‹ Les beaux-arts a l'exposition universelle de 1878Chapitre 40 sur 40 · SALLE XV · texte numérisé non relu

SALLE XV

Nous avons traité les artistes allemands comme le nère de famille de l’Evangile traita les ouvriers de la dernière heure, recevant le même salaire que ceux qui avaient porté tout le poids du jour et de la chaleur. Bien que l’empire d’Allemagne n’ait répondu qu’assez tardivement à notre appel, nous ne lui en avons pas moins offert un emplacement magnifique. Notre public a constamment visité ses artistes, et notre critique courtoise n’a pas même égratigné du bout de sa plume ses statues et ses tableaux.

La vaste salle où on les a disposés est d’un arrangement irréprochable, dont l’honneur revient à leurs représentants à Paris. Nulle part nous n’avons rencontré plus de luxe joint à plus de goût. Tapis, tentures, sièges moelleux et confortables, tables couvertes de livres et d’albums, comme dans un véritable salon, fleurs renouvelées chaque jour, rien ne manque à cette installation princière.

Disons tout de suite que les œuvres allemandes méritent les frais que l’on a faits pour elles ; elles laissent dans l’esprit de tout le monde l’impression la plus favorable. Sans doute, le mouvement de rénovation qui changera d’ici quelques années la face du

monde artistique se fait sentir de l’autre coté du Ehin comme de celui-ci. Nous ne sommes plus au temps où les grandes écoles de Munich et de Dusseldorf personnifiaient leurs tendances rivales dans des hommes aussi éminents que Cornélius et Overb*^ck, et produisaient, Fune, Sclinorr et l’autre, KauTbacli, La peinture allemande n’a plus aujourd’hui de représentants de cette valeur; mais elle a du moins ses peintres de genre, d’un réel mérite, qui rapportent dans leur patrie le fruit de leurs études cosmopolites et qui décorent agréablement les intérieurs du pays.

J’inscris en tête de la liste le nom justement populaire de Knauss, qui a si longtemps exposé dans nos Salons parisiens, et qui figure ici pour une dizaine de tableaux, que l’on regarde le sourire aux lèvres, en se laissant gagner peu à peu par sa note de bonhomie si parfaite, et sa gaieté communicative.

Viennent après lui Werner, avec une amusante petite scène où les rôles principaux sont tenus par des militaires et des bonnes d’enfants. Il n’est pas défendu de prévoir le dénouement;

F.-A. Kaülback, l’homonyme du grand artiste mort il y a quatre ans, et dont la Jeune Femme en satin hlane est d’une finesse, d’une grâce et d’une élégance exquises;

Hoff, avec son Baptême apres la mort du père petit drame intime qui vous serre le cœur;

Joseph Brakd'J’, avec ses Cosaques de V Ukraine^ qui entrent en campagne à cheval, et en déployant la bannière de saint Michel, l’invincible archange ;

MeKzEL, avec sa Forge en plein travail, aperçue au moment do la coulée, lorsque le métal incandescent se précipite des fourneaux, et ruisselle en vagues. enflammées.

Je m’arrête sans avoir tout dit. J’enseigne les œuvres les plus remarquables ; mais il y en a d’autres à côté, que le lecteur cliercbera, et qu’il sera heureux de trouver.

Peu de sculptures. L’Allemagne n’a pas la note plastique. Quelques marbres cependant d’un assez beau caractère :

Un génie ailé, d’un pur galbe grec, au torse Anement modelé, qui déploie à moitié des ailes de chauve souris ; ces ailes-là ne laissent point que de me dérouter quelque peu .

Un autre marbre d’une tournure antique :

Une femme tenant un enfant, assise sur un tombeau, bien posée, modelée largement, avec une expression de visage austère et douloureuse, et un cachet de réelle grandeur.

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