LES ARTISTES
la généalogie, parce qu'il n'y avait pas en général de noms de familles en Grèce, ou du moins ils n'étaient pas en usage dans la dénomination courante. On ne peut deviner que Géphisodote était le fils de Praxitèle*.
Quoique les artistes aient été plus considérés en Grèce qu'à Rome, il ne faut pas que la haute situation que Phidias,* par exemple, occupait auprès de Périclès, fasse illusion. C'est là une exception. Aux yeux des Grecs, le citoyen doit être tout à la politique, à la guerre, à la direction de ses biens; il peut consacrer ses loisirs aux arts, mais il perd quelque chose de sa dignité en en faisant sa profession et en y cherchant un moyen d'existence.
Cependant les Grecs ont compris le grand rôle que l'art devait jouer dans la société. Les hommes d'État sont d'accord sur ce point avec les philosophes. Périclès pense comme Platon. Platon considère comme un des devoirs
de l'Etat de faire appel à des artistes capables de saisir la notion du beau et du gracieux, « afin, dit-il, que nos jeunes gens, élevés au milieu de leurs ouvrages comme dans un air pur et sain, en reçoivent sans cesse de salutaires impressions par les yeux et les oreilles, et que, dès l'enfance, tout les porte insensiblement à imiter le beau et à établir entre eux et lui un parfait accord '. » Il ne faut pas oublier non plus que l'état politique de la Grèce, la multiplicité des centres de gouvernement, était favorable au développement des arts. Comme on le vit plus tard en Flandre et en Italie, chaque capitale avait besoin de ses monuments publics, et une heureuse émulation s'établissait entre ces divers petits États. Aussi le sentiment de l'art est-il partout, et nous le retrouvons jusque dans ces graffiti tracés au hasard par quelque promeneur dé-
1. Pas plus qu'on ne pourrait deviner d'ailleurs que Barbezieuz et Gourtenyaux sont les fils de Louvois, etc.
2. Platon, République, 1. III. Qu'il nous soit permis de renvoyer sur ce point à un mémoire sur le Rôle des beaux-arts dans l'enseignement publie, publié dans Y Ami des monuments, années 1883 et suiv.
sœuvré ou par quelque spectateur inattentif, sur les murs d'une maison ou les gradins d'un théâtre, graffiti dont quelques-uns sont parvenus jusqu'à nous. Si donc les Grecs ont si bien réussi à exprimer le beau, c'est qu'ils l'ont non seulement compris, mais surtout aimé*.