SALLE XIV
Il en est des peuples cemme des individus, et l’on peut dire que leur passé les oblige. L’école hollandaise a jeté un si vif éclat sur le inonde, qu’on est toujours tenté de beaucoup attendre des descendants de Eembrandt, de liuysdaël, de Paul Potter, et de tant d’autres génies, dont les œuvres sont aujourd’hui encore l’objet d’une si légitime et si vive admiration. Par malheur, pour les nations pas plus que pour les indi vidus, le talent n’est pas un héritage, et on ne se le transmet point de père en fils, comme un champ ou une maison. Sur les soixante tableaux exposés par la Hollande, il en est à peine vingt qui méritent quelque attention. Ici encore, le grand art a donné sa démission, et la peinture d’histoire renonce absolument à mériter la faveur publique. Il faut, du reste, reconnaître que la peinture d’histoire est peut-être moins dans les traditions de la Hollande que dans celles de tout autre peuple. Le Hollandais, singulièrement positif, a toujours craint de s’abandonner à des visées trop hautes; aussi s’est-il de tout temps borné à représenter, dans des tableaux sincères et par cela môme intéressants, les objets qu’il avait, sous les yeux. Ce
ne sont pas là des prétentions exagérées; mais c’est îm sûr moyen d’éviter des déceptions. Le tableau d’intérieur est toujours le triomphe des peintres hollandais. Ils excellent à distribuer sur tous les objets une lumière douce et tamisée, comme celle qui éclaire leurs chambres à doubles fenêtres, et à donner à chacun d’eux le relief et la valeur qui lui conviennent. On peut dire que là-dessus ils sont passés maîtres. Ils ont aussi reçu de leurs devanciers l’art, plus rare qu’on ne le croit, de la composition. Leurs tableaux ne sont ni vides ni confus : ils se tiennent, et l’œil passe d’un groupe à l’autre sans fatigue et sans trouble. Presque toujours aussi les scènes qu’ils aiment à peindre sont de celles que l’on aime à voir, et qui laissent dans l’esprit une impression aimable.
Ce n’est pas à dire que les artistes hollandais n’aient pas aussi, quand ils le veulent, le don précieux de l’émotion. Ils ont parmi eux un certain Israels, dont le nom indique assez l’origine, qui est certes un des artistes des plus pathétiques de notre temps. Les pauvres de village^ une Soupe d’ouvriers et V Enterrement sont des œuvres d’une exécution très-remarquable, et qui vous saisissent. Arrivé à cette intensité d’effet, le tableau de genre n’a rien à envier au tableau d’histoire : il en a la noblesse et la grandeur .
Tout le monde connaît les jolies marines de Mes- DAG : il en a ici deux ou trois qui sont de véritables petits chefs-d’œuvre de composition et d’exécution.
Le portrait d’une Femme en costume frison, par Bisschop, nous rappelle que la Hollande a été la patrie des plus grands portraitistes du xvi® et du XVII® siècle. Celui que nous montre ici M. Bisschop n’est pas indigne d’une telle comparaison.
La section hollandaise 'nous offre aussi quelques bonnes toiles de Bukgers, le peintre de genre bien connu à Paris, et dont les œuvres ont un goût de terroir assez prononcé pour qu’on les reconnaisse entre toutes sans qu’il soit besoin d’un trop long examen. On regarde beaucoup ses intéressants tableaux : le Taquin, Pendant la guerre. Au hord du Zuy~der~Zée et le petit Intérieur en Hollande, où l’on retrouve une note très-intime et un accent très-personnel.
l/ALLEMAGNE