SALLE IV
Immédiatement après la sculpture française, nous trouvons l’Exposition assez nombreuse et très variée deTÉcOLE anglaise: tableaux, dessins, pastels, aquarelles et sculpture, arrangés avec goût, et se faisant valoir les uns par les autres.
Ces belles salles, d’un aménagement confortable, sont fréquentées par de nombreux visiteurs, et l’on peut dire qu’elles méritent l’attention et la faveur dont elles sont l’objet.
Assez inconnue parmi nous jusqu’à l’Exposition de 1867, qui nous révéla un certain nombre de noms, absolument étrangers, et d’œuvres d’une saveur piquante, l’Ecole anglaise nous a été révélée tout à coup. On peut dire que, depuis lors, le dilettantisme parisien et la critique française n’ont cessé de se préoccuper de ce que faisaient les artistes d’ Outre-Manche . J’en vois parmis nous qui font chaque année le pèlerinage de Londres, pendant la Saison^ pour voir les deux expositions des Aquarellistes de Pall-Mall et des peintres du Royal-Academy, dans leur beau palais de Piccadilly. Les Grant, les Gilbert, les Landseer, les Leslie,^ les Millais, ne sont plus mainr
tenant des étrangers pour nous» Nous les connaissons presque aussi bien que les Bonnat, les Cabanel ou les Gérôme.
Dans la première salle à gauche, en sortant des galeries de la sculpture française, nous trouvons un tableau piquant de Storey, la plein de jolis
détails; et qui sent bien son terroir.
Constance et Marguerite, tel est le titre d’un fort gracieux tableau de Calderon, qui nous montre deux adorables têtes de jeunes Anglaises, à cet âge généreux, qui ne dure qu’un moment, où la beauté de la femme semble tenir de la fleur et du fruit.
Le Jury recevant les tableaux pour T Exposition de V Académie royale des Beaux-Arts, par C . W. OoPE, n’est pas intéressant seulement par son exécution très-juste et très-sûre d’elle-même, mais encore par l’ensemble des têtes que nous offre cette curieuse peinture, où nous voyons réunis les plus illustres artistes des Trois-Eoyaumes.
M . D . Leslie doit être fort à la mode chez nos voisins, et nous savons qu’il l’est en effet. Il a tout ce qu’il faut pour plaire : ses sujets sont aimables ; sa peinture aussi ; il a une touche gaie, vive et claire. Eien de plus charmant que ses deux jeunes filles Cléha et Lavinia, un peu poétisées, un peu idéalisées, si l’on veut, mais ce n’est pas moi qui m’aviserai de m’en plaindre. J1 est difficile de montrer plus de grâce dans la reproduction du visage humain.
Le Pot-pourri, du même artiste, est une composition assez fade, de ce genre indécis qui flotte entre la
fantaisie et la réalité, et qui aura toujours plus de succès chez les Anglais que chez nous. Elle n’est pas dans la gamme de notre génie national, fait de lumière, et qui veut avant tout la clarté.
La Visite à la Pension est un de ces morceaux dont le caractère conventionnel ne saurait échapper à une critique tant soit peu sérieuse ; mais il y a là quelques vignettes mignonnes, dignes d’un heepsake : c’en est assez pour que le gros public sorte content; gardonsnous de le troubler dans ses joies.