PAR M. LIES
V^oici une nalure d'artiste capricieuse et fantasque qui semble ne s'être jamais doutée que Tari n'est pas une chose arbitraire, et que la manière de percevoir les choses extérieures et de les traduire sur la toile, est le résultat logique et impérieux de sa nature, de son organisation, de son éducation, du milieu social où il travaille. M. Lies n'a jusqu'à ce jour jamais révélé au public sa personnalité artistique. Nous l'avons vu toujours être un reflet ou un écho des maîtres dont le style et la couleur avaient réussi à le séduire. Ses sympathies artistiques du moment se révèlent à chaque exposition nouvelle.
Il y a trois ans, il s'était épris de Leys au point de le pasticher assez habilement pour tromper la foule; cette année, il s'est allaché à imiter Breughel, à repioduire ses personnages avec le cachet de la physionomie morale des populations du xvn'' siècle. Malheureusement, M. Lies n'a pas imité le dessin correct et spirituel de Breughel, moins encore la touche harmonieuse et fine du vieux maître.
Ainsi, le clievalier qui d'un air indécis làte le fil de son épée, semble juché sur des jambes de bois, tant le modelé fait défaut dans cette partie de cette étrange toile. La vigoureuse et rude nature du paysan à la fourche — Tune des bonnes figures de cette œuvre — contraste spirituellement avec la préoccupation du gentilhomme qui ne sait trop s'il ira du côté de l'ennemi, ou s'il ne fera pas une prudente relraile. Le soldat cuirassé qui empoigne un manant dont le courage se trouve mal, est une conception heureuse, une figure vaillante dessinée avec vigueur. L'attitude de ce soldat est vraie et facile. Le rustre qui attache son couteau à un bâton est plein de caractère et de force. Le vieillard et le jeune enfant rappellent un peu trop le modèle. La jeune femme n'a pas le modelé gras et frais de la jeunesse.
Le ton général de ce tableau a quelque chose de terne et de fumeux qui rappelle les peintures culottées par le temps. Les fonds et le ciel ont quelque chose de glauque et d'opaque qui arrête le regard ; les arrière-plans ne fuient pas, et malgré de nombreuses qualités de sentiment, malgré un dessin spirituel souvent et une vérité d'observation qu'on ne peut méconnaître, ce tableau impressionne plutôt par son étrangelé, que par le charme (lu coloris.
Robbe.
La critique est sujette à d'étranges retours avec des artistes aussi inégaux et aussi capricieux que M. Robbe. Si aujourd'bui elle les applaudit, demain elle se voit forcée de les traiter avec sévérité. — C'est surtout chez M. Robbe que les expositions se suivent et ne se ressemblent pas.
Certes, M. Robbe n'a jamais brillé par le charme de la touche ni la magie du coloris qui distinguent Berchem et Potier. Sa qualité principale était une certaine énergie de ton, qui, dans son Combat de taureaux, exposé il y a quelques années, lui avait assez bien réussi. Mais l'énergie et la force du ton n'impliquent pas la dureté et la lourdeur du pinceau, qui se manifestent dans toutes les toiles exposées celte année par Tartiste dont nous a'vions applaudi les œuvres à l'exposition dernière.
Mais si le coloris de M. Robbe est sourd, .pénible et laborieux, si sa touche manque de charme, nous avons bien d'autres reproches à lui faire en ce qui touche son dessin, dans lecjuel éclate une négligence, un laisseraller par trop dédaigneux. S'il ne s'agissait que de fanlai-
sies artistiques, nous ne chicanerions pas xM. Robbe sur les témérités graphiques qu'il se serait permises; mais, dans la peinture sérieuse, nous lui contestons le droit de calomnier les œuvres de Dieu en nous montrant des animaux que nous défions de marcher 'sans tomber, tels que la vache qui se trouve à côté, de Tàne dans le lableau 902. Quant à 1 ane, M. Robbe a oublié que cet animal peut rivaliser avec le cerf pour la nerveuse élégance des jambes et du pied. Or, M. Robbe nous a donné un âne goutteux, aux jambes engorgées et pataudes.
Nous avons vu des spectateurs se demander où s'attache la cuisse droite de la vache de droite du même tableau. Quant à la vache blanche du second plan de droite, nous la déclarons une création de haute fantaisie de M. Robbe, qui a voulu montrer au bon Dieu que, à tout prendre, on peut se passer de lui. Si M. Robbe voulait dire où il a laissé l'original de cette vache exti'avagante de forme et de couleur, nous sommes persuadé qu'elle trouverait de nombreux amateurs chez les montreurs de merveilles foraines.
L'aspect du pays choisi par M. Robbe est vrai de sentiment et de ton ; les terrains de la partie gauche sont savamment traités; mais le ciel de cette œuvre, comme tous ceux des trois tableaux de M. Robbe, est lourd, opaque, et simule, à quelques pas, des flocons de laine mal cardée et mal lavée.
Dans V Effet de soleil conchont du même artiste, le dessin est plus correct et moins lâché, mais la louche est toujours lourde et pâteuse. Qunn.t aux peupliers qui
profilent leurs vertes quenouilles sur le fond enflammé du ciel, M. Robbe s'est laissé tenter par ces splendeurs sidérales auprès desquelles viennent écbouer tous les artistes. Ses peupliers sont lourds, noirs, et ne sont pas imprégnés de lum-ière. La feuille du peuplier, si métallique, si mobile, devrait, selon nous, refléter une lumière bien autrement intense que celle qui se manifeste dans le tableau de M. Robbe. Le feuillédes arbres degaucbe est lourd et massif, et n'est pas assez saturé d'air. Quant au ciel, il offre un aspect mat, opaque, et n'est nulle part perméable à la lumière ; c'est une surface qui reflète une lumière étrangère, au lieu d'être une coupole de vapeurs imprégnée de rayons du soleil.
On nous assure que M. Robbe est un bomme d'esprit; s'il en est ainsi, il a le droit de prendre sa revanche à l'exposition prochaine.
Intérieur de leglise de l'hospice des Vieilles-Femmes,
PAR M. GENISSON.
Jl y a un progrès cette année chez M. Genisson. Son coloris est sage, vigoureux, bien qu'un peu lourd dans les clairs-obscurs. ïl y a un vérilable sentiment de re-
cueillement religieux dans celle œuvre. On écoule le hruil des pas discrels; on y parle bas. Le groupe des vieilles femmes de gauche est heureusement composé, bien qu'un pou laborieusement touché. II y a de rallention et de la piété recueillie dans le groupe de droite. Quant au coloris général, il est, sauf le vitrail illustré de figures et qui rappelle trop le transparent de papier peint, il est, disons-nous, vigoureux et harmonieux ! Le ton de la pierre est solide et juste, lair y circule à flols, et le sentiment de lespace y est heureusement rendu.
Verveer.
Est-ce le voisinage de Kindermans qui a donné à Verveer cette mollesse, ces terrains, ces ciels cotonneux, ou bien est-ce le voisinage de Verveer qui a exercé une si fatale influence sur Kindermans? Question délicate et épineuse que nous laisserons résoudre à ces messieurs.
Louis Dubois. — Vanderhecht. — Chavet. Bodmer.
Il y a leloffe d'un vigoureux coloriste dans le Moine trinitaire espagnol de M. Dubois. Ce jeune artiste a le sentiment du ton vrai, mais sa touche manque encore de souplesse et d'assurance. Le dessin du moine est vigoureux et plein de caractère; nous demanderions seulement dans cette œuvre plus de légèreté et de transparence dans les ombres. — Le Château de Hollenfeltz, par M. Vanderhecht, dont- M. le colonel Goethals possède loriginal et la reproduction, est une œuvre dans laquelle l'artiste a jeté à pleines mains cette poésie rêveuse et un peu élégiaque qu'on retrouve dans toutes ses créations. Le ciel de cette toile est lumineux et léger ; ses lointains estompés par des vapeurs bleuâtres sont à la fois vrais et romantiques. M. Vanderhecht doit tra-
, vailler à assouplir sa touche un peu âpre et sèche dans les avant-plans. — La Prière du soir, du même artiste, est une œuvre charmante, empreinte de ce recueillement
. mélancolique qui semble tomber du ciel avec la lumière argentée de la nuit. Ces moines traversant un cimetière
pour se rendre à leur église, dont les vilraux flainboieni dans le fond, sont rendus avec une vérité de sentiment sincère et profond. La lumière de la lune tombant sur le champ de mort contraste heureusement avec le ton violent des vitraux éclairés de Téglise. — Cerfs et biches de M. Bodmer est un petit chef-d'œuvre de dessin, de coloris et de sentiment, et pour lequel nous donnerions lout un troupeau de tigres, de bœufs et de renards de M. Verlat. — La Délaissée de M. Chavet rappelle, par son coloris sobre et harmonieux, sa louche spirituelle et fine, son intelligence des douleurs morales, les œuvres des maîtres. Il y a dans cette petite toile plus de drame poignant et mystérieux que dans les grandes machines à fracas des peintres de mélodrames bourgeois.
Paysages.
PAR M. DE SCHAMPHELER.
Nous avouons volontiers nos sympathies pour les paysagistes, et nous ne savons si les grands aspects de la nature, les vallons ombreux encaissés dans leurs murailles de granit aux corniches piltoresquement rompues; si les verles clairières des grands bois bordés de
gigantesques chênes aux bras noueux , ou de robusles hêtres à Tarmure d'argent ; si les plaines où l'or des moissons ondoie sous la brise; si les beaux horizons azurés et déchiquetés par les splendides nappes de lumière que le soleil couchant déploie en se retirant; nous ne savons, disons-nous, si ces magnifiques aspects sous lesquels Félernelle Isis nous révèle quelques-unes de ses beautés, ne sont pas supérieurs lorsqu'ils trouvent, pour traduire leurs souveraines beautés, un Karl Dujardin, un Ruysdael, un Claude Lorrain, aux drames les plus émouvants dans lesquels l'homme joue le rôle principal. La profonde et mystérieuse poésie de la nature a besoin, pour être comprise et rendue, des esprits d'élite qui ont été longtemps en communion avec elle et qui comprennent les voix sacrées des forêts, des torrents et des aquilons, tandis qu'il est permis au premier ra|)in venu d'aborder le sujet d'Ajax défiant les dieux, ou le drame vertigineux et surhumain du Calvaire, où un Dieu s'immole pour ouvrir à l'humanité des voies nouvelles.
Le paysage, si dédaigné par les peintres d'histoire qui le traitent avec une suffisance un peu trop orgueilleuse, est peut-être celle des faces de l'art où l'homme soit resté le plus en dessous de son modèle. Dans la reproduction des passions, des sentiments, des émotions qui ont l'homme pour objet et pour théâtre, nous comptons des artistes dont les œuvres ont presque atteint l'idéal du beau et du vrai. Les musées d'Europe vous montrent avec orgueil cent chefs-d'œuvre signés Raphaël , Murillo, Dominiquin, Guido René, Calabrèze, Titien, Paul Véronèse, Rubens, Van Dyck, etc. ; mais dans tous ces
musées d'Europe, vous chercherez en vain dix paysages qui aienl approché d'aussi près les heautés suhlimes el multifaces de la nature, que Raphaël, le Guide el le Titien, etc., ont réussi à le faire pour ce qui a rapport à ce monde des sentiments et des passions dont ils ont été de si sublimes interprètes !
Le paysage traité avec dédain ! le paysage ! c'est-à-dire l'œuvre de Dieu, la sublime symphonie de formes, d'accidents et de couleurs dont les caprices de la lumière renouvellent et modifient à chaque instant les indicibles beautés ! le miroir où Dieu se manifeste à l'homme (Jans le silence sacré des forêts, dans la religieuse mélancolie des bruyères, dans le formidable aspect des glaciers étincelants bordés de noirs sapins, dans la sereine splendeur des campagnes où les blés ondoyants, mûrissons l'œil de Dieu, offrent leurs gerbes d'or aux oiseaux du ciel et aux infatigables moissonneurs; toutes ces faces diverses de la création, qui racontent le Créateur au cœur et à l'esprit de Thomme, seraient inférieures, dans leur iCproduction artistique, à ces trivialités bourgeoises qu'on appelle peinture de genre; et le chêne, ce monde verdoyant dont la sévère coupole abrite un peuple ailé; le chêne, ce poëme vivant, serait inférieur, dans la hiérarchie de Tart, à la reproduction d'une assemblée de maroufles tortus et goitreux gueusantà la porte d'une église? Que les réalistes racontent ces fagots à d'autres!
MM. de Schampheler et Quinaux, à propos desquels ces réflexions surgissent dans notre esprit, nous semblent parfaitement doués de cette compréhension des choses mystérieuses qui, dans la nature, racontent Dieu à
riiomme et lui ouvrent un monde nouveau de sentiments et d'idées.
Dans la Rentrée de la moisson et le Sentier dans les blés, M. de Schampheler, qu'on nous dit être un jeune artiste, montre un sentiment exquis des choses champêtres. Sa Rentrée de la moisson est une IVaîche et gracieuse idylle d'une poétique réalité. Les terrains sont vrais d'aspect et de ton; ses figures se meuvent librement dans l'air embaumé des champs ; mais la touche en est lourdeet laborieuse, et manque de cette spirituelle assurance et de cette légèreté que M. de Schampheler fera bien d'étudier chez Teniers. Il y a chez M. de Schampheler un rare sentiment de l'espace ; ses horizons fuient bien et ses ciels, quoiqu'un peu secs et durs, sont compris avec intelligence.
VuBs du Dauphmé.
PAR M. QUINALX.
M. Quinaux est allé prendre le sujet de ses tableaux dans ce pittoresque Dauphiné où la nature se révèle sous les aspects les plus divers et les plus splendides. La vallée de l'Isère cl celle du Graisivaudan sont peut-èli'(>.
58i LES BEAUX-ARTS EN BELGIQUE
la synthèse la plus complète des beautés de la nature en France. Pics vertigineux, chaînes onduleuses de montagnes couvertes de neige à leur sommet et portant une verte ceinture de forêts, lignes pittoresques de rocs, au pied desquels serpentent d'étroites mais verdoyantes prairies, ravins à pics au fond desquels hurlent les torrents, forets de bouleaux et de châtaigniers au dôme verdoyant, toutes ces belles strophes du poëme de la nature dauphinoise, iM. Quinaux les a étudiées avec une sorte de pensée religieuse dont nous retrouvons les traces dans les deux toiles qu'il a exposées cette année.
Les progrès faits depuis quelques années par M. Quinaux sont immenses. L'ordonnance de ses paysages est savante et témoigne d'un haut instinct du pittoresque. Il a le sentiment du ton exact et local des choses, et il se joue de la lumière comme un maître. Ses terrains sont solides sans être durs au regard , et ses seconds plans traités avec un rare bonheur de pinceau. Il y a là surtout une petite maison blanche surgissant entre des arbres tout baignés de soleil, qui est ime ravissante chose. Le ciel est lumineux , vaporeux , et derrière les nuages on a le sentiment de l'espace. Nous lui reprocherons seulement quelques crudités de ton dans ses avant-plans et une certaine dureté dans les vapeurs qui baignent la cime des montagnes fermant l'horizon.
Dargent. — De Keyzer. — De Bruycker. — Jacob^ Jacobs Léonard,
Oïl nous apprend que l'auteur des Bords de la mer à Lockirecq est un simple employé qui n'a que le repos dominical pour réaliser les conceptions artistiques qui doivent hanter son esprit pendant la semaine. C'est possible! mais nous souhaitons aux paysagistes qui ont plus de loisir, deparvenirà nous donner une œuvre aussi magistrale, aussi puissante et aussi sévère que celle que nous signalons ici. Ce qui distingue surtout cette toile, c'est un caractère robuste et sauvage qui traduit fidèlement cette âpre nature des cotes de Bretagne. Nous appelons l'attention des artistes sur celte création énergique et originale.
Il y a un sentiment plein de charme dans les compositions de M. De Keyzer. L'Attente est une création charmante, û\me vérité qui prouve combien \e réalisme est en dessous de la vérité. Les physionomies, ont bien le caractère des sentiments et des passions qu'elles expriment; le dessin est plein de distinction, et le coloris sobre et harmonieux, sauf dans la partie du tableau qui représente une fenêtre ouverte à travers laquelle se montre un ciel opaque et lourd.
M. De Bruycker. — Le Printemps et Lise la fileuse sont deux fraîches idylles d'une naïveté et d'une grâce charmantes. Les enfants réunissant des hranches de lilas sont rendus avec une franchise de sentiment remarquable. Le coloris de ces deux toiles a quelque chose de jeune, de frais et de riant qui ravit à la fois le regard et le cœur.
Il est fâcheux que M. Jacob-Jacobs n'ait pas eu auprès de lui un véritable ami dont parle la Fontaine, pour l'empêcher d'exposer les incroyables choses que l'artiste qualifie de paysages norwégiens et de souvenirs de l'Orient. Le passé de M. Jacob-Jacobs impose quelques devoirs à notre critique, et nous passons, en fermant les yeux, à côté de sa Chute de Trollchada, qui semble s'écrouler entre deux rives faites de tablettes de chocolat superposées, et ses Ruines de Karnack, qui n'ont ni le ton, ni la religieuse majesté, ni la colossale puissance qui caractérisent à un si haut pointées ruines, qucTarmée française, exténuée de fatigues et de privations, salua d'un cri d'enthousiasme qui dut réveiller les Pharaons endormis dans leurs sarcophages sacrés des vallées de Biban et de Molouk.
Il y a dans les tableaux de M. Jacob-Jacobs je ne sais quelles réminiscences de ton de café torréfié et de cacao au lait; on sent que ces œuvres ont vu le jour dans l'Athènes des denrées coloniales, dans la Rome de l'épicerie.
DE I«i8 A I8;J7.
XIJII
Le Médecin des Pauvres,
PAR M. LÉONARD (JULRS).
Cet artiste, qu'on nous dit être jeune encore, manifeste dans ses œuvres une pensée sérieuse et forte. Son Médecin des pavvres est une composition intelligente, sage et émouvante tout à la fois. Toutes les douleurs, toutes les chutes sociales sont représentées dans ce morne public qui se presse autour du médecin. Il y a là une léte d'artiste bien comprise et sur laquelle se lisent bien des douleurs et des misères vaillamment acceptées. Le dessin de M. Léonard est franc et ne manque pas de caractère. Il a rintelligence du sentiment et de la passion qu'on peut mettre dans le contour purement extérieur de la tète humaine. Son coloris sourd et laborieux, sa touche lourde et sans accent, lui imposent des études sérieuses, au bout desquelles nous aurons à saluer un artiste intelligent de plus.
Portraits.
PAR mi. RTCHTER ET ROBERT.
Ces deux artistes sont à coup sûr, avec De Winne de Gand, les seuls portraitistes vraiment dignes de ce nom, pour la distinction de leur style, rinlelligence avec laquelle ils savent faire resplendir Télre moral, la personnalité intérieure sur la figure de leurs personnages. Comme coloriste, M. Richter lient le premier rang parmi les peintres de portraits. Ses chairs sont vivantes et bien imprégnées de lumière; elles trahissent l'élasticiie et la chaleur de la vie. Les attitudes, chez M. Richter, sont aisées et faciles, et sa touche spirituelle et large arrive à des effets magiques par des procédés qui sont le résultat de rinstinct de lartiste et non le fruit d'études académiques. La robe de satin vert, le voile de dentelle noire, sont dignes de Van Dyck; les yeux nagent dans ce fluide magnétique qui révèle la vie.
M. Robert peut accepter, sans rougir, la seconde place après M. Richter. M. Robert a fait des progrès énormes comme harmonie et justesse de Ion. Ses personnages ne posent pas et semblent surpris et figés dans une de ces
alliludes simples el élégantes que Ton ne reneonlre que dans Talmosphère dorée où se meuvent les grandes exislences et les mignons de la fortune. Il y a chez M. Robert de belles qualités comme dessinateur. Son modelé est fin, nerveux et plein de caractère; les mains laissent toutefois à désirer. Quant aux étoffes, aux mille colifichets dont toute femme pare même son image, M. Robert les traite de main de maître et avec une aisance et une légèreté de pinceau remarquables.
Le Querelleur.
PAR M. HERINCKX.
Il y a de l'observation et une intelligente analyse des passions des classes inférieures dans le tableau de Herinckx. Les personnages sont dessinés avec vigueur el reflètent, dans leurs attitudes diverses, les passions qui les animent. Le Querelleur est campé dans cette attitude insolente et provocatrice que Gran ville donne au loup dans SCS Fables de la Fontaine illustrées. Le coloris terne et l'absence d une lumière franche déparent cette toile dans laquelle se révèle une véritable el riche organisation artistique.
Le Cimetière de Village, — Visite à la Malade,
PAU M. nu BOIS b'ElSSCHE.
Ces deux tableaux sont tout simplement une éloquente et vigoureuse réponse aux partisans des écoles, des systèmes en peinture, enfin à tout ce qui tend à l'abdication de l'originalité de rarlisle pour lui faire revêtir le caractère et la livrée d'une personnalité étrangère. Le Cimetière est une œuvre d'un sentiment naïf et profond, d'une vérité qui sait s'arrêter là où commence le daguerréotype. Le jeune garçon à genoux auprès d'une tombe est une merveille de sentiment, de dessin et de coloris. Nous n'aimons pas, en revanche, le mantelet violet sous lequel on devine une forme humaine, ni les arbres, ces squelettes maigres et noirs, ni les maisons traitées avec une monotonie de coloris banale et sans caractère.
La Visite à la malade dénote une observation fidèle et naïve des choses de la vie rustique. On ne peut rendre plus fidèlement que l'a fait M. Dubois d'Eissche, la physionomie de ces maisons de métayers campinois ou flamands. Rien ne trahit ici le chic ou le parti pris; le ton local est une vérité qui fait illusion, et cette pièce où se passe toulc la rude et laborieuse vie de paysan est com-
prise et dépeinte avec une fidélité de détails, une poésie calme et intime que peuvent seuls comprendre ceux qui, comme nous, ont passé tant de soirées auprès de l'àtre rustique, au retour d'une chasse dliiver, en contemplant d'un regard vague la physionomie mystérieuse du chat noir qui se chauffe, et en écoutant le lamento du vent du soir dans la haute cheminée peuplée de jambons et de cri-cris.
Le groupe qui se tient auprès du lit de la malade est dessiné avec un esprit et une élégance de formes qui contrastent heureusement avec le milieu austère et rude que l'artiste a choisi pour son œuvre.
Prêtre allant célébrer la Messe,