PAR M. ACHENBACH
M. Achenbach, artiste habitué aux triomphes, doit éprouver celte année de singuliers mécomptes! Sa Marine, bien que renfermant de belles parties et surtout un admirable ciel, sur lequel on voit courir des nuages frangés d'or et de feu, est une réalisation malheureuse d'un thème magnifique. Les vagues de la partie droite du tableau sont des volutes sculptées dans quelque marne
verdàlre, et nous défions le plus fin clipper de fendre ces flots tigrés qui semblent des sillons tracés par quelque charrue.
La partie gauche de celte œuvre est plus harmonieuse, plus vraie de ton et de mouvement. Les matelots, debout sur l'estacade, se meuvent bien dans la lumière sur laquelle se dessinent leurs noires silhouettes. Mais nous n'admettons pas ces paillettes lumineuses dont M. Achenbach a constellé Pavant-plan de gauche de sa toile; à quelque dislance, on croirait voir des coquelicots émailler \a plaine liquide, comme disait feu Théramène.
La Campagne de Rome.
PAR M. FLAMM.
Nous sommes vivement reconnaissants à M. Flamm d'avoir osé rompre franchement avec les traditions académiques, d'après lesquelles on ne pouvait aborder les paysages de ritalie qu'avec une paletle chargée d'outremer, decarmin et de jaune de Naples..La Campagne romaine (le M. Flamm est une œuvre charmante, d'un sentinienl profond, (riiue poésie voih'c, et trailéc avec une sa-
gesse, unesobiMélé et une vérilé de ton que M. Van Moer a cru devoir dédaigner dans les incroyables Vues de Venise, qui n'ornent pas le Salon de cette année.
Gude (Dusseldorf .
Voici un grand poëte! qui comprend le sens mystérieux de cet immense poëme de la création, dans lequel la Yoix des torrents, celle de l'aquilon , les murmures des grands bois, les reflets des lacs solitaires au-dessus (lesquels se balancent les aigles, les cimes rutilantes des monts, les profondeurs azui'ées des vallons, les puissanls massifs de rochers, parlent de Dieu à tous. M. Gude, ainsi que tous les paysagistes de Técole de Dusseldorf, est un esprit religieux, et son profond sentiment delanature a quelque chose de sacré comme une prière faite au sommet des Alpes.
Qu'est-ce que c'est donc que ce monsieur P., décoré f)ar M"'' Bovie et par Tinfanle d'Espagne? A voir le geste de quémandeur du |)ersonnagc, oh jurerait (|ue
M. le docteur P... tend la main en disant : « Une petité décoration, s'il vous plaît! mon bon prince! je prierai le bon Dieu pour vous ! »
Le Lendemain d'une tempêle.
PAR M. DE WIMER.
M. De Winter est un poêle chez qui le sentiment des harmonies et des splendeurs nocturnes est profondément développé. Les charmes mystérieux de la nuit n'ont pas de voiles pour lui, et il a le secret de la lumière stellaire comme d'autres ont le sentiment de celle du jour. Ses lointains sont magiques et profonds, et les rayons pâles qui tombent entre les roches du premier plan font illusion comme vérité. La partie gauche de cette belle œuvre est malheureusement déparée par des tons de zinc, ternes et lourds. Le ciel est d'une ravissante poésie qui fait rêver à ces belles nuits où la lune curieuse regarde du haut d'un balcon d'opale les amants , les poètes et les voleurs, les seuls appréciateurs des nocturnes mystères. M. De Winter a le sentiment du ton vrai des choses de la nuil; mais il est quelquefois un peu terne et lourd.
L'Ennemi approche.