PAR M. HUBNER
Nous n'aimons pas, en général, les artistes qui s'adressent aux sentiments trop faciles à s'éveiller et à s'émouvoir, et qui, à l'aide de la pitié ou de l'intérêt qu'ils savent nous inspirer pour les personnages qu'ils nous représentent, nous pipent et nous trompent sur la valeur artistique de leurs œuvres. Ces mères désolées, ces enfants malades, ces pères inconsolables, en s'adressant aux sentiments tendres et compatissants du cœur, sont toujours assurés d'obtenir des succès faciles mais peu durables. Au bout de trois jours, on découvre que la mère désolée loucbe, que l'enfant nudade a une jambe trop longue, que le père inconsolable ne loge pas de corps dans ses habits, et l'on retourne aux sujets plus simples dans lesquels l'artiste a demandé aux seules séductions de la palette et à l'élégance de son dessin, des triomphes séculaires.
V Incendie de M. Hubner a obtenu, les premiers jours, le genre de succès que nous venons d'indiquer. Les spectateurs, les bourgeois, les ménagères surtout s'arrêtaient
(levant celle toile où s'agite lout un drame. L'incendie roule ses torrents de fumée et ses langues de feu suile village; les poutres calcinées croulent, les murs se lézardent sous Taclion du feu, tandis qu'un inlrépide paysan, chargé d'un enfant qu'il vient d'airaclier aux llammes, descend d'une échelle pour remettre à la mère effarée renfant qu'elle croyait |)erdu.
Il y a dans celle toile de grandes qualités de sentiment et des têtes admirables d'expression. La jeune fille qui se tient auprès de la grand'mère est belle d'anxiété el d'espérance. La mère saisit avec un élan })lein de passion maternelle l'enfant arraché à une horrible mort.
La grand'mère agenouillée remercie Dieu avec une ferveur profonde et sentie. Les étofl'es , les meubles amoncelés devant la ferme incendiée, sont bien rendus comme caractère et jetés avec un désordre plein de pittoresque. L'homme descendant de l'échelle est trop penché en avant et placé tout à fait en dehors de son centre de gravité. Le dessin de ce personnage laisse aussi à désirer.
D'où vient donc que ce tableau dont nous reconnaissons, on le voit, les qualités, où nous constatons une source d'émotions profondes, où tous les sentiments qui honorent l'humanité, l'amour filial, maternel, le dévouement chrétien rayonnent et éclatent, d'où vienl donc, disons-nous, que ce tableau cause à la troisième vue un sentiment maussade qui ressemble fort à l'ennui?
C^est que dans cette œuvre, comme dans celle de M. Bellangé, le coloris, c'est-à-dire la vie, l'àme de la
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nature, fait défaut et est remplacé par une lumière conventionnelle et fausse qui n'a rien de commun avec le fluide souverain qui colore et féconde la nature et donne à chaque objet son vêtement splendide ou tranquille; c'est qu'une lumière terne et blafarde jette sur toute cette œuvre son iiifluejice fatale; c'est que les fonds, le ciel, toute la partie gauche du tableau sont traités sous Pinfluence de cette lumière, qui semble l'ayonner à travers une lame de corne, tant elle est matle et terne, et c'est que, enfin, toute l'œuvre est envelopj)ée dans celte atmosphère fausse qui ôte aux chairs leur transparence, au ciel sa lumineuse profondeur, à la perspective ses lointains et à tout, enfin, ce quehjue chose de sain, de robuste et de vivant, qui accompagne la vraie lumière de Dieu !
Hàtons-nous de tempérer ces critiques en disant que dans un second tableau intitulé : hSiirprisej M. Hubner a déployé une fraîcheur et une grâce de senlimont fort rares. Ses deux jeunes filles à la physionomie mutine, ont ce cachet de candeur et de chasteté germanique qu'on ne trouve guère ailleurs qu'au delà du Rhin. La vieille femme qui surprend les amoureux, semble échappée au pinceau de Dyckmans. Nous reprocherons cependant à ce tableau l'obscurité complète dans laquelle le peintre a plongé l'intérieur de la chaumière, sur le seuil de laquelle se tient la vieille mère. Un habile clairobscur l'eût détachée sur un fond sobrement lumineux et donné à cette œuvre l'ensemble harmonieux qui lui nianque.
\ous retrouvons, sous le n" 1050, un Chi isl luonirv