I.- CARACTËnC OtNtDAL DE L'ESPRIT ET DE L'ART OREO
L'esprit grec. — Imagination et méthode. — Originalité et variété de l'art grec. — De l'imitation de l'art grec. — L'art grec, comme la civilisation grecque
l.S. htlDieb, Manutl di p/tilùiogte ctaiiique, surtout l'appendice. — ColligBon, Archénlaglc grecqat. — Laloul, Arckilecturc grtcguc. — Rajot. *fonujrunts de l'art antique. -. Daremberg et SAglio, Dictionnaire du antiquifir.^Lei trois Dictionnaires de Smith sur l'antrituitê grecque et romaine. — O. Huiler, maïuat d'archéologie. — l.ti publicalions de l'École française d'A-
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tout entière, a été le résultat d'éléments divers que nous nous contenterons d'énumérer : la race; le sol et le climat; rinfluence des civilisations antérieures; les religions, les lois et les moeurs, autrement dit la vie religieuse, publique et privée. Il faut y ajouter le génie de ses grands hommes et le libre exercice qu'ils ont fait de leurs facultés.
Il semble que le Grec ait placé l'idéal de la vie humaine dans cet équilibre des forces physiques, intellectuelles et morales qui fait que l'homme est vraiment maître de luimême et qu'il connaît les limites de sa puissance : l'heureuse harmonie des diverses facultés du corps et de l'âme, la sagesse, la modération, la juste connaissance de soimême S voilà ce que le citoyen grec cherche à réaliser dans sa vie, voilà aussi ce que l'artiste grec aussi bien que le poète poursuit dans l'exécution de son œuvre, mais en y ajoutant un caractère encore plus élevé.
L'intelligence de l'homme obéit à deux tendances qui semblent le plus souvent rivales, sinon ennemies : l'imagination et la raison, l'inspiration et la méthode; toutes deux sont nécessaires à l'art. Les Grecs ont eu l'incomparable gloire d'avoir réuni dans une harmonie supérieure la réflexion raisonnée et l'inspiration enthousiaste, sans sacrifier en rien l'une à l'autre. Kant a pu dire que l'enthousiasme était la manifestation la plus sublime de la raison, et ce n'est pas sans motif que les Grecs ont mis Uranie parmi les Muses.
Un mot résume l'art grec : la beauté.
On reproche à l'art grec son uniformité. Mais cette uniformité est plus apparente que réelle. Dans l'éloignement du temps (et cela est vrai des arts de toutes les civilisations), nous saisissons surtout les traits communs, et sommes moins frappés des différences. Il en sera de même probablement dans plusieurs générations pour notre art actuel, qui semble cependant pousser la variété jusqu'à la
i. EôpuO(jLCa. Sucppovuw^. Vrfih S.yoLW, rvûdi acotUT^v. Eôt|;uxi«.
confusion. N'oublions pas que Tart grec a produit à la fois la Vénus de Milo et les figurines de Tanagra, les frontons du Parthénon et la frise de Pergame; et Ton a pu dire que les œuvres dlsogonos différaient plus de celles de Phidias que de celles de nos sculpteurs modernes.
Il est plus singulier qu'on ait pu accuser Fart grec de manquer d'originalité. C'est à force d'avoir été imité qu'il peut paraître banal. Gela revient donc à lui reprocher de s'être imposé comme un modèle. En fait, il n'en est pas de plus original. Il se distingue plus qu'aucun autre de tous les arts qui l'ont précédé. Il ne leur a pris que des procédés, ou ce qu'il pouvait trouver chez eux de conforme à son propre génie. Mais il a été tellement d'accord avec la raison et les aspirations de l'intelligence, qu'il est devenu l'art humain par excellence , et comme le patrimoine commun de l'humanité.
Quelle différence avec les arts de l'Orient! Ici rien de monstrueux, rien qui soit étonnant pour l'unique plaisir de l'être. La raison seule suffît à tout expliquer. Pérîclès a dit dans son Éloge d'Athènes : « Nous aimons le beau dans sa simplicité. » L'art grec présente en effet le caractère d'une simplicité suprême, qu'il s'agisse d'une tragédie de Sophocle ou d'une statue de Phidias. Cette simplicité convenait à une société qui était, non pas démocratique au sens moderne du mot, puisqu'elle s'appuyait sur l'esclavage, mais était formée d'une large aristocratie de citoyens tous égaux entre eux et dont la plupart étaient dans une situation médiocre; le véritable luxe des citoyens, ce sont les fêtes .et les monuments de la cité. Mais cette simplicité n'est pas pauvreté, c'est harmonie.
Ce goût du simple n'excluait pas d'ailleurs les dépenses considérables pour les' œuvres d'art, lorsque ces dépenses étaient jugées nécessaires, pour leur donner plus de perfection. Le Parthénon, quoiqu'il soit de dimensions médiocres et que la main-d'œuvre ne fût pas chère alors