‹ Les beaux-arts au Palais de Monaco avant la révolutionChapitre 2 sur 8 · AYANT LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

AYANT LA REVOLUTION

[ans une première étude,publiée en 1883(1), nous avons très brièvement retracé les transformations et les embellissements que le prince Honoré II fit exécuter au palais de Monaco, aussi bien en élevant des constructions nouvelles qu'en donnant aux logis anciens de la vieille forteresse un aspect plus moderne et une distribution plus commode.

(1) Honoré II et le Palais de Monaco, ia-S" tiré à 60 exemplaires.— Monaco, 1883.

L'esquisse que nous présentions ainsi ne pou- Tait être que très sommaire ; et, il faut bien le dire, l'absence presque complète de documents relatifs aux dépenses de trésorerie, qui eussent pu renseigner sur Tétat ancien du Palais, rend un travail de reconstitution fort délicat.

En effet, aucun compte de l'administration des Princes , antérieurement au règne d'Honoré II, n'a subsisté ; et, pour ce règne même, comme aussi pour ceux de Louis P' et d'Antoine l^^, presque rien de ce qui peut intéresser les constructions et l'entretien des bâtiments n'a été jugé digne de figurer dans les Archives Secrètes du Palais.

Fort riches en ce qui concerne l'exercice des droits de souveraineté et l'administration des domaines de la Principauté, les Archives Secrètes du Palais avaient été réunies et leur cadre établi par Vénasque, uniquement dans le but de pourvoir à la conservation de ces droits, ainsi qu'à l'exécution des transactions intervenues pour l'établissement et la liquidation , à la fin de chaque règne, des intérêts respectifs d'hérédité des membres de la famille.

Gela s'est continué après le règne d'Honoré II ; et, chose singulière, à part quelques rôles de comptes échappés à la destruction,

comme par hasard, et dont nous tirerons de précieuses indications, les registres d'ordonnances des Princes, dans lesquels cependant les moindres gages, les moindres pensions accordées à des officiers et à des serviteurs sont religieusement consignés , ne nous ont fourni, pour aucun règne, l'indication d'aucun engagement contracté ayec un architecte, un maître d'œuvres de bâtiments, un peintre, un sculpteur, c'est-à-dire aucun document relatif aux constructions, à l'embellissement, à la décoration ou à l'ameublement du Palais.

Nous serions donc sans un seul renseignement qui pût corroborer les relations énumérant en termes si admiratifs les richesses d'art du palais des Grimaldi, si nous n'avions trouvé dans les séries si nombreuses des archives du Palais, restées jusqu'à présent sans ordre depuis les pillages révolutionnaires, la plupart des instruments relatifs à l'exécution des testaments des Princes et aux partages de leurs successions. Ces instruments nous ont fourni un nombre important d'états et d'inventaires minutieusement établis.

Et encore, de ce chef, les documents que nous possédons ne remontent pas au delà du règne d'Honoré II. Par une fatalité vraiment

déplorable, les inventaires de la succession du prince Hercule 1^^ en 1605, inventaires qui sont catalogués dans les répertoires des Archives Secrètes, sont portés en déficit dans le récolement de 1817 (1). Et cela est d'autant plus regrettable qu'il eût été intéressant de connaître les objets précieux qui existaient à cette époque dans le Palais et d'établir ainsi la part personnelle d'Honoré II dans l'accumula-

(1) Nous devons faire connaître au lecteur ce qu'on entend par Archives Secrètes du Palais. Il s'agit d'un fonds spécial, isolé du reste des Archives, et placé, jusqu'à ces derniers temps, dans un local à part. Ce fonds, dont l'organisation remonte à Vénasque Ferriol, a été le résultat d'un triage et d'un choix arbitrairement opérés parmi les titres de la Maison Princiêre et les pièces accumulées de l'administration de ses biens. En dehors de quelques titres de fnmille, il ne contient que quelques-uns de ceux des droits terriens ou de souveraineté sur la Principauté, et de pièces également choisies parmi celles relatives à la garnison, aux droits de Mer et de Monnaie. L'administration proprement dite et ce qui se rapporte aux domaines h. l'étranger, Italie ou France, y figurent à peine.

Quelque défectueux que fût un cadre aussi peu méthodique, les secrétaires des Princes le conservèrent et y insérèrent à leur tour, à chaque règne, ce qu'ils jugeaient convenable d'y ajouter.

Le reste des Archives, et c'est de beaucoup la partie la plus nombreuse et la plus importante, n'eut jamais de

tion des richesses artistiques dont Tinventaire de sa succession donne une nomenclature si considérable. A un autre point de vue, combien un inventaire descriptif du mobilier du Palais à la fin du XVI^ siècle aurait un puissant intérêt pour la topographie de l'édifice avant les changements qui le transformèrent sous Honoré II !

Nous nous proposons d'aborder l'examen de ces collections artistiques qui firent, pendant

classement bien en ordre ; tout ce qui avait trait aux affaires courantes suivait les Princes à Paris, puis même, après 1730, à Thorigny ; en sorte que, dispersées en plusieurs lieux, aucune des séries ne se trouvait nulle part complète.

S. A. S. le Prince Charles III, ayant fait rassembler à Monaco, dans un dépôt unique, ce qui s'est retrouvé de cet ensemble de documents épars, on s'applique, depuis deux ans, à établir dans cette masse confuse un classement méthodique. — Les déficits constatés en 1817 dans les Archives Secrètes se comblent en partie ; la plupart des pièces égarées avaient été distraites pour l'expédition d'affaires postérieures; on avait négligé de les réintégrer dans les dossiers, et elles se retrouvent dans les classements actuels. Cependant, parmi les très importantes lacunes que nous avons déjà comblées, nous n'avons pas encore eu la bonne fortune de compter celles que forment les inventaires de succession d'Hercule I" ; et l'avancement du travail nous fait craindre que ces documents ne soient irrévocablement perdus.

deux siècles, du palais de Monaco, une des demeures princières les plus renommées, jusqu'à ce que les désastres de la Révolution aient anéanti cet ensemble de richesses.

La plus grande partie, sinon la totalité de ces objets est en effet dispersée ou perdue ; et, de toutes les mutilations qu'a subies le Palais, c'est la plus complète et la plus irréparable. Nous n'avons cependant pas besoin d'insister sur l'intérêt réel que présente la description de ces objets aussi bien pour établir la provenance de ceux d'entre eux qui, comme les tableaux, peuvent se retrouver dans les collections actuel] es, que pour mettre en lumière le goût qui, pendant deux siècles, avait présidé à la décoration d'une demeure que sa position géographique, comme la situation politique de ses propriétaires, avait prédestinée à subir l'influence combinée du génie italien et des tendances artistiques en honneur en France.

Ces considérations nous amènent à diviser notre travail en deux parties.

Dans la première, nous étudierons la part qui revient â chaque prince dans l'aménagement et l'ornementation du Palais et la direction qui

fut donnée par chacun d'eux sous l'influence des artistes avec lesquels ils furent en rapport.

Dans la seconde, nous rechercherons la place qu'occupaient les objets d'art dans le Palais.

C'est une description salle par salle de ce Palais lui-même que nous tenterons. Cette description comprendra d'abord les meubles, les bijoux et pièces d'orfèvrerie, puis le catalogue de l'argenterie, des tapisseries, des tableaux et des sculptures qui remplissaient cette somptueuse demeure.

Nous nous occuperons surtout du sort de ces douze cents peintures si malheureusement dispersées, et nous serions heureux de fixer l'attribution de quelques-unes de ces toiles ou de ces objets précieux, de façon à en établir la provenance lorsqu'il arrivera de les retrouver là où ils peuvent être maintenant conservés.

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