CARACTÈRE GÉNÉRAL
à Athènes, a coûté des sommes énormes, et on n'a jamais dépassé la magnificence des statues colossales d'or et d'ivoire telles que le Jupiter d'Olyrapie ou la Pallas d'Athènes. Mais le luxe n'y est pas apprécié pour le luxe luimême. Comme le mérite moral, l'art doit être indépendant de la richesse. Lucien nous montre, dans un spirituel récit de son Nlgrinus, comment, au temps même des Antonins, lorsqu'on était loin des mœurs antiques, les Athéniens raillaient encore avec une aimable finesse les ridicules des gens qui voulaient se montrer «c tout cousus d'or ». Les lois étaient d'accord avec les mœurs pour s'opposer aux dépenses oiseuses. Il était défendu à celui qui dirigeait un travail public quelconque de dépasser la somme fixée, voulût-il le faire à ses frais*. Pour éviter tout imprévu, les Grecs tenaient à ce que leurs devis fussent faits avec le plus grand soin. Des inscriptions nous ont conservé les dépenses de certaines constructions. Nous y voyons que l'on entrait dans les plus petits détails pour les contrats avec les entrepreneurs; que les travaux étaient surveillés et les comptes faits avec une exactitude méticuleuse. D'autre part, les artistes grecs, qui ont trouvé toujours les procédés techniques nécessaires pour égaler leur exécution à leurs conceptions les plus hautes et les plus variées, ont dédaigné le travail puéril qui consiste à chercher la difficulté pour la difficulté même. Ils pensaient avec raison que le dernier mot de l'art consiste surtout à ne pas se montrer.
Les Grecs ont donc donné les modèles du goût sûr de lui-même, et c'est avec raison que Voltaire, lorsqu'il décrit son Temple du Goût, s'inspire d'un édifice grec :
Simple en était la noble architecture ; Chaque ornement à sa place arrêté
1. Il y a an rapport moral entre cette loi et la règle qai mesurait à la clep* ■ydre le temps accordé à chaque orateur, règle qui eut certainement son influence et une influence heureuse sur l'éloquence attique.
Y semblait mis par la nécessité. L'art s'y cachait sous Pair de la nature ; L^œil satisfait embrassait sa structure, Jamais surpris et toujours enchanté.
Mais ce serait se faire une idée bien incomplète de l'art grec que de le réduire à cette harmonieuse simplicité. Il a eu au plus haut degré Télévation, la force et l'enthousiasme. C'est lui qui a, plus que tout autre, prouvé que <i le beau était la splendeur du vrai^ ».
Est-ce à dire qu'il faille se borner à imiter l'art hellénique, et qu'il n'existe pas en dehors de lui d'autres arts qui, sur des sommets différents, soient à la même hauteur ? Il suffit de citer Michel- Ange et la Sixtine, Robert de Luzarches et la cathédrale d'Amiens. Imiter l'art grec machinalement, par routine, ce n'est pas le prendre pour modèle, c'est le calomnier, c'est en méconnaître l'essence, c'est agir en opposition complète avec l'esprit grec, qui ne veut d'autre maître que la raison cultivée. Mais si l'art ne doit pas avoir de bornes, il a nécessairement des bases; et ces bases, il est difficile de contester que ce soient les Grecs qui les aient établies. Également servis par leurs aptitudes naturelles et par les circonstances, unissant l'expérience de l'âge mûr à la fraîcheur d'impression de la jeunesse, ils ont eu l'inappréciable avantage de faire les premiers ce qu'ils ont fait de bien, et ceux qui sont venus après eux les ont trouvés sur leur route lorsqu'ils ont voulu bien faire eux-mêmes. On peut comprendre cependant que certains esprits, s'irritant de se heurter si souvent à ces anciens maîtres, s'associent, au moins en passant, à cette boutade de d'Aceilly :
Dis-je quelque chose assez belle, L'antiquité tout en cervelle
1. Ce mot de Plotin rësame brillamment la doctrine de Platon, réalisée déjà par Phidias.
PÊLASGBS. — TIRYNTHE. — MYCËNBS M
Répond : s Je l'ai dit avaDt toi. ■ C'est une plaisante donzelle.
Que ne venait-elle après moi F J'aDrais dit la chose avant ellei
C'est le sentiment du paysan fatigué d'entendre toujours appeler Aristide le Juste.