîtres de la peinture d’histoire. Pas une toile ici qui puisse nous faire croire qu‘un seul artiste italien ait jamais eu l’idée de marcher sur leurs nobles traces. Mais ne nous attardons point à regretter ce que nous n’avons pas : contentons-nous de jouir de ce que nous avons, bien que la jouissance soit parfois assez mince.

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