‹ Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878Chapitre 23 sur 40 · SALLE XXI · texte numérisé non relu

SALLE XXI

M. PIector le Roux est certainement un de ceux à qui notre exposition doit être \e^ lus favorable : ses

œuvres fines, élégantes et distinguées, gagnent beau coup à leur rapprochement momentané. La vue d’ensemble leur est bonne, parce que l’unité de l’artiste s’en dégage avec force . Classique dans la plus haute acception du mot, adorant l’antiquité, dont il connaît la vie intime comme un érudit de premier ordre, Hector le Roux emprunte la plupart de ses sujets à la Grèce et à Rome: il est certain d’avoir ainsi l’élégance du costume et la noblesse du type. Son accent personnel et son émotion intime font le reste. La Sérénade j les Danaïdes, les Vestales, la Minerve-Poliade sont des faces diverses et curieuses de ce beau talent, qu’on ne saurait trop étudier.

J ULES Breton occupe une place à part, et certes une très-grande place dans l’art contemporain, il a ce rare mérite d’être lui et non pas un autre ; il n’au* rait pas besoin de signer ses œuvres, pour qu’elles fussent reconnues au premier coup d’œil ; elles sont toujours marquées de sa griffe — qui est une griffé de lion. Il aime la campagne comme l’aimait Virgile, quand il chantait ses Églogues rustiques, ou qu’il écrivait ses Géorgiques immortelles.

Il vit aux champs, en compagnie de ces paysans qu’il a si profondément étudiés; qu’il connaît mieux que personne, et qu’il reproduit dans ses tableaux avec une si intelligente fidélité.

Est-ce à dire que l’idéalisation, qui est une part indispensable de toute œuvre d’art, méritant ce nom, soit absente de celles de Jules Breton?

Loin de là! Mais cette idéalisation prend toujours

la nature comme point de départ, et elle tse développe dans le sens même de la nature. Je ne dis pas que les pêcheurs, les laboureurs ou les glaneuses soient toujours tels qu’il nous les montre. Mais je sens qu’ils pourraient être, et même qu’ils devaient être ainsi . Ils ne seraient point déplacés au milieu des campagnes si admirablement peiiites par l’artiste : ce ne sont point des paysans et des paysannes d’opéra-comique, comme on en voit dans les tableaux de M. X... et de M . Z. . , dont la charité chrétienne me défend d’écrire le nom tout entier. Il y a longtemps que ces idées sont les miennes à propos de notre grand peintre de la vie rustique : l’Exposition actuelle me donne la conviction plus arrêtée encore de leurjustesse absolue. Aussi est-ce avec une émotion recueillie que nous avons contemplé ces admirables toiles, qui sont l’hon neur de notre école française contemporaine :

La Fontaine;

La, Glaneuse;

Le Paysan ireton ;

La Paysanne hr étonné;

Ija saint Jean ;

Les Amies ;

.La Sieste ;

Les Pêcheurs de la Méditer ranée ;

Les Raccommodeuses de filets.

Voilà une longue liste de chefs-d’œuvre.

M. William Bouguereau jouit d’une très-grande notoriété. II est aussi connu de l’autre côté de l’Atlantique que de celui-ci, et il trouve encore plus d’ache-

teurs dans le noureau monde que dans l’ancien. Il s’en faut pourtant que ce soit une gloire incontestée ; il a des détracteurs acharnés.

Je suis des gens qui reprochent à sa peinture de manquer de consistance et de solidité. Ils disent qu’au lieu de modeler ses contours dans une pâte souple et ferme, comme font par exemple ces maîtres qu i s’appellent Laurens, Henner et Bonnat, il se contente d’un frottis léger qui recouvre à peine sa toile ; j’ai même entendu parfois prononcer le nom impertinent de litho-chromie devant ses plus jolis tableaux. Je ne veux pas entrer dans ces querelles.

Il me suffit, en regardant les œuvres nombreuses et variées que M. Bouguereau envoie au Champ-de- Mars, la Vierged' Enfant- Jésus et Saint Jeau’ Baptiste^ la Pieta^ la Charité^ la Vierge consolatrice^ une Ame au Cielj et, dans un tout antre ordre d’idées, la Nymphe, la Jeunesse et V Amour, Flore et Zéphyr, de constater l’élégance toujours correcte du dessin, la grâce toujours sympathique des physionomies pour m’expliquer son succès, qui va croissant d’année en année.

Janvier, le grand paysage placé aujourd’hui au Luxembourg; la Ferme en Bannalec, et les Sabotiers dans le bois de Quimerc’h, deux souvenirs du Finistère, tel est l’apport à notre Exposition universelle de M. Camille BERNiER,que ses belles études bretonnes ont placé au premier rang des paysagistes contemporains .

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