III. — ÉOVPTE
Alexandrie. Le Phare; la Bibliotbéqne; le Sérapénm; le Hnsée. — Nous avons vu comment l'art grec se répandît en Egypte sans absorber l'art national, et les temples de Philœ, par exemple, qui datentde cette période, comptent parmi les chefs -d'au vre de l'architecture égyptienne.
Alexandrie , sous les Plolémées, fut le centre d'une activité matérielle et intellectuelle vraiment extraordinaire. On voit s'y élever des édifices qui n'avaient pas encore leur modèle. Sostrate de Guide fut Fig.T5.-Diuied=(Hi.iM.(LouT™.) chargé par Ptolémée Phila-
1.L« inwbndaTalieaaestunadoala de rëpoqnc romaine. Mais ob snp. IHHC avec raison i|iia Is 1)1» origïiul £uit en bronic et roprcMuUit Apollon portant l'égide et repouSHuL Im Giulois de son ssncLuairc de Dolphes (allu>
ALEXANDRIE. — LE PHARE. — LE HUSEE 141 delpbe de réusir au continent, par une chaussée de 1,300 mètres rUot rocheux de Pharos, qui était en avant du port d'Aleiandrie , et d'y élever une tour de 135 mètres de haut, destinée à porter des feui pour servir de signaux aux navigateurs. L'on appela bientôt phares les constructions analogues. Ptolémée Philadelphe réalisa également le conseil doitné par Démétrius de Phalère à Ptolémée 1" Soter, en fondant les deux bibliothèques d'Alexandrie. L'une de ces bibliothèques occupait une partie du Sérapéum, dont on a parlé plus haut, el qui
Fig. li. — Le» temple» do l'île d. Phil»,
est le monument le plus caractéristique de l'Egypte grecque (T. p. 29). La bibliothèque du Sérapéum finit par comprendre 400,000 volumes. Les autres volumes , que les rois égyptiens firent rassembler au nombre de 300,000, formaient la bibliothèque du Muséum. Le Muséum comprenait, outre la bibliothèque, des salles pour l'étude; d'autres salles servaient pour des cours soit de science, soit de littérature; car ce fut une des nouveautés de cette institution, que de réunir ainsi les deux principales branches du savoir humain. On y entretenait aux fnris du trésor royal des hommes distingués, que l'on y attirait souvent de fort loin* savants, poètes, érudits,
141 L'ART OREC
critiques. Le muBée est le premier type de ces grands itabliesements scientifiques qu'on a élevés dans les temps modernes en Europe et aux États-Unis, mais «ans jamais l'égaler, à ce qu'il semble.
Art Induatriôl. — L'ÎDdualrie n'ëtsit pae moins d^velopp^ u chez les AleiBodriDB que U BcicDce. ■ Ce que ce peuple a lu faire dans le domaine de l'industrie , dit Ebers, est Traiineot Monoaot. Sams parler des JnventioDa mécaniqaes d'uo Ctésibios ou d'un Héron, qui coostruij saient dans la paix du Musée
' des automates, des clepsy-
dres, des pompes foulantes, des orgues hydrauliques, et découTraient la puissance de la vapeur, les tissus aleiaudrios, depuis la grossière couverture de cheval jusqu'au lapis fin artistement brode en couleurs, depuis l'étofTe de laine blanche jusqu'aux pièces de soie teinte, n'étaient-ils pas célèbrea dalis le monde entier? L'art des construc- Fte. 17. — Coupo des Plolém^H. ti"""» navales était porlé k sa (Puris, Bibliothèque nutioniila,) perfectio:
.uxe dont les riches citadins se servaient La rue n'étaient pas moi m
tabletterie. Les tables en bois de thuya à pieds d'iv< fabriquait là coûtaient jusqu'à 237,500 francs, i
La gravure sur pierres fioes, l'orfèvrerie, la joaillerie, y produisaient des chefs-d'œuvre. Le Camée Gonzaga (aujourd'hui en RuBflie], représentant Arsinoé cl Ptolémée; ta Coupe des Plolémées (Bibliothèque nali(»nale) ; la Taaa Parnése, sardonyx d'un pied de diamètre (misée de Naples), comptent parmi les plus belles cenvrcs de glyptique que l'on connaisse. Les pierres gravées prennent alors des dimensions considérables et cessent d'être de simples cachets. On a retenu entre
léeB que les produits de la
RHODES. — PEINTURE ET SCULPTURE lU ■ntres le DOm du grt-rent Satyreiot, qui Tirait BOas Ptolémée II. Les maoufactures d'armes d'Alexandrie n' avaient pa> de rivaleB. On réussissait mieai encore à souffler le verre, et c'est des Aleiandrins que l'art de la verrerie passa anï Italiens. Les verres de vitres et les mossiques de verre multicolore, déjà connus des anciens Egyptiens, venaient d'eux.
Le calte des divinités égyptiennes se répandait aussi eo Occident, et contribuait à y répandre en même temps l'art égyptien. Le musée de Naplea contient une statue de Sérapis et une statue d'Isis provenant de temples spécialement consacrés i ces divinités, l'un à Ponzzoles, l'autre à Pompéï.
Peinture. — Sculpture. — La peinture fut très cultivée à Alexandrie. Le style de cette école et ses sujets habituels ne tardèrent pas à s'imposer à presque tous les pays de laMéditerranëe. La peinture de paysage y fut préférée bientdt k toute ' autre pour la décoration des appartemeots, com-
œe nous le montrent les ^. ,j ^g ^^ j^ v«Ue«ii
peintures dePompéî. On
peut se faire une idée de ce que la sculpture grecque fut en Egypte, par la belle statue du Nil du musée du Vatican, dont la copie est au jardin des Tuileries. Mais, à cet égard, Alexandrie dut le céder à Rhodes et à Pergame.
Rhodes : peiotnre, scalpture ; le Colosse ; le Laocoon. — A Rhodes, où la peinture se maintenait avec l'école de Protogëne, s'était formée une grande école de sculpture, dont l'œuvre la plus célèbre fut le Colosse de Rhodes, statue en bronze d'Apollon, haute de trente-deux mètres.
classée parmi les merveilles dn monde. Le colosse, qui coâia douze ans de travail an sculptenr Charès, fut achevé en 280. Mais cinquante-six ans après il était renversé par un tremblement de terre. Nous ponyons cependant juger do talent des sculpteurs rhodiens par )e groupe représentant Laocoon et ses deux fils étouffés par les serpents. Pline disait f^'Agésandre, Athénodore et Polydore avaient exécuté là on morceau supérieur & toot ce qu'avaient produit la peinture et la sculpture, et il remarque que c'est un des rares exemples d'un chef- d'oeuvre Tait en collaboration [ex consilii sentenlia). Mais cette œuvre , ëminente d'ailleurs à bien des Fig. n. - T«iedeLaoeooD.|V>ti<:an.) égards, abeaucoup perdu de la réputation qu'elle avait an temps de Lessing et de Winckelmann, depuis qu'on a plus connu et mieux compris l'art des périodes précédentes. Elle parait aujourd'hui trop académique, et pas assez Bincèrement émue. Celle réputation a reçu une nouvelle atteinte des découvertes récentes de Pergame, qui ont montré que le Laocoon était bien moins original qu'on ne le croyait.
Ëcole de Pei^ame. — L'Acropole. — Le monument d'Attale. — Les rois de Pergame, qui régnaient à peu près sur les anciennes possessions des rois de Lydie, jouissaient comme eux d'une richesse devenue proverbiale, et l'art fut un de leurs luxes préférés. L'Acropole de Pergame rivalisa bientôt, du moins par le nombre de ses monuments, avec l'Acropole d'Athènes. L'école de Per-
SCULPTURE A PERGAME. — ISOGONOS 145
game doit nous intéresser particulièrement, car ses artistes ont souyent employé leur talent à célébrer directement ou indirectement les victoires des Attale et des Eumène sur les Gaulois, et ils se sont plu à honorer le courage des vaincus. Les plus célèbres artistes qui travaillèrent pour les rois pergamiens furent Isogonos, Phy^ romakhos, Stratonicos, Antigonos et Nikeratos.
On a encore dans divers musées, principalement à Naples, des parties importantes du monument de cinquante figures environ qu 'Attale !•' offrit à Athènes, comme au soldat de la civilisation, après sa victoire sur les Gaulois. C'était la répétition d'un monument élevé à Pergame. Il comprenait quatre groupes, rappelant les victoires de la civilisation sur la
, ^ . , 1^1 ■»' Fiff. 80.— Le Gaulois blessé.
barbarie : le combat des dieux contre les géants, la victoire des Athéniens sur les Amazones, la bataille de Marathon, et la victoire d' Attale luimême sur les Gaulois (241). Le socle de ce monument, retrouvé contre le mur sud de l'Acropole, ne mesure pas moins de quinze mètres de longueur et cinq en largeur. Le Gladiateur mourant du Capitole représente en réalité an Gaulois succombant à ses blessures. Le type n'a rien de grec; avec son nez accentué, ses cheveux courts et droits, ses rudes moustaches, il a quelque chose d'un soldat français moderne. L'expression et l'attitude sont à la fois énergiques et émouvantes. Un groupe de la villa Ludovisi nous montre un Gaulois qui, pour échapper à la servitude, se perce de son épée après avoir tué sa femme. L'autel d'Eumène : Isogonos. — Les fouilles faites depuis 1878 à Bergama ont mis au jour des sculptures plus importantes encore, aujourd'hui à Berlin^. Elles sont
1. Cogordan, Us Fouilles de Pergame. — E. Michel, Musée de Berlin, — Il y avait i Athènea un portique d'Eumènc, comme il y avait un portique d'Âttale.
probablement d'Isogonos, et décoraient l'autel gigantesque consacré à Zeus et à Athéna par le roi Eumène II (197-159 av. J.-C.)-
L'autel était porté sur dd immease BOubasBemeot à pou près qufldr angulaire : t Un escalier conduisant a la plate-forme entamait profondément une des faces du EOubassement, sur le haut duquel courait une colonnade ionique doublée d'ua mur. L'autel était aussi entouré de trois côtés par une en-
îlg. Bl. - Athént «l le» g««nls [friso de Pcrg.n.0).
ceinte à ciel ouTert, formant comme une vaste salle. Outre les Statues posées sur la colonnade, deui frises composaient la décoration sculpturale ; l'une se développait le long du mur de la colonnade, prës de l'autel, l'autre, tout eitérieure, décorait le soubassement, u La première, la plus petite et la plus endominagée, représentait le mythe de Téléphos, le héros national des Pergamiens. Le sujet de la grande frise, qui mesure 8*>,30 de haut sur uo développement de 140 mètres, est la Cigantomachie , Peui morceaux surtout, Zeut, et plus encore Athina aux prîtes avec les géants, sont d'un art admirable.
TAUREAU FARNBSE. — MOSAÏQUE 147
L'école de Pergame nous révèle surtout dans ces ouvrages récemment découverts un style nouveau dans l'histoire de la sculpture grecque, a C'est un art violent, fougueux, très savant et très personnel, qui a déjà un caractère moderne et qui est servi d'ailleurs par une merveilleuse habileté d'exécution. » (Gollignon.)
École de Tralles. Le Taureau Farnèse. — L'école de Tralles, qui paraît avoir été alors la plus importante de l'Asie Mineure après Pergame et l'emporte même sur Ephèse, témoigne de la même recherche du mouvement. Le groupe représentant le Supplice de Dircé, et connu sous le nom de Taureau Farnèse (Naples) , œuvre d'^pollonios et de Tauriscos, comme nous l'apprend Pline, est un des plus grands morceaux de sculpture qui existent. Plusieurs des critiques adressées à ce groupe s'appliquent, non à l'original, mais à la restauration trop compliquée qui en fut faite au xvi® siècle.
Dans tous les pays où les Grecs s'établissaient, la sculpture devenait ainsi un art national. Le nombre d'œuvres que la sculpture grecque a produites est vraiment incroyable. Au temps de Pline l'Ancien (i®' siècle ap. J.-G.), Athènes, malgré les destructions et les spoliations dont elle avait été victime, ne possédait pas moins de 3,000 statues, et ce nombre devait s'accroître au siècle suivant. On en comptait à peu près autant à Delphes et à Olympie.
La mosaïque. Pergame;
SOSOS. — Pergame est également célèbre par ses mosaïques. Une école de mosaïque y fut fondée au III« ï'i«- «.- ^«8 colombes de Sosos.
siècle par Sosos; elle resta la plus, célèbre du monde grec, et les sujets que Sosos avait tracés, tels que le
Ul L'ART GREC
Plancher non balayé*, étaient encore imités au teni;)S des
Antonins.
Gravare en médaille. Le statère d'Encratidas. — La gravure en médaille continue heureusement les traditions d'Ëvainétos et de Thëodotos, comme le montrent les magnifiques monnaies des rois de Macédoine , des ^, — T^r---^ ^°*-^ d'Epire et même de la ligue
étolienne, quoique les Étoliens fussent regardés comme les \ moins civilisés des Grecs. A ' cette époque appartient l'œuvre laplus considérable delà numismatique ancienne, le statère d'or, exécuté bien loin de U Grèce, dans le voisinage de rig,s3.-MûBiiai8d.Phiiipp.v. i^i^j^g ppup Eucratidas, roi
de Bactriane ; on peut le voir à la BibliGthèque nationale. Sans parler de la curiosité qui s'attache à cette pièce, k. cause de sa dimension inusitée et des particularités de sa fabrication, elle est d'une grande beauté.
ConclnsiOD. — Ainsi, partout où la domination hellénique s'établissait, elle apportait l'art avec elle. L'art grec s'était répandu par la conquête avec Alexandre. II allait se répandre par la défaite même. Déjà les rois perses avaient emprunté une partie de leurs arts aux villes grecques de l'Asie qu'ils avaient réunies à leur empire. Lorsque Rome se trouva en présence delà Grèce vaincue, elle subit à son tour l'ascendant de sa civilisation, et l'art de la Grèce soumise se répandit dans le monde, à mesure que s'étendit la puissance de Rome elle-même. C'est en traitant de l'art romain que nous aurons à indiquer les dernières phases de l'histoire de l'art grec.
SA DIFFUSION EN OCCIDENT lU
Toas ks esprits élevés de Ftome comprirent ce (pje leur patrie devait à la Grèce, a où la civilisation, les lettres, l'agriculture même, dil-on, ont pris naissance d. Ils respectaient sa vieille gloire et rendaient honneur i ses exploits extraordinaires. Ces sentiments, malgré tant de progrès réalisés depuis, doivent encore être les nôtres. Qu'on retranche de l'histoire je ne dis pas toute la Grèce, mais la seule ville d'Athènes, et la civilisation du monde sera changée, l'art plus que tout le reste. Car c'est surtout par l'art que la Grèce antique est comme vivante encore pour nous, et le poète a dit avec raison :
La langue de ton peuple, 6 Grèce, peut mourir ; Nous pouvons oublier le nom de tes moQtagnea ; Mais qu'en fouillant Is sein de tes blondes campagnes, Nos regarda tout à coup viennent a découvrir Quelque dieu de tes bois, quelque Vénus perdue, La langue que parlait le c<eur de Phidias Sera toujours vivante et toujours entendue :
Lea marbres l'ont apprise, et ne l'oublieroKtpa».
- Lï joneoae d'oiseleta. (Mniée de &