SALLE XI
Quels souvenirs de gloire artistique rappelle ce seul mot, la Grèce ! mais, hélas ! que ces souvenirs sont déjà loin de nous, et que le présent est peu capable de nous les rendre ! La peinture de la Grèce antique ne nous a point laissé, comme sa sculpture, de monuments durables; nous ne pouvons point la juger sur pièces, comme nous le faisons pour ses marbres éternels ; mais la gloire même qui rayonne encore autour des noms de Parrhasius et d’Apelles fait singulièrement pâlir MM. Brounzos, Coloudis, Gysis, Fydus, Charalambos, Xikiforos et Panfazis, les exposants d’aujourd’hui dans la section de la peinture grecque, Le caractère général des œuvres de cette nouvelle école, c’est quelque chose de vague et d’incertain. On devine, chez tous ces hommes, des esprits qui cherchent leur voie, mais qui sont bien loin encore de l’avoir trouvée. Chez un certain nombre d’entre eux, la composition est intelligente, bien que toujours un peu trop recherchée, comme si, dans les arts, ce qu’il y avait de plus difficile, ce serait encore d’être simple. L’exécution trahit toujours une grande inexpérience et l’absence complète de ces traditions qùi constituent ce que l’on appelle une école. L’individualisme
aggravé par la fantaisie, règne et domine : ce n’est pas ainsi qu’une nation restaure la gloire de son passé artistique. La couleur est peut-être encore plus faible que le dessin. Ce n’est pas qu’elle manque d’éclat : je serais au contraire tenté de trouver qu’elle en a trop ; mais c’est un éclat brillanté, fatigant pour l’œil. Quant aux finesses du modelé, aux transparences des ombres, à l’harmonie des demi-teintes, en un mot à tout ce qui fait le charme des coloristes, c’est lettre close pour les descendants des Achéens aux belles bottes.
Les sculpteurs grecs ont peut-être moins dégénéré.
Si le souffle divin qui fait les grands artistes, et qui allume en nous le feu sacré de l’enthousiasme, n’a pas encore passé sur eux, il faut du moins reconnaître qu’ils ont une habileté de main supérieure à celle des peintres . On sent chez eux l’habitude du ciseau, et il n’est pas mal aisé de deviner leur familiarité avec le marbre. Le Pentélique est toujours là, et Paros n’est pas loin.
Ajoutons que si les peintres qui vivent en Grèce sont trop généralement privés des modèles qui pourraient former leur goût, il n’en est pas ainsi des sculpteurs, environnés, au contraire, des plus admirables productions du génie humain, parvenues jusqu’à eux, malgré les ravages du temps. Il y a là comme une contagion du beau, à laquelle il ne leur est pas possible d’é- '•chapper tout à fait. Ils peuvent n’être pas tous des artistes, mais tous, du moins, sont des praticiens. Ils campent bien une statuette sur ses hanches, et sculptent
un buste avec une facilité remarquable. Une statue même ne les embarasse pas au besoin. Ils n’ont pas un long voyage à faire pour aller chercher leur idéal. L’Olympe est tout près, et Minerve, Junon et Jupiter descendent encore pour eux du ciel, comme ils firent jadis pour leurs grands aïeux, les Phidias, les Zeuxis et Praxitèles.
Je le disais tout à l’heure: peu de choses chez les peintres. Je veux citer pourtant une Soubrette Louis XIV de M. Kalli, d’un assez joli galbe, mais un peu sèche de ton ; il y a plus de souplesse dans sa jeune jouant de la guitare.
M. Lytras nous donne quelques études locales, des types et des scènes de son pays, qui ne manquent point d’intérêt.
Je choisis entre les sculpteurs M. Bresitos, qui a voulu symboliser le Génie de CoperniG^ sous la figure d’un personnage ailé, tombant du ciel pour faire la cabriole sur le globe terrestre. L’idée est bizarre, mais l’étrangeté du mouvement ne sert qu’à prouver l’habileté de l’artiste.